AFRICAN REGIONAL CONSULTATION PREPARATORY TO THE WORLD CONFERENCE ON HIGHER EDUCATION
Dakar, Sénégal, 1-4 Avril/April 1997
DECLARATION ET PLAN D'ACTION SUR L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR EN AFRIQUE
Nous, participants à la Consultation de la Région Afrique préparatoire à la Conférence Mondiale sur l'Enseignement supérieur,
1. Rappelant la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui, dans son article 26, signale que "toute personne a droit à l'éducation". et que "l'accès à l'enseignement supérieur sera égal pour Tous, en fonction du mérite" ainsi que la Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l'enseignement supérieur adoptée par l'UNESCO en 1960, invitant les Etats membres à "rendre accessible à Tous, en pleine égalité, en fonction des aptitudes de chacun, l'enseignement supérieur";
2. Tenant compte de l'Acte constitutif de l'UNESCO qui encourage l'échange institutionnel dans le domaine de l'Education;
3. Adhérant aux conclusions et recommandations du document d'orientation sur le "changement et le développement dans l'enseignement supérieur", publié par l'UNESCO en 1995, ainsi qu'aux conclusions principales de la commission internationale sur l'éducation pour le 21e siècle, qui stipule que "les universités des pays en voie de développement ont l'obligation de réaliser une recherche contribuant à la solution des problèmes les plus graves de ces pays";
4. Exprimant l'intérêt des Nations Unies pour une meilleure coordination des actions des organisations en vue de renforcer leur impact sur le développement du continent africain grâce à une mobilisation de tous les efforts (à l'instar de la création par l'UNESCO d'un Département Afrique), ce qui est susceptible de faciliter la mobilisation des fonds nécessaires pour une réforme de l'enseignement supérieur en Afrique;
5. Ayant pris connaissance des résultats des séminaires sur l'enseignement supérieur en Afrique (Accra: Novembre 1991; Dakar: novembre 1992; Alexandrie: avril 1993) organisés par "Priorité Afrique" et des documents de synthèse (tels: "l'enseignement supérieur en Afrique: Défis et Enjeux pour le 21e siècle, Dakar 1992 ; ainsi que des orientations futures pour l'Enseignement supérieur: Dakar 1994, publiés par le BREDA en 1994 ou encore "Les Assises de l'Afrique, Le développement social: les priorités de l'Afrique, rapport final en 1995), les résultats du deuxième Congrès mondial sur l'informatique et l'éducation" que l'UNESCO a organisé à Moscou en Juillet 1996, ainsi que d'autres documents publiés par diverses instances africaines internationales qui ont établi un diagnostic et formulé des lignes directrices pour l'action;
6. Constatant que des avancées significatives mais toujours insuffisantes ont été réalisées en Afrique grâce aux institutions d'enseignement supérieur, particulièrement des progrès dans la mise en place de structures démocratiques, l'accès à l'enseignement supérieur, la formation des cadres pour la fonction publique et le secteur privé, le développement d'études africaines, la redécouverte et la valorisation du patrimoine historique et culturel du continent africain; 7. Reconnaissant néanmoins la permanence de problèmes persistants non résolus en Afrique, dont la pauvreté, la faim, la maladie, le chômage, l'analphabétisme, l'endettement, la détérioration des termes de l'échange, la pénurie des devises étrangères, l'inflation, les multiples conflits de toutes natures, la dégradation de l'environnement;
8. Observant d'autre part que la région subit de plein fouet et plus fort que d'autres continents les effets de mutations profondes de la société, à savoir:
