LES ENJEUX DE L'EDUCATION PHYSIQUE ET DU SPORT
 

 
DE MINEPS I A MINEPS III

1. La troisième Conférence internationale des Ministres et hauts fonctionnaires responsables de l'éducation physique et le sport est organisée en application de la Décision 3.2.3 adoptée par le Conseil exécutif de l'UNESCO à sa 156ème session (Paris, 25 mars 1999).

2. MINEPS I qui s'est tenue à Paris en avril 1976, à l'initiative de l'UNESCO, avait été à l'origine d'un processus d'élaboration, à l'échelle internationale, d'une stratégie de développement de l'éducation physique et du sport, considérés à la fois comme un aspect essentiel du droit à l'éducation, une dimension de la culture constitutive de l'humanisme moderne et un élément fondamental de la formation harmonieuse de l'homme.

3. MINEPS II s'est tenue, douze ans après, en novembre 1988 à Moscou. Si MINEPS I a été marquée par l'exigence d'un nouvel ordre international sportif, MINEPS II a reflété l'importance des enjeux et des défis que suscite le développement spectaculaire du sport au plan national comme au plan international ainsi que des dangers qui le menacent. Les délégations de 104 Etats membres, dont quarante cinq conduites par des personnalités de rang ministériel ont participé à la Conférence de Moscou. Les observateurs de trois Etats non membres, d'un mouvement de libération, de deux organisations internationales intergouvernementales étaient également présents. Le mouvement olympique et le Comité International Olympique étaient représentés par une délégation conduite par le Président du Comité International Olympique.

4. MINEPS II a examiné un large éventail de questions et adopté une série de recommandations visant à promouvoir le développement de l'éducation physique et le sport avec l'espoir de parvenir à dégager les moyens nécessaires pour la mise en œuvre des solutions préconisées. Les circonstances et parfois l'inertie, faute de moyens concrets, ont empêché de mener à bien nombre de louables et généreuses intentions proclamées à Moscou en 1988.

5. En 1994-1995, une évaluation externe des activités dans le domaine considéré a été effectuée en vue de tirer les enseignements qui se dégagent de l'expérience acquise par l'Organisation entre 1984 et 1993, et de répondre au souhait de la Conférence générale "d'imprimer un vigoureux renouveau à l'action de l'UNESCO en matière d'éducation physique et de sport, notamment dans le cadre du quatrième Plan à moyen terme" (27 C/Rés. 5.16). Cette évaluation a révélé qu'au cours de la période en question, l'action menée n'a pas eu l'impact excompté.

6. MINEPS III est apparue, douze ans après MINEPS II, indispensable à organiser, afin de mesurer le chemin parcouru, de recenser les difficultés et les contraintes rencontrées, d'identifier et de fixer les objectifs à atteindre, particulièrement en cette première décennie du troisième millénaire. Réunie à Punta del Este, à l'invitation généreuse du Gouvernement de l'Uruguay, du 30 novembre au 3 décembre 1999, MINEPS III vise à offrir aux Etats membres de l'UNESCO et aux organisations sportives volontaires, un cadre permettant un dialogue solidaire, franc et tolérant, un échange d'expériences à même de formuler des propositions réalistes et concrètes afin de traduire en actes les principes de la Charte internationale de l'éducation physique et le sport, de la Charte olympique et des différents instruments internationaux.

7. Le temps est venue de formuler des propositions réalistes et de prendre des mesures concrètes en vue de promouvoir partout dans le monde, en fonction des capacités, des besoins et des traditions de chaque pays, au niveau régional, national et local, la pratique régulière des activités physiques et sportives tout au long de la vie. Il s'agira pour tous les participants de MINEPS III de dépasser les déclarations de principes et les simples souhaits en proposant un certain nombre d'actions concrètes, un mécanisme de suivi et de modalités nouvelles de concertation et de coopération qui soient, par rapport aux nouveaux enjeux de l'éducation physique et du sport, plus dynamiques et cohérents en permettant à l'ensemble des partenaires de se concerter et d'agir dans le respect de leur diversité et de leurs mandats spécifiques.

