Ce ne sont ni des dépenses publiques massives, ni des programmes percutants qui permettront de développer efficacement la production des manuels scolaires ; Cerner il y faut plutôt une coordination attentive, le souci constant de bien articuler les impératifs de l’enseignement et de l’édition, en adaptant la production de manuels scolaires en fonction de l’élaboration des programmes et de l’accroissement des inscriptions, enfin le concours des compétences nécessaires pour l’élaboration de manuels scolaires répondant à la demande et de haute qualité. le Dans n’importe quel pays, la production des manuels scolaires est tributaire de la situation de l’industrie de l’édition (y compris la capacité d’impression, des disponibilités en papier et du réseau de distribution), véritable problème de l’existence d’auteurs compétents, ainsi que des moyens de recherche et d’expérimentation nécessaires pour veiller à la pertinence du contenu, et enfin du système éducatif. (1) |
Si tant de projets et de plans d’approvisionnement en livres n’ont pas eu un impact plus fort et plus durable, c’est pour la raison suivante : ces projets n’ont fait intervenir dans leur conception aucune considération débordant leur cadre strict et les livres dont il s’agissait ont été traités comme de simples produits.
En outre, beaucoup de programmes " manuels scolaires " n’ont pas pris en compte l’expérience que de nombreuses années de métier ont fait acquérir aux éditeurs professionnels. La tendance parmi les éducateurs et les concepteurs des projets a été de n’envisager les problèmes liés à l’offre des livres scolaires qu’en fonction de deux données de la production des livres : l’élaboration des manuscrits et l’impression.
Par là même ont été ignorés, outre tout l’arrière-plan économique, les détails complexes et les contraintes professionnelles des multiples opérations que comporte le processus d’édition — planification et gestion, préparation éditoriale, illustration, mise en page, composition et distribution —, ainsi que la nécessité de cultiver des habitudes de lecture. L’insuffisance des moyens de financement reste la raison le plus souvent invoquée pour expliquer le peu d’impact qu’ont eu les programmes " manuels scolaires ", mais aussi les ateliers et séminaires internationaux et nationaux qui ont été tenus pour les besoins de l’élaboration de manuels scolaires appropriés et de matériels de lecture complémentaires.
L’édition et l’approvisionnement en livres sont des processus complexes dont aucun élément ne peut être ignoré, sous peine de conséquences graves pour la réussite de l’entreprise. Il ne sert à rien d’établir des manuscrits s’il n’y a pas moyen de les imprimer, ou d’imprimer des livres s’il n’y a pas un public qui les demande et s’il n’y a pas de système de distribution qui assure leur acheminement jusqu’aux lecteurs.
Le domaine de l’approvisionnement en livres regorge d’exemples de ruptures de la chaîne du livre. Là, ce sont des matériels d’étude qui ont été élaborés, mais ni imprimés ni distribués. Ailleurs, des gens qualifiés manquent des ressources nécessaires pour travailler, ou un matériel d’impression à la pointe du progrès technologique et du matériel en amont de l’impression se couvrent de poussière, faute d’entretien et de stocks de consommables, ou parce qu’il n’y a pas de personnel compétent pour les utiliser. Il y a des niveaux inacceptables de gaspillage dans la fabrication, et la promotion des matériels d’instruction destinés aux différents degrés de l’enseignement est mal équilibrée. On voit des pages de manuels scolaires servir de papier d’emballage sur les marchés alors qu’il n’y a pas de manuels scolaires dans les écoles. Ou encore, on trouve des livres et d’autres matériels dans les écoles, mais leur contenu est médiocre du point de vue pédagogique et, en certains lieux, on ne dispose que de quelques livres rédigés dans la langue maternelle des élèves.
Les efforts passés et en cours dans le domaine de la promotion du livre ont été axés sur la formation des compétences nécessaires pour mettre au point des matériels d’enseignement pertinents. Le financement, la mise en place des moyens de fabrication des matériels et l’introduction de technologies nouvelles sont autant d’éléments essentiels, mais, en les traitant à part, on n’a pas obtenu d’améliorations. Ces projets ont fait clairement apparaître que les problèmes que soulève l’approvisionnement en matériels d’apprentissage à l’usage des écoles et des programmes d’éducation non formelle ne se limitent pas à ceux qui proviennent du manque de qualifications techniques et de moyens de financement.
Pour autant, les projets mis en œuvre ne l’ont pas été en pure perte. Beaucoup de ces projets peuvent être considérés comme des succès sur les bases qu’ils s’étaient données. Mais comme ils n’ont pas été conçus par rapport à l’arrière-plan plus vaste du fonctionnement du dispositif d’approvisionnement en matériels d’apprentissage, à savoir le secteur du livre, même si l’on a enregistré des progrès notables dans le domaine de la promotion des matériels d’enseignement, ces embellies n’ont pas eu l’impact voulu sur la qualité de l’enseignement donné en classe.
