La mise en place d’un système durable d’approvisionnement en livres ressemble beaucoup à celle d’un nouveau secteur industriel complexe, Comment et la complexité de la tâche s’impose de la même manière, que la gestion du système Procéder soit assurée par le secteur public, par le secteur privé ou selon une formule mêlant l’un et l’autre. |
Il s’agit de constituer, de former et d’administrer (ou employer) des équipes distinctes chargées de s’acquitter de chacune des grandes catégories d’activités suivantes et de mettre en place un dispositif administratif qui en assure la coordination :
Au vu de cette liste et compte tenu de ce qui a été dit dans les chapitres précédents, la tâche d’approvisionnement et de développement des livres peut sembler d’une ampleur accablante. Par quoi faut-il commencer, comment s’y prendre et qui doit le faire ? Avoir conscience de ce qu’il s’agit d’obtenir est la première condition requise des décideurs et des travailleurs du secteur du livre. Des campagnes de promotion de la lecture et du livre peuvent être un moyen utile de susciter de l’intérêt pour des livres et le goût de la lecture.
Ceux qui décident de la politique à suivre et ceux qui la mettent en œuvre doivent donc, avant toute chose, savoir comment fonctionne le secteur du livre. Et sans minimiser l’utilité des campagnes de promotion du livre et de la lecture visant à éveiller l’intérêt de la population, le gouvernement devra, pour assurer que le développement du livre contribue à celui du pays, prendre l’initiative dans les domaines suivants : la mise en place d’une politique nationale du livre qui donne toute priorité à la promotion du livre, la mise en place d’une politique relative à l’approvisionnement en matériels d’instruction à l’usage des écoles et des programmes d’éducation non formelle, la désignation de domaines prioritaires pour le développement du livre, l’établissement de plans de développement quinquennaux, la création/désignation d’une institution indépendante chargée de coordonner les activités centrées sur le livre et de mettre en œuvre la politique gouvernementale dans ce domaine, enfin la dotation de ressources et de moyens de financement suffisants. L’une quelconque de ces mesures peut servir de point de départ.
Établissement d’une politique nationale du livre
Le livre, l’éducation et le développement sont inextricablement liés. Au fil des chapitres précédents, l’interdépendance entre l’approvisionnement en livres de bonne qualité au secteur de l’éducation et l’existence d’une industrie nationale du livre a été plusieurs fois mise en relief. L’importance des politiques gouvernementales a aussi été soulignée, tout comme l’impératif d’une planification à long terme pour le secteur du livre.
Une politique nationale du livre est un ensemble cohérent de réglementations et d’indicateurs mis en place par les pouvoirs publics d’un pays pour encadrer le développement, l’impression et la diffusion des livres et des autres matériels imprimés, et qui vise à promouvoir dans ce pays la culture de la lecture. Il y faut impérativement l’appui de la plus haute autorité de l’État car il s’agit non seulement d’obtenir l’attribution de ressources suffisantes, mais de conférer à la politique du livre le poids nécessaire pour en garantir l’application.
Une politique nationale du livre complète acquiert son importance au travers des mesures de contrôle auxquelles elle assujettit la publication, la distribution et l’utilisation des livres. Même lorsque l’industrie de l’édition n’est pas sous le contrôle de l’État par le biais des autorisations ou parfois de la censure, la législation établie par différents ministères doit être respectée. Une politique nationale du livre cherche à réduire les anomalies des diverses politiques nationales qui ont une influence sur le secteur du livre, rend compte des diverses lois, règles et réglementations qui s’appliquent à l’édition, à l’impression, à la distribution et à l’utilisation des livres, et désigne son organe d’exécution en en définissant les attributions.
La planification stratégique de la production et de la promotion du livre doit s’appuyer sur une analyse systématique de l’information et son extrapolation. Mais il faut ensuite savoir évaluer, choisir et décider. L’établissement d’une politique nationale du livre doit impérativement se dérouler dans un climat de coopération et de communication entre spécialistes et décideurs.
Une politique nationale du livre n’opère pas dans le vide. Il faut faire connaître ses éléments et leurs conséquences pratiques parmi les éducateurs et les planificateurs de l’éducation, mais aussi parmi les éditeurs et autres intervenants du secteur du livre. Pour ce faire, il convient de mettre en place un forum ou quelque autre institution qui coordonne les activités et veille à ce que les politiques soient appliquées et à ce que les projets financés de l’extérieur s’inscrivent
dans le cadre qu’elles définissent. Cette institution offrira aussi un centre permanent de rassemblement de données, de recherche, de développement et de débat. De même, il faut institutionnaliser la formation de manière à garantir l’application des normes professionnelles et leur mise à jour.
