Evolution de la coopération internationale dans
le domaine de l'éducation physique et le sport 
au niveau de l’UNESCO :  Quelle perspective ?

 

I RAPPEL HISTORIQUE

Le point du départ

1. Favoriser la coopération internationale dans le domaine de l’éducation physique et du sport, tel est l’axe central autour duquel a été conçue et organisée l’action de l’UNESCO depuis que la Conférence générale, lors de sa 7e session (Paris, 1952), a décidé d’inscrire le sport au programme de l’Organisation afin d’en garantir et d’en renforcer la dimension éducative. Reconnaissant la qualité et la pertinence de l’action entreprise avec des moyens pourtant réduits et considérant que l’éducation et le sport constituaient un domaine privilégié pour la coopération et la concertation internationales, la première Conférence internationale des Ministres et hauts fonctionnaires responsables de l’éducation physique et du sport (MINEPS I, Paris.1976) a marqué la volonté des gouvernements d’institutionnaliser cette coopération afin de " promouvoir un développement endogène à la fois entre pays industrialisés et pays en développement, et entre pays ayant atteint un même niveau de développement ". Sur les 14 recommandations adoptées par la conférence, 6 concernent l’institutionnalisation et l’élargissement de la coopération internationale, l’une d’entre elles exprimant le souhait de " voir l’UNESCO, en tant que cadre approprié pour mener à bien cette coopération multilatérale, jouer un rôle plus important et plus complet de propagation de l’éducation physique et du sport ".

La mise en œuvre d'un mode opératoire

2. C’est pour donner effet à ces recommandations que la Conférence générale de l’UNESCO a décidé, à sa 19e session (Nairobi, 1978), de créer un Comité intergouvernemental pour l’éducation physique et le sport (CIGEPS) dont le rôle essentiel reviendrait à " instaurer et à coordonner une coopération internationale horizontale entre les Etats membres ". Ce Comité, mis en place en 1977, d’abord sous une forme intérimaire, puis permanente à partir de 1979, et composé des représentants de 30 Etats membres renouvelés par moitié tous les deux ans et élus par la Conférence générale, a tenu 10 sessions au cours desquelles nombre de recommandations ont été adoptées qui visent, selon des modalités diverses, à promouvoir, enrichir et diversifier la coopération internationale dans le domaine de l’activité physique et du sport.

3. En 1988, le Secrétariat de l’UNESCO, chargé de la préparation d’une seconde Conférence internationale des Ministres (MINEPS II) , a entrepris une enquête afin de mesurer le chemin parcouru depuis MINEPS I, identifier les résultats obtenus et analyser les difficultés rencontrés dans la définition et la mise en œuvre des stratégies nationale de développement de l'éducation physique et du sport. Cette enquête portait sur douze thèmes dont le dernier traitait des options et des perspectives s’ouvrant à la coopération internationale dans le domaine du sport. La plupart des pays ayant répondu au questionnaire d’enquête ont estimé souhaitable d’élargir cette coopération afin de multiplier les échanges dans tous les domaines (personnels, expériences, idées,. informations) et de renforcer l’assistance technique et financière, en particulier pour la construction d’installations et d’équipements. Les pays développés, notamment en Europe, se sont pour la plupart déclarés prêts à partager davantage leurs expériences en matière de recherche, de techniques de formation, d’organisation et de gestion des activités sportives et récréatives. Les représentants des pays en développement ont de leur coté souligné la nécessité d’inviter les pays bénéficiaires d’une assistance bilatérale ou multilatérale à participer à la définition, la mise en œuvre et l’évaluation des projets réalisés à leur intention.

L'activité physique et le sport, facteurs de développement économique et social

4. L’examen du point 10 de l’ordre du jour de MINEPS II, consacré aux " mécanismes de coopération internationale et au rôle de l’UNESCO " a été l’objet d’un débat au cours duquel la plupart des interventions ont souligné le rôle essentiel qui revenait à l’Organisation dans la définition des objectifs concernant le développement du sport scolaire et universitaire, la promotion du sport pour tous, les progrès des disciples scientifiques qui s’intéressent au sport, la diffusion et l’échange des informations scientifiques et techniques en matière d’éducation physique et de sport et la protection des valeurs éthiques inhérentes au sport. Plusieurs délégués ont suggéré que l’Organisation renforce son action au service des pays du Sud en cherchant à convaincre notamment le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et d’autres agences de financement d’élargir leur compétence à l’activité physique et au sport constituent à divers titre un précieux facteurs de développement économique, social et culturel. C’est avec cette finalité qu’a été adoptée la recommandation N°10 relative à la coopération internationale pour la réduction des écarts et des inégalités entre pays dans le domaine de l'éducation physique et du sport qui se subdivise elle-même en 15 sous-recommandations dont 9 adressées aux Etats membres, 5 à l’UNESCO et la dernière en forme d’invitation au Comité international olympique, au Mouvement olympique et aux organisations sportives. Huit ans après la Conférence de Moscou, cette recommandation demeure, dans son esprit comme dans ses formulations, encore parfaitement actuelle et il est seulement regrettable que trop peu ait été fait pour en favoriser la mise en œuvre.

De la portée des accords CIO/UNESCO

5. Il faut rappeler que c’est dans le cadre de MINEPS II que le Directeur général de l’UNESCO et le Président du CIO ont signé une " Déclaration conjointe Unesco - Mouvement olympique " aux termes de laquelle les deux organisations " s’engagent à unir leurs efforts en vue de réduire les écarts qui existent en matière d’éducation physique et de sport entre les pays les plus avancés et ceux en développement et de faire bénéficier le plus grand nombre des bienfaits du sport pratiqué dans l’esprit des idéaux olympique ". Les délégués ont salué cet accord, plusieurs d ‘entre eux se référant à la conférence internationale qui devait avoir lieu à Lausanne, en 1989, dans le but de " coordonner l’aide bilatérale et multilatérale aux pays en développement dans le domaine du sport " et exprimant le souhait qu’elle soit préparée et organisée conjointement par le CIO et l’UNESCO de manière à concrétiser aux yeux de tous la volonté de coopération des deux organisations. Comme le Directeur général l’indiquait dans un rapport présenté à la Conférence à la Conférence générale, lors de sa 25e session (Paris, 1989), l’une des initiatives envisagées conjointement avec le CIO concernait les mécanismes et programmes d’assistance et de coopération multilatérale et le bilatérale en matière sportive. Il était prévu qu’une enquête préliminaire sur l’organisation et le financement de ces programmes serait entreprise de manière concertée, le CIO se chargeant de la conduite auprès des différentes composantes du Mouvement olympiques(Fédérations sportives et Comités nationaux olympiques), l’UNESCO auprès des instances sportives gouvernementales extérieures au mouvement olympique étant interrogés séparément. Le CIO a proposé ultérieurement de soumettre les résultats de l’enquête à un groupe restreint d’experts désigné conjointement par les deux organisations qui été invité également à examiner l’opportunité et les conditions de convocation et d’organisation d’une conférence internationale dans ce domaine. En fait, l’enquête a été reportée sine die et le groupe d’experts n’a jamais vu le, sauf à considérer que la réunion de Lausanne soit une manière de remettre l’idée à l’ordre du jour. La coopération CIO/UNESCO s'est poursuivie néanmoins à une échelle plus modeste, conformément aux protocoles d’accord intervenus entre les deux organisations sous la forme de " memoranda de coopération ", dans différents domaines tels que : la diffusion des idéaux et de la tradition olympique dans le cadre des systèmes éducatifs ; la mise en place d’infrastructures simples, polyvalentes, construite en zone rurale avec des matériaux locaux et la participation de la population, dans un pays africain choisi à titre expérimental ; l’organisation de missions d’experts chargés d’identifier des projets à effet multiplicateur susceptibles de bénéficier d’un financement international.

