Conférence mondiale sur l'enseignement supérieur
L'enseignement supérieur au XXIe siècle
Débat thématique :
Contribution au développement national et régional
UNESCO, Paris
5-9 octobre 1998
Animateur : CRE/Columbus
Rédigé par : John Goddard
Université de Newcastle upon Tyne
En collaboration avec :
· Association des universités arabes (AUA)
· Association des universités africaines (AUA)
· Association des universités du Commonwealth (ACU)
· Association des universités de l'Asie et du Pacifique (AUAP)
· Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur (CAMES)
· Association des universités européennes (CRE)
· Communauté des universités méditerranéennes (CUM)
· Commission économique des Nations Unies pour l'Amérique latine et les Caraïbes
· Association international des étudiants en agriculture (IAAS)
· Banque interaméricaine de développement (BID)
· Organisation universitaire interaméricaine (OUI)
· METROPOLIS
· OCDE, Programme IMHE
· Programme de recherche et de liaison universitaires pour le développement (PRELUDE)
· Union des universités de l'Amérique latine (UDUAL)
· Réseau Natura
· Réseau Utrecht
· Fédération internationale syndicale de l'enseignement
ED(98/CONF.202/CLD.9
Résumé
Non seulement l'intervention au niveau régional ou local est devenue plus importante pour le succès économique, mais un changement qualitatif a eu lieu avec une politique locale en faveur des entreprises et de l'innovation dans la région, et avec la constitution d'un environnement plus sophistiqué pour les capitaux mobiles destiné à maximiser la valeur ajoutée locale (R-D et autres emplois de niveau élevé, firmes prospères et donc en développement). Cette situation fait que l'on se préoccupe davantage d'orienter l'enseignement et la recherche universitaires vers des objectifs économiques et sociaux spécifiques.
Il n'est pas de domaine où cette exigence de spécificité s'affirme plus clairement que dans celui du développement régional. Les universités étant situées dans des régions, on les interroge sur la nature de la contribution qu'elles apportent au développement de celles-ci. Il serait possible de déterminer les impacts passifs des universités sur l'emploi direct et indirect, mais la question se pose de savoir comment les ressources des universités peuvent être mobilisées pour contribuer activement au processus de développement.
Cela implique que les acteurs et organismes régionaux comprennent mieux les universités et que celles-ci comprennent la dynamique régionale. Cette compréhension pourrait trouver de toute évidence son point de départ dans un audit des activités pertinentes existant à l'échelon régional, audit qui serait commandé conjointement par les universités et les organismes régionaux. Il se peut que les organismes régionaux n'aient pas formulé clairement les besoins de la région et il se peut aussi que bien des occasions d'un engagement productif aient été manquées. Pour mettre en lumière ces occasions, il faudra que les universités entament un dialogue avec les diverses parties prenantes au processus de développement régional (par exemple, autorités élues locales et régionales, employeurs et organisations patronales, médias régionaux).
Pour que les universités s'intègrent mieux au développement régional, il ne saurait être question de faire intervenir autoritairement des mécanismes de planification au niveau institutionnel et au niveau régional ; il faudra au contraire faire en sorte que les diverses parties prenantes au processus de développement régional - dispensateurs d'enseignement et de formation, organisations patronales, syndicats, institutions s'occupant du développement économique et du marché du travail, enseignants et enseignés pris individuellement - aient une compréhension de leurs rôles respectifs et des facteurs qui favorisent ou au contraire freinent un engagement régional accru.
Dans le document qui suit, le professeur Goddard suggère la possibilité d'incorporer des critères régionaux aux évaluations nationales de l'enseignement et de la recherche et donne quelques exemples.