- les délocalisations qui profitent peu à l'Afrique, à qui les gestionnaires des capitaux attachent souvent une réputation d'instabilité politique et d'insuffisance de main d'oeuvre qualifiée pour encadrer la main d'oeuvre non qualifiée; - les politiques d'ajustement structurel qui ont entraîné une réduction des emplois publiques non compensée par le secteur privé, ce qui dévalorise l'image des diplômes de l'enseignement supérieur; - une poussée démographique provoquant une massification de l'enseignement; - une urbanisation croissante et anarchique; - des déplacements de populations surtout imputables à des difficultés économiques ou à des traumatismes de guerre et non gérables par les Etats ou les régions d'accueil; - un développement rapide des nouvelles technologies de l'information et de la communication qui risque de creuser davantage le retard de l'Afrique par rapport à d'autres régions du monde, ces dernières pouvant cependant avec une politique volontariste fournir une aide à la résolution de certains problèmes énoncés ci-avant et ci-après; 9. Faisant remarquer que les défis qui s'imposent à la région Afrique et les mutations profondes de la société rendent encore plus cruciaux les problèmes structurels ou conjoncturels des institutions d'enseignement supérieur, à savoir:
- le déséquilibre entre les capacités d'accueils et l'augmentation du nombre d'étudiants non compensée par une augmentation de budgets;
- la baisse du taux d'encadrement et ses conséquences sur le suivi des étudiants ainsi que l'excessive longueur des sessions d'examen;
- le déséquilibre entre les budgets accordés aux oeuvres sociales et ceux attribués à l'enseignement et la recherche;
- la détérioration des infrastructures faute d'une maintenance suffisante;
- la rémunération insuffisante des enseignants-chercheurs entraînant perte de motivation, recherche d'activités lucratives extérieures et exode des cerveaux;
- le déséquilibre entre étudiants des filières scientifiques et technologiques et étudiants des filières lettres et sciences humaines;
- le déséquilibre dans la répartition selon le sexe des étudiants, des enseignants et des décideurs dans l'enseignement supérieur;
- le déséquilibre entre activités d'enseignement et activités de recherche au détriment de cette dernière;
- l'insuffisance de la planification et de la gestion prévisionnelle des activités d'enseignement supérieur et de recherche;
- l'absence ou l'insuffisance de la formation pédagogique des enseignants et de la formation à la gestion des administrateurs et responsables;
- l'orientation des programmes d'enseignement, le plus souvent axée sur la transmission et la restitution des savoirs et non sur des savoir-faire ou des résolutions de problèmes répondant aux besoins de la société;
10. Soulignons en conséquence l'importance d'un certain nombre de lignes directrices autour des quatre thèmes suivants: la pertinence, la qualité, la gestion et le financement, la coopération.
11. La pertinence est le problème premier, car si les institutions africaines d'enseignement supérieur et les autorités qui en sont responsables se trompent de mission, elles ne parviendront pas à relever les défis ci-avant décrits et constitueront même un frein et un obstacle au développement du continent africain. Adapter ses missions en fonction des besoins et des contraintes de l'environnement local, national, régional et international est un impératif premier. C'est avant tout à l'aune des indicateurs d'efficacité externe que doivent être évaluées les institutions d'enseignement supérieur. Ceci implique leur ouverture à la "cité des hommes", non seulement avec les acteurs du développement économique du pays, mais aussi avec tous ceux qui oeuvrent pour assurer aux Africains des conditions de vie meilleure dans un esprit d'équité, pour développer une citoyenneté responsable et pour assurer une culture de paix et un développement humain durable. La pertinence implique également une meilleure articulation avec le monde du travail et le renforcement des actions pour améliorer la contribution de l'enseignement supérieur à l'ensemble du système éducatif particulièrement par le biais de la formation des enseignants et la recherche en sciences de l'Education.