Une sphère de coopération plus étendue : le Congrès de Nabeul

6. Dans l’esprit des recommandations de MINEPS II et de CIGEPS VII (Ottawa, octobre 1990), un Congrès international a été organisé à Nabeul, Tunisie, en février 1992, à l’invitation du gouvernement tunisien, sur le thème " Activité physique, sport et développement ". Il avait pour objectif de renforcer la coopération internationale en l’élargissant à de nouveaux partenaires, notamment l’OMS, et d’encourager des initiatives concrètes fondées sur le partenariat entre pouvoirs publics, organisations volontaires et entreprises privées nationales ou multinationales, en mettant en relief la contribution que l’activité physique et le sport rationnellement pratiqués sont susceptibles d’apporter au développement culturel, économique et social ainsi qu’à la préservation de la santé. 131 participants venus de 60 pays ont pris part aux travaux du Congrès. Les débats, organisés principalement en commissions, ont permis de faire la synthèse des contributions préparées par différents participants - principalement des chercheurs - et des interventions orales autour des thèmes proposés (sport et identité culturelle ; sport et promotion de la jeunesse ; sport et, santé ; sport et développement. Soulignant l’ambiguïté qui résulte de la double fonction du sport dans la mesure où il est une valeur (au sens éthique) et où il a une valeur (au sens économique), le rapporteur général a proposé une synthèse de l’ensemble des débats qui a été approuvée par le Congrès en même temps que 7 recommandations dont l’une portait sur la coopération entre l’OMS et l’UNESCO et invitait ces deux organisations, en collaboration avec le CIO et l’UNICEF, a élaboré des programmes conjoint visant à favoriser la promotion de la santé par le sport et le développement du sport pour tous. Une autre recommandation incite les gouvernements des pays en développement à adopter une politique sportive capable de mobiliser l'ensemble des partenaires intéressés en tenant compte des interrelations fonctionnelles existant entre eux et de la complémentarité de leurs objectifs et de leurs actions. (le rapport final du congrès, publié sous la référence SHS - 92/CONF.401 est disponible sur demande au Secrétariat de l’UNESCO).

Activité physique et sport : Forum euroméditerranéen

7. Toujours à l’initiative du CIGEPS, l’organisation d’un Forum mondial sur l’activité physique et le sport a été confié au gouvernement canadien, lequel a crée une entité de droit privé sans but lucratif pour en assumer la responsabilité. Conçu comme un point de rencontre et un espace de dialogue et de réflexion, le Forum avait notamment pour objectif de promouvoir, dynamiser et élargir la coopération internationale dans le domaine de l’activité physique et du sport en renforçant la collaboration et la synergie entre les trois organisations internationales partenaires (CIO, OMS, UNESCO) et en établissant des relations organiques tant avec les industries des équipements et articles de sport qu’avec l’ensemble des secteurs économiques et sociaux intéressés au développement du sport.

8. Le Forum a été précédé de 5 réunions préparatoires organisées en 1994. Celle qui s’est tenue à Padoue et Venise en octobre dans le cadre d’un Forum euroméditerranéen présente un intérêt particulier dans la mesure où elle regroupait des participants venant de pays dont les niveaux et les structures de développement sont très différents et qui se situent à l'intersection des axes Nord-Sud et Est-Ouest. Les travaux du Forum ont été résumés dans un rapport final publié en trois langues (anglais, français, italien) par les soins de l’association italienne de relations internationales " Free Culture " qui a assumé la responsabilité de l’organisation matérielle de la réunion. Près de 150 spécialistes venus de 25 pays de la région euroméditerranéenne et du Canada, représentant les différents secteurs de l’action gouvernementale (éducation, santé, culture, sport et jeunesse), les comités nationaux olympiques, les fédérations sportives et les organismes d’enseignement et de recherche, ont participé à ce Forum. La synthèse des discussions est présentée dans le cadre de 7 sections thématiques dont la sixième concerne la coopération régionale et internationale dans le domaine de l’activité physique et du sport.

9. Sur ce thème, le Forum a analysé les changements importants intervenus au cours des 5 années précédentes : tendance générale à l’ouverture et au pluralisme ; effondrement du système socialiste en Europe centrale et orientale ; austérité budgétaire et politiques d’ajustement structurel accroissant les écarts entre le nord et le sud ; approfondissement de la coopération intra-européenne. Les participants ont unanimement déploré que la coopération internationale dans ce domaine demeure insuffisante quantitativement et qualitativement, très largement inférieure aux besoins de l’Est et du Sud, souvent mal orientée, trop dispersée, axée trop exclusivement sur le sport de compétition, concentrée sur un nombre trop restreint de pays et en voie de réduction progressive, au moins en termes relatifs, depuis 1985. Dans l’espoir de remédier à cette situation, ils ont proposé de retenir les principes suivants pour guider ou inspirer les programmes de coopération et d’assistance en matière d’activité physique et de sport ; ceux-ci devraient :

  • prendre en compte les besoins et les ressources réciproques des partenaires, sans oublier les besoins spécifiques des petites nations
  • se fonder sur un engagement réciproque des partenaires autour d’objectifs définis et acceptés d’un commun accord
  • favoriser les transferts de techniques, d’informations, de connaissances et de savoir-faire, en évitant tout double emploi
  • répondre à une exigence de cohérence de manière à éviter autant que possible le risque de ruptures en cas de changement gouvernemental ou de réorientation des politiques
  • prévoir des mécanismes intégrés de contrôle et d’évaluation
  • respecter les traditions administratives et culturelles des partenaires ainsi que les critères retenus par eux.
10. L’accord s’est fait pour estimer indispensable et urgent le renforcement de la coopération Nord/Sud tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la région, en mettant en place si nécessaire de nouveaux mécanismes institutionnels où la diversité des partenaires serait représentées. Il apparaît souhaitable au préalable d’éclairer et de préciser le fonctionnement de mécanismes aujourd’hui en places et les méthodes de coopération suivies par les organisations internationales existantes, notamment l’OMS, le CIO et l’UNESCO. Le Forum a recommandé à cet effet qu’une enquête mondiale, comprenant un inventaire des programmes de coopération organisés à titre bilatéral ou multilatéral, soit entreprise qui permettrait de définir la nature exacte et d’étudier les conditions de fonctionnement des activités de coopération internationale entreprises par les secteurs gouvernementaux et non gouvernementaux dans les différents pays de la région.

