MOZAMBIQUE

La Réinsertion des Jeunes Démobilisés.

Situation de Post-conflit :
EMPRESA JOVEMINICIATIVA JOVEM

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CONTEXTE

Au moment des accords de paix, en 1992, entre le gouvernement et la Renamo, on compte 75.000 soldats réguliers démobilisés et 11.000 autres combattants. Pour eux tous, le retour à la vie normale, la réintégration, ne devait pas signifier le retour à la pauvreté et pourtant les espoirs d’emploi pour les jeunes, et en particulier les jeunes sans instruction, sont quasiment nuls... Un grand nombre de ces démobilisés, hommes et femmes, se sont retrouvés dans la rue avec pour seule qualification la conduite des combats. Les femmes démobilisées se sont de plus heurtées à la discrimination sexuelle en matière d’assistance financière, d’aide à la réinsertion. Dans une publication du Centre d’Etudes Internationales " Démobilized Soldiers Speak ", les soldats démobilisés déclaraient que les objectifs de formation, pour ce qui les concerne devaient être les suivants : conjuguer une éducation à la paix à des activités de formation concrète en vue de la réintégration. Le président de l’Association Mozambicaine des démobilisés, recruté à 17 ans s’est retrouvé à la tête de missions au combat  parce qu’il était " courageux et discipliné ". C’est aujourd’hui, à travers le monde, le sort de plus de 300.000 enfants âgés de moins de 18 ans, mobilisés dans des conflits armés à travers le monde. La Présidente du département femme de cette organisation a rejoint les forces armées du FPLM à l’âge de 15 ans.

LE PROJET EMPRESA JOVEM

Ce projet, partant d’une connaissance concrète du marché de l’emploi comme des capacités et des besoins des jeunes, a été mis en place en 1994 ; il s’est appuyé sur l’émergence d’une industrie touristique et a associe les arts, l’artisanat et l’éducation de base non formelle. L’UNESCO et le Gouvernement Mozambicain , dans ce cadre, ont fait le choix de ne pas s’adresser essentiellement aux démobilisés mais d’engager une démarche de réintégration à partir du constat qu’ils partageaient avec d’autres jeunes le fait de vivre dans la précarité. Aussi le programme a concerné à la fois des enfants des rues, des démobilisés et de jeunes mères célibataires ; l’ objectif central était d’œuvrer à la réinsertion sociale des jeunes, de les faire échapper à une identification par les épreuves subies.

Au bout d’une année le staff de l’UNESCO s’est peu à peu dégagé de la gestion du projet et se sont les jeunes qui ont conduit la suite du programme. Ils ont ainsi procédé à l’exclusion des plus indisciplinés d’entre eux, organisé des recrutements nouveaux. Peu à peu le groupe s’est soudé. Avec l’esprit de corps s’est constituée l’identification à des objectifs précis. On a pu observer le passage d’une identité fondée sur le préjudice à l’adhésion à une réalisation collective appelée :  "  Empresa Jovem ".

Les Activités du Projet : La formation

Plusieurs workshops ont été réalisé par l’UNESCO. Le projet a développé des activités d’alphabétisation et des activités de formation professionnelle ou de formation à la gestion. Le mode d’encadrement a fait appel à des artisans, au placement dans des entreprises ou à de l’encadrement plus traditionnel. Considérant la grande concurrence, sur le plan régional, en matière de produits de l’artisanat, les programmes de formation professionnelle ont d’emblée visé à la production de biens (40%) pouvant être placés sur le marché international. Aussi certaines formations ont-elles bénéficié du support pédagogique de l’Ecole des Beaux Arts.

Les actions générées par ce programme :  Iniciativa Jovem 

Le projet " iniciativa jovem ", mis sur pied en 1997, avait pour objectif central de continuer à contribuer au développement de l’environnement social des communautés locales, en offrant aux jeunes des formations professionnelles orientées vers leur réinsertion comme acteurs dans ces communautés. Un centre de 200 jeunes a été créé à Maputo, un second est prévu sur l’île du Mozambique. Le premier centre devait être organisé de sorte qu’il puisse aussi servir de référence à d’autres projets et dans d’autres régions, être fondé sur des initiatives et des capacités locales.