12. La qualité est un axe de réflexion et d'action, étroitement lié au problème de la pertinence, mais qui suppose que soit mené tout un travail d'opérationnalisation des "produits" recherchés (ce qui renvoie à un système de validation en terme de profils de compétence pertinents), de la "matière première" sur laquelle va travailler l'institution (ce qui renvoie au système d'admission) du processus et des démarches de travail de la matière première (ce qui renvoie à l'articulation par le système de gestion des structures, des ressources et de la culture institutionnelle en vue d'obtenir les produits visés). C'est donc par une confrontation constante des résultats actuellement visés à ceux attendus (en termes d'efficacité interne non seulement quantitative mais aussi qualitative) et par une analyse constante des sources de dysfonctionnement, qu'une politique de qualité totale pourra être mise en uvre. Cela demande une culture basée à la fois sur l'autonomie (de l'institution d'enseignement supérieur vis-à-vis des institutions externes et des sous-institutions internes vis-à-vis les unes des autres, dans un esprit de développement de la démocratie), une écoute attentive des problèmes rencontrés par les étudiants et les enseignants et la responsabilité solidaire autour d'un projet d'établissement clair mis au service du développement du contexte local et, à travers lui, du développement national et régional. C'est dans cet esprit que s'inscrit la nécessité de devoir rendre compte, indissociable du concept de qualité. 13. La gestion et le financement constitue une troisième préoccupation majeure. Une institution peut avoir mené une réflexion pertinente sur ses missions et les avoir traduites en indicateurs-produits et en indicateurs-processus de qualité. Si elle ne met pas en oeuvre des modes, des structures et des processus de gestion de qualité, si elle ne sollicite pas activement et n'obtient pas auprès des autorités responsables et d'autres partenaires potentiels des financements suffisants, elle n'obtiendra que des résultats médiocres et ne contribuera pas ou peu à répondre aux défis posés à l'Afrique. Dans ce cadre, les participants estiment que les institutions d'enseignement supérieur doivent impérativement mettre en place une gestion prévisionnelle avec comme référence constante les besoins de l'environnement inscrits dans ses missions.
14. La coopération nationale, sous-régionale et internationale constitue un quatrième levier. Trop souvent, les projets de coopération sont le fruit de simples opportunités juxtaposées et non suffisamment coordonnées par un plan stratégique global qui présente les priorités, les échéances (en distinguant celles qui sont impératives et celles qui sont plus flexibles) et les contraintes liées aux relations qui existent entre les différents projets ou composantes des projets (telle action doit nécessairement précéder telle autre). Nous estimons que pour faire face aux défis posés en Afrique, l'organisation des institutions d'enseignement supérieur en réseaux, grâce aux apports des nouvelles technologies, devrait être une priorité des actions de coopération.
¨ Pour améliorer la pertinence :
16. Nous recommandons que les Etats membres, avec l'aide du Parlement et des institutions d'enseignement supérieur, élaborent des projets éducatifs qui répondent aux besoins générés par les mutations profondes de la société et répondant aux principaux défis auxquels le continent africain doit plus que jamais faire face.
17. Nous proposons que chaque Etat membre mette en place un observatoire de l'emploi, des mutations sociales, des activités de formation et de recherche ainsi que de toute activité liée au développement. Cet observatoire permettrait de mieux élaborer et réguler le projet éducatif au niveau du pays et serait mis à la disposition des institutions d'enseignement supérieur afin de mieux cerner et réguler leurs missions prioritaires.
18. Nous proposons que les projets éducatifs élaborés au niveau national soient soucieux d'une plus grande diversification et d'une plus grande régionalisation des filières d'enseignement, afin de rapprocher les institutions d'enseignement supérieur des populations défavorisées. Davantage de filières courtes devraient être mises sur pied en concertation avec les acteurs sociaux concernés (responsables politiques locaux, partenaires de l'entreprise, partenaires à vocation de service à la société). Celles-ci devraient être ciblées sur des besoins précis générateurs d'emplois ou créateurs d'emplois. Les programmes et les structures de formation devraient être souples pour permettre des passerelles entre les programmes et une adaptation rapide aux évolutions des besoins.
19. Nous estimons nécessaire que des actions soient menées pour convaincre les Etats membres, qu'un investissement dans les institutions d'enseignement supérieur est un investissement rentable, si celles-ci se structurent pour répondre aux besoins de la société. Avec leur appui, les organisations internationales comme l'UNESCO mettront en place des initiatives pour sensibiliser les plus hautes autorités politiques et financières à ces aspects.
20. Les institutions d'enseignement supérieur doivent définir dans un document de référence leurs missions prioritaires. Celles-ci seront établies en cohérence avec le projet éducatif énoncé dans le cadre de référence national, sur la base d'une étude approfondie des besoins, en concertation avec les acteurs internes et externes de l'institution. Ces missions seront traduites en résultats observables.