Forum mondial de Québec

11. A la suite du Forum euroméditerranéen et des réunions préparatoires organisées dans quatre autres régions (Amérique latine et Caraïbes, Afrique sub-saharienne ; Asie-Pacifique ; Amérique du Nord) et tenant compte de leurs recommandations, le Forum mondial sur l’activité physique et le sport s’est tenu à Québec en mai 1995, sous le patronage conjoint du CIO, de l'OMS, de l’UNESCO et de la Fédération mondiale des industries du sport (WFSGI). Rassemblant des participants venus de 101 pays, le Forum a examiné les moyens de promouvoir l’activité physique et le sport à travers le monde. Parmi les thèmes retenus (promotion des valeurs et des bienfaits de l’activité physique et du sport ; cadre législatif et politiques nationales ; financement ; participation ; mise en valeur des ressources humaines), le dernier traitait de la solidarité, la coopération et la coordination internationales. Sur ce thème, le Forum a recommandé la mise en œuvre de 7 mesures spécifiques au niveau international et de 4 au niveau national. Certaines de ces mesures soulignent la nécessité de coordonner les programmes d’assistance bilatérale et multilatérale dans le domaine du sport non seulement entre eux mais également avec des projets symétriques intéressant d’autres secteurs du développement, ce qui est une manière de mettre en évidence le caractère multisectoriel de l’activité sportive.

Renouveler et renforcer l’action de l’UNESCO : bilan critique et prospective

12. Dans ce contexte, qui reflète une évolution où le sport se trouve de plus en plus étroitement associé à plusieurs des problématiques majeurs des sociétés contemporaines, l’action menée par l’UNESCO n’a pas complètement répondu, pour un certain nombre de raisons et faute sans doute d’avoir su mobiliser les moyens suffisants, aux attentes de la communauté internationale qui avait exprimé sa volonté, lors de la 27e session de la Conférence générale (Paris, 1993), de lui imprimer un vigoureux renouveau (résolution 27 C/5.16). Le Directeur général, prenant acte de cette situation, se propose de renforcer et de renouveler l’action de l’Organisation en l’articulant davantage à l’avenir à celle d’autres instances intergouvernementales au sein du système des Nations Unies, en approfondissant la coopération amorcée avec le Comité international olympique et en intensifiant la coopération avec les différents acteurs directement intéressés à la promotion de l'activité physique et du sport : organisations non gouvernementales, secteur privé, médias spécialisés notamment. Dans ce but, le Bureau du CIGEPS a été invité, en liaison avec le Conseil d'administration du Fonds international pour le développement de l'éducation physique et du sport (FIDEPS) à étudier de nouvelles modalités de concertation et de coopération en éducation physique et sport qui soient "plus représentatives, plus souples et plus dynamiques et qui permettent à l'ensemble des partenaires d'unir leurs efforts dans le respect de leur diversité et de leurs mandats spécifiques". Des recommandations concernant la mise en place de nouvelles structures de concertation et de coordination, susceptibles de se substituer au CIGEPS en élargissant ses objectifs, devaient être adressées au Directeur général avant le 1er septembre 1996. Le Bureau du CIGEPS et le Conseil d'administration du FIDEPS se sont réunis à cet effet à Tunis les 25 et 26 mars 1996 et ils ont chargé un groupe de rédaction de préparer, sur la base de leurs discussions, un projet de recommandation qui devait être examiné et approuvé dans le courant de l'été 1996. L'UNESCO a entrepris une profonde réflexion visant à dégager des mesures pour relancer son action dans le domaine de l'éducation physique et le sport. C'est ainsi que sur la base de l'évaluation externe réalisée en 1994 sur ce point, il a été conclu à la nécessité d'établir une structure plus légère, moins coûteuse, associant le secteur privé et les instances sportives majeures au niveaux mondial et régional. Une nouvelle structure a été proposée, intégrant ainsi à ses activités les Etats membres, des organisations intergouvernementales, des ONG et le CIO pour une meilleure concertation, coordination et représentativité dans le domaine de l'éducation physique et le sport. Dès lors la Conférence générale à sa 29ème session, en adoptant les nouveaux statuts du CIGEPS et du FIDEPS a souhaité donner un nouvel élan au CIGEPS pour renforcer son rôle et son action avec un cadre conceptuel et opérationnel rénové et revivifié. Le CIGEPS nouveau passe de 30 à 18 Etats membres à raison de trois par région géographique. Il est doté d'un Conseil consultatif permanent composé du CIO, d'OIG et d'ONG qui sont appelés à collaborer avec le Bureau du CIGEPS comprenant cinq vice-présidents représentant chacun la région géographique dont ils relèvent. Ainsi mis en place, ce nouveau mécanisme opérationnel doit être adapté aux contraintes structurelles et organisationnelles afin d'accroître la visibilité de ses activités, notamment sur la base de la régionalisation de celles-ci, en terme d'exécution, de programmation et de suivi qui seront nécessaires pour atteindre les objectifs visés soit dans le cadre de MINEPS soit dans le cadre d'un programme d'action qui sera retenu à l'initiative du CIGEPS.

De l'indispensable régionalisation du CIGEPS

14. Parmi les difficultés rencontrées dans l'organisation et le fonctionnement du CIGEPS, deux handicaps majeurs ont été soulevés mais éludés lors de l'adoption des propositions ayant abouti à l'élaboration des nouveaux Statuts. Il s'agit premièrement de répondre à un handicap structurel: il est essentiel que le CIGEPS soit redimensionné dans son organisation structurelle au niveau de chacune des régions géographiques qu'il couvre. Ainsi donc sa configuration pourrait se présenter de la manière suivante:

    • l'existence d'un Bureau composé de 6 Vice-Présidents et d'un Président au "dessus" des régions mais également autrement que intuitu personae. Le Bureau continuerait à avoir les mêmes prérogatives de concertation interrégionale et internationale.
    • l'existence d'un "exécutif régional" piloté par chacun des 6 Vice-Présidents respectivement dans le cadre de leur mandat. Cet exécutif comporterait ex oficio les 2 autres représentants élus par région et élargi en fonction des besoins.

15. Deuxièmement, l'urgence d'un Programme intergouvernemental approprié du CIGEPS mérite une profonde réflexion sur la nécessité d'accorder au mandat des membres élus, un cadre substantiel et concret des missions à réaliser, sans lesquels les objectifs de l'action intergouvernementale seraient voués à l'échec et au manque de visibilité. Pour y remédier les indications suivantes pourraient en guider la conception et la nature :

  • un programme intergouvernemental ciblé sur les besoins et les réalités qui freinent les politiques et programmes de l'éducation physique et le sport
  • définir des priorités en fonction des besoins et réalités identifiés pour chaque région
  • établir un échéancier sur le long terme
  • accorder au programme intergouvernemental les moyens budgétaires et humains aptes à sa pleine réalisation.