Le rôle des universités dans le développement régional*
Introduction
Les activités autonomes d'enseignement et de recherche des universités financées par des fonds publics font l'objet de pressions croissantes de la part des gouvernements et des électeurs. Alors que, jusqu'alors, il s'agissait simplement d'élever le niveau général d'instruction de la population et d'accroître la production de la recherche scientifique, on se préoccupe maintenant davantage d'orienter l'enseignement et la recherche universitaires vers des objectifs économiques et sociaux spécifiques. Nulle part cette exigence de spécificité ne se manifeste plus clairement que dans le domaine du développement régional. Les universités étant situées dans des régions, on leur demande quelle contribution elles peuvent apporter au développement de ces régions. On pourrait déterminer les impacts passifs des universités en termes d'emploi direct et indirect, mais la question se pose de savoir comment les ressources des universités peuvent être mobilisées pour contribuer activement au processus de développement. En effet, le développement comporte une dimension territoriale importante : les objectifs nationaux ne peuvent être atteints que si l'on exploite pleinement le potentiel des éléments constitutifs sous-nationaux et c'est sous cet aspect que les universités des différentes régions sont tenues d'apporter leur contribution.
Le présent document expose brièvement l'impact des universités sur le développement local et régional et examine ensuite certains des facteurs qui favorisent ou qui freinent un engagement régional accru. Il fait valoir qu'une condition préalable d'un dialogue efficace entre les universités et les régions, dialogue qui pourrait accroître leur cohésion, est une meilleure compréhension des universités de la part des acteurs et organismes régionaux et, en même temps, une meilleure compréhension de la dynamique régionale de la part des universités. On s'efforcera dans le présent document de contribuer à cette compréhension.
L'impact local et régional des universités
Pour améliorer la compréhension, il conviendrait de toute évidence de procéder d'abord à un audit des activités pertinentes existant à l'échelon régional, cet audit faisant l'objet d'une commande conjointe des universités et des institutions régionales. Etant donné la diversité des universités qui se trouvent sur le territoire d'un pays, il serait également souhaitable que le gouvernement s'associe à l'organisation de l'audit, en collaboration avec un organe représentant le secteur universitaire tout entier. On trouvera à l'annexe 1 le résumé d'un audit de ce type entrepris pour la Commission des vice-chanceliers et chefs d'établissement au Royaume-Uni.
Tout audit commencerait par une analyse de l'impact économique direct des universités en tant que secteur économique. Les universités sont des employeurs importants de personnel d'un niveau relativement élevé ayant un pouvoir d'achat considérable à l'échelon local. Une grande partie de ce personnel peut n'être pas recrutée dans la région, mais il n'en va pas de même du personnel auxiliaire. Les étudiants exercent eux-mêmes un impact direct sur l'économie régionale par les achats qu'ils font sur place. Ils représentent une addition nette à l'économie locale dans la mesure où ils sont originaires de localités extérieures à la région. Tous ces impacts sont facilement mesurables par la méthode classique du multiplicateur. De même, l'incidence sur la structure générale de l'emploi de chaque région peut être facilement évaluée en replaçant l'enseignement supérieur dans le contexte du profil régional global. Cela peut éventuellement faire apparaître que l'emploi assuré par l'université augmente alors qu'il diminue dans d'autres secteurs (par exemple, agriculture et industries manufacturières).
Ces impacts directs sur l'emploi sont essentiellement statiques. Plus significatifs sont les effets dynamiques qu'une université peut avoir par son interaction avec l'industrie. Ils sont plus difficiles à mesurer, mais une université peut étudier la géographie de ces interactions avec l'industrie en déterminant la localisation de ses partenaires pour les subventions et les contrats de recherche, la fourniture de consultants, les échanges de chercheurs et l'extension des entreprises créées par l'université. Etant donné que ces activités fondées sur la recherche ont un caractère essentiellement global, il est probable que seule une petite partie d'entre elles présente un intérêt régional. C'est vraisemblablement au moyen de l'enseignement et du recrutement de diplômés par les entreprises régionales et grâce aux programmes de perfectionnement professionnel permanent que l'impact sera le plus significatif. Dans ce cas, il est possible de suivre depuis leurs foyers d'origine le flux des étudiants qui, après des cursus variés, trouvent des possibilités d'emploi à l'échelon local.
