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Initiative MEB
Approvisionnement durable en livre
Table des matières
Résumé
1.1 Livres et apprentissage
1.2 (suite)
2.1 Cerner le vrai problème
2.2 (suite)
3. Processus de publications...
4.1 Edition scolaire...
4.2 (suite)
5.1 Comment procéder ?
5.2 (suite)
6. Petit panorama des aspects normatifs
A1. Enquêtes sectorielles sur le livre
A2. Conseils nationaux
A3. Bibliographie et sources
Autres publications
Contacts et liens

L’édition est une affaire qui intéresse une large fraction de la société, non seulement pour ce qui concerne le lecteur mais aussi pour ce qui est du processus par lequel un manuscrit passe de son auteur à ses lecteurs à travers la production et la distribution du livre. De ce point de vue, le livre n’est peut-être pas très différent de n’importe quel objet de commerce.

La différence entre l’édition et la production de toutes sortes d’objets autres que le livre est que l’imprimé transmet de manière explicite des valeurs, des idées, une esthétique, un savoir et des informations. Les livres et les autres matériels imprimés font partie des moyens de communication de masse. Accéder à ces médias et pouvoir les contrôler procure du pouvoir. Dans une société qui lit, le livre intéresse et touche de près le public. L’édition est considérée par beaucoup comme un service public et un éditeur qui veut réussir doit comprendre les exigences sociales et morales auxquelles sa profession se doit de répondre.

L’actuel système international de diffusion du savoir, dont font partie les éditeurs, comprend aussi des chaînes de télévision, des distributeurs de film, des agences de presse, des bases de données et, de plus en plus, les sociétés commerciales qui élaborent et produisent les matériels et les logiciels servant au traitement électronique des données et aux télécommunications. Quant aux institutions universitaires et scientifiques, elles jouent un rôle non seulement dans la création du savoir, mais aussi dans sa diffusion. Les scientifiques et les intellectuels sont eux-mêmes dans une large mesure parties prenantes au système.

En dépit du fait que la plupart des pays en développement sont équipés pour la fabrication des livres (surtout au niveau de la composition et l’impression) et que certains d’entre eux impriment une grande partie des livres édités par les pays industrialisés, la technologie d’impression dont ils se servent est presque exclusivement conçu et produite dans des pays industrialisés, qui ont aussi la maîtrise de l’innovation technique.

La plupart des pays possèdent la technologie de base nécessaire pour produire du papier, mais l’industrie du papier est entre les mains d’un petit nombre de pays industriels qui vendent le papier à des prix élevés.

Le commerce des livres a tendance à fonctionner à sens unique ; il consiste en exportations de livres des pays industrialisés vers les pays en développement. Tel est plus particulièrement le cas lorsqu’il s’agit des langues principales, et le fait est que les éditeurs anglais comme les éditeurs français font environ la moitié de leur chiffre d’affaires à l’exportation. Étant donné la nature même du livre, l’exportation de livres est un vecteur d’information et, comme tel, elle intéresse les grandes nations industrielles non seulement comme source de bénéfices, mais aussi comme moyen de promouvoir leurs visées politiques.

Dans la société planétaire d’aujourd’hui, nous nous appuyons tous les uns sur les autres pour notre information, qui est devenue une des monnaies les plus appréciées du monde. Certains pays sont, cependant, plus dépendants que d’autres, et, en particulier, les pays en développement sont tributaires du savoir, de la recherche et de l’information produits par les pays industrialisés tout comme ils comptent fortement sur eux pour leur approvisionnement en livres. L’infrastructure internationale de la création et de la diffusion du savoir est complexe et structurée de manière inégale ; elle est, en outre, sous le contrôle d’une poignée de nations industrialisées.

