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Les
enjeux pour l'enseignement technique et professionnel:
les nouvelles exigences du XXIe siècle |
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"Lorsque souffle le vent du changement, certains
construisent des murs, d'autres des moulins à vent" |
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1. Le progrès fulgurant des sciences et des technologies auquel nous assistons a généré une révolution de la communication qui s'étend à toutes les régions du globe, donnant naissance à une société mondiale de l'information. En fait, les nouvelles technologies de l'information et de la communication bouleversent complètement la façon dont les gens vivent, apprennent, travaillent ou l'idée qu'ils ont de leur travail un peu partout dans le monde. Par ailleurs, les progrès dans d'autres domaines de la science et la technologie donnent à penser que la production alimentaire et les soins de santé vont être révolutionnés au cours des vingt à trente prochaines années. Pourtant, on a de plus en plus le sentiment que le mode de développement socio-économique actuel ne peut se perpétuer indéfiniment à cause de son effet nuisible sur l'environnement. Le passage à un modèle de développement qui fasse de la viabilité une exigence centrale apparaît dès lors comme un impératif du nouveau millénaire. 2. Les changements politiques qui ont suivi la fin de la "guerre froide" ont conduit à une libéralisation du commerce et à la libre circulation des personnes entre les pays. Cette tendance à la mondialisation, portée par le progrès technologique, a touché la population mondiale diversement et de manière inégale. Certains pays en ont rapidement tiré des avantages économiques, d'autres se sont trouvés confrontés à des problèmes sociaux graves. Dans les pays développés, le contenu du travail dans la plupart des secteurs d'activité a considérablement changé tandis que le travail et les perspectives d'emploi dans le secteur industriel ont globalement diminué. Beaucoup d'industries à faible ou moyenne intensité technologique ont été relocalisées dans les pays en développement pour profiter d'une main-d'uvre bon marché. Les travailleurs qui ont de ce fait perdu leur emploi ne possèdent pas les qualifications nécessaires pour occuper les emplois créés dans les industries de services et à forte intensité technologique. Ainsi, tout en stimulant ces secteurs d'activité, la mondialisation a imposé un lourd fardeau social aux gouvernements des pays développés. 3. Dans nombre de pays en développement, notamment en Afrique, le progrès technologique et la mondialisation ont exacerbé les problèmes de chômage existants qui, dans une certaine mesure, étaient dus aux mauvaises performances de l'économie. Des industries inefficaces, à fort coefficient de main-d'uvre, qui ne pouvaient concurrencer les multinationales, ont dû fermer. Elles n'avaient pas les moyens d'acquérir les nouvelles technologies et ne pouvaient donc pas se moderniser. Faute de trouver à s'employer dans le secteur formel de l'économie, les travailleurs se sont tournés vers le secteur informel pour subsister. Ce secteur est donc en plein essor et représente actuellement, dans certains pays, plus de 60 % des offres d'emploi dans les villes. L'exode des travailleurs qualifiés vers des pays offrant des salaires plus élevés est un autre phénomène qui a nui aux industries de certains pays en développement. 4. La conjonction de la mondialisation et des progrès technologiques a permis à des personnels techniques hautement qualifiés des pays en développement de proposer leurs services aux entreprises des pays développés. Les concepteurs de logiciels et les fournisseurs de services téléphoniques des pays en développement sont nettement moins chers que leurs homologues des pays développés, et ils sont de plus en plus nombreux à travailler pour des sociétés transnationales tout en restant chez eux. 5. Pour certains pays en transition, la mondialisation s'est manifestée par la prise de conscience de l'inefficacité de leurs industries et l'apparition d'une demande de compétences et de métiers nouveaux. L'obsolescence des connaissances, des compétences et des attitudes face au travail a favorisé le développement du chômage dans ces pays. Tandis que les gouvernements éprouvent des difficultés à payer les employés des entreprises de l'Etat, les premiers investissements des sociétés transnationales semblent prospérer, générant des emplois pour les jeunes des villes. C'est ce qui explique que l'on observe chez cette catégorie de la population une relative aisance et un certain degré de transformation sociale, alors que beaucoup de citadins plus âgés et les ruraux en général souffrent de précarité économique et d'exclusion sociale. 