Dans les pays pauvres, où bien des enseignants sont dépourvus de formation, les manuels scolaires deviennent le véhicule le plus important de l’instruction, sinon le seul. Sans manuels, impossible d’enseigner les compétences, les concepts et les contenus prescrits par les programmes scolaires. L'édition scolaire En l’absence de toute autre source d’information généralement disponible, le manuel devient aussi la plus importante et parfois la seule source de contenu et d’information pédagogique pour l’enseignant. Qui plus est, comme ni les enseignants ni les élèves n’ont accès à d’autres matériels, le manuel devient aussi la seule base de l’examen et de l’évaluation. Beaucoup de pays d’Asie fondent entièrement les examens de fin d’études et de passage au niveau supérieur sur la mémorisation précise d’un manuel désigné et obligatoire. l'approvisionnement en livres Le manuel scolaire revêt, dès lors, bien plus d’importance dans les pays relativement pauvres que dans les pays plus développés, où existe une gamme plus étendue de matériels, de points de vue et d’autres sources. (1) |
Étant donné que les manuels scolaires et les autres matériels didactiques ont un impact direct sur ce qu’on enseigne dans les écoles et sur la façon de l’enseigner, l’élaboration des programmes scolaires et les matériels au programme sont des facteurs sensibles d’une grande importance du point de vue politique. C’est la raison pour laquelle le secteur du livre dans les pays industrialisés est subventionné à la fois directement et indirectement. On a toujours besoin d’un dispositif d’examen et de contrôle de la qualité des matériels d’apprentissage utilisés dans les classes, pour en évaluer la pertinence, le contenu, la méthode pédagogique et l’efficacité, mais aussi pour veiller à ce que les matériels pédagogiques fournis correspondent bien à la politique voulue par le gouvernement.
C’est ici que commence la mise en œuvre des politiques relatives au contenu et à la qualité de l’enseignement, à l’équité et à l’adoption de stratégies visant l’élaboration et la fabrication au moindre coût des matériels d’enseignement.
Il n’y a pas de formule unique pour améliorer l’approvisionnement en matériel d’apprentissage de base, mais il y a plusieurs solutions possibles en fonction du niveau de développement atteint.
L’approvisionnement en matériels d’apprentissage de base est différent selon les pays, et se fait suivant des démarches diverses. Certains pays s’efforcent de mettre en place des mécanismes de production de matériels d’enseignement pertinents, d’autres se concentrent sur les questions de durabilité institutionnelle et sur le rôle des pouvoirs publics. Certains bailleurs de fonds souhaitent voir le secteur public se retirer de la production du matériel d’apprentissage de base ; d’autres prennent en charge des dons de livres ou soutiennent la création ou l’agrandissement d’imprimeries d’État.
Cette diversité montre bien toute la complexité de la question et indique les difficultés auxquelles sont confrontés les planificateurs des programmes d’éducation de base. Les problèmes sont de deux sortes : ceux qui sont liés au contenu, à la présentation, à l’utilisation et à l’approvisionnement, et ceux qui sont liés aux aspects techniques et financiers de la production, de la distribution et du financement.
Les stratégies et les politiques qu’un gouvernement adopte pour répondre à la demande de manuels scolaires et d’autres matériels d’enseignement doivent être établies conformément à une politique générale d’approvisionnement en matériels d’enseignement à l’usage des écoles et des programmes d’éducation non formelle (2). Cette politique fait partie intégrante d’une vaste politique nationale du livre. Les planificateurs du secteur de l’éducation se doivent d’examiner, séparément et dans leurs incidences réciproques, chacun des aspects suivants de l’approvisionnement en livres :
Comme on l’a dit précédemment, ces questions sont pour la plupart fortement influencées par les politiques nationales ou par leur absence. On trouvera au chapitre 5 une description plus complète de la façon d’établir une politique nationale du livre ; le présent chapitre étudie, quant à lui, les éléments qui différencient l’édition générale de l’édition scolaire.