Les activités d’Iniciativa Jovem :

Pour l’UNESCO, la notion d’économie populaire est le pivot d’une politique d’éducation centrée sur l’objectif d’une formation professionnelle d’insertion. Elle est le refuge des plus marginaux. Ce projet a donc été conduit à partir de la connaissance, issue du programme Empresa Jovem , d’activités génératrices de revenus sur le terrain ; il a été souhaité encore une fois allier l’éducation au développement des capacités d’organisation des jeunes. Des activités diverses ont été dégagées : formation à la vannerie, à la menuiserie, à la céramique, au tissage, au batik, au travail du cuir, à la sculpture, à la poterie, à la fabrication de briques, à la sériciculture, au recyclage des déchets etc... Une ferme de la Soie a été prévue, sur la base d’une expérience menée avec  Empresa Jovem avec des métiers à tisser importés du Cambodge, à coût faible et simple d’utilisation. Ces différentes compétences s’intègrent à l’économie populaire, qui représente 43% du volume de l’activité économique du pays. "Les arts et l’artisanat ", et en général l’économie populaire, constituent un terreau naturel pour l’apprentissage. Les règles de l’économie populaire s’adaptent parfaitement à la promotion de l’éducation non-formelle (alphabétisation fonctionnelle, calcul, notions de comptabilité). Des activités de communication ont été mises en place par le biais d’un réseau. A l’issue du projet, chacun des élèves peut appliquer ses nouvelles compétences à titre individuel. Le programme se décompose ainsi :

  • La rénovation de maisons de jeunes
  • La réalisation d’un réseau entre tous les partenaires: les deux centres, les institutions de l’Etat, les ONG.(Arco Iris, Link, Concern, Club de Juventude, Caritas), les agences partenaires du système des Nations Unies.
  • La connaissance du marché local du travail.
  • La connaissance des besoins en formation de base, en éducation de base et en activités socioculturelles.
  • L’évaluation des moyens locaux pouvant être utilisés.
  • L’identification et la formation de jeunes leaders, de coordinateurs, d’animateurs et d’instructeurs.
  • La production de matériel pédagogique.
  • La mise sur pied d’un bureau d’orientation professionnelle dans les deux centres , en liaison avec des entreprises privées.
  • L’enseignement proprement dit.
  • La participation à la définition d’une politique nationale de la jeunesse.
  • L’évaluation des activités du projet et de ses résultats.

EVALUATION DU PROGRAMME 

Dans un pays dévasté par une guerre civile, la résurgence des arts et de l’artisanat locaux par les jeunes, dans le cadre de la reconstruction, contribue à promouvoir la culture et l’identité nationales. Le fait que des jeunes marginalisés soient des artisans de ce processus leur donne un sentiment très fort d’utilité et de raison d’être. Le concept de " participation " est la seconde composante fondamentale du projet " éducation contre l’exclusion ". Les formateurs ont souvent été des artisans et des artistes locaux. En 1999, trois autres centres ont été crées hors de la capitale ; préalablement à leur création des jeunes font du porte à porte en vue d’informer les populations de l’ouverture d’un nouveau centre et d’identifier les besoins et les aspirations de la communauté locale. Le projet " Empresa Jovem ", suivi de celui d’ " Iniciativa Jovem ", a servi en quelque sorte de vitrine au programme de formation. Entreprise-jeunes fut créé autour d’un centre de vente de produits réalisés par des jeunes de Maputo, dans le secteur informel, susceptibles d’intéresser les touristes et la population.

Autour de ces notions d’Empresa jovem et Iniciativa jovem s’est développée une identité nouvelle pour la population concernée. La référence ici n’est plus la guerre, le fait d’être un ou une démobilisé(e) mais d’être un jeune " empresa jovem "ou " iniciativa jovem ". Cette nouvelle identité est en partage entre les élèves des différents centres, elle est leur référence commune, il y a bien ici une forme d’être en commun qui est l’un des objectifs centraux du projet.

La difficulté la plus importante rencontrée dans la réalisation de ces programmes est celle de la nécessité de créer des infrastructures. En effet après la guerre un grand nombre de centre de jeunes, de bâtiments pouvant jouer ce rôle étaient détruits. La logique du projet suppose l’existence d’un lieu, d’un territoire qui permette aux jeunes de se rencontrer, d’échanger, de se former mais aussi de se définir par rapport aux autres. Aussi une partie importante du financement est-elle à chaque fois allouée à la restauration ou à la construction de bâtiments.

Ce projet dépend de la vitalité de l’économie et donc la diversification des formations dispensées aux jeunes dans ce cadre est très importante. Ils doivent pouvoir saisir les plus minces opportunités d’emploi. La difficulté est alors de faire accepter, de valoriser des apprentissages qui ne renvoient pas à des métiers traditionnellement reconnu dans la société comme plombier, menuisier... et d’orienter les jeunes vers le traitement de déchets, l’exploitation de plantes médicinales, etc...

Enfin les premiers projets de Maputo inaugurent une série qui commence à s’élargir. Aussi doivent-ils à chaque étape trouver un consensus parmi les différents partenaires et en période de post-conflit cela signifie des efforts constants et une grande vigilance.

 

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