16. Si un tel schéma pourrait être retenu par les instances du CIGEPS, sa dénomination pourrait être "Programme intergouvernemental pour le développement de l'éducation physique et du sport", PRODEPS. Son institutionnalisation pourrait faire l'objet d'une adoption par la Conférence générale de l'UNESCO à l'instar des programmes de la même nature retenus par l'Organisation.

II. ENQUETE MONDIALE SUR LA COOPERATION INTERNATIONALE

17. En conformité avec la recommandation du Forum euroméditerranéen (mentionnée au point 10 de ce document), le Secrétariat de l'UNESCO a entrepris en 1995 une enquête mondiale sur la coopération internationale pour le renforcement du sport et de l'éducation physique dans les pays en voie de développement et dans l'Europe centrale et orientale. Cette enquête a été conduite par la voie d'un questionnaire en 10 points, sous forme de questions ouvertes portant essentiellement sur les points suivants : 
(a) type d'organisme ; 
(b) objectifs des activités de coopération éventuellement poursuivies : 
(c) priorités (par zone géographique, discipline sportive, groupe de population, autres critères) ; 
(d) principales activités (financement ; fourniture d'équipements : fourniture de services ; bourses ; autres activités) ; 
(e) principaux partenaires (gouvernements : au niveau central ou local ; ONG ; autres) ; 
(f) problèmes rencontrés ; 
(g) suggestions sur l'action que l'UNESCO pourrait entreprendre pour aider à la solution des problèmes identifiés. L'un des objectifs de cette enquête est de permettre la préparation, sur une base encore expérimentale et sélective, d'un premier Répertoire mondiale des programmes de coopération internationale dans le domaine du sport et de l'éducation physique.

18. Il faut reconnaître que les premiers résultats de l'entreprise n'ont pas été à la hauteur des espérances. A la date du 15 octobre 1995, 45 réponses seulement, sur un total de 200 questionnaires expédiés, avaient été reçus et analysés par le Secrétariat. Ces réponses émanent des Ministères ou organismes responsables du sport au sein des gouvernements (11 réponses : Chypre, Espagne, Finlande, France, Grèce, Malte, Ile Maurice, Norvège, Royaume Uni, Salvador, Trinidad), d'une organisation intergouvernementale (CONFEJES), de 23 mouvements sportifs dont le CIO, 12 organisations internationales non gouvernementales : (ACNO Asie, AGFIS, CIEPSS, CIFP, CIP, CISS, CSIT, FIEP, IAKS, IANOS, ISCA, TAFISA), 6 fédérations sportives internationales (Athlétisme, Boxe amateur, Football, Lutte, Tennis, Trampoline) et 5 organisations sportives nationales (Danemark (2), Hongrie, Norvège, Suède) de 5 universités (4 en Afrique du Sud, une au Canada) et de 5 spécialistes s'exprimant à titre individuel.

19. Le fait que 11 pays seulement sur les 185 Etats membres de l'UNESCO aient pris la peine de répondre au questionnaire n'est guère encourageant, d'autant plus que l'analyse de leurs réponses fait ressortir, pour une fraction d'entre elles, soit un manque de compréhension du sens de certaines questions - au lieu de décrire par exemple les objectifs poursuivis au titre de la coopération internationale, comme les y invitait la 3e question, 6 pays, soit plus de la moitié de l'échantillon, se sont bornés à décrire les objectifs généraux assignés à la politique sportive nationale - soit un manque de temps ou d'intérêt de la part du destinataire. Faut-il incriminer ici la lassitude éprouvée par des administrations surchargées de questionnaires, formulaires ou demandes d'information que la vie et la coopération internationales tendent précisément à multiplier ? Il y a là en tous cas matière à s'interroger sur l'efficacité des méthodes d'enquête, l'interview structuré pouvant apparaître comme une solution sans doute plus longue et plus coûteuse mais généralement beaucoup plus fructueuse et rigoureuse, en évitant notamment les erreurs d'interprétation ou de compréhension.

20. De l'analyse des 11 réponses gouvernementales, il convient de noter parmi les objectifs les plus intéressants ou les plus originaux mentionnés dans le domaine de la coopération sportive internationale : (a) l'affectation par un pays du tiers des profits réalisés sur le marché des compétitions sportives nationales aux activités de coopération, (b) les échanges de spécialistes, entraîneurs, formateurs et sportifs de haut niveau, (c) la volonté de réduire les inégalités entre nations sportives et de construire des structures démocratiques fondées sur des activités civiques, (d) l'établissement de relations à long terme entre organismes et spécialistes sportifs. Les formes de coopération les plus fréquemment mentionnées sont les subventions (un seul pays mentionnant le montant des crédits effectivement alloués à ces activités), la fourniture d'équipements, l'offre de services sous forme de spécialistes, de consultants, de transferts de savoir-faire ou d'envoi de publications, une réponse se référant à la nécessité de transmettre conseils et expériences pour définir ou orienter des stratégies de développement du sport. Les priorités sont exprimées soit en termes de pays ou organisations destinataires (gouvernements, ONG, choisis en fonction d'affinités politiques ou culturelles), soit en termes de groupes-cibles (jeunes d'âge scolaire, femmes notamment), soit en termes de services (équipements, experts). L'échantillon des réponses gouvernementales paraît trop faible pour qu'il soit possible de tirer un enseignement sur les ordres de priorité. Les partenaires de la coopération sont les gouvernements (5 réponses), les collectivités locales (2 réponses), les ONG en général (5 réponses), les fédérations sportives (5 réponses), certaines réponses mentionnant plusieurs partenaires.

21. Quant aux problèmes rencontrés, toutes les réponses, sauf 2, se réfèrent au manque de crédits et aux restrictions budgétaires tandis que sont évoquées plus spécifiquement dans telle ou telle d'entre elles : (a) les difficultés de communication entre organismes sportifs, (b) l'absence ou l'insuffisance de la coordination entre pays donateurs et pays bénéficiaires, (d) les double emplois entre pays donateurs, (d) les attentes irréalistes des pays bénéficiaires, (d) l'absence de vision à long terme, (f) les divergences conceptuelles sur la signification du sport, (g) le besoin d'harmoniser les pratiques administratives en matière de sport, (h) la tendance à privilégier le sport de haut niveau au détriment des autres formes d'activité physique et sportive, (i) l'insuffisance des ressources humaines, (j) le manque de recherches spécialisées et parfois (k) tout simplement le manque d'intérêt. Deux pays en développement soulignent la pénurie grave d'équipements et d'infrastructures qui entrave le développement de la pratique sportive.