8. Le sport est devenu un phénomène social majeur dont l'importance tend à s'accroître en même temps que grandissent les dangers qui le menacent. Il a pris une telle place dans nos sociétés, qu'il peut à lui seul constituer un puissant indicateur de réussite ou d'échec tant sur le plan économique que politique. Pleinement reconnu comme phénomène social, le sport est une des expressions sociales et individuelles majeures de notre époque. Il est facteur de cohésion et d'intégration sociale, d'identification des groupes et des nations.

9. Le sport est aujourd'hui reconnu, mais encore faut-il voir comment cette reconnaissance caractérise comme partie intégrante du développement social et humain, compte tenu des résonantes et de l'impact produit par l'acte sportif aux plan social, culturel, économique et politique.

10. Le Secrétariat de l'UNESCO, en collaboration avec le Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport (CIGEPS), a défini quatre thèmes pour guider les débats de MINEPS III. Ces thèmes sont inspirés des questions considérées comme susceptibles d'avoir le plus de pertinence immédiate pour l'éducation physique et le sport dès les premières années du XXIème siècle. Le présent document qui développe les quatre thèmes de MINEPS III a pour objet de fournir la trame du débat. L'information qu'il renferme provient de la synthèse d'une série d'études, de déclarations et recommandations avec pour objectif d'ouvrir des pistes de discussion et de susciter une réflexion plus approfondie.

 

THEME I

 

EVOLUTION DE L'EDUCATION PHYSIQUE ET LE SPORT DEPUIS 1976 ET LA MISE EN CAUSE DES VALEURS ETHIQUES

 

11. MINEPS III interviendra à un moment où l'évolution des disciplines sportives les plus médiatiques soulève de graves interrogations qui portent sur les relations entre sport, argent et médias et qui sont susceptibles de remettre en cause les responsabilités respectives des acteurs institutionnels : pouvoirs publics, organisations volontaires, moyens de communication, communauté sportive dans son ensemble. Il peut y avoir là pour MINEPS III une occasion de repenser le rôle de l'UNESCO, de rappeler l'influence positive qu'elle a joué dans le passé, d'élargir sa mission dans le cadre de la prochaine stratégie à moyen terme et de redéfinir le cadre et les conditions de sa coopération avec le mouvements olympique et les organisations non-gouvernementales compétentes.

12. Dans la plupart des pays, les politiques et les objectifs ont évolué depuis 1976, reflétant les changements souvent considérables d'ordre à la foi quantitatif et qualitatif, intervenues dans le développement de l'éducation physique et du sport : (élargissement des objectifs, accroissement parfois spectaculaire de la pratique régulière de l'éducation physique et le sport, multiplication des installations.) L'impression générale est que l'évolution en cours s'inscrit dans un processus de valorisation, de complexification, de technicification, de diversifications et de systématisation de l'éducation physique et du sport.

13. L'éducation physique et le sport font l'objet d'une activité législative et réglementaire croissante qui régit leur développement et organise leurs structures. Ils sont également fréquemment impliqués dans des textes distincts où l'éducation physique et le sport apparaissent comme une composante obligatoire ou facultative d'une action nationale intéressant un secteur de la société ou une catégorie de la population. Très rares sont aujourd'hui les pays où l'éducation physique et le sport ne sont pas encore institutionnalisés.

14. Dans de nombreux pays, le développement de l'éducation physique et le sport implique au plan gouvernemental la coopération de différents départements ministériels. A ces structures étatiques s'ajoutent, naturellement, les organisations sportives non gouvernementales (Comités nationaux olympiques, Fédérations sportives, Ligues, Associations, Clubs sportifs) ainsi que de nombreux organismes qui favorisent la participation de leurs membres aux activités physiques, sportives et récréatives (mouvements de jeunesse, associations d'étudiants, syndicats, organisations féminines). Au delà des orientations idéologiques et politiques, apparaît de plus en plus l'universalité d'un système d'organisation où la concertation et la coordination entre les structures étatiques et les organismes non gouvernementaux sont prédominantes. L'émergence de structures transversales, constaté dans de nombreux pays, favorise la coordination et la concertation interministérielle et inter-institutionnelle. De telles structures constituent de plus en plus le cadre privilégié d'harmonisation des politiques sportives nationales.