L’inégalité est un fait manifeste. La grande masse de la recherche scientifique dans le monde est effectuée dans quelques-unes des nations industrialisées, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la France, la République fédérale d’Allemagne et l’Union soviétique. On a estimé que près d’un quart des dépenses consacrées à la recherche et au développement dans le monde sont engagées aux États-Unis. Les grandes universités, avec leurs bibliothèques et leurs laboratoires bien montés, sont situées dans une poignée de nations industrielles. Ces institutions attirent les meilleurs esprits et, soit dit en passant, forment une fraction conséquente des cadres instruits du monde en développement... Dans les nations industrielles se trouvent non seulement les moyens matériels de fabrication et de distribution (autrement dit, d’édition) des livres, mais encore l’appareil de prise des décisions concernant le savoir de l’ensemble du monde des sciences et de l’éducation. Les principales revues sont éditées dans un petit nombre de pays — qui sont surtout les États-Unis et le Royaume-Uni, et, pour le monde francophone, la France. Le reste du monde est, pour une large part, en relation périphérique avec ces foyers intellectuels majeurs. Les décisions prises par les rédacteurs en chef de revues, les éditeurs et d’autres personnages qui sont les portiers du savoir sont des expressions du milieu intellectuel et scientifique dans lequel ils exercent leurs fonctions (1)

Les pays du monde en développement, confrontés au système international en place pour la diffusion de l’information et du savoir, se trouvent fortement désavantagés lorsqu’ils veulent développer ou renforcer les systèmes culturels et éducatifs autochtones, et mettre en place une infrastructure appropriée pour étayer ces systèmes.

Les manuels scolaires et autres matériels d’apprentissage sont souvent considérés comme une marchandise comme une autre — ce qu’ils ne sont pas ; ils sont beaucoup plus.

La planification stratégique de l’approvisionnement en matériels d’apprentissage de base doit être envisagée comme un élément d’une stratégie de développement bien plus vaste. La promotion de l’édition scolaire est probablement le moyen le moins cher et le plus efficace de faire en sorte que les pays en développement constituent des systèmes plus appropriés de diffusion du savoir et accèdent à l’information qui peut leur permettre de réduire l’inégalité caractéristique de leur position dans le monde.

Au niveau de la conception des projets, il y a un certain parallélisme entre l’aide alimentaire et l’approvisionnement en manuels scolaires. L’une et l’autre répondent à une demande immédiate et s’emploient à atténuer un symptôme plutôt que de s’attaquer à la racine du problème. Dans les situations d’urgence ou de guerre, ce type d’intervention peut être justifié, mais s’il s’agit d’obtenir un véritable changement, il faut prendre d’autres mesures. Un changement réel exige une action soutenue à long terme et l’existence sur place des conditions sociales et économiques propres à assurer l’offre des ressources nécessaires à la continuation du processus entamé par le projet.

Dans les pages qui suivent, la promotion du livre se présente comme le processus nécessaire non seulement pour mettre en place des systèmes durables d’approvisionnement en matériels d’apprentissage de qualité à l’usage des écoles et des programmes d’éducation non formelle, mais aussi pour atteindre l’objectif plus général de l’éducation pour tous, à savoir la création et la consolidation d’une culture de la lecture dans les pays en développement. Par conséquent, si ce guide est axé sur la fabrication et la distribution de livres et autres matériels imprimés, et plus particulièrement du matériel nécessaire pour améliorer les produits de l’enseignement, l’expression " promotion du livre " appelle une interprétation plus large englobant toute la gamme des médias par lesquels passe la diffusion de l’information et du savoir dans la société.

Il est bien évident que l’amélioration de la qualité de l’éducation dépend beaucoup de la mesure dans laquelle les enseignants et leurs élèves peuvent disposer de livres et d’autres matériels d’apprentissage pertinents et de haute qualité. La question est de savoir comment obtenir cela et, étant donné que le matériel d’apprentissage est un bien de consommation, comment l’obtenir d’une façon durable. Telle est l’objet du présent guide.

La promotion du livre a toujours été considérée dans certains milieux comme un moteur du développement général. De ce point de vue, le développement et l’accès aux livres et autres matériels imprimés et à l’éducation sont inextricablement liés. L’Acte constitutif de l’UNESCO est tout imprégné de la foi dans les livres. C’est pourquoi on retrouve cet engagement aux livres partout dans l’Acte constitutif de l’UNESCO.