22. Les réponses des organisations sportives internationales ou nationales entrent plus difficilement dans le cadre d'analyse proposée dans le questionnaire. La plupart des organisations (notamment la CONFEJES; le CIO et plusieurs composantes du Mouvement olympique: AGFIS, Association internationale de boxe amateur, Fédération internationale d'athlétisme amateur, Fédération internationale de tennis, Fédération internationale des luttes associées (FILA), Fédération internationale de football association (FIFA), Comité national olympique et Confédération des sports du Danemark, Conseil olympique d'Asie ; l'Assemblée internationale des organisations nationales de sport (IANOS): l'Association des amis des Journées Arc en Ciel; les associations danoises de gymnastique et de sports, l'Association internationale des équipements de sports et de loisir (IAKS); l'Association internationale des handicapés mentaux (INAS-FMH); le Bureau d'assistance à l'Europe de l'Est (MEFA); le Comité international paralytique; le Comité international des sports des sourds; le Comité international pour le Fair Play (CIFP); le Conseil international pour l'éducation physique et la science du sport (CIEPSS/ICSSPE); le Conseil national des sports d'Afrique du Sud; la Confédération allemande des sports; la Confédération norvégienne des sports; la Confédération suédoise des sports: la Confédération sportive internationale du travail (CSIOT); la Fédération internationale d'éducation physique; la Fédération internationale de trampoline; TAFISA) ont décrit leurs objectifs et leurs activités propres, sans toujours se placer dans une perspective d'échanges et de coopération.

23. Il est intéressant néanmoins d'analyser les problèmes qu'elles ont identifié parmi lesquelles les plus fréquemment cités sont les suivants : (a) difficultés de communication dues en particulier aux changements fréquents dans le personnel dirigeant des instances et organisations sportives des pays en développement ; (b) écart croissant entre pays industrialisés et pays en développement dans le domaine de l'équipement et des infrastructures, particulièrement en ce qui concerne les techniques et les connaissances ainsi que les méthodes de planification ; (c) différences culturelles affectant valeurs, attitudes et comportements et rendant plus complexes , incertaines ou aléatoires le processus d'échange et de communication; (d) priorité croissante accordée au sport de compétition par rapport au sport pour tous non seulement de la part des gouvernements mais également des associations et clubs sportifs ; (e) mauvaise circulation de l'information et des données d'expérience ; (f) manque de suivi et de continuité dans les actions entreprises sur la base d'une coopération nord/sud, provoqués notamment par les changements fréquents de personnel, qui s'expliquent par l'instabilité gouvernementale, la corruption ou d'autres raisons : ((g)) manque de ressources humaines qualifiées ; (h) manque de ressources financières (mentionné par la quasi-totalité des réponses). Le Bureau d'assistance à l'Europe orientale (EEAB), qui apporte un soutien dans l'organisation et la gestion des associations de football affectées par la dissolution des fédérations de football de l'ex-URSS et de l'Albanie, a exprimé le regret que les associations de ces pays ne bénéficient pas d'exemption de taxes et souhaité que des visas puissent être accordés plus libéralement pour faciliter les échanges de sportifs entre l'Est et l'Ouest de l'Europe. La CONFEJES a recommandé qu'une assistance internationale soit accordée à un projet visant à implanter dans les pays africains d'expression française le programme modulaire d'éducation physique et de sport dont elle a parrainé l'élaboration. De même la Confédération sportive internationale du travail souhaiterait bénéficier d'un appui afin de créer un Fonds de solidarité en matière sportive au profit des pays en développement. Les autres réponses, émanant d'Universités ou de spécialistes individuels, ne s'inscrivent pas dans le cadre d'analyse retenu pour l'enquête même si elles peuvent fournir des informations intéressantes.

24. Bien d'autres observations pourraient être faites. L'une d'elles concerne le sport scolaire dont dépend largement la pérennisation de la pratique régulière de l'activité physique et sportive et l'émergence de l'esprit de compétition et qui reste totalement extérieure au champs de la coopération internationale. Trop souvent en effet, les activités sportives ne sont pas un élément de l'éducation permanente et globale, formelle ou non formelle, des enfants et des jeunes d'âge scolaire dans de nombreux pays en développement. Faute de maîtres, faute de matériels même élémentaires, faute de volonté politique aussi. Or, l'envie de participer à une activité sportive libre ou encadrée ne sera ressentie que si, dès l'école primaire, le sport est une matière d'enseignement obligatoire dispensée par les instituteurs et institutrices de façon régulière, si des compétitions sportives scolaires sont programmées et réalisées, aboutissant autant que possible à un championnat régional ou national et si les médias jouent leur rôle d'informateurs et de formateurs. Soulignons enfin que, dans la mise en œuvre de programmes de coopération, l'évaluation, l'ajustement doivent être constants, l'adaptation perpétuelle. L'efficacité de ce qui doit être compris et organisé comme une coopération sera évaluée en fonction des résultats obtenus sans l'intervention constante du donateur, en fonction du savoir-faire transmis, de telle sorte que le travail devra être programmé, entrepris et réalisé par les responsables du pays bénéficiaire.

25. Une autre anomalie, déjà soulignée dans différentes réponses, résulte de la constatation que le Mouvement olympique et le mouvement sportif de compétition - dans la mesure où celui-ci est extérieur à celui-ci - entreprennent, avec des moyens significatif et constamment renforcés, des actions et des programmes systématiques en faveur de la promotion des activités sportives de haut niveau dans les pays en développement y compris les moins avancés d'entre eux. Parallèlement, les organisations internationales non gouvernementales s'intéressant à la généralisation de la pratique sportive dans le cadre de programmes de sport pour tous n'ont pas conclu, sans doute faute de moyens, d'accords de coopération avec pays du Sud. Une telle situation entretient et aggrave les déséquilibres entre sport pour tous et sport de haut niveau. Ce phénomène risque d'être amplifié par la complexité croissante des techniques d'entraînement qui amènent les sportifs des pays du Sud à parfaire leur formation au Nord. Déplacer les meilleures potentialités vers des lieux privilégiés est sans doute une solution très attirante, à court terme, mais n'a pratiquement jamais suscité un travail en profondeur au niveau du pays d'origine et surtout n'a jamais entraîné la création et l'animation d'un large et vivant mouvement sportif au plan national. Il est important à cet égard que le sportif de haut niveau originaire d'un pays en développement puisse faire bénéficier de sa notoriété et de son expérience les jeunes sportifs qui sont ses compatriotes. De tels déséquilibres soit d'autant plus dommageables que l'augmentation du nombre de pratiquants exigerait une meilleurs qualité des conseils prodigués puisque la pratique sportive est généralement libre, individuelle et effectuée sans contrôle.

