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UKRAINE – RUSSIE – BIELORUSSE
Réhabilitation Psychologique En situation d’Urgence Les Centres Communautaires DE TCHERNOBYL
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| CONTEXTE
Le 26 Avril 1986, l’humanité connaît sa première catastrophe nucléaire civile avec l’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl. Ce réacteur situé en Ukraine n’avait que trois ans d’âge. Il faisait la fierté des autorités soviétiques. L’incident est survenu à la suite d’une manœuvre de vérification de sécurité. Les vents ont poussé le nuage radioactif à travers ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, la Biélorussie, la Fédération de Russie, les ciels de Suède, de Grèce et de Grande Bretagne. Cette catastrophe entraîna un quart de million de réfugiés sur les routes, neuf millions de personnes furent atteintes par ce cataclysme auxquelles il faut ajouter plus de 650.000 sauveteurs, employés à enrayer la diffusion de la radioactivité, des héros devenus des parias. La centrale a explosé 13 mois après l’arrivée d’un président, Gorbatchev, à la tête de l’URSS, décidé à entreprendre des réformes décisives pour l’avenir de la région ; pendant que se déroulait les activités de sauvetage, l’URSS éclatait peu à peu sous la pression d’évènements intérieurs et extérieurs. Depuis les différentes républiques connaissent un difficile passage à l’économie de marché. Et, en 1994, a lieu le démantèlement de l’infrastructure nucléaire de l’URSS. L’ignorance du vrai danger encouru à la suite de l’explosion du réacteur, les rumeurs, le stress, les conditions de vie malsaines ont constitué des facteurs aggravants des effets de la catastrophe. L’ampleur du désastre et l’état des structures de l’ex-URSS ont justifié la mise en commun de toutes les énergies afin d’affronter les effets écologiques, sanitaires, économiques, politiques, psychologiques et sociaux de l’accident nucléaire. Dans ce cadre, en 1991, les gouvernements de Biélorussie, de Russie et d’Ukraine ont fait appel à l’UNESCO qui a défini des projets dans ses domaines de compétence, dont le projet n° 64. Il s’est agit, à cette occasion, de mettre en place dans les trois républiques des centres communautaires de réhabilitation psychologique. Le concept de centre communautaire de réhabilitation psychologique désigne une infrastructure qui intègre un certain nombre de fonctions, allant du travail social à l’accompagnement psychologique requis plus particulièrement par les situations en liaison avec l’incident nucléaire. Ce projet de neuf (9) centres a été élaboré à partir de la connaissance de la situation de la population affectée par le sinistre : détresse, besoin d’assistance psychologique dans les pays comme l’Ukraine qui comptaient 800 psychologues pour 52 millions d’habitants, communautés disloquées, problèmes économiques. L’emplacement de ces centres a été décidé en concertation avec les autorités nationales. Les Objectifs du Projet n° 64 Les centres ont été conçus "d’abord et avant tout comme des écoles d’initiative et de démocratie par la pratique d’une véritable action communautaire, leur finalité n’est pas d’enseigner la sociologie ou de prêcher les Droits de l’Homme mais de donner aux communautés l’occasion de découvrir par elles-mêmes comment ces principes peuvent les aider à se développer individuellement et collectivement ". C’est pourquoi par ce programme l’UNESCO a cherché :
Les Activités du Projet Les différentes activités peuvent être décomposées ainsi :
L’ensemble de ces actions ont été conçues en vue de développer :
Les activités du projet ont donc reposé sur les discussions de groupe, le jeu, le sport, la fête et plus tard l’idée de développement d’activités économiques. Le Financement du Projet Il a été décidé de créer trois centres communautaires par pays, soit neuf pour l’ensemble du projet. Le coût global du programme est de 2 millions de U.S.$ fournis par :
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Le projet a aussi bénéficié d’un sponsoring important :
Toutes ces actions n’ont pas eu d’incidences notables sur le financement des centres, mais ont eu pour effet d’accroître de façon importante le prestige de ces institutions. La Gestion du Projet Les salaires et le fonctionnement financier des centres ont été gérés par les autorités nationales, soit :
Les Objectifs de l’Evaluation du Projet Les objectifs de l’évaluation menée en 1996 furent :