Une politique nationale du livre doit :
Source : Planification du développement des matériels scolaires. Module no 2 : Étude sectorielle du livre. C. Nair, IIPE, 1995.
Il y a quelques questions à résoudre avant d’entrer dans les détails de l’élaboration d’une politique, et notamment celles-ci : quels sont les objectifs de la politique nationale du livre ? Quelle cible de développement peut-on raisonnablement fixer ? Comment faut-il procéder et qui doit être chargé de la formuler ? Combien coûtera-t-elle et comment sera-t-elle financée ? A qui doit être confiée la responsabilité de sa mise en œuvre ? Dans quels délais doit-elle être mise en œuvre ?
Une politique nationale du livre doit intégrer dans son élaboration des spécificités politiques, culturelles, éducatives, sociales et économiques. Ses composantes sont, toutefois, communes à tous les pays.
Nous présentons ci-après l’esquisse d’une structure possible des modalités d’établissement, d’adoption et de mise en œuvre d’une politique nationale du livre.
La politique du livre
1.1 Il convient de définir la nature et le champ d’application de la politique (par exemple, la politique du livre sera le principe directeur de tous les programmes et projets qui seront entrepris dans le domaine de la promotion du livre dans le pays) et de stipuler qu’elle sera périodiquement révisée, notamment en ce qui concerne les stratégies, à la lumière de son application, de son efficacité et de son actualité.
L’établissement des politiques du livre et leur mise en œuvre sont une tâche complexe qui demande beaucoup de temps et qui, outre la mobilisation de fonds et les mesures législatives qu’elle appelle, nécessite souvent une modification de l’ordre des priorités à tous les niveaux de la société. Un laps de temps de dix ou quinze ans est un délai de travail raisonnable et il peut falloir énormément de temps pour faire aboutir entièrement une politique et atteindre les objectifs d’approvisionnement en livres.
1.2 Dans le cadre de la politique nationale du livre, il convient de définir l’importance, la place de la promotion du livre et l’apport du développement du livre au développement national.
On précisera le statut du secteur du livre. En raison de son importance pour le développement des ressources humaines, l’UNESCO préconise fortement depuis longtemps que le secteur du livre bénéficie d’un statut de priorité entraînant un traitement préférentiel du livre en matière de politique fiscale, de facilités de crédit, de réglementation des importations et de stimulants à l’exportation, d’approvisionnement en matières premières, d’organisation des moyens de formation, etc.
1.3 Il convient d’énoncer les objectifs globaux. Ce sont, par exemple : éliminer l’analphabétisme et susciter l’habitude de lire, assurer l’accès à l’information et aux savoirs qui conditionnent l’accélération du développement national, développer l’approvisionnement en livres et autres matériels imprimés dans tous les secteurs de la société, assurer des fournitures de livres de bonne qualité au secteur de l’éducation; encourager le développement d’entreprises d’édition et d’imprimerie; soutenir le métier d’auteur et le perfectionnement des compétences.
1.4 La politique doit analyser les questions du domaine juridique qui touchent le secteur du livre, notamment le droit d’auteur et l’adhésion à divers instruments juridiques internationaux.
1.5 Une politique nationale du livre doit impérativement intégrer dans sa conception les caractéristiques spécifiques d’ordre politique, culturel, linguistique, éducatif, social et économique du pays, et toujours s’accorder aux autres politiques nationales, notamment celles qui concernent l’éducation, la communication et la langue nationale.
1.6 Il doit y avoir, en matière d’approvisionnement des écoles et des programmes d’éducation non formelle en matériels didactiques, une politique qui soit à la fois distincte et partie intégrante de la politique nationale du livre.
Bon nombre des questions qui ont trait à l’approvisionnement en matériels d’apprentissage à l’usage du secteur de l’éducation sont régies par la politique du livre. Ce champ d’édition a de nombreux traits communs avec l’édition générale, mais, en raison de ses aspects spécifiques, il doit faire l’objet d’une politique distincte. La production des matériels destinés au secteur de l’éducation représentant un pourcentage considérable du marché du livre, il est important pour le secteur privé de l’édition que des politiques, énoncées publiquement, soient mises en place pour encadrer cette production.
2.1 En se fondant sur une analyse et une évaluation du développement actuel du secteur du livre, la politique nationale du livre doit cerner et énoncer des objectifs à moyen terme et à long terme à assigner au développement du secteur du livre.