15. Des difficultés budgétaires ont amené certains pays à restreindre leurs services éducatifs, surtout dans le domaine de l'éducation physique et du sport. Il conviendrait de prendre des mesures d'urgence pour empêcher une détérioration de l'enseignement de l'éducation physique et le sport qui aurait des répercussions néfastes et irréversibles sur le développement des hommes et des femmes de tous les pays. C'est au prix d'un tel effort associé au renforcement des échanges d'expériences et de la coopération entre les mouvements sportifs des pays développés et de ceux des pays en développement qu'il serait possible de réduire les écarts et les inégalités actuels entre les pays. En tout état de cause, il s'avère de plus en plus indispensable de résoudre la question du financement des programmes qui permettraient de favoriser un développement harmonieux et équilibré des différentes formes d'activités physiques et sportives, sans privilégier, outre mesure, le sport de haut niveau.

16. Il importe de soutenir les jeux olympiques et les grandes manifestations sportives internationales. Il n'est pas de meilleur moyen de le faire que de veiller à ce que ces manifestations demeurent fidèles dans leur préparation, leur organisation et leur déroulement aux principes proclamés par la Charte Olympique et rappelés dans de nombreux autres instruments internationaux. Il est indispensable d'enrayer les phénomènes négatifs tels que la commercialisation abusive, le dopage, la violence et parfois des manifestations de chauvinisme.

17. L'UNESCO a pour mission au terme de son Acte Constitutif d'élever les défenses de la paix "dans l'esprit des hommes". Elle a pour mission de promouvoir les idéaux de "dignité, d'égalité et de respect de la personne humaine" ainsi que "les principes démocratiques" qui déterminent la mise en pratique de ces idéaux. Sa mission est donc essentiellement d'ordre éthique. Elle a aussi pour mandat la poursuite de la justice, du respect des droits de l'homme à travers l'éducation, la science, la culture et la communication. C'est dans ce cadre que l'UNESCO contribue à renforcer l'action de tous ceux qui oeuvrent pour que le sport, fidèle à ses valeurs et à sa mission humaniste, fasse partie intégrante du processus d'éducation permanente et soit un facteur d'union, d'épanouissement, un instrument de paix, de développement, de solidarité, de respect des droits de l'homme et de compréhension internationale.

 

THEME II

 

L'EDUCATION PHYSIQUE ET LE SPORT PARTIE INTEGRANTE ET ELEMENT ESSENTIEL DU DROIT A L'EDUCATION

ET DU PROCESSUS D'EDUCATION PERMANENTE

 

18. Tout ce qu'influence le comportement et la personnalité est éducation. L'éducation physique et le sport, en favorisant le développement des aptitudes de l'enfant, constitue la base même de l'éducation, une véritable école de la vie sociale. A la dualité corps-esprit, il paraît préférable de substituer les principes d'unité et de parité. Il est souhaitable en tout cas que l'enfant d'abord, l'adolescent plus encore, puisse acquérir la conscience de son corps et de l'unité psychophysique de son être, car l'apprentissage physique n'est pas seulement activité physique mais aussi connaissance.

19 Le rôle et l'importance du sport à l'école sont souvent longuement évoqués en les plaçant généralement dans la perspective d'une éducation permanente. L'activité physique et sportive n'est pas une fin en soi ; elle doit être pratiquée et utilisée à la fois comme un moyen d'épanouissement de l'élève, un instrument d'éducation, apprendre à vouloir gagner, à savoir perdre, un moyen d'émancipation, une méthode de socialisation et d'intégration, l'école restant le lieu par excellence de la socialisation systématique pour de nombreuses jeunes filles et garçons.

20 Le rôle de l'éducation physique et sportive sera abordé dans une double perspective : au sein du système éducatif d'une part, dans un cadre informel ou extrascolaire d'autre part. Au sein de l'institution éducative formelle, le sport devrait être utilisé comme un moyen de transmission des valeurs éducatives; d'apprentissage de la responsabilité; d'apprentissage de la citoyenneté : se sentir citoyen du monde sans cesser d'être citoyen de sa patrie; d'adaptation à l'environnement.