21. Pour répondre aux besoins, Nous suggérons des actions, afin que les programmes de formation soient désormais définis en termes de profils de compétences à maîtriser, et non plus simplement en termes de connaissances à transmettre et à restituer, voire simplement en termes d'intitulés de cours. Il s'agira davantage de véritables programmes d'éducation plutôt que de simples programmes d'enseignement. Parmi les compétences à privilégier, les programmes accorderont une importance particulière à celles relatives aux capacités d'analyse des situations complexes, aux capacités d'entreprendre en collaboration, aux capacités de réagir en véritable intellectuel en citoyen responsable pour développer une culture de paix. Il ne s'agit donc pas simplement d'apprendre à apprendre, mais dapprendre à faire, d'apprendre à communiquer, d'apprendre à entreprendre, dapprendre à vivre ensemble.
22. Les institutions d'enseignement supérieur déploieront un effort particulier en faveur des filières scientifiques et technologiques qui permettent de répondre aux grands défis liés au développement extraordinaire des nouvelles technologies, particulièrement les nouvelles technologies de l'information (NTI) et de la communication (NTC). Ces filières devraient être soutenues par des programmes de recherche avancée de telle sorte que les institutions d'enseignement supérieur puissent compter sur une expertise suffisante pour créer et gérer les réseaux indispensables au développement de la région soumise aux pressions de la mondialisation. Les participants suggèrent que les institutions possédant déjà une expertise dans le domaine se constituent immédiatement en réseau avec l'appui de l'UNESCO et d'autres organismes. Le potentiel de technologies disponible dans le domaine de l'information et de la communication devra être mis à profit pour favoriser la création d'universités virtuelles, susceptibles d'améliorer l'accès de façon notable en apportant des ressources éducatives de qualité mondiale.
23. Les institutions d'enseignement supérieur déploieront également un effort particulier en faveur de programmes spécifiques ou de modules de formation intégrés dans d'autres programmes, ayant trait à la résolution des grands problèmes de la société africaine mis en évidence par le diagnostic posé et permettant de développer progressivement une culture de paix et une action en faveur du développement durable axé sur la réduction de la faim et la protection de l'environnement. Ces programmes seront également soutenus par une politique de recherche, d'expertise et de consultance dans ces domaines. 24. Nous recommandons, de mieux définir la nature des activités de recherche en relation étroite avec les besoins de la société africaine, de mieux articuler la recherche fondamentale avec la recherche appliquée et la recherche-développement, de créer de véritables partenaires avec les institutions publiques et privées ainsi que la société civile, dans l'élaboration des projets de recherche et dans l'exploitation de leurs résultats, d'investir plus de ressources dans les domaines prioritaires afin que les institutions de recherche soient des institutions qui participent activement à la résolution des problèmes de la société.
25. Nous recommandons que les 3e cycles universitaires soient organisés en s'appuyant sur une masse critique quantitative et qualitative suffisante de véritables enseignants-chercheurs, travaillant en équipe dans un environnement scientifique de qualité autour de thèmes pertinents pour le développement de l'Afrique. Une restructuration des formations doctorales doit être opérée par des stratégies de regroupement ou de travail en réseau.
26. Nous soulignons l'importance et l'urgence de mener une série d'études de cas sur des aspects prioritaires pour l'Afrique, pour lesquels les institutions d'enseignement supérieur devraient jouer un rôle important: le type de leadership à promouvoir, la gestion et la planification stratégiques, les interactions systémiques entre les niveaux d'enseignement primaire, secondaire, tertiaire et la formation tout au long de la vie, la révision des programmes d'enseignement et de formation, la part relative et la faisabilité des programmes d'enseignement en présentiel et à distance, les stratégies pour assurer un rôle accru des femmes dans le système éducatif et dans les organes de décision, l'aménagement du territoire, les dispositifs qui se révèlent fructueux pour enrayer les problèmes pertinents de l'Afrique (tels la pauvreté, les déplacements des populations, les traumatismes de guerre...). L'Association des Universités Africaines pourrait se charger de ces tâches avec le soutien de l'UNESCO et la collaboration éventuelle d'autres organisations intervenant dans le domaine de l'enseignement supérieur en Afrique.
27. Afin de mieux répondre aux besoins de l'environnement et d'acquérir plus d'autonomie financière, nous recommandons aux institutions d'enseignement supérieur de mettre en place une structure officielle pour susciter, organiser, gérer des activités d'expertise et de consultance utiles pour la poursuite de leurs missions. Pour ce faire, elles développeront un véritable esprit d'entreprise, où experts, entreprises ou institutions clientes et institution d'enseignement trouveront, des bénéfices tangibles.