Dans les années 50, l’attention de la communauté internationale était focalisée sur les problèmes du commerce et du droit d’auteur, et sur ce qu’on appelait la libre circulation des livres à travers les frontières. Au cours des décennies qui ont suivi, l’UNESCO a rédigé plusieurs rapports (2) qui faisaient le point de la situation du livre dans le monde. Il semblait que, pour satisfaire la " pénurie de livres " décelée dans les pays en développement, il fallait faire en sorte que les livres des pays développés pussent y être importés et distribués librement. En conséquence, la Conférence générale de l’UNESCO a adopté l’Accord de Florence (3) et la Convention universelle sur le droit d’auteur (4), instruments qui sont aujourd’hui généralement respectés et appliqués dans les pays développés — même si beaucoup de pays en développement ne les ont pas encore signés.

Le mouvement de promotion du livre a pris forme au cours des années 60, mettant en exergue la nécessité de créer une industrie de l’édition dans les pays en développement et d’en faire une priorité. Un certain nombre de réunions ont eu lieu sur ce thème, et 1972 fut proclamée Année internationale du livre.

Or, cette activité mondiale eut beau susciter au sein des gouvernements et des organisations internationales une conscience accrue de l’importance des livres, le mouvement de promotion du livre ne réussit pas dans les décennies suivantes à attirer suffisamment d’attention et de moyens de financement pour encourager la création et la croissance de capacités nationales d’édition dans de nombreux pays en développement.

Les manuels scolaires et l’apprentissage

Les manuels scolaires sont un bien de consommation rare dans la plupart des pays en développement. Un manuel scolaire par élève (dans une matière quelconque) est l’exception, non la règle, et la règle dans la plupart des classes est malheureusement l’extrême rareté ou l’absence totale de manuels. Même des pays à revenu moyen, comme le Brésil, l’Uruguay et le Venezuela, n’ont pas réussi à assurer l’approvisionnement régulier en manuels scolaires au cours des quinze dernières années. Pour la majorité des élèves du monde, l’accès aux outils de base de l’apprentissage est à ce point restreint qu’il en résulte une crise de première grandeur.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Avant que l’élan mondial vers l’universalisation de l’accès à l’éducation ait provoqué l’expansion des systèmes scolaires, il y avait ample provision de manuels scolaires dans les quelques écoles qui existaient. Ces écoles desservaient essentiellement les élites, qui avaient les moyens d’acheter les manuels scolaires importés qui permettaient de préparer leurs enfants à l’interaction que l’avenir leur réservait avec les écoles et les organisations européennes. A la suite de l’expansion généralisée du système scolaire mondial au cours des années 60 et 70, qui a mis les écoles au service de pans plus larges de la société, les manuels scolaires se sont raréfiés et on a commencé à les utiliser autrement. D’abord, les écoles, sorties du cadre de l’élite, desservent désormais des familles plus pauvres qui n’ont pas toujours les moyens de payer les manuels scolaires de leurs enfants. En second lieu, les élèves doivent maintenant apprendre à lire et à écrire dans la langue et la culture dominantes de leur propre pays, plutôt que dans celles de pays européens et, par suite, il est beaucoup plus difficile d’assurer l’offre d’une quantité suffisante de manuels scolaires contenant l’information pertinente dans la langue locale (5).

Ce siècle a connu une expansion sans précédent du secteur éducatif dans le monde entier. La reconnaissance de l’importance que revêt l’éducation pour la croissance économique a donc entraîné une demande généralisée et sans cesse croissante de possibilités d’éducation et de services éducatifs. Le secteur de l’éducation a, en outre, été soumis à une pression supplémentaire lorsque la communauté internationale a adopté, en 1990, la Déclaration mondiale sur l’éducation pour tous, qui affirme que l’éducation est un droit fondamental de l’homme.