Les différences existant entre l’édition générale et l’établissement et la production des manuels scolaires découlent du rôle que tiennent les pouvoirs publics dans les domaines suivants de la production : l’initiative de l’édition et l’élaboration des matériels ; le financement, les budgets et le rapport coût-efficacité ; la distribution et le soutien aux enseignants. L’établissement et l’approvisionnement en manuels scolaires sont des questions complexes qui imposent des compromis pour atteindre les objectifs et une coopération entre des disciplines très différentes. L’élaboration d’un bon manuel appelle en outre un certain nombre de stades supplémentaires d’essai et de corection que ne nécessite pas l’établissement d’un texte comme un roman. Une comparaison entre l’organigramme A (voir page 49) et l’organigramme B (voir page 50) permet d’apercevoir comment et quand se présentent ces différences entre l’édition générale et l’édition scolaire. La principale différence est que c’est le représentant de l’État et non l’éditeur qui prend la plupart des décisions.
Le rôle de l’État dans l’édition scolaire
La plus grande différence entre l’édition générale et l’édition de manuels scolaires émane de la dualité et, parfois, de la contradiction des rôles qu’assume l’État comme " auteur/éditeur " et comme " consommateur ". Cet aspect a été brièvement analysé au chapitre 2 du point de vue du financement et des priorités à assigner à la politique, et en ce qui concerne l’intervention des pouvoirs publics dans la production des manuels et la fixation des conditions des autres activités d’édition. Nous allons maintenant étudier diverses formules d’intervention des pouvoirs publics dans la production des manuels et leur approvisionnement.
L’approvisionnement en livres pour les besoins des écoles et des programmes d’éducation non formelle correspond à la nécessité de disposer de livres et d’autres matériels d’enseignement pour atteindre un certain niveau d’instruction. L’initiative de l’édition appartient à l’État et elle est guidée par les politiques gouvernementales en matière d’éducation, et non par le jeu normal des forces économiques du marché. En d’autres termes, à travers ses politiques éducatives, le gouvernement décide du nombre et de la nature des livres dont il faut disposer dans les écoles et de la façon de payer ces livres. Il n’y a pas de danger que les livres ne soient pas vendus.
A l’inverse, un éditeur fait une estimation de la viabilité d’un marché déterminé, non seulement à l’aide d’une étude de marché analysant la demande de différentes catégories de livres et les coûts afférents à leur production, mais aussi en fonction du niveau de compétence professionnelle et de développement industriel, et compte tenu de la réglementation et des conditions présidant au commerce et aux importations et exportations de divers articles.
Dans plusieurs pays en développement, la plupart des éditeurs du secteur privé n’ont pas mis en place les conditions nécessaires à des investissement plus importants. Cela peut s’expliquer par de nombreux facteurs. Premièrement, la demande de livres, publications d’actualité et autres imprimés est insuffisante ; deuxièmement, les gens n’ont pas les moyens d’acheter des livres ; troisièmement, il n’existe pas sur place de système de distribution efficace par rapport à son coût ; quatrièmement, le papier importé est trop cher pour que l’impression soit rentable ; cinquièmement, le personnel éditorial fait défaut ; enfin, il n’y a aucun moyen de participer à la production de matériels d’apprentissage, seule catégorie de livres qui ait un marché assuré.
Ces facteurs expliquent aussi pourquoi tant de programmes " manuels scolaires " ont eu si peu d’impact dans les pays en développement.
La réussite d’un programme d’approvisionnement en matériels d’apprentissage et les conditions économiques qui permettent à un secteur de l’édition tourné vers le marché de se développer sont interdépendantes. Il appartient à l’État de créer les conditions favorables au développement d’une industrie locale du livre.