2.2 Outre sa finalité générale de développement de l’infrastructure éditoriale et de promotion de l’intérêt pour les livres, la politique nationale du livre peut spécifier des domaines prioritaires tels que la production de certains livres et matériels imprimés, le développement des bibliothèques ou des politiques linguistiques, des préoccupations d’ordre social, économique et culturel ou encore liées au développement industriel, notamment la nécessité d’étoffer la capacité en personnel, la question de l’accessibilité du prix des livres, la distribution, le contrôle de qualité et la volonté de faciliter les partenariats.
2.3 La politique devra énoncer des principes directeurs relatifs aux rôles respectifs des maisons d’édition publiques et du secteur éditorial privé, et préciser les modalités de leur coopération.
2.4 Elle indiquera des lignes directrices à suivre en matière de récupération des coûts, d’accessibilité des prix et de durabilité économique.
3.1 Une fois fixés les objectifs, la politique du livre doit indiquer les stratégies à appliquer pour les atteindre.
Des objectifs différents appellent des stratégies différentes, et il y a des décisions à prendre pour soutenir le développement de l’infrastructurel. Ces stratégies doivent prendre acte des impératifs que sont notamment pour l’édition :
3.2 Une des premières décisions à prendre a trait à la coordination et à l’application de la politique du livre.
Il importe de ne pas sous-estimer la complexité de cette tâche, qui impose souvent une modification de l’ordre des priorités et la nécessité de cultiver des intérêts qui n’existaient pas auparavant. Il est impératif que l’organisme auquel est attribuée la responsabilité générale de la planification, de la gestion et du contrôle d’exécution d’une politique du livre soit investi d’un pouvoir exécutif adéquat et doté de moyens financiers suffisants, ainsi que du personnel nécessaire.
Il est indispensable qu’un organisme central soit en place pour s’occuper de la mise en œuvre d’une politique du livre, réunir et mettre à jour l’information relative au secteur du livre, organiser une coopération entre les institutions et les professionnels du monde du livre, et coordonner l’activité. Que ces responsabilités soient dévolues à un conseil du livre ou à toute autre institution, il est essentiel qu’il s’agisse d’un organisme autonome disposant de ressources propres et d’un secrétariat permanent, et qu’il limite ses activités à la promotion du livre et s’abstienne d’intervenir dans l’édition commerciale ou la vente des livres.
Selon le degré de pouvoir dont cet organe d’exécution générale est investi, il déléguera la responsabilité de certains éléments de stratégie de la politique nationale ou en conservera l’exclusivité. La politique devra, toutefois, spécifier aussi la finalité et les moyens d’une intervention et d’une coopération complémentaires des autres organismes du secteur du livre (par exemple, à travers la constitution de réseaux).
Financement et ressources
4.1 Pour que la politique du livre puisse remplir sa fonction, il faut doter l’organe d’exécution générale de ressources suffisantes pour lui permettre de faire son travail en toute indépendance et efficacité.
4.2 Il faut également prévoir, le cas échéant, la dotation de ressources en faveur des éléments de la politique du livre qui ne relèvent pas des attributions de l’organe d’exécution générale, comme l’approvisionnement en matériels d’apprentissage au secteur de l’éducation, la bibliothèque nationale, etc.
4.3 Les moyens de financement, l’établissement des budgets et les modalités de vérification des comptes doivent faire l’objet d’une description, tout comme les moyens d’obtenir un financement extérieur pour des projets divers auprès d’organismes nationaux et internationaux.
Le financement est toujours une affaire importante. Les fonds affectés à la promotion du livre dans les pays en développement sont la plupart du temps insuffisants en regard de l’importance que revêt le développement du livre pour le développement général. Il sera plus facile d’obtenir des financements si, grâce aux politiques mises en place, il devient possible de faire des plans à long terme, d’établir des budgets en prise sur la réalité, de lancer des entreprises commerciales et de compter sur un plus haut degré de responsabilisation. Avec des politiques gouvernementales bien établies en faveur du développement du livre, les entreprises du secteur privé peuvent aussi être plus tentées d’y investir.
On ne saurait sous-estimer l’importance des politiques nationales du point de vue du bon usage des programmes bénéficiant d’un financement extérieur. Lorsque les gouvernements nationaux ont préalablement pris l’initiative d’établir et d’adopter des déclarations de politique sectorielle, il est plus facile aux bailleurs de fonds extérieurs d’apporter leur soutien à la politique en cause. S’il existe une politique nationale du livre qui encadre la conception des projets, fixe le type de mécanisme de financement applicable à l’aide extérieure et trace pour le secteur du livre les perspectives d’une stratégie à long terme, les projets auront davantage de chances de contribuer à un développement durable.
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