Le secteur du livre
Le " secteur du livre " est une expression qu’on emploie pour désigner toutes les activités ayant trait à la rédaction, à l’édition, à la production, à l’impression, à la distribution, à la vente, à la promotion et à l’utilisation des livres et autres imprimés. Cette expression met l’accent sur les multiples usages des livres et son acception couvre un champ plus vaste que celui du secteur éditorial, qui correspond seulement au métier d’éditeur.
Le secteur du livre englobe toute personne et toute chose ayant un rapport avec le livre, que le contexte soit public ou privé, commercial ou non, vaste ou étroit, et il met l’accent sur l’interdépendance et les interrelations de l’ensemble des aspects économiques, sociaux, culturels et statistiques de la production et de la consommation de livres.
L’édition est tributaire, pour son progrès, de l’existence de liaisons efficientes entre différents intérêts et différentes forces au sein de la société ; une liaison faible dans la chaîne peut suffire à compromettre tous ses efforts.
Fig. 1. Le secteur du livre (cliquez sur l'image pour la voir en grand)
La " chaîne du livre " est une expression qui s’applique aux processus à mettre en œuvre pour amener un livre de l’auteur au lecteur, et aux liaisons auteurs-éditeur, éditeur-imprimeur, éditeur-libraire et libraire-consommateur. C’est aussi une manière d’indiquer comment diverses institutions travaillent ensemble et sont tributaires les unes des autres dans le secteur du livre. Cette expression laisse percevoir la façon dont les livres relient les lecteurs entre eux par-delà les distances et les différences ou les conditions culturelles. Une chaîne du livre se conçoit toujours par rapport à une situation donnée, alors que le secteur du livre correspond à une optique plus vaste et se compose d’un nombre infini de chaînes du livre (voir figure 1 ci-dessus).
On trouvera ultérieurement dans ce guide une étude plus détaillée des aspects professionnels et industriels de l’édition et du mode de fonctionnement de ces liaisons.
Le cadre ou contexte national
Dans la plupart des pays, on considère que la production et l’approvisionnement en matériels d’instruction relèvent du Ministère de l’éducation et que celui-ci a vocation à exercer un contrôle permanent sur la nature des ouvrages publiés, la qualité de leur contenu et de leur présentation, et les quantités disponibles.
Néanmoins, pour des questions importantes touchant la viabilité et le coût de publication, le Ministère de l’éducation est tributaire aussi des décisions et des politiques arrêtées par d’autres ministères.
Théoriquement, la force du secteur du livre dépend de trois facteurs distincts : la capacité éditoriale, la capacité de production et la demande de livres sur le marché. Aucun de ces trois éléments ne peut à lui seul faire prospérer une entreprise d’édition. Ils dépendent les uns des autres.
Dans la pratique, l’intervention des pouvoirs publics dans les politiques, la législation, la planification, le financement et, plus spécialement, dans l’approvisionnement en matériels pédagogiques a une influence primordiale sur la viabilité et la réussite de l’édition nationale.
La complexité de l’édition se manifeste dans le fait que la responsabilité de l’établissement et de la poursuite d’une politique éditoriale ne relève pas d’un seul ministère.
Les disponibilités en matières consommables utilisées pour l’impression et leur coût sont largement fonction des droits et taxes en vigueur. Les branches nationales de l’imprimerie et de la fabrication du papier relèvent de la compétence du Ministère de l’industrie, tandis que la réglementation des importations et des exportations de papier, de machines et de matériel imprimé est une attribution du Ministère du commerce. La possibilité de disposer de devises (dont dépend la capacité d’un pays à importer du papier, des machines et du matériel imprimé), l’impôt sur le revenu et les règles régissant les profits et pertes, et les amortissements, sont des éléments du ressort du Ministère des finances ou de la Banque centrale. Les politiques appliquées dans le domaine des matières premières émanent souvent du Ministère de l’agriculture. La politique concernant la langue nationale, les autorisations auxquelles est soumise l’exploitation des presses d’imprimerie et l’administration des arrêtés concernant l’édition et l’impression sont de la compétence du Ministère de la culture. Enfin, la législation nationale sur le dépôt légal, les lois sur les sociétés et la réglementation appliquée à l’administration des affaires et aux stimulants offerts aux industries, les problèmes de droit d’auteur, etc., relèvent du Ministère de la justice.
Il peut être difficile de mettre en place une politique qui crée des conditions favorables à l’édition, mais il faut le faire. La production de matériels d’apprentissage à l’usage du secteur de l’éducation est, en raison des quantités en cause, une importante source de revenu pour l’édition, et un secteur de l’édition ne peut s’en passer pour sa prospérité. La politique des pouvoirs publics en matière d’approvisionnement en livres à l’usage des écoles et des programmes d’éducation non formelle fixe les conditions de l’existence d’une société d’édition.