26. Selon les informations recueillies dans le cadre de l'enquête, un nombre relativement restreint de pays industrialisés ont signé des accords de coopération sportive avec les pays en développement et avec les pays d'Europe centrale et orientale. Sur la liste ci-après, certainement loin d'être exhaustive, les pays donateurs figurent à gauche, face aux pays bénéficiaires :

Danemark Afrique du Sud, Tanzanie, Zimbabwe
Espagne Mozambique
Finlande Tanzanie;pays baltes; certains pays d'Europe centrale et orientale
France Pays en développement d'expression française; certains pays d'Europe de l'Est
Norvège Afrique du Sud; Tanzanie; Zambie; Zimbabwe;
certains pays d'Europe de l'Est
Royaume Uni Pays du Commonwealth en Afrique et dans les Caraïbes
Suède Afrique du Sud, Ouganda, Tanzanie, Zimbabwe

III. ETUDE SUR LA SITUATION SPORTIVE DANS LES PAYS LES MOINS AVANCES

27. En 1994-1995, la Division de la jeunesse et des activités sportives, avec l'appui du gouvernement malgache - dont le représentant était Vice-Président du CIGEPS -, a réalisé une étude sur la situation sportive dans les pays les moins avancés, 48 pays dont 33 en Afrique, 1 en Amérique et 14 dans la région Asie-Pacifique (dont un certain nombre d'Etats insulaires ou de petite superficie) sont inscrits sur la liste des PMA établie par les Nations Unies. Un questionnaire, adressé au cours du mois de juin 1995 aux instances gouvernementales responsables du sport dans chacun de ces pays, abordait tous les facteurs qui conditionnent la pratique sportive: administration du sport; structures d'accueil; infrastructures et équipements; sport scolaires; sport pour tous; médecine du sport; formation et perfectionnement de l'encadrement; violence et fair play; coopération bilatérale et multilatérale; animation sportive en milieu urbain et rural; jeux et sports de tradition; matériel sportif fabriqué localement. 21 réponses ont été enregistrées, soit un pourcentage voisin de 45 %, provenant des pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap Vert, République Centrafricaine, Comores, Djibouti, Ethiopie, Gambie, Ghana (retiré ultérieurement de la liste des PMA), Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Kiribati, Madagascar, Mauritanie, Mozambique, Niger, Tuvalu, Zambie. Se trouvent ainsi rassemblés 10 pays majoritairement francophones, 7 anglophones, 1 hispanophone et 2 lusophones. 18 d'entre eux sont situés en Afrique, les 3 autres appartenant à la région Asie-Pacifique. 5 sont des pays insulaires de petite superficie - inférieure à 50.000 km2 -respectivement situés dans les océans atlantique (1), indien (2) ou pacifique (2). Compte tenu du caractère insuffisamment représentatif des données recueillies auprès des trois pays insulaires de la région Asie-Pacifique et de la difficulté de les comparer à celles des autres pays, les résultats de l'étude tels qu'ils sont résumés ci-après concernent seulement les pays les moins avancés de l'Afrique sub-saharienne.

La pratique sportive dans les pays les moins avancés

28. La pratique des sports est variable selon les pays. Si l'on prend en considération les sports inscrits au programme olympique, trois disciplines seulement sont pratiqués dans l'ensemble des pays : l'athlétisme, le football et le basket-ball. Le handball est pratiqué dans 93 % des pays, le volley-ball dans 87 %, la boxe et le judo dans 46 %. La gymnastique et la natation, disciplines essentiellement pédagogiques, sont délaissées. Le badminton, le base-ball, l'équitation, le hockey sur gazon sont peu pratiqués. L'haltérophilie est confidentielle, le tir à l'arc pratiquement absent. Les disciplines techniques (javelot, marteau, hauteur, haies) qui exigent du matériel et des installations relativement sophistiqués et coûteux ne sont que rarement pratiquées. Tous les pays couverts par l'étude, sauf deux, ont un Comité national olympique.

29. Certaines disciplines non olympiques sont égailment pratiquées, de manière également variable selon les pays : le karaté vient en tête (il est pratiqué dans 9 pays) suivi par le sport automobile, le golf et le rugby (4 pays), la pétanque (3 pays), le badminton et le squash (2 pays), la boxe française, le netball et les fléchettes (12 pays). Les jeux et sports de tradition sont pratiqués sur toute l'étendue du continent africain mais la majorité des pays seulement disposent d'une structure responsable de leur organisation et de leur conservation.

30. Partout, les installations sont insuffisantes à la fois en nombre et en qualité. C'est ainsi que l'on compte, en moyenne, pour les 16 pays africains les moins avancés:

1 gymnase pour 8.600.000 habitants
1 piscine pour 2.350.000 -
1 piste d'athlétisme pour 563.000 -
1 terrain polyvalent (basket, volley, handball) pour 252.000 -
1 terrain de football pour 106.000 -

Pour rares qu'elles soient, ces installations sont au surplus mal ou peu entretenues parce que l'entretien est onéreux et que les responsables tendent à limiter leur utilisation aux manifestations les plus importantes de manière à réduire les frais. Il faudrait inverser cette spirale perverse, en faisant comprendre aux dirigeants que, pour une enveloppe budgétaires donnée, utilisation et entretien des installations vont de pair et se justifient réciproquement. En règle générale, seule la capitale possède des installations performantes et entretenues mais elles ne sont utilisées que pour les compétitions et non pour les entraînements réguliers.

31. L'organisation des sports relève d'un Ministère (Jeunesse et sports, Education nationale, Culture, Population, suivant les pays) et particulièrement d'une Direction nationale des sports qui semble exister partout. Cette Direction coopère avec les Fédérations sportives uni-sports qui gèrent leur discipline respective sur toute l'étendue du territoire national. Seules les Fédérations ont le droit d'attribuer le titre de champion national. Le nombre de fédérations varient de 6 à 20 selon les pays. Trop souvent cependant, les fédérations ne possèdent de structures d'accueil (clubs sportifs notamment) que dans la capitale et ne disposent pas toujours de relais actifs en province, ce qui limite la représentativité des sports pratiqués et réduit considérablement sa promotion et les possibilités de résultats. Le football est la seule activité sportive qui bénéficie de représentations géographiquement homogènes ; il est vrai qu'elle rassemble en moyenne plus de 50 % des pratiquants licenciés ou officiellement dénombrés (la délivrance de licences n'intervenant pas dans tous les pays, bien qu'elle soit obligatoire dans 68 % des pays ayant répondu pour les sportifs qui prennent part à des compétitions).

32. Le suivi médical du sportif est loin d'être assuré dans tous les pays. Seulement 43 % des pays imposent des visites médicales obligatoires, mais seulement 26 % d'entre eux disposent d'un centre médical sportif.

33. Bien que la majorité des pays (75 % de l'échantillon) organisent des manifestations de promotion sportive - notamment en athlétisme, sports de combat et sports collectifs - celles-ci manquent d'efficacité dans le mesure où elles ne paraissent pas entraîner une augmentation du nombre des participants officiels aux compétitions. Cela tient probablement au fait que, trop souvent, les fédérations nationales ne prévoient pas de compétitions réservées aux jeunes et notamment aux enfants et jeunes d'âge scolaire. Alors que les journées de promotion attirent des milliers de jeunes, ceux-ci sont cantonnés dans un rôle de spectateur alors qu'ils attendent que ces occasions pour participer à des manifestations sportives parrainées par un organisme officiel. Un travail de sensibilisation des dirigeants et responsables devrait être entrepris rapidement, afin qu'ils prennent en compte les catégories jeunes (juniors, cadets et minimes garçons et filles) qui sont pratiquement délaissées, sauf pour quelques pays et dans un nombre limité de disciplines comme l'athlétisme et le tennis.