28. Nous recommandons aux Etats membres d'organiser des conférences régionales réunissant les Ministres concernés par l'enseignement supérieur, les Recteurs ainsi que des organisations ou des associations reconnues, oeuvrant au service du développement d'un enseignement supérieur pertinent et de qualité.
¨ Pour améliorer la qualité :
29. Nous recommandons que chaque Etat membre mette en place un organisme chargé de l'évaluation de la qualité des institutions d'enseignement supérieur. S'inspirant d'initiatives existantes dans certains pays (par exemple: les Comités Nationaux d'Evaluation), cet organisme aura la charge dévaluer les activités de formation, de recherche et d'expertise en référence aux missions que l'institution s'est données, au projet éducatif national et à l'évolution des besoins. Cette évaluation sera davantage conçue dans un esprit de régulation que dans un esprit de sanction. C'est pourquoi elle privilégiera les stratégies faisant appel à la fois à l'auto-évaluation et au recours d'experts externes.
30. Afin d'assurer la qualité des programmes de formation, chaque institution d'enseignement supérieur établira le cahier des charges destiné à guider ses modules d'enseignement. Celui-ci mentionnera explicitement le profil d'entrée et de sortie en termes de compétence, les modalités du dispositif d'apprentissage et d'évaluation ainsi que la durée de validité du cahier des charges. Il constituera un document de référence et une sorte de contrat moral entre les différents acteurs internes et externes impliqués.
31. Il importe que chaque institution développe une base de données des flux quantitatifs et qualitatifs d'étudiants à l'entrée et à la sortie. Celle-ci devrait engranger également toute formation susceptible d'évaluer l'efficacité et l'efficience interne (voire externe) et d'apprécier les progrès ou régressions dans l'équité du système. Cette base de données devrait permettre de fournir aux décideurs à différents niveaux, la base objective nécessaire pour développer une politique de la qualité totale avec l'aide de la participation des acteurs impliqués.
32. Nous souhaitons que soient mis en place dans chaque institution d'enseignement supérieur avec l'aide de l'UNESCO et d'autres organismes régionaux et internationaux, un service de ressources pédagogiques composé de personnes compétentes, chargées de la formation pédagogique des enseignants et de leur fournir une aide dans leur effort pour améliorer leurs activités d'enseignement.
33. De même, nous formulons le voeu que chaque institution mette en place les structures adéquates pour évaluer et réguler les programmes d'enseignement, les activités des enseignants qui y sont impliqués ainsi que les dispositifs et les contenus des évaluations des performances des étudiants, en relation étroite avec les cahiers des charges définis et, plus largement, avec les missions de l'institution.
34. Nous recommandons que l'UNESCO interpelle les gouvernements des Etats membres afin que les enseignants-chercheurs des institutions d'enseignement supérieur puissent bénéficier de conditions de vie, de salaire et de travail plus favorables et que l'autonomie des institutions soit garantie.
35. Nous manifesterons notre soutien au projet approuvé récemment par un comité international d'experts intergouvernementaux, qui sera soumis à la prochaine session de la conférence générale de l'UNESCO (Paris, novembre 1997), sur la condition et le statut du personnel de l'enseignement supérieur.
36. Constatant les effets néfastes engendrés par les conflits et les grèves dans l'espace universitaire, les participants suggèrent qu'a l'avenir, soit instauré au sein des institutions, un véritable climat de dialogue grâce à l'utilisation de méthodes basées sur la prévention plutôt que sur la répression.
37. Persuadés que la mission de recherche est fondamentale et doit être renforcée, nous demandons que soient créées davantage de revues scientifiques africaines et qu'une véritable politique cohérente des publications soit mise en oeuvre au niveau des sous-régions, voire au niveau de l'ensemble de la région. L'UNESCO pourrait charger les associations et organismes présents à la Consultation de proposer des projets en ce sens. 38. L'effort d'amélioration de la qualité dans chaque institutions sera facilité si les Etats membres constituent des réseaux régionaux, tant pour les activités d'enseignement et de formation que pour les activités de recherche ou d'expertise. Nous demandons à l'UNESCO de prendre rapidement l'initiative de constituer un réseau des "services de ressources pédagogiques" et un réseau des "Institutions de formation des maîtres". Le "Programme de participation de l'UNESCO" pourrait constituer une première source de financement pour lancer ces opérations.