Le dernier secteur sur lequel devrait porter un audit est celui de la contribution des universités au développement social et communautaire. Dans de nombreux pays, il existe de longue date des variations régionales et locales en ce qui concerne la fréquentation de l'enseignement supérieur et les compétences de la main-d'œuvre locale. Des données sur le flux des étudiants passant par les universités du type esquissé ci-dessus peuvent également être utilisées pour déterminer la contribution des universités à l'élévation des niveaux d'instruction dans les différentes parties du pays et à l'amélioration des compétences de la main-d'œuvre grâce au recrutement d'étudiants étrangers à la localité travaillant pour des employeurs locaux. Les programmes professionnels, dans des domaines tels que la médecine et les sciences sociales, qui comportent des avantages directs pour la communauté peuvent être identifiés. En plus des programmes destinés à répondre aux besoins des employeurs, les universités devront faire la preuve des contributions qu'elles peuvent apporter à l'enseignement non professionnel et aux programmes culturels dans le domaine littéraire et artistique. Le rôle que le personnel universitaire et les étudiants peuvent jouer en contribuant à la constitution d'un public local significatif pour les arts régionaux devra être défini. Enfin, et ce n'est pas là l'aspect le moins important, le rôle que remplissent le personnel universitaire et les étudiants en fournissant des dirigeants à la société civile locale, en participant à des activités bénévoles, en donnant leur interprétation des affaires mondiales dans les médias régionaux et en entreprenant une analyse stratégique de l'économie et de la situation sociale dans la région pourra être documenté.
En bref, l'audit devrait fournir au public des éléments d'information sur la manière dont les universités constituent une source de savoir qui relie la région au reste du monde.
Une analyse des parties prenantes
Tous ces impacts peuvent s'être produits en l'absence de toute intervention consciente de la part des universités ou des institutions régionales. Les universités sont en règle générale des établissements dotés d'un appareil de gestion léger et leurs effets bénéfiques sur une région peuvent être simplement le résultat des priorités que le personnel universitaire s'est fixées lui-même en matière d'enseignement et de recherche. D'autre part, les institutions régionales peuvent n'avoir pas fait connaître clairement les besoins de la régions aux universités, et en particulier à ceux des universitaires qui sont chargés d'appliquer les programmes d'enseignement et de recherche (par opposition aux cadres supérieurs des universités). Il peut donc arriver que de nombreuses occasions d'un engagement productif aient été manquées.
Pour mettre en évidence ces occasions, il faudra que les universités entament un dialogue avec les diverses parties prenantes au processus de développement régional. Ces parties prenantes comprendront vraisemblablement :
- les administrations centrales dont dépend le financement de l'enseignement supérieur ;
- les autorités élues locales et régionales ;
- les employeurs et les organisations patronales (par exemple, chambres de commerce) ;
- les organisations culturelles ;
- les médias régionaux ;
- les niveaux inférieurs du système éducatif, et notamment les écoles et "collèges" ;
- les diplômés récents et les étudiants actuels et futurs.
Compte tenu des influences nationales et internationales, chacun de ces groupes aura des caractéristiques distinctes en ce qui concerne ses objectifs et ses missions, ses moyens d'action, ses motivations et ses contraintes financières et ses relations avec ses clients et usagers. La nature de l'intérêt que ces groupes portent au bien-être de la communauté locale et la manière dont leurs rapports avec les universités peuvent s'articuler varieront également. Contrairement aux universités qui ont rarement un ressort territorial bien défini, beaucoup de ces organismes seront tenus par la loi d'opérer dans le cadre d'une zone administrative déterminée. Les différences de perméabilité des limites territoriales soulèveront pour le dialogue des difficultés qui devront être surmontées. Malgré ces difficultés, les partenaires devront travailler de concert pour créer un cadre qui soit axé sur la nature de leurs intérêts régionaux et puisse fournir un point de départ pour des discussions plus poussées. On trouvera à l'annexe 2 le résumé d'un cadre de ce genre, axé sur les questions relatives à l'emploi, qui a été mis au point pour le Département de l'éducation et de l'emploi du Royaume-Uni.