Les Résultats de l’Evaluation Impact du projet L’évaluation a porté sur deux années de fonctionnement , de 1994 à 1996. Durant cette période les centres ont enregistré 156.000 entrées dont 90.400 concernaient des enfants, 36.800 des adolescents et 29.420 des adultes. On note 32.730 consultations individuelles et 10.920 réunions de groupe. La gestion, l’organisation du projet Le projet a enregistré une articulation satisfaisante des actions à tous les niveaux. Le partage des compétences est bien réparti :
En effet il faut considérer le fait que la méthode professionnelle, la psychologie, souffre dans cette région du monde de connotations négatives liées à l’histoire locale et au rôle qu’elle a joué, aux côtés de la psychiatrie, durant la période antérieure. D’autre part la notion de travail social était absente en URSS. Ces éléments d’analyse expliquent le sentiment des professionnels de ces secteurs d’être renforcés par ces projets, de même que leur satisfaction à jouir de formations nouvelles continues. La méthode professionnelle a donc bénéficié d’une valorisation certaines et les centres ont su :
La réponse intégrée, tant du pont de vue organisationnel que de celui du contenu des activités, a grandement contribué au fonctionnement et à la modernisation des structures existantes ce qui a entraîné une reconnaissance certaine par la communauté du rôle social des centres communautaires. Peu à peu le projet a pu prendre en charge des problèmes de la collectivité comme l’alcoolisme. Ce projet a toutefois connu des difficultés, en particulier administratives et pratiques comme des retards dans la construction et dans le paiement des salaires, dans la livraison du matériel et aussi des problèmes liés aux rigueurs de l’hiver. D’autre part les coordinateurs nationaux disposent formellement de beaucoup de pouvoirs or, ayant d’autres fonctions, ils disposent de peu de temps pour s’occuper des affaires du programme. Dès le début, la réflexion n’a pas été menée en termes de durée et la pensée d’une autonomie du projet n’a pas été incluse. Que faire après le départ des initiateurs étrangers ? Cette interrogation n’a été intégrée que dans la phase finale. On peut expliquer cela par le fait que le contexte économique et politique se détériorait à mesure que le programme avançait et que les énergies étaient mobilisées en vue du maintien des actions engagées. L’étude de ces cas particuliers nous a conduit à accorder un poids majeurs à deux pratiques centrales qui fondent la notion de thérapie active : les groupes de parole et les groupes d’entraide. Comme nous l’avons observé le premier principe a fonctionné dans les centres communautaires et des groupes ont été organisés en fonction de catégories de problème rencontrés, ce qui a permis aussi de développer les échanges intergénérationnels. Dans le même temps, la seconde catégorie d’action s’est trouvée confortée dans son versant moral, de l’échange et de l’écoute, mais il faut observer que le " faire ensemble, c’est-à-dire le versant matériel de l’entraide a connu peu de développement. Nous pensons ici à des actions de développement génératrices de revenus, dans un contexte fortement marqué par la crise économique, mais aussi à du volontariat qui " intègrerait les victimes elles-mêmes dans des démarches secouristes " au sens large. Ces éléments permettraient d’assurer une autonomie des populations face aux actions d’aide mais aussi de conforter les communautés en leur donnant des assises et des intérêts matériels. Le trait majeur de ce type de programme est la réhabilitation du tissu social davantage que la notion peu évidente de réhabilitation psychologique. En situation de conflit, et davantage dans les cas de catastrophes naturelles, les populations partagent le sentiment d’avoir subi un préjudice. Certaines collectivités ne survivent pas à un tel traumatisme, elles éclatent. Dans ce contexte des enfants, des personnes résistent, d’autre connaissent une maturité plus grande et certains ne parviennent pas à affronter ou dépasser leur souffrance. L’idée première du " nous avons souffert ensemble " associée à celle de " nous avons un avenir solidaire " est une notion particulièrement porteuse. Elle permet, en restaurant le principe de destins solidaires, de restaurer les sujets en même temps que le lien social. C’est cette idée qui doit accompagner les projets, chacune des étapes doit s’assurer le soutien et l’implication d’une communauté en danger.
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