L’ampleur de la tâche que représente l’approvisionnement en livres et les perspectives économiques qu’elle ouvre créent aussi des problèmes. Équilibrer les considérations d’équité et d’économie nécessite des ressources considérables qui ne peuvent être dégagées dans un avenir prévisible. Il faut aussi de l’ingéniosité pour surmonter la contradiction interne d’une stratégie à la fois non commerciale et commerciale en poursuivant des objectifs qui semblent presque inconciliables. C’est pourquoi il est difficile de croire que l’approvisionnement en livres puisse être assurée et l’être durablement sans directives et intervention des pouvoirs publics. La réussite de l’entreprise dépend, en dernière analyse, de la politique décidée, de la volonté politique de l’appliquer et de la capacité de mobiliser les ressources nécessaires à cet effet.
La coopération entre le secteur public et le secteur privé de l’édition pour l’établissement et l’approvisionnement en manuels scolaires peut se faire selon de nombreuses formules ou combinaisons, répertoriées au tableau (3)
Une stratégie consiste à développer dans le secteur public les compétences et la capacité nécessaires pour produire et distribuer des matériels d’enseignement. Telle a été, semble-t-il, la façon courante de procéder dans les pays en développement au cours des vingt dernières années. Cette stratégie a un effet négatif notable sur d’autres initiatives éditoriales possibles et il se peut qu’elle ait involontairement contrarié la promotion du livre dans les pays en développement.
Tableau 1. Répartition des tâches entre les secteurs public et privé
Combinaisons possibles | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |
Programme d’études | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
Élaboration des textes et illustrations | 0 | 0 | 0 | 0 | X | X |
Préparation éditoriale | 0 | 0 | 0 | X | X | X |
Mise au point avant impression | 0 | 0 | 0 | X | X | X |
Impression et reliure | 0 | X | X | 0 | X | X |
Distribution, stockage, vente | 0 | 0 | X | 0 | 0 | X |
Légende :0 : tâche du secteur public ; X : tâche du secteur privé.
Beaucoup de gouvernements confrontés au problème de l’insuffisance des moyens de financement pour répondre à la demande de matériels d’apprentissage ont tenté de le résoudre en réduisant le coût de l’approvisionnement en livres. Ils l’ont fait soit en mettant en place des moyens nationaux de production de matériels afin de supprimer la part du bénéfice, soit en important à bas prix des matériels étrangers (4). Dans de nombreux pays en développement, le gouvernement n’avait pas la possibilité de sous-traiter le travail à des éditeurs privés car la capacité éditoriale locale était insuffisante ; il lui a donc fallu lancer des entreprises d’édition. Comme le montrent les enquêtes sectorielles sur le livre et l’analyse des systèmes nationaux d’approvisionnement en matériels d’apprentissage, cette approche n’a été un succès ni du point de vue de l’économie ni de celui de la qualité.
Lorsque l’État a le monopole du marché des matériels d’enseignement, il empêche la formation et la croissance de l’édition locale, mais aussi celles d’un marché commercial du livre. Sauf si le gouvernement entreprend de produire et de vendre toutes sortes de livres et autres matériels imprimés nécessaires pour entretenir l’habitude de lire, les gens n’ont alors aucun texte autochtone à lire à partir du moment où ils ne vont plus à l’école. L’absence d’un secteur éditorial privé a également une incidence sur le marché des livres et autres imprimés étrangers parce que les maisons d’édition multinationales ont besoin de points de vente, comme un réseau de librairies. Il est peu probable que de tels éditeurs soient disposés à mettre en place leur propre réseau de distribution dans un pays qui n’a pas déjà un réseau commercial de diffusion des livres.
Lorsque l’État contrôle la production de manuels scolaires, le degré de professionnalisme est aléatoire car la production se fait suivant les procédures administratives de la fonction publique. Le perfectionnement et la promotion du personnel obéissent à ses règles et cela peut ne pas suffire pour satisfaires aux normes de la profession. Les modalités et réglementations élaborées pour le service public en matière d’achats et de sous-traitance sont en général inadaptées à une maison d’édition soumise à la concurrence du commerce. Les coûts de production des matériels et l’entretien des équipements deviennent flous. Un gros problème des entreprises publiques est que souvent elles n’ont pas de fonds de roulement, mais sont tributaires de toute une gamme de subventions finançant les dépenses d’entretien nécessaires ou l’achat des matières consommables et des machines. Dans ces conditions, la planification est très difficile et la production a un caractère fortement anti-économique.