34. Le football, qui est très populaire sur tout le continent, domine le mouvement sportif africain. La qualité de son jeu s'améliore régulièrement, comme le prouvent les performances réalisées par les trois équipes nationales lors de la dernière Coupe du Monde aux Etats-Unis. De nombreux joueurs africains sont intégrés dans des équipes européennes de haut niveau. En termes de résultats, l'athlétisme est qualitativement le sport qui est le plus performant, notamment dans le domaine du demi fond - court et long - grâce aux athlètes éthiopiens et kenyans.

35. La violence sur les stades des PMA est peu importante, 26 % seulement des pays ayant répondu au questionnaire font état de phénomènes de violence qui seraient provoquées par l'incompétence des arbitres, la méconnaissance des règlements par le public - et parfois par les arbitres eux-mêmes, le chauvinisme et l'alcool.

Education physique et sport scolaires

36. L'éducation physique et sportive constitue théoriquement une matière obligatoire dans les programmes scolaires au niveau primaire (à raison d'une heure par semaine dans 1 pays sur 5, de 2 à 3 h. dans 3 pays sur 5 et de plus de 3 h. dans la majorité des pays africains anglophones) et secondaires (2 à 4 h. par semaine dans les pays francophones ; plusieurs demi-journées dans les pays anglophones). En pratique, les horaires scolaires prévus ne sont que très rarement respectés. On peut estimer, sur la base des données recueillies, qu'en moyenne 50 % des maîtres du primaire et des professeurs du secondaire ne respectent pas les horaires officiels, qu'ils soient fixés par la loi ou précisés dans les règlements d'établissement.

37. Pourquoi une telle situation ? Il faut reconnaître qu'en règle générale l'éducation physique et sportive n'est pas vraiment intériorisée par le corps enseignant comme une matière d'enseignement ; si elle l'est, elle n'est pas considérée comme une matière d'enseignement ; si elle l'est, elle n'est pas considérée comme une matière comme les autres. Au niveau primaire, il faut incriminer la pénurie d'enseignants et l'insuffisance de leur formation. Les instituteurs ne reçoivent qu'une formation très succincte, généralement dispensée dans les écoles normales ou les institutions équivalentes dans les pays anglophones, qui ne leur permet pas de prendre en charge pédagogiquement une animation sportive motivante pour l'enfant. Les classes sont surchargées, avec des effectifs variant entre 40 et 100 élèves, parfois répartis en deux équipes, ce qui veut dire qu'un enseignant devra s'occuper de 200 élèves au cours d'une seule journée. Le matériel didactique et les aires de jeu sont inexistants. Au niveau secondaire, la situation est comparable, bien que dans 70 % des pays considérés, les enseignants bénéficient d'une formation dispensée dans une école spécialisée où deux niveaux sont prévue, le premier préparant des maîtres ou moniteurs, le second des professeurs. Le suivi professionnel n'est assuré ni par des stages de perfectionnement ni par un contrôle pédagogique régulier. Les effectifs des classes demeurent très important, allant de 30 à 80, parfois davantage. Le manque de matériels, d'installations et de terrains de jeux se retrouve partout.

38. Dans chaque établissement scolaire du second degré, il existe ou devrait exister une association sportive scolaire ouverte aux élèves intéressés et dont l'encadrement est assuré par les enseignants techniques et administratifs de l'école ou du collège. Les compétitions scolaires sont très rares au niveau primaire, plus fréquentes au secondaire où elles sont cependant loin d'être organisées de manière régulière et cohérente. Des championnats nationaux ont été organisés en 1993 dans un certain nombre de pays en athlétisme, football, sports de petit terrain et sports de combat ainsi que dans un certain nombre de jeux traditionnels.

L'animation sportive hors de l'école

39. Le pourcentage des enfants scolarisés en Afrique ne cesse de diminuer, pour des raisons essentiellement démographiques. D'où l'importance de mettre en place une animation sportive au niveau des quartiers en milieu urbain et des villages en milieu rural destinés principalement aux jeunes notamment ceux qui ne sont pas intégrés dans le système éducatif. La moitié des pays considérés dans la présente étude affirment mener une action d'animation sportive dans les quartiers des villes, mais 12 % seulement dans les villages. Dans tous pays et en toutes régions, des espaces libres sont disponibles où les enfants peuvent jouer mais un seul des pays de l'échantillon les a aménagé en aires de jeux qui constituent autant de lieux de rencontre à `partir desquels un processus d'éducation non formelle pourrait être conçu et organisé. Des aires ainsi aménagées favoriserait et faciliterait également le développement des jeux et sports de tradition qui sont pratiqués dans tous les pays africains.

40. Les pays interrogés ont indiqué dans la plupart des cas les besoins prioritaires que la coopération internationale, bilatérale ou multilatérale, pourrait aider à satisfaire. L'aide attendue devrait permettre notamment :

a) de favoriser l'élaboration d'une politique sportive et la mise au point de programmes de travail (tous les pays sans exception se sont référés à ce besoin qui constitue un préalable en même temps qu'un gage de rationalité)

b) la construction d'infrastructures légères adaptées aux conditions prévalant dans chaque pays

c) la formation et le perfectionnement d'un encadrement compétent et efficace tant au niveau scolaire que dans le cadre des fédérations

d) l'attribution du petit matériel sportif indispensable mais non disponible sur place (chronomètres, rubans de mesure, mégaphone, ballons, etc.)

e) de concevoir et organiser la fabrication sur place et à coût réduit des équipement et matériels sportifs d'usage courant

f) le suivi régulier et l'évaluation de l'action entreprise.

Effets relatifs

41. Il importe de souligner que les données recueillies dans le cadre des deux enquêtes décrites brièvement ci-dessus mériteraient d'être vérifiées et qualifiées avec plus de rigueur. Les chiffres cités peuvent être dans certains cas sujets à caution. Le Secrétariat de l'UNESCO est conscient qu'un effort important reste à faire pour mieux mesurer et analyser l'offre et la demande d'aide internationale dans le domaine de l'activité physique et du sport. Le Forum de Lausanne devrait être l'occasion d'examiner librement, tous partenaires confondus - qu'il s'agisse des gouvernements, du mouvement sportif, des institutions du système des Nations Unies, ou des organisations internationales intergouvernementales ou non gouvernementales-, les voies et moyens propres à renforcer quantitativement mais plus encroe à améliorer qualitativement la coopération internationale, en se prononçant le cas échéant sur l'opportunité d'imaginer et de mettre en place un nouveau mécanisme de coordination et de concertation entre les différentes instances intéressées et en gardant à l'esprit les conditions dans lesquelles le donner et le recevoir - selon la formule du Président Senghor - peuvent s'intégrer dans un processus de réciprocité et d'échange interculturel.

IV. DE NOUVELLES DONNES

Les tendances générales de l'évolution des phénomènes sportifs dans le monde

42. Les mutations sur le plan social, économique et politique au niveau mondial ont entraîné mécaniquement la désuétude des idéologies et des concepts traditionnels qui ont fondé les différentes approches ayant marqué le contenu, les méthodes et les finalités de l'éducation physique et le sport.