39. Nous suggérons, qu'au niveau régional, soient renforcées les initiatives et les organismes (tel le CAMES, par exemple) qui ont pour fonction d'harmoniser les qualifications et les certifications, de telle sorte que soient accrues les possibilités de mobilité des étudiants et des enseignants, à l'instar d'initiatives prises sur d'autres continents.
¨ Pour améliorer la gestion et le financement :
40. Nous estimons que les Etats membres doivent garantir le droit à l'enseignement supérieur en pleine égalité et dans la limite des aptitudes requises. En conséquence, ils doivent prendre la responsabilité principale du financement de l'enseignement supérieur. Cependant, étant donné la difficulté des Etats à assurer un financement complet, des sources complémentaires doivent être recherchées selon les modalités propres à l'organisation politique et administrative de chaque Etat, dont la souveraineté doit être respectée. Nous insistons pour que soient prise en compte les conditions économiques des familles et que le seul critère d'accès ou de non-accès soit le mérite.
41. Pour améliorer l'efficacité et renforcer la gestion un établissement d'enseignement supérieur, il est nécessaire de créer un cadre adéquat permettant un dialogue régulier entre les établissements d'enseignement supérieur et l'ensemble de ses partenaires, en particulier les structures de l'Etat dans le respect de l'autonomie des institutions. Placée sous la responsabilité du Parlement, cette structure devrait constituer pour l'extérieur, un exemple parlant de fonctionnement de la démocratie au service du continent africain.
42. Il importe de mettre en place dans les institutions d'enseignement supérieur en Afrique une gestion et une planification prévisionnelle. Ceci implique que soient mises en place des formations appropriées pour les administrateurs, non seulement ceux qui occupent un poste permanent, mais aussi pour ceux qui sont désignés par élection. Ceci implique également, que le plus rapidement possible, soient mises en place les bases de données informatisées nécessaires pour assurer une gestion et une planification prévisionnelles de qualité. Les institutions devraient trouver en leur sein ou par voie de coopération, les compétences requises pour leur création, leur maintenance et leur développement. En s'appuyant sur des organisations (telles l'Association des Universités Africaines, l'Institut de Planification en Education, l'Association des Universités du Commonwealth...), l'UNESCO devrait renforcer ses programmes existants dans ce sens, de telle sorte que les institutions d'enseignement supérieur soient gérées comme des entreprises de services performantes, capables de prendre une place déterminante dans la résolution des problèmes du continent africain.
43. Nous estimons qu'une gestion de qualité n'est pas du seul ressort des autorités académiques au sommet. Chaque sous-système (faculté, département ou autre structure) doit également assumer une gestion et une planification prévisionnelles. Ceci implique que chaque organe précise clairement ses missions, en cohérence avec les missions globales de l'institution, les traduise en indicateurs observables, prenne soin d'allouer les ressources dont il dispose en fonction des missions et de leur priorité, fasse à échéance régulière un rapport d'activité discuté avec ses membres et les autorités auxquelles il doit rendre compte dans un douci de partenariat. Ce mode de gestion implique à la fois une certaine autonomie (et donc une marge de manoeuvre) et une participation responsable. La culture de l'évaluation et de la responsabilité est donc à renforcer, voire à mettre en place dans les institutions qui pratiquent encore une centralisation rigide héritée de certaines structures de la colonisation.
44. Nous estimons que malgré le contexte actuel de crise financière, la gestion des institutions d'enseignement supérieur ne peut se résumer à une gestion comptable basée sur les seuls critères économiques, mais que doivent être prises en compte des critères d'équité (comme l'accès des femmes ou des populations défavorisées à l'enseignement supérieur, ainsi que leurs conditions d'études) et des critères de pertinence sociale des activités d'enseignement, de recherche, d'expertise et de consultance. Les rapports d'activité des institutions doivent présenter les actions entreprises dans ce sens et les résultats obtenus afin de sensibiliser les autorités ministérielles compétentes et de voir reconnues et soutenues les actions pertinentes.