Une autre stratégie, probablement plus efficace par rapport aux coûts, est de créer des conditions (par exemple, au moyen d’une législation et de stimulants fiscaux) propres à inciter le secteur éditorial privé à participer à la production de matériels d’apprentissage.
La difficulté de parvenir à la viabilité technique et économique à long terme, et de réussir à assurer un financement suffisant et régulier pour produire et distribuer des matériels de qualité en quantités suffisantes, est un trait commun à beaucoup de pays en développement. Les recommandations émises par diverses études à propos de ce problème donnent à penser que la solution pourrait venir d’une participation accrue du secteur privé, tant comme producteur que comme acheteur. L’intervention du secteur privé dans la production brise le monopole souvent dévolu aux entreprises d’État et ouvre à l’édition générale des perspectives qui peuvent déboucher sur une présence accrue du livre. On observe dans des projets récents une tendance des pouvoirs publics à jouer un rôle de coordination et de contrôle dans les institutions qui rédigent, produisent, distribuent et commercialisent les livres, la fabrication et la distribution étant confiées en sous-traitance au secteur privé.
Cette stratégie laisse au gouvernement le soin de s’occuper de ce qu’il fait le mieux, à savoir décider des orientations de la politique éducative, légiférer et réglementer et, enfin, assurer le contrôle de la qualité — autrement dit, assumer les fonctions de planification, de gestion et de supervision de la mise en œuvre des politiques de l’État dans le domaine de l’éducation.
Selon une troisième stratégie, les unités éditoriales publiques sont propriété de l’État mais fonctionnent comme des sociétés commerciales d’édition, et répondent aux appels d’offres en concurrence avec les maisons d’édition privées. Dès lors, la transparence des coûts est assurée. Et l’État joue un rôle moteur dans la promotion du livre, à travers notamment la mise en place d’un système de distribution des livres et au moyen du perfectionnement professionnel.
Il est là, en outre, pour assurer que des livres que les sociétés commerciales ne peuvent pas, ou ne veulent pas, éditer soient quand même publiés — par exemple, les livres à l’usage d’écoles dans les langues de petites communautés autochtones.
Le seul moyen de garantir la satisfaction simultanée des impératifs d’ordre éducatif et des considérations de rentabilité est de mettre en place un système cohérent d’approvisionnement en matériels d’enseignement qui couvre l’ensemble du processus allant de l’élaboration des matériels à leur distribution et au contrôle de leur qualité.
Ce système s’exprime par une politique nationale du livre dans sa globalité et par une politique plus spécifique d’approvisionnement en matériels d’apprentissage au secteur de l’éducation. Formuler de telles politiques et y adhérer sont la fonction et la responsabilité les plus importantes du gouvernement.
Planification, gestion et contrôle de qualité
La politique de l’État est une chose, la situation des écoles en est une autre. La planification relative à une vaste gamme de matériels nécessaires à l’enseignement doit, cependant, toujours reposer sur les conditions qui ont cours et sur des calculs réalistes. Il convient donc d’effectuer périodiquement un inventaire des conditions et une étude complète des besoins, doublés d’un examen attentif de la pertinence et de l’utilité des matériels existants. Les informations obtenues pourront servir de base à l’établissement d’un plan d’approvisionnement en manuels scolaires. Étant donné qu’il faut du temps pour introduire dans les programmes les changements prévus, les plans devront porter sur une période de plusieurs années.
Avec de l’imagination et une planification en prise sur la réalité, il y a moyen de tirer un bon parti des ressources disponibles. Un planificateur réaliste sait aussi tenir compte du fait que toutes les solutions ne sont pas applicables partout, même dans le cadre d’un seul pays. Les stratégies doivent varier comme varient les situations et leurs données ; c’est là une condition de l’élaboration d’un système économique et efficace d’approvisionnement en manuels scolaires.