21. L'éducation physique et le sport doivent ainsi être associés à chacune des trois étapes (théoriques, souhaitables ou effectives ?, la réponse pouvant varier d'un pays à l'autre) du processus éducatif;

une première étape magistro-centrée;

une second étape dite d'initiation visant à donner à l'enfant individuellement et en groupe le sens des responsabilités;

la troisième étape étant placée sous le signe de l'autogestion du processus par les élèves eux-mêmes.

22 Dans le cadre extrascolaire, diverses expériences sont menées, visant notamment à améliorer la communication entre jeunes et avec les jeunes dans les quartiers difficiles ou excentrés des grandes villes ou à favoriser la pratique du sport pour tous, en mettant, par exemple, des salles ou des espaces sportifs polyvalents à la disposition des jeunes. Que ce soit au sein de l'école ou hors de l'école, il paraît indispensable de favoriser la pratique régulière des activités physiques et sportives, considérées comme un élément intégré à tout processus d'éducation et de formation.

23. Il faut aussi aider l'enfant et l'adolescent à identifier l'activité ou le sport qui convient le mieux à la structuration et à l'épanouissement de sa personnalité : à chacun son sport ! Les vertus psychothérapeutiques du sport ont été vantées, en particulier pour vaincre la timidité, lutter contre les tendances dépressives, canaliser l'agressivité, encadrer et modérer l'hyperactivité.

24 Il paraît important de :

a) renforcer le rôle de l'éducation physique et du sport scolaires et universitaires en tant que partie intégrante du processus d'éducation permanente ;

 

b) mettre en œuvre un programme de promotion et de valorisation de l'éducation physique et du sport scolaires et universitaires comportant la mise en place des équipements matériels les mieux adaptés ;

 

c) accorder aux professeurs d'éducation physique et sportive un statut comparable à celui reconnu aux enseignants des autres disciplines souvent considérées comme investis d'une mission plus noble : la revalorisation de leur mission et de leur statut constitue une condition importante dans la réussite des programmes qui seront mis en place ;

 

d) s'attacher à assurer une unité et une interaction entre l'éducation physique et le sport d'une part, l'éducation scolaire, esthétique et morale et la formation professionnelle, d'autre part, en élaborant notamment des programmes qui mettent en relief la valeur éducative du sport ;

 

e) élaborer des programmes d'activités dans le domaine de l'éducation physique et du sport vissant à favoriser la prévention de la délinquance chez les jeunes.

25. Il importe de créer les conditions nécessaires pour que puisse être effectivement exercé, partout dans le monde, le droit d'accéder à l'éducation physique et au sport, conformément au principe fondamental affirmé dans la Charte internationale. L'exercice de ce droit, qui est un corollaire du droit de tout être humain à l'éducation, commence à l'école. Les enfants non scolarisés ne devraient pas être privés de ce droit au respect duquel pourraient veiller, dans la mesure de leurs moyens, les responsables des programmes d'éducation non-formelle. Dans le développement de l'enfant et de l'adolescent les éléments intellectuels, affectifs, spirituels et physiques vont de pair. Il convient donc de réserver à l'éducation physique et au sport une part significative des horaires scolaires et du curriculum et de mettre à leur disposition un personnel qualifié.

26. La charte internationale proclame, en son article premier, le droit fondamental de tout être humain d'accéder à l'éducation physique et au sport.

La promotion du sport pour tous et son extension à tous les groupes de la population est un devoir des pouvoirs publics si l'on veut mieux réaliser le droit de chacun de pratiquer le sport sans distinction de sexe, religion, race ou opinion politique. Le droit des jeunes filles et des femmes de faire du sport est également un des aspects de leur droit à l'éducation.