Le programme d’action pour l’éducation pour tous privilégie l’impératif de qualité, dans l’ordre de la pertinence et de la compétence pédagogique, et la nécessité d’offrir aux enfants un milieu d’apprentissage qui les encourage à apprendre des moyens de se créer une vie meilleure. Il y a maintenant au niveau international une volonté d’améliorer les aspects qualitatifs de l’éducation, notamment la formation des enseignants, l’élaboration des programmes scolaires, le contrôle et l’approvisionnement durable en matériels pédagogiques de qualité, qui a été mise en avant par l’Initiative du Forum de l’éducation pour tous relative à l’approvisionnement en matériels d’apprentissage de base et soutenue par toute une gamme de projets qui ont bénéficié d’un financement international.

Si les effectifs scolarisés dans les pays en développement se sont rapidement accrus, les ressources affectées dans ces pays à l’éducation n’ont pas augmenté dans les mêmes proportions. Dans bon nombre d’entre eux, l’expansion du secteur de l’éducation s’est traduite, malgré le nombre d’élèves inscrits, par une diminution des ressources dont il dispose.

En matière d’éducation, la qualité est liée au degré d’efficacité des modalités de l’apprentissage. La réussite scolaire est, semble-t-il, fortement conditionnée par divers facteurs comme la connaissance que l’enseignant a de la matière enseignée et sa compétence pédagogique, le temps effectivement passé par les élèves à apprendre leurs leçons, et l’existence et la qualité des manuels scolaires et autres matériels d’apprentissage.

Le niveau du matériel de lecture disponible détermine le type d’éducation qu’un pays est en mesure de dispenser. Lorsque les manuels scolaires et les guides de l’enseignant sont rares, le travail scolaire risque de se limiter à apprendre par cœur des informations simples et souvent inexactes, tandis que, lorsqu’il y a assez d’argent pour acheter des manuels scolaires et d’autres catégories de matériel d’apprentissage, les maîtres sont, semble-t-il, plus qualifiés et utilisent une palette de méthodes pédagogiques.

L’accès aux manuels scolaires et autres matériels d’apprentissage est le moyen le plus rentable d’élever le niveau des résultats scolaires, mais pour autant il est rare que les budgets des gouvernements accordent la priorité à un financement adéquat.

La croissance explosive de la demande de services éducatifs pose, à peu près partout et surtout dans les pays plus pauvres, de graves problèmes aux ministères de l’éducation. Avec l’augmentation des taux d’inscription, les gouvernements ont souvent été forcés, sous la pression de la nécessité de réduire les dépenses publiques absorbées par l’éducation, à supprimer le financement de dépenses de fonctionnement autres que les salaires (notamment l’achat de craie, de cartes, de mobilier, de matériel de laboratoire, de manuels, de livres d’exercices et autres ouvrages). C’est ce qui explique pourquoi, dans de nombreux pays, l’expansion rapide de l’éducation s’est accompagnée d’un déclin manifeste de sa qualité.

Cette diminution des dépenses correspond à un choix sans doute compréhensible, mais qui n’est pas judicieux, et les économies réalisées ne sont pas suffisantes pour le justifier. Les statistiques montrent qu’aucun pays en développement ne consacre actuellement plus de 1 % de son budget de l’enseignement primaire à l’achat de manuels scolaires, alors même qu’une augmentation de 1 ou 2 % seulement suffirait dans la plupart des pays à assurer que chaque élève ait un manuel par matière (6).

L’absence d’engagement officiel à l’échelon gouvernemental que révèlent les politiques et les budgets pose, dans beaucoup de pays en développement, un des principaux obstacles à la mise en place durable de systèmes nationaux d’approvisionnement en livres. Le rôle que joue une industrie nationale du livre dans le développement économique et social est pareillement sous-estimé. Sans l’application d’une politique porteuse, les programmes " manuels scolaires " ne peuvent avoir qu’une portée limitée et aucun changement véritable n’en sortira.

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