Etude thématique d’évaluation

 

En 1990, à Jomtien (Thaïlande), la Conférence Mondiale de l’Education pour Tous (EFA) avait fixé de nouveaux objectifs pour la décennie (1990-2000) incluant de "rapides progrès" en éducation de base pour tous. La déclaration et le programme de travail ne font référence que de manière limitée à l’éducation en situations d’urgence. Or, durant les dernières décennies, les conflits et les catastrophes naturelles ont constitué un réel obstacle à l’accomplissement de EFA. Les désastres, comme par exemple les inondations, les ouragans et les tremblements de terre, ont touché de larges franges de la population et balayé parfois toutes les opportunités en matière d’éducation (infrastructures scolaires et communautaires notamment). Les guerres et les conflits ont accompagné dans la plupart des cas la pauvreté et l’insécurité ; ils ont privé de nombreux enfants de l’opportunité d’aller à l’école. Dans tous les cas, on a assisté à la régression du droit à l’éducation.

L’évaluation de l’éducation en situation d’urgence montre que les personnes déplacées, les réfugiés et les communautés affectées s’efforcent malgré tout de restaurer l’accès à l’école pour les enfants. Les opérations de scolarisation ont parfois été couronnées de succès malgré les innombrables obstacles. Les gouvernements des pays d’accueil et les agences humanitaires ont pris conscience des difficultés des collectivités concernées et tentent de leur fournir une aide indispensable. De nombreux camps de réfugiés ont des écoles, même si dans nombre d’endroits elles manquent de livres, d’enseignants, de programmes de formation et de soutien. Les populations déplacées à l’intérieur des pays et les autres groupes de population aussi souffrent d’insécurité chronique. Seules, elles ont peu de possibilités pour fournir des ressources en matière d’éducation à leurs enfants, et même dans les situations post-conflit, la reconstruction des systèmes éducatifs a souvent été retardée. On observe pourtant une grande variété d’actions susceptibles d’améliorer l’accès à l’éducation, y compris aux niveaux secondaire, supérieur, et en matière de formation professionnelle. Des actions spécifiques restent nécessaires à ce niveau pour favoriser une réelle sortie de crise et un développement durable.

D’autres aspects de l’Agenda de Jomtien, tels que le développement de la petite enfance et l’éducation des adultes ont bénéficié de l’attention des Organisations, notamment des ONG, qui travaillent au sein des populations affectées par les crises et les conflits. Des actions importantes ont été menées dans le domaine du préscolaire, de l’alphabétisation des jeunes et des adultes, et aussi des femmes et des jeunes filles. Des formations, à caractère professionnel, ont été initiées dès lors que les fonds étaient disponibles. Des initiatives ont été aussi prises en vue de promouvoir l’éducation, la formation des enfants et des adultes handicapés, victimes de la guerre, des mines, de la violence… Il existe également des programmes novateurs destinés à promouvoir l’éducation et la réintégration des enfants soldats et des ex-combattants.

L’étude d’évaluation examine quelques uns des nouveaux contenus de la politique d’éducation en situation d’urgence à la lumière de la convention de 1989 sur les droits de l’enfant. Une réponse éducative rapide permet de subvenir aux besoins psycho-sociologiques immédiats des enfants et des communautés. Pour être efficace, l’éducation d’urgence devrait atteindre les victimes dans les premières semaines ou au plus tard dans les trois mois précédant des évènements graves. On peut observer que des politiques spécifiques concernant le programme éducatif deviennent nécessaires pour les populations déplacées au-delà des frontières nationales. Le concept de l’ "éducation pour le rapatriement " est désormais admis, et dans ce cadre tous les moyens peuvent être envisagés en vue d’assurer une reconnaissance des études effectuées au cours de leur exil par des réfugiés dont le séjour peut parfois durer des années..

En continuité des conférences de Jomtien (1990) et de Beijing (1995) et à la lumière de leurs recommandations sur l’éducation des filles et des femmes, des efforts ont été effectués afin de sensibiliser les éducateurs et les parents sur l’importance de l’éducation dans cette direction. Dans certains cas, des mesures incitatives ont été prises afin de favoriser l’accès des filles à l’école et les résultats sont prometteurs. Une stratégie multiple adaptée aux préoccupations et à la culture locale reste nécessaire. Certains aspects de cette stragégie sont peu onéreux, alors que d’autres réclament des fonds importants comme les constructions de classes, la fourniture d’équipements et de matériels scolaires ou le financement de jardins d’enfants qui permettent de libérer des jeunes filles pour aller à l’école plutôt que de s’occuper de leurs jeunes frères et sœurs.