Dans les pays développés, les manuels et autres matériels d’apprentissage représentent entre 25 et 50 % des revenus du secteur éditorial. Dans les pays en développement, les manuels scolaires peuvent représenter jusqu’à 95 % du marché local de l’édition. En Amérique, par exemple, où existe une des plus grosses industries de l’édition au monde, il y avait en 1980 quelque 65 000 personnes employées dans l’édition et le montant total des ventes s’élevait approximativement à 6 milliards de dollars. Ci-dessous, la ventilation de ce total montre que les manuels scolaires et les livres de référence représentent presque la moitié des ventes :
En milliard de dollars | |
Livres de référence, encyclopédies |
1,2 |
Manuels de l’enseignement primaire, secondaire |
1,5 |
Clubs du livre et ventes directes par correspondance |
1 |
Livres commerciaux (grand public) |
1 |
Livres de poche à grande diffusion |
0,7 |
Ces chiffres (2) sont du plus haut intérêt pour une activité qui traditionnellement ne génère pas de gros bénéfices.
Comme il est souvent difficile de convaincre d’autres ministères de reconnaître les domaines où l’éducation doit recevoir la priorité, les politiques qui seraient de nature à abaisser le coût de production des livres dans le secteur privé (comme les incitations fiscales, l’abaissement des droits d’importation sur les matières premières et les machines nécessaires à l’édition, l’accès aux devises étrangères pour l’achat de matières premières et la création de zones franches pour aider les industries nouvelles) ne sont pas mises en place pour faire baisser le prix des livres. Dans bien des cas, les activités d’un ministère peuvent contrecarrer celles d’un autre.
Il peut arriver qu’un programme d’alphabétisation mis sur pied par le Ministère de la culture échoue parce qu’il n’y a pas de papier pour imprimer le matériel d’alphabétisation, à cause des droits d’importation prohibitifs imposés sur le papier par le Ministère des finances ou celui du commerce.
La taxe sur les importations de papier et de matériel imprimé, qui vise à protéger l’industrie locale de fabrication du papier, atteint dans maints pays en développement des taux de 100 à 150 %. Néanmoins, le coût de production du papier fabriqué sur place reste souvent supérieur au prix du papier importé. De plus, si la production locale est de qualité médiocre, beaucoup d’imprimeurs hésitent à l’utiliser. Dès lors, l’impression des livres devient une branche déficitaire. Et le meilleur moyen de soutenir l’éducation pourrait être d’aider les fabricants locaux de papier à produire du papier de meilleure qualité, à moins de trouver une autre solution au problème.
S’il veut apporter des solutions à ces problèmes techniques, contrairement aux questions d’ordre éducatif, le planificateur de l’entreprise éducative doit être au courant de ces contradictions et élaborer, si nécessaire, en consultation avec des décideurs appartenant à d’autres ministères, une stratégie qui prenne en compte simultanément les préoccupations liées au coût et à la qualité des matériels d’apprentissage et les politiques appliquées pour promouvoir le développement des industries nationales. Ce type de stratégie entre dans l’établissement d’une " politique nationale du livre ". Étant donné son importance pour toutes les autres activités éditoriales, il est indispensable que la politique gouvernementale en ce qui concerne l’approvisionnement en matériels d’apprentissage au secteur de l’éducation soit complète et bien ajustée, au lieu de n’être que la somme d’une série de décisions au cas par cas et de pratiques routinières. Une politique nationale du livre doit traiter tous les problèmes et fixer les conditions de la coopération entre les branches publique et privée du secteur de l’édition. La politique d’approvisionnement en matériels d’apprentissage au secteur de l’éducation est un élément important de la politique nationale du livre.
Sur le plan financier, l’offre et la production du matériel didactique sont particulièrement compliquées par le fait que les considérations économiques normales ne s’y appliquent pas. La demande étant déterminée par la politique des pouvoirs publics et non par le pouvoir d’achat, le Ministère de l’éducation, qui le plus souvent ne dispose pas de crédits à la hauteur de sa tâche, doit relever le défi consistant à produire un matériel suffisant de la manière la plus économique possible.
Il y a, selon les circonstances, diverses façons d’y parvenir. Chaque pays doit ici élaborer des stratégies qui permettent d’atteindre les objectifs fixés pour l’approvisionnement en livres au secteur de l’éducation.
Un gouvernement peut adopter diverses approches. Beaucoup de pays en développement n’ont pas un secteur éditorial capable de produire des matériels d’apprentissage ; souvent, les ministères de l’éducation élaborent et produisent eux-mêmes tous les matériels d’enseignement. Dans les pays qui ont un secteur du livre développé, il est plus courant de voir le Ministère de l’éducation sous-traiter une partie de son travail. L’achat à l’étranger de matériel à prix compétitif s’est, dans bien des cas, révélé être un échec du point de vue économique et de celui de la qualité.
Des projets récents et les recommandations présentées par diverses études indiquent une tendance à une participation accrue du secteur privé aux projets de production de manuels scolaires, les pouvoirs publics se réservant plutôt des fonctions de supervision et de contrôle. Dans certains pays, on assiste à une restructuration des unités de production de livres mises en place par le Ministère de l’éducation, qui deviennent soit des maisons d’édition privées soit des entreprises publiques d’édition qui sont censées fonctionner sur des bases commerciales.
| Chapitre 1 | Chapitre 2 (suite) | Haut |