Il serait possible, en bien des lieux, de réduire les coûts de production et de distribution si les livres étaient prêtés aux élèves et si chaque livre servait à plus d’un élève. Certes, cela n’est pas forcément une solution souhaitable si les écoliers n’ont à la maison aucun endroit où travailler avec leurs livres sans riquer de les abîmer. La formule peut, cependant, donner satisfaction si les livres restent à l’école et si les écoliers ne s’en servent que là ; auquel cas, le programme d’approvisionnement en manuels scolaires devra prévoir l’aménagement d’un espace de rangement adéquat à l’école (5).
Il est pratiquement impossible qu’une économie fasse place en son sein à une industrie de l’édition prospère, en l’absence de politiques de promotion du livre et de production de manuels. Pour être efficaces, ces politiques doivent s’appuyer sur une information précise et étendue sur la production de livres. Cela signifie aussi que la manière de répondre à la demande de matériels d’apprentissage n’est pas nécessairement uniforme dans différentes parties du pays.
Un gouvernement peut réduire ou augmenter le nombre d’activités qu’il entreprend, mais, même lorsqu’il sous-traite des tâches, c’est lui qui doit assumer la responsabilité générale de l’approvisionnement ponctuelle et satisfaisante en matériels d’enseignement de bonne qualité. Pour être capable de faire face à cette responsabilité, le personnel chargé de ce domaine doit avoir la formation nécessaire pour planifier, gérer, superviser et contrôler le travail.
En outre, le gouvernement doit exercer un contrôle de qualité en ce qui concerne le contenu, la présentation et l’aspect. Par exemple, la qualité de la reliure et les caractéristiques du papier des pages intérieures et de celui de la couverture sont des facteurs importants de la vie du livre. Un livre qui perd sa couverture ou commence à se désagréger parce qu’il a été mal relié a une durée de vie réduite. Trop souvent, la fabrication des livres utilisés dans les écoles et les programmes éducatifs est si médiocre et bon marché qu’ils se désagrègent dès la première semaine d’usage.
Si la solution la plus chère n’est pas nécessairement la meilleure, la solution la moins chère est souvent d’un mauvais rapport coût-efficacité. Lors des appels d’offres pour la production des livres, il est indispensable que les responsables de la passation des marchés soient capables de juger de la qualité du contenu et de spécifier la qualité de papier, d’impression, de couverture et de reliure permettant d’obtenir le produit le plus efficace par rapport à son coût.
La collection des matériels d’apprentissage sur lesquels repose l’enseignement du programme est largement fonction des politiques gouvernementales. Les livres destinés au secteur de l’éducation doivent-ils être des créations originales, des adaptations ou des traductions de titres disponibles, ou bien être achetés dans le lot des titres nationaux et internationaux disponibles ? De nombreux facteurs économiques et éducatifs sont à prendre en considération avant d’arrêter une décision.
L’élaboration des titres fait suite à la publication des directives du programme d’études. Il s’agit alors de savoir si l’établissement des textes doit être confié à des fonctionnaires du Ministère de l’éducation ou à des éditeurs du secteur privé. De même, la fabrication doit-elle être assurée par le secteur public, le secteur privé ou une association des deux ?
Un problème central qu’ont à résoudre les unités d’élaboration des programmes de tous les ministères de l’éducation du monde est celui de la façon de transformer un programme d’études en matériels fonctionnels du point de vue de l’enseignement. La rédaction et l’agencement des matériels d’enseignement demandent quelque chose de plus que la connaissance d’une matière. La capacité d’exposer par écrit et de présenter une matière de telle manière que le livre soit un outil d’enseignement efficace fait appel à la fois à des connaissances, à une expérience et à un certain sens de la forme à donner à un livre. Rédiger et agencer un livre bien fait destiné à des enfants est tout autre chose que d’écrire pour des adultes.