6. La brusque contraction économique des pays de l'Asie du Sud-Est est peut-être aussi un effet de la mondialisation. Malgré un développement industriel et social vertigineux au cours des trente à quarante dernières années, ces pays n'avaient pas réussi à mettre en place des politiques économiques reposant sur des bases solides. La mondialisation a certes aidé leurs nouvelles industries de transformation à être compétitives sur le marché international, mais elle a aussi mis en évidence les faiblesses de leurs bases économiques et a résulté en une crise financière qui a fait chuter la valeur de leurs monnaies. Cette crise est cependant considérée comme passagère et d'aucuns y voient un phénomène d'ajustement inévitable compte tenu de la croissance trop rapide des économies en question. Lors de leur passage d'une économie agraire à une économie fondée sur une industrie dynamique et compétitive sur le marché mondial, ces pays avaient beaucoup investi dans l'éducation de base. Ils avaient également consacré des ressources à l'ETP pour former une main-d'uvre capable d'alimenter un secteur industriel en pleine croissance. Un réservoir de main-d'uvre qualifiée, coûtant moins cher que dans les pays développés, a ainsi été constitué. Cette main-d'uvre qualifiée, produit de politiques d'éducation très ciblées, devrait aider à surmonter les difficultés financières actuelles grâce à une productivité élevée dans la fabrication de produits de qualité destinés à l'exportation. 7. La mondialisation a stimulé la croissance économique dans certains pays, mais elle a aussi renforcé l'exigence d'une plus grande compétitivité. Pour survivre dans ces conditions, les entreprises ont besoin de systèmes de production utilisant les nouvelles technologies pour accroître la productivité et la flexibilité, et de travailleurs possédant des qualifications actualisées et un plus grand esprit d'initiative. Ainsi, l'exigence d'une productivité accrue contribue à répandre les nouvelles technologies dans presque tous les secteurs de l'industrie, y compris les industries traditionnelles à fort coefficient de main-d'uvre. Les progrès fulgurants de la technologie vouent les qualifications à une rapide obsolescence et requièrent un plus grand degré d'initiative et des recyclages plus fréquents. Dans ce contexte technologique évolutif, les travailleurs peuvent également être amenés à changer d'emploi plusieurs fois au cours de leur vie active. 8. La nécessité de s'adapter et d'être compétitif dans un environnement qui ne cesse d'évoluer constitue donc le principal défi de l'économie mondialisée. Et, pour être compétitif au XXIe siècle, il faut s'attacher à former une main-d'uvre qui allie productivité et flexibilité. Tous les pays seront obligés de donner à leurs citoyens la possibilité d'acquérir les compétences nécessaires pour survivre et améliorer leur qualité de vie car les exigences du marché du travail sont telles que ceux qui ne possèdent pas les qualifications voulues risquent d'être condamnés au chômage. Or, nombreux sont ceux qui, au sortir de l'école, ont peu de chances d'obtenir un emploi formel et qui ont d'autant plus besoin de ces compétences vitales. L'inadéquation entre les qualifications et les offres d'emploi dans le secteur formel est devenue monnaie courante dans la plupart des pays, qu'ils soient développés ou en développement. De plus en plus, on se rend compte qu'il faut avoir un profil répondant à plusieurs emplois, y compris pour une activité indépendante. Beaucoup devront peut-être exercer simultanément deux métiers au moins pour prétendre à une qualité de vie raisonnable. 9. L'ETP est la composante de l'éducation la plus directement concernée par l'acquisition des connaissances et des compétences nécessaires aux travailleurs de la plupart des industries de transformation et de services. L'ETP ne crée peut-être pas d'emplois, mais il peut inculquer les compétences nécessaires pour avoir de meilleures perspectives d'emploi, qu'il s'agisse de travail indépendant ou salarié, de réemploi ou même d'activité dans le secteur informel. L'ETP doit renforcer l'acquisition de connaissances fondamentales pour permettre aux élèves de s'adapter plus facilement à l'évolution des exigences du marché du travail. Il doit également les aider à développer les compétences leur permettant de pousser plus loin leurs études. Les emplois émergents à haute technologie exigent souvent des chercheurs d'emploi qu'ils possèdent des compétences immédiatement exploitables, des connaissances interdisciplinaires, une meilleure maîtrise de l'art de la communication et des relations interpersonnelles et la capacité de travailler en équipe. La motivation, la créativité, la faculté de s'adapter, l'engagement, l'attention au détail et le sens des responsabilités sont des qualités essentielles pour réussir et doivent bénéficier d'un rang de priorité égal à celui accordé aux compétences fonctionnelles dans le cadre de l'ETP. La formation initiale doit également inculquer des connaissances fondamentales permettant de se recycler en cours de carrière pour changer de secteur d'activité ou de profession. 10. Au cours des dernières décennies, l'évolution des tendances socio-économiques a fait que l'on est passé d'un ETP "induit par l'offre" à un ETP "induit par la demande". Le nouveau contexte économique mondial exige à son tour une réorientation de l'ETP destinée à mieux adapter ce type d'enseignement aux besoins des élèves, des travailleurs et des employeurs. L'ETP doit non seulement dispenser une formation pour le monde du travail, mais aussi préparer une nouvelle génération au travail dans le cadre d'un processus d'apprentissage tout au long de la vie. La formation doit intégrer des considérations d'ordre environnemental, y compris l'utilisation judicieuse des ressources naturelles et la nécessité d'un développement durable. Les parties prenantes dans l'ETP sont dès lors confrontées à une question fondamentale : La nécessité d'un modèle de développement durable implique-t-elle que l'ETP doit désormais être "induit par les besoins du développement" ? |