47. Nous estimons que les étudiants et étudiantes doivent être davantage impliqués dans certains organes de gestion. L'écoute de leurs besoins et la prise en compte de leur vision souvent pertinente de certaines difficultés ainsi que de voies de solution à la fois efficaces et peu coûteuses, sont des conditions nécessaires pour une gestion de qualité basée sur la participation responsable. C'est en outre une façon irremplaçable d'apprendre aux étudiants certains savoir-faire et savoir-être nécessaires à leur profession future et à leurs responsabilités de citoyen.
48. Au niveau régional, il importerait d'organiser régulièrement, sous l'égide d'associations telle l'Association des Universités Africaines, des rencontres régulières d'échange sur les problèmes liés à la gestion et au financement des institutions d'enseignement supérieur. Ces réunions devraient être utilisées non seulement pour améliorer le fonctionnement des institutions elles-mêmes, mais aussi pour disposer d'une force de conviction auprès des autorités ministérielles responsables de l'enseignement supérieur. Celles-ci devraient d'ailleurs être invitées à certaines de ces réunions.
49. Il est également suggéré d'organiser au niveau régional, un forum des associations étudiantes, afin que celles-ci puissent apporter leur contribution à l'effort entrepris, pour permettre aux institutions africaines d'enseignement supérieur de devenir davantage des partenaires plus actifs et plus efficaces dans leurs actions au service d'un développement durable du continent. Les résultats de ce forum pourront constituer la contribution africaine au Forum international des étudiants qui sera organisé à Paris dans le cadre de la commémoration du cinquantième anniversaire de l'UNESCO et à la Conférence mondiale sur l'enseignement supérieur en 1998.
¨ Pour renforcer la coopération :
50. Nous invitons les associations qui regroupent des institutions ou des spécialistes disciplinaires ainsi que les organismes nationaux, régionaux et internationaux, à soutenir et à coordonner leurs actions et leurs projets qui visent à établir ou à renforcer des réseaux inter-africains et intercontinentaux ayant pour mission de réduire l'écart qui s'est creusé entre l'Afrique et les autres régions du monde et d'apporter une réponse à certains des problèmes de développement de la région. Les institutions d'enseignement supérieur doivent avoir une politique pro-active dans ce sens et jeter toutes leurs forces dans les batailles contre la pauvreté, la détérioration de l'environnement, les exclusions de toutes natures, les ravages provoqués par les conflits.
51. Nous recommandons aux institutions d'enseignement supérieur de générer des réseaux de pôles d'excellence répondant aux besoins les plus pressants du continent, tant au niveau de la formation que de la recherche et de l'expertise. Chaque institution doit veiller à développer un domaine dans lequel elle excelle, ce qui constituera sa contribution au réseau d'échange de compétences. C'est par de telles stratégies de solidarité dans la complémentarité, que l'Afrique pourra relever les défis auxquels elle est confrontée.
52. C'est pourquoi nous suggérons que dans un avenir proche, l'UNESCO organise une réunion d'échanges et d'évaluation, regroupant les organismes qui ont développé une politique de réseaux, à l'instar du programme UNITWIN/chaires UNESCO ou UNISPAR, ainsi que ceux du Commonwealth Secrétariat et de l'AUPELF-UREF, afin d'échanger les expériences, de dégager les facteurs qui conditionnement leur réussite ou leur échec relatif, de coordonner et de renforcer les projets qui répondent avec le plus d'efficacité aux besoins du continent africain.
53. Sur la base de la Convention régionale pour l'Afrique et de la recommandation internationale sur la reconnaissance des études et des diplômes dont la mise en oeuvre doit être renforcée, il faut encourager la mobilité académique et professionnelle des étudiants, enseignants et chercheurs, afin d'appuyer le processus d'intégration régional, en plaçant la culture et l'éducation comme base pour les accords au niveau politique et économique. Nous estimons donc que devraient être renforcée les Organisations (tel le CAMES) qui se fixent comme objectif d'harmoniser les qualifications décernées par les institutions d'enseignement supérieur en Afrique. L'UNESCO devra prendre l'initiative de rassembler les forces des grandes organisations régionales et internationales pour créer un grand programme de mobilité des étudiants et des académiques, à l'instar de ce qui se passe sur d'autres continents, tel le "Réseau International de Mobilité Académique" (RIMA) mis en place dans le MERCOSUR.