Enfin, les essais d’utilisation, l’évaluation et la révision des matériels doivent être conduits de manière régulière.
Il n’y a pas que les manuels scolaires
A propos de l’importance des matériels d’apprentissage, le programme de l’éducation pour tous souligne que l’enseignement est nettement plus efficace lorsque l’on prête attention à certains facteurs : (a) pertinence des programmes, qui doivent être régulièrement révisés pour assurer la cohérence... ; (b) élaboration de matériels pédagogiques adéquats, tels que livres de classe, auxiliaires pédagogiques et guides de l’enseignement ; (c) meilleure utilisation du temps d’enseignement ; (d) amélioration de la qualité de l’enseignement, essentiellement par la formation continue des enseignants ; enfin (e), recentrage de l’enseignement primaire sur l’enfant. [...] De nos jours, les programmes d’enseignement doivent être d’excellente qualité et pertinents si l’on veut qu’ils répondent aux besoins complexes des individus, des employeurs et de l’ensemble de la société. Pour améliorer la qualité de l’enseignement, il faut des ressources adéquates, des enseignants compétents, des installations appropriées et des manuels, matériels et méthodes modernes. Assurer la qualité de l’enseignement et la maintenir suppose une gestion et une planification efficaces, tant au niveau du système qu’au niveau local, et la ferme volonté de défendre l’idée de qualité (6).
Les matériels d’apprentissage nécessaires pour aider l’enseignant ne sont pas que des manuels scolaires. La possibilité de disposer de manuels scolaires est reconnue depuis longtemps comme un facteur important de l’acquisition de l’instruction, si bien que gouvernements et institutions se sont focalisés, à l’exclusion des autres aspects de la question, sur des projets et des programmes d’approvisionnement en manuels scolaires. Pourtant, il y a des livres qui ne sont pas des manuels scolaires et des matériels pédagogiques qui ne sont pas des livres (notamment le tableau et la craie, la carte, le tableau à feuilles mobiles, les ciseaux, les crayons, les cahiers, les carnets, le matériel et les instruments qui servent à l’enseignement des sciences, la radio et la télévision, l’ordinateur, etc.), mais qui sont tout aussi importants pour l’élévation du niveau d’instruction. Il y a différentes manières de choisir des matériels efficaces par rapport à leur coût, et de nombreux facteurs peuvent intervenir dans le choix.
L’acquisition des connaissances est fonction du savoir de l’enseignant et de son talent de pédagogue, mais aussi des disponibilités en manuels scolaires et autres matériels d’apprentissage, et du temps consacré par les élèves à l’apprentissage. Le niveau et la gamme des matériels didactiques dont disposent les enseignants et les élèves conditionnent ce qui se passe dans une classe. Lorsqu’il y a de l’argent pour acheter des livres et d’autres matériels d’apprentissage, les maîtres sont en général plus qualifiés, et l’enseignement plus diversifié et plus efficace, que lorsque les manuels sont rares et que les enseignants ne sont pas mieux pourvus que leurs élèves en matériels de lecture complémentaires.
Cependant, lorsqu’il y a des manuels scolaires, il ne faut pas négliger l’importance de la formation à donner aux maîtres pour l’utilisation des nouveaux matériels d’enseignement. Quels que soient les matériels dont on dispose, leur efficacité dépend de la capacité qu’a l’enseignant de les utiliser de la façon voulue. Tout programme efficace d’élaboration de programme d’études et de manuels scolaires doit comprendre l’établissement de guides de l’enseignant et de matériels d’enseignement additionnels, lesquels seront présentés à l’enseignant au moyen de cours de perfectionnement en poste.
Lorsque les matériels d’enseignement sont rares, le problème vient de l’insuffisance du nombre d’exemplaires de chaque manuel et du rayon d’action réduit de ceux dont on dispose. Les élèves n’apprennent pas à la même allure. La mauvaise qualité des matériels didactiques et l’inégalité de leur degré d’élaboration à différents niveaux de l’apprentissage accroissent la difficulté de la tâche des enseignants. Des approches différentes doivent pouvoir s’appuyer sur des matériels d’apprentissage différents. Les classes alternées et les classes à plusieurs divisions, par exemple, ont besoin d’une gamme plus étendue de matériels didactiques que les classes à une seule division.