Depuis MINEPS I, plusieurs recommandations ont été formulées pour inviter les Etats membres à encourager l'extension de la pratique des activités physiques et du sport aux jeunes filles et aux femmes en conformité avec la Convention des Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (1979). Les pouvoirs publics, le Comité international olympique, les Fédérations nationales et internationales et toutes les autres instances concernées sont appelées à assumer leurs responsabilités respectives en favorisant un changement profond des attitudes envers une participation plus grande des femmes aux divers aspects du sport et leur participation effective aux prises de décisions tant à l'échelon local, national, qu'international.

27. Un effort particulier doit être fourni afin d'aider les pays en développement à mettre en oeuvre des projets de développement et de recherche dans le domaine de l'éducation physique et du sport en milieux scolaire et universitaire.

28. A la veille du nouveau millénaire, se pose de plus en plus la problématique de la structure de l'école future. Le rapport Delors, et plusieurs conférences ont abordé cette question sous le thème central "Repenser l'école". Proposer la ou les réponses concernant "l'école de demain" c'est certainement répondre également à la question de savoir quelle éducation physique et sportive ? Quelle place et quel rôle dans cette école du troisième millénaire ?

 

THEME III

 

CONTRIBUTION DE L'EDUCATION PHYSIQUE ET LE SPORT A UN DEVELOPPEMENT "ECONOMIQUE" DURABLE

 

29. Ce thème peut être abordé sous le double aspect de la contribution du sport au développement et de l'incidence du niveau de développement sur la promotion du sport. Différentes études et recherches ont mis en évidence les avantages considérables qu'une pratique sportive régulière et modérée, constitutive d'un style de vie, peut entraîner : amélioration de la santé, réduction de l'absentéisme et des accidents du travail, meilleure intégration sociale, possibilités récréatives diversifiées pour l'individu et la famille. Des études entreprises au Canada ont montré l'impact économique mesurable des activités de sport pour tous sur les dépenses de santé. La commercialisation des biens sportifs et l'utilisation du sport dans la commercialisation des autres catégories de biens, notamment grâce à la publicité et au sponsoring est un fait marquant dont l'importance ne cesse de grandir.

30. Le sport est à la fois un bien de consommation et un consommateur de biens. Des études récentes et nombreuses, témoignent de l'essor de l'économie du sport en tant que branche autonome des sciences économiques, ont mis en relief l'importance du chiffre d'affaires généré par le sport : qu'il s'agisse de la construction d'infrastructures, de la production d'équipements durables et de biens de consommation, de la fourniture de services, de la diffusion d'informations, des recettes des spectacles sportifs, de dépenses publicitaires ou de budgets de sponsoring. Il y a quelques années, un certain nombre d'études, fort instructives, ont été menées dans certains pays. Au Royaume-Uni par exemple, l'ensemble des ressources procurées par le sport à l'Etat est quatre fois supérieur au chiffre des dépenses inscrits au budget. Une étude hollandaise, cherchant à évaluer les effets du sport sur l'économie, a montré que la suppression des activités sportives entraînerait la perte de 300.000 emplois et une réduction de la consommation intérieure de 5 milliards de florins. En France, la Fédération des industries d'articles de sport rassemblait, en 1980, 6.482 entreprises qui employaient 300.000 personnes.

31. En général, on estime que le poids de l'économie du sport varie entre 1 et 2 % du PNB dans les différents pays et tend à croître à un rythme supérieur à celui de la plupart des autres secteurs. En même temps cette économie s'internationalise de plus en plus et représente une part hausse du commerce mondial. Encore faut-il signaler que l'ensemble des chiffres que l'on peut avancer ne tiennent pas compte de l'apport, très considérable, constitué par l'engagement des innombrables bénévoles présents à tous les niveaux de l'organisation sportives. En ce qui concerne le financement des activités physiques et sportive, il faut souligner la faiblesse des ressources disponibles dans les pays le moins avancés ainsi qu'une tendance à un désengagement au plan budgétaire des pouvoirs publics dans de très nombreux pays, y compris de nombreux pays industrialisés, et un recours accru à des modes de financement extrabudgétaires : loteries et paris sportifs. La possibilité pour tous de pratiquer régulièrement des activités physiques et sportives doit être considérée comme faisant partie intégrante du développement. Certains vont jusqu'à évoquer une relation symbiotique de par la relation étroite et l'interdépendance croissante entre le sport et le développement. Relation symbiotique peut-être, relation dialectique sans doute, dans le mesure où se manifestent de nombreuses interactions et s'exercent des influences réciproques entre le développement du sport et le développement économique et socioculturel.