43. La recomposition de la scène internationale, l'émergence de nouveaux pôles de développement et l'effondrement de la bipolarisation du monde contribuent à l'effritement de la doctrine monolithique prééminente de l'éducation physique et le sport fondée sur des programmes dont le contenu, les méthodes et les finalités ne sont plus en adéquation avec la réalité contemporaine.

44. La portée de la mutation du monde et des bouleversements incessants modifient ex nihilo l'approche traditionnelle des politiques et programmes qui impliquent l'urgence de réformes aptes à répondre aux problématiques majeures qu'engendrent le domaine de l'éducation physique et le sport.

45. Le paradoxe de la situation tient à la forte pénétration du phénomène sportif en corrélation avec la généralisation de la pratique sportive "non institutionnelle" qui inverse les tendances traditionnellement établies. Certes la divulgation des politiques dites de "sport pour tous" bien qu'apparaissant comme un moyen alternatif aux modes établis d'organisation, de promotion et de développement du sport ne permet toutefois pas de répondre de façon pertinente et affirmée à la désuétude des politiques et programmes d'éducation physique et de sport observés dans plusieurs pays.

46. Ce constat général ne peut être dissocié du bilan établi sur l'action de l'UNESCO en matière d'éducation physique et de sport. Les enjeux de la coopération internationale, les moyens adéquats et appropriés pour renforcer l'action intergouvernementale ont quelque peu été occultés en pratique, voilés par les intentions exprimées mais quasiment pas traduits dans les actes et les faits.

47. De graves déséquilibres accompagnent insidieusement le glissement de l'intérêt porté à l'action intergouvernementale internationale en matière d'éducation physique et le sport au détriment de l'action intergouvernementale régionale. L'exemple le plus remarqué reste celui de l'Union Européenne, la Conférence des Ministres de la Jeunesse et des Sports de cette sphère apparaît comme un cadre multilatéral de concertation et de coopération régionale qui gagne en influence et intérêt. Le domaine du sport en profite sur bien des aspects notamment en matière de concertation des politiques de lutte contre le dopage. Le renforcement de la coopération mutuelle de cet espace s'enrichit également en qualité et en notoriété. De même des structures supra-régionales telle que la CONFEJES permettent d'asseoir par l'effort concerté et la programmation, une plate-forme d'action identitaire et de solidarité pour promouvoir le développement de l'éducation physique et du sport.

48. Le caractère opérationnel de ces structures reste néanmoins éloigné de la réflexion sur la complexité de l'identification des causes et des conséquences du déclin de l'éducation physique et du sport dont les effets sont perceptibles dans les choix guidant les grands axes des politiques publiques gouvernementales et souvent intergouvernementales régionales. En effet, celles-ci sont plus marquées par la spirale perverse du privilège accordé au sport d'élite suivant une doctrine devenue le profil type des politiques sportives de nombreux pays. Celle-ci accorde ex cathedra une place de choix au sport de haut niveau pour constituer le vecteur de la politique d'éducation physique et du sport pour tous.

49. Il est aisé de constater que le succès du sport de compétition a généré des enjeux considérables aux retombées sociale, économique et politique qui a permit de donner au domaine du sport un envol qui en fait un patrimoine de la culture des civilisations contemporaines et modernes.

50. Des besoins nouveaux liés au développement technologique, à la forte urbanisation des villes et à une plus large démocratisation du sport ont généré des demandes nouvelles disparates avec une nouvelle vague de potentialités qui pourraient expliquer le désintérêt des jeunes dans le processus traditionnel d'organisation et d'enseignement de l'éducation physique et du sport.

51. La nécessité de repenser, rénover et adapter les politiques et programmes d'éducation physique implique une adéquation avec l'évolution du monde: les doctrines des politiques et programmes de l'éducation physique et du sport conçus pour la plupart comme des modèles au lendemain de la seconde guerre mondiale sont inopérantes au regard du contexte culturel moderne dans lequel les différences culturelles affectant les valeurs, les attitudes et les comportements ne peuvent être occultées.

52. L'effondrement des valeurs éthiques et morales du sport, perçues comme des valeurs universelles, ne peut isolément servir à expliquer dans l'ensemble ni les préoccupations soulevées par la pratique sportive ni la désuétude des politiques et programmes d'éducation physique et du sport dans et hors le système éducatif.

53. L'une des problématiques récurrentes depuis plus de deux décennies repose sur l'urgence qu'eut été d'analyser à tous les niveaux de responsabilité des instances sportives la portée de la reconfiguration des politiques et programmes d'éducation physique et du sport dans le cadre d'une stratégie à long terme.

54. Cette quasi absence de vision stratégique, sans affaiblir le rôle des pouvoirs publics dans la promotion et l'organisation de l'éducation physique et du sport (soit décentralisé, soit déconcentré) a conduit progressivement le mouvement sportif par la force des choses, à se substituer à ceux-ci. La démultiplication de la création de clubs sportifs et d'associations sportives (par l'effet de la démocratisation évoquée supra) a implicitement entraîné les pouvoirs publics à privilégier cette approche sans rechercher à créer un équilibre avec le système éducatif qui par son potentiel demeure un vivier de premier ordre.

55. Il eut été utile et indispensable pour les besoins de réforme dans le domaine de l'éducation physique et du sport d'identifier les changements ou réformes gouvernementaux et leur impact sur l'éducation physique et le sport à l'école. Les réductions budgétaires dans de nombreux pays qui frappent les programmes d'éducation physique et du sport au détriment du sport de compétition ne peuvent non plus à elles seules justifier le déclin de ce domaine d'activité qui vise 64 % des jeunes en Afrique, 57 % en Asie du Sud-Est, 56 % en Amérique latine et les Caraïbes, 47 % en Europe de l'Est et 35 % en Europe de l'Ouest. L'enjeu demeure la priorité qui est effectivement accordée à ce domaine ainsi que la place qui lui est réservée par rapport à la politique nationale de sport de haut niveau. Deux priorités contradictoires caractérisent les choix gouvernementaux en matière d'éducation physique et sport: soit une politique de masse pour dégager une élite susceptible de constituer la "vitrine" de la nation, soit une politique d'élite susceptible d'avoir un effet induit pour promouvoir une politique sportive de masse.

56. Le constat empirique sur les deux approches permet de tirer des enseignements: dans le second cas (le privilège à l'élite pour féconder la masse) ne paraît pas nécessairement fructueux mais plutôt onéreux et confidentiel; à l'inverse les moyens et les infrastructures crées pour la pratique généralisée du sport induit un fort taux de pénétration des retombées auprès des populations ciblées. Ceci a également pour effet de créer une base encourageante pour les programmes de l'éducation physique et du sport dans le système scolaire auquel l'effort de réforme doit être joint pour répondre aux nouveaux enjeux de l'éducation physique et du sport dans la société du troisième millénaire.