Dans les pays pauvres où les livres sont rares et les enseignants souvent dépourvus de formation, les manuels scolaires tiennent une place bien plus grande que dans des pays plus développés (7). Le manuel devient alors l’élément le plus important de l’enseignement, si ce n’est son unique moyen. Sans le manuel scolaire, impossible d’enseigner les compétences, les concepts et les contenus inscrits dans le programme. En l’absence d’autres sources d’information, le manuel apparaît comme la plus importante et souvent la seule source de contenu pour l’enseignant, et l’unique base de référence de l’examen et de l’évaluation. L’importance des manuels lorsque les enseignants n’ont pas de formation a été mise en évidence dans une étude (8) réalisée dans le nord-est du Brésil, au cours de laquelle on a demandé à des enseignants de passer avec leurs élèves un examen général multidisciplinaire. Les élèves ont obtenu de meilleurs résultats que leurs maîtres, ce qui s’explique par le fait que les élèves avaient appris davantage de leurs manuels que de l’enseignement de leurs maîtres.
Le rôle que jouent les manuels scolaires dans le processus d’instruction doit être apprécié en fonction des réalités financières, sociales et culturelles. Si les dispositifs d’approvisionnement en manuels scolaires, mis en place à l’origine en correspondance avec les programmes d’éducation formelle, ne correspondent pas aux réalités économiques, sociales et culturelles d’un pays en développement, le bon sens peut commander que l’on révise la conception du manuel, et non le seul texte. Il y a encore des recherches à faire sur la pertinence et l’efficacité des matériels d’apprentissage dans un contexte déterminé et sur l’efficacité de simples guides, plans de cours et livres d’exercices. Il y a lieu aussi d’attacher davantage d’attention à l’intégration des normes requises aux examens et autres aspects du processus d’apprentissage. Ce sont les normes requises aux examens, et non les programmes d’études, qui déterminent dans beaucoup de classes ce qui est enseigné aux élèves.
Lorsque les manuels scolaires sont rares ou que les élèves ne peuvent en disposer que dans l’enceinte de l’école, d’autres types de matériels didactiques peuvent être à la fois plus importants et plus efficaces. Si, par exemple, il y a peu de manuels dans les écoles ou si la situation financière est telle qu’il n’y a guère d’argent disponible pour l’achat de matériels d’apprentissage, l’auxiliaire pédagogique le plus efficace par rapport à son coût pourra être le livre d’exercices d’application du programme d’études dont dispose l’enseignant.
Il faut aussi envisager le contenu des manuels scolaires et la démarche pédagogique. Des progrès ont été accomplis en matière d’élaboration des matériels d’enseignement, mais il faut faire beaucoup mieux. Le contenu des matériels doit être appréhendé comme une activité permanente. De manière générale, les matériels d’enseignement sont conçus à l’intention de gens qui vivent dans des villes ; ils sont influencés par les normes et les valeurs des couches supérieures, souvent conservatrices, de la société. En bien des façons, les matériels d’enseignement parlent souvent une langue différente de celle des élèves.
La lisibilité et la présentation comptent beaucoup. Une présentation médiocre et des niveaux de difficulté de lecture inadaptés peuvent suffire à faire manquer son but à un manuel scolaire par ailleurs bien fait.
L’enseignement reste dominé par la leçon apprise par cœur. Or, il faut concevoir des programmes visant à améliorer la production de matériels d’apprentissage en y incorporant les lignes de force du programme de l’éducation pour tous, quant aux finalités de l’enseignement, à savoir les horizons de l’apprentissage, l’effet humanisant de l’éducation, apprendre à apprendre et apprendre à être à l’écoute de l’autre.
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