32. Illustrant ces interférences, des expériences ont été réalisées dans certains pays industrialisés, pour lier la promotion des pratiques sportives au développement du milieu rural. L'expérience montre qu'en favorisant les activités physiques et sportives en pleine nature, souvent associées à d'autres activités culturelles, sociales ou touristiques, le milieu rural peut redevenir un milieu d'accueil. Aussi, la pratique des activités physiques et sportives permet-elle l'aménagement des espaces naturels, la construction et l'entretien d'installations de proximité, communales ou intercommunales, la fourniture de services et la création d'emplois à temps partiel ou à temps plein.

33. Comme le montre une étude publiée il y a quelques années, le sous-développement sportif est à la fois un aspect et une conséquence du sous-développement économique. La conséquence du sous-développement sportif est "l'exode des muscles". Si les pays en développement ont l'ardente obligation de satisfaire en premier lieu les besoins fondamentaux de leur population, le sport de haut niveau peut-il être classé dans cette catégorie ? N'existe-t-il pas des priorités plus urgentes et plus impérieuses ? Est-il rentable pour ces pays économiquement parlant, d'investir dans le spectacle sportif ? Chaque fois qu'elles ont été soulevées, ces questions ont donné lieu à des échanges assez vifs. De façon générale l'on reconnaît cependant que le sport et particulièrement le sport de haut niveau, coûte cher et que son coût augmente plus rapidement que le nombre de pratiquants. Le spectacle sportif, forme moderne des jeux, est devenue avec l'internationalisation des médias l'un des moyens dominants de la communication de masse en contribuant à façonner une opinion publique mondiale et par conséquent un enjeu essentiel. Cet enjeu ne peut s'analyser qu'en tenant compte des relations complexes unissant le sport, les médias et les firmes multinationales. Le débat autour de ce point fait ressortir principalement deux logiques : l'une purement économique, l'autre d'inspiration politique, et sans doute faut-il chercher ailleurs que dans l'économique les motivations des dirigeants de pays, de plus en plus nombreux, lorsqu'ils rêvent d'accueillir les jeux modernes. Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour demander une limitation du gigantisme et de la sophistication des installations et des équipements, pour une délocalisation plus systématique des grandes manifestations, pour une représentations plus équitable des spécialistes des pays en développement dans les instances sportives internationales.

34. En résumé, il est utile de rappeler, ce qui suit, pour mieux comprendre les contributions potentielles de l'éducation physique et du sport au développement économique dans ses différentes dimensions : amélioration de la qualité et des performances de la main-d'œuvre, médias et industries du sport, utilisation, aménagement et protection de l'environnement (espaces naturels, rénovation des sites). Il en ressort qu'apporter un appui à l'éducation physique et au sport constitue un investissement et doit être traité comme tel par les responsables des décisions d'ordre économique.

 

THEME IV

 

NOUVELLES FORMES DE COOPERATION ET DE CONCERTATION DANS LE DOMAINE DE L'EDUCATION PHYSIQUE ET DU SPORT AUX ECHELONS NATIONAL, REGIONAL ET INTERNATIONAL

 

35 La réduction de l'écart, qui tend malheureusement à s'accroître en raison de la situation économique de nombreux pays en développement et du coût grandissant des équipements et des installations, est un thème d'importance qui mérite l'attention des délégués. Si des mesures correctives ne sont pas rapidement adoptées, le sport risque également de devenir un facteur de distanciation entre pays et cela en dépit du fait que quelques pays, économiquement peu développés, ont pu atteindre un très haut niveau parmi les nations sportives.

36. La coopération internationale dans le domaine de l'éducation physique et du sport est considérée comme insuffisante quantitativement et qualitativement. Elle est jugée parfois mal orientée, trop dispersée, axée trop souvent sur le sport de compétition, concentrée sur un nombre trop restreint de pays et en voie de réduction progressive durant cette dernière décennie.