54. Nous suggérons en outre, que soient recherchés rapidement des partenaires parmi des coopérations bilatérales et multilatérales intéressées, à l'instar du Commonwealth Secrétariat et de l'AUPELF-UREF, pour la mise sur pied rapide de certains réseaux prioritaires tels un réseau de recherche sur l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication, un réseau des "services de Ressources Pédagogiques" pour améliorer la qualité pédagogique des enseignants, des réseaux de recherche en Sciences de l'Education portant sur des objets prioritaires pour le développement du continent africain, et donc, entre autres, un réseau des "institutions de Formation des enseignants" qui pourront avoir comme base de départ une chaire UNESCO en sciences de l'Education. Chaque fois que cela est possible, l'UNESCO devrait rechercher activement à rassembler les ressources pour une coopération sur ces projets communs prioritaires.
55. Soucieux de prendre en compte la diversité des cultures, nous suggérons que l'UNESCO appuie la création de réseaux d'institutions lusophones d'enseignement supérieur, y compris les actions de l'association des universités de langue portugaise, en vue de renforcer la coopération Sud-Sud. Un soutien devra être accordé au développement d'une formation de niveau tertiaire au sein des pays lusophones qui n'en disposent pas. Les autres réseaux régionaux pourraient leur apporter leur expérience acquise dans ce domaine.
56. Il va sans dire que la participation des étudiants, des enseignants et des chercheurs aux réunions et aux réseaux évoqués ci-dessus implique que les démarches nécessaires à l'obtention des visas ne soient ni trop lourdes ni trop longues. Nous demandons à l'UNESCO de sensibiliser les Etats membres sur cet aspect des choses, de telle sorte que les démarches administratives soient facilitées.
57. Compte tenu des enjeux présentés ci-dessus, et du rôle majeur que doivent jouer les institutions d'enseignement supérieur, il importe de renforcer l'unité de l'enseignement supérieur du Bureau régional de l'UNESCO à Dakar (BREDA), afin de lui permettre d'être encore plus actif dans la mise en oeuvre des stratégies de régionalisation et de mieux accomplir sa mission d'incitation et de développement de synergies pour soutenir les propositions qui précèdent. Le Comité consultatif sur la coopération régionale en matière d'éducation en Afrique devra comprendre comme membres actifs, des représentants d'organisations gouvernementales et non gouvernementales agissant dans le domaine de l'enseignement supérieur.
58. Il est suggéré en outre que l'UNESCO/Dakar, dans le cadre de la consultation collective des organisations non gouvernementales, organise une réunion avec la participation de l'AUA, l'AUPELF-UREF, l'ACU, l'AULP, l'AIUP et des organisations sub-régionales en y associant également les coopérations bilatérales et des organisations intergouvernementales telles le CAMES, l'OUA, la CEA, etc., pour faciliter la concertation au niveau de leurs programmes et de leurs actions.
59. Nous recommandons qu'avec le soutien de l'UNESCO, les acteurs sociaux et les organisations impliquées dans le développement de l'enseignement supérieur dans la région, traduisent le plus rapidement possible ces propositions en projets et programmes d'actions opérationnelles.
60. Nous suggérons d'inclure un point à l'ordre du jour des réunions du MINEDAF et des chefs d'Etat (OUA) pour présenter les résultats de la consultation régionale de Dakar.
61. Nous demandons à l'UNESCO d'organiser à la fin de l'année 2001, une réunion d'experts pour évaluer le progrès accompli dans la mise en oeuvre des propositions de la consultation.
Fait à Dakar le 04 Avril 1997
LA CONSULTATION REGIONALE
ANNEXE
AUA : Association des Universités Africaines UPELF-UREF : Association des Universités des pays partiellement ou entièrement de langue française. ACU : Association des Universités du Commonwealth. AUL : Association des Universités des pays de langue portugaise. AIUP : Association Internationale des Présidents d'Universités. CAMES : Conseil Africain et Malgache pour l'Enseignement Supérieur. CEA : Commission Economique pour l'Afrique. |