La grande diversité de l’éducation en état d’urgence révèle les incertitudes des Agences en matière de matériels pédagogiques, de formation des enseignants, d’éducation non formelle, de contenu, etc... Des normes appropriées et des ressources doivent être définies au préalable, puis respectées par les Agences et les bailleurs de fonds, avec des évaluations plus approfondies, une définition plus précise des nouveaux besoins et une stratégie apropriée.

L’utilisation de nouvelles technologies constitue une grande avancée, en particulier dans les situations d’instabilité chronique et en cas de reconstruction du système éducatif. Des émissions radio innovatrices, comme par exemple "New Home, New Life" pour l’Afghanistan représentent une avancée dans les régions affectées par les crises et les conflits. Il faut intégrer les nouvelles initiatives en la matière et l’utilisation de l’enseignement à distance.

Les programmes d’éducation pour les populations affectées par des désastres naturels ou les guerres doivent être adaptés aux besoins spécifiques de ces populations. Le rapport MACHEL au sujet de l’impact des conflits armés sur les enfants en Afrique a mené à un accroissement de l’intérêt accordé aux besoins psycho-sociologiques des élèves à la prise de conscience des problèmes liés au danger des mines et à la nécessité de rétablir la paix. Les ravages causés par le SIDA constituent une nouvelle dimension à l’éducation suite au constat que la maladie est probablement plus présente auprès des populations où le viol aurait été utilisé comme un instrument de guerre. Il s’agit de même pour l’usage élargi de la drogue dans les situations de guerre et de violence.

Les recommandations élaborées suite aux résultats de cette étude font référence aux besoins de faire prendre conscience des droits à l’éducation dans les conditions de crise. Un effort systématique est nécessaire afin de rendre publique le fait que les instruments juridiques concernant les droits de l’homme doivent référer non seulement à la protection des enfants des abus et du recrutement dans les forces armées, mais aussi à la protection des écoles en temps de guerre et des droits de l’enfant à l’éducation. Il doit être reconnu de manière explicite que les ressources pour une éducation en état d’urgence et la situation de crise "est une responsabilité de la communauté internationale".

Une des recommandations principales de cette étude est que l’éducation en état d’urgence doit être planifiée dès le premier jour, comme une partie du processus de développement et pas seulement comme un effort humanitaire ponctuel. Les bailleurs de fonds doivent éviter une ségrégation humanitaire dans le choix de la répartition géographique et financière qui conduirait à créer de graves problèmes, du fait qu’en situation d’urgence l’éducation est considérée comme une priorité secondaire. La restauration de l’accès à l’école en situation de guerre doit être vue comme une priorité. Il doit exister une coordination entre les différentes Agences afin d’assurer une continuité depuis l’apparition d’une situation d’urgence jusqu’à la phase de reconstruction. La nécessité de créer les fondements d’une culture de la paix afin de maintenir un possible développement au sein des nations et des communautés divisées par les conflits, quelqu’en soit l’origine, devrait constituer un objectif dès les débuts de la crise et accompagner la construction d’une société civile en situation post-conflit. Les initiatives actuelles de l’éducation pour la paix dans le contexte humanitaire devraient amener les Agences à coopérer entre elles, en contribuant pour la prochaine décennie à l’émergence d’une culture de paix et de non-violence en faveur des enfants, premières victimes innocentes.

Des normes doivent être établies en matière de réponse éducationnelle aux catatrophes naturelles et conflits armés. Des études plus approfondies doivent être conduites sur le terrain par des chercheurs concernant notamment des révisions et des évaluations en vue de mettre en place des modalités de réponses rapides, des normes d’éducation à long terme pour les réfugiés et pour la reconstruction d’après-guerre. Les matériels et équipements éducatifs utilisés par les organisations humanitaires spécialisées dans les actions humanitaires devraient être étudiés en commun et révisés. On doit également identifier des moyens adaptés aux diverses situations. Des modules de formation sur l’éducation d’urgence doivent être développés au bénéfice d’équipes intégrées des organisations humanitaires aussi bien pour les formations professionnelles que dans le domaine de la planification de l’éducation dans le cadre des politiques de reconstruction et de l’aide internationale.

La coopération et la coordination entre les Agences dans le domaine de l’éducation en situation d’urgence doit être renforcée et l’utilisation de nouvelles technologies doit servir à créer un lien entre les spécialistes du terrain en vue de créer un dialogue permanent et une plus grande efficacité dans l’aide à apporter.

Agences, ONGs et bailleurs de fonds, pour être plus efficaces, ont besoin d’agir dans le cadre d’une "Task-Force" dont le rôle est de définir le cadre, la politique et les priorités d’interventions.

 

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