37. Les participants de MINEPS III devraient axer leurs échanges de vues sur le recensement des domaines prioritaires pour une possible coopération en vue d'atténuer les inégalités les plus flagrantes qui sont particulièrement manifestes dans les domaines de la formation et le perfectionnement du personnel et des cadres spécialisés, l'échange d'entraîneurs, la construction d'unités locales de fabrication des matériels et des équipements sportifs et didactiques, la suppression ou la réduction des droits et taxes perçus à l'importation des matériels et équipements sportifs collectifs, l'identification des disciplines sportives dont le développement exige des investissements relativement faibles.

38. Un progrès substantiel de la coopération internationale, fondée sur les principes de l'égalité et de la solidarité apparait fortement souhaitable pour aider les pays en développement à atteindre le seuil de l'autosuffisance, surtout en matière de personnels et d'équipements et à consolider les bases techniques et scientifiques dont dépend tout développement ultérieur. Cette coopération devrait favoriser les échanges d'idées, de données, d'expériences et d'expertise.

39. L'UNESCO a un rôle essentiel à jouer dans la définition des objectifs concernant le développement du sport scolaire et universitaire, la promotion du sport pour tous, les progrès des disciplines scientifiques qui s'intéressent au sport, la diffusion et l'échange des informations scientifiques et techniques en matière d'éducation physique et le sport, et la protection des valeurs éthiques inhérentes au sport. Parce que l'UNESCO constitue un irremplaçable forum de discussion ouvert aussi bien aux instances gouvernementales qu'aux organisations sportives volontaires et aussi parce que le sport pourrait contribuer à renforcer l'universalité de l'UNESCO qui doit, pour cela, renforcer son action au service des pays du Sud en cherchant à associer le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et d'autres Agences de financement d'élargir leur compétence à l'éducation physique et le sport qui constituent à divers titres un précieux facteur de développement économique, social et culturel. Le Fonds international pour le développement de l'éducation physique et du sport (FIDEPS) pourrait naturellement jouer un rôle important dans ce domaine. Il faudrait pour cela qu'il soit en mesure d'adapter sa structure et ses méthodes aux exigences nouvelles de la coopération internationale et de pouvoir mobiliser les ressources indispensables notamment extrabudgétaires grâce à une meilleure information de l'opinion publique sur le rôle et l'action de l'UNESCO dans ce domaine. Ce fonds pourrait faire l'objet d'un certain nombre de contributions tant des Etats membres, du mouvement olympique que de toutes autres organisations non-gouvernementales intéressées avec un mandat précis : soutenir les priorités et les décisions retenues par MINEPS III.

40. Pour cela, il est important que l'UNESCO s'assure la coopération active de personnalités extérieures, incluant des athlètes émérites, des dirigeants et des spécialistes du sport, des journalistes ainsi que des professionnels du marketing auxquels reviendrait la tâche de "placer" les projets en créant une image bien affirmée de l'UNESCO "gardienne" des valeurs morales et éthiques du sport. Dans cette perspective, de nouvelles formes de coopération seront mises en œuvre, fondées sur un partage de responsabilité et s'inspirant du principe de partenariat. Pour prétendre à des résultats durables cette coopération devra favoriser la complémentarité et la synergie des efforts déployés par les pouvoirs publics et par les organisations sportives non gouvernementales.

41. Sur la base des débats de MINEPS II, des membres du Comité intergouvernementale pour l'éducation physique et le sport (CIGEPS) ont suggéré de réunir MINEPS tous les cinq ans et d'inviter simultanément les ministres de l'éducation et les ministres chargés du sport à participer aux Conférences régionales sur l'éducation, organisées régulièrement par l'UNESCO. Ils recommandent d'inscrire à l'ordre du jour de ces conférences des thèmes relatifs à la promotion de l'éducation physique et du sport. Un tel processus ne manquera pas de favoriser une approche et une appréciation plus critiques du rôle du sport dans le monde d'aujourd'hui, au plan politique, social et culturel.

 

Retour