Les universités et les régions d'apprentissage
Le cadre faisant l'objet de l'annexe 2 comporte un concept clé qui est celui de la région d'apprentissage. Le jugement porté sur le dernier état des réflexions relatives à la nature du processus de développement régional jouera un rôle central dans tout dialogue entre les universités et les institutions régionales. On trouvera ci-après un bref aperçu des travaux universitaires entrepris à ce sujet.
Les énormes transformations que la nature de l'économie mondiale capitaliste a subies depuis le milieu des années 1970 ont eu des répercussion majeures sur les stratégies de développement économique et sur leur gouvernance. Tout d'abord, la stabilité des systèmes de production, les marchés des différents produits et les relations entre entreprises sur le plan national ont été ébranlés par la rapidité du changement technologique en raison surtout des effets multiples de technologies génériques ou habilitantes, telles que les technologies de l'information et de la communication (TIC). L'innovation technologique et l'accès aux ressources génératrices d'innovation (compétences, connaissances, information) en sont donc venus à jouer un rôle essentiel dans la stratégie compétitive des entreprises qui ont créé de nouvelles structures souples pour mieux utiliser et saisir ces avantages à l'échelle mondiale. Les Etats ont reconnu qu'il leur fallait conserver une position de pointe en matière de technologie s'ils voulaient maintenir l'emploi et la croissance ; d'où une attention accrue aux politiques visant à soutenir et promouvoir la R-D, l'innovation et le transfert de technologie.
Malgré cette orientation générale, la mondialisation de la finance et de l'organisation de la production - facilitée par les TIC qui permettent de réorganiser et de restructurer en souplesse les investissements et les ressources - a affaibli le pouvoir de négociation de l'Etat nation. Des organes internationaux ont favorisé une liberté accrue dans le flux des biens et de l'information à tel point que les décisions en matière d'investissement dépendent désormais autant des caractéristiques du lieu de production que de celles du marché national. Non seulement l'intervention régionale ou locale est devenue plus importante pour le succès économique, mais il y a eu aussi un recentrage qualitatif avec des politiques locales qui favorisent l'esprit d'entreprise et l'innovation endogènes et qui fournit un milieu plus élaboré aux capitaux mobiles afin de maximiser la valeur ajoutée locale (R-D et autres emplois de niveau élevé, firmes prospères et donc en expansion).
L'importance de cette perspective pour la gestion des firmes et des contextes locaux a été bien mise en lumière par Mme Kanter dans son récent ouvrage intitulé World Class au sous-titre significatif "la prospérité locale dans l'économie mondiale" (Kanter, R.M., 1995). Pour Kanter, le succès ira à l'avenir aux entreprises, grandes ou petites, qui peuvent satisfaire aux critères mondiaux et puiser dans les réseaux mondiaux. Et ce succès ira aux villes et aux régions qui réussissent le mieux à relier les entreprises opérant sur leur territoire à l'économie mondiale. Kanter fait valoir que les forces de la mondialisation sont si puissantes que les communautés sont obligées de relier le mondial et le local et de créer une culture civique qui attire et retienne ou "incorpore" un investissement sans attaches. Le problème consiste à trouver des moyens permettant à l'économie mondiale de travailler à l'échelon local en libérant les ressources qui distinguent un lieu d'un autre. L'argument essentiel est en l'occurrence que les universités peuvent fournir un atout local vital dans le cadre de l'économie mondiale.
Kanter poursuit en soutenant que, face à ces pressions mondialisatrices, les organisations n'ont d'autre choix que de s'améliorer sans cesse et de tenter d'atteindre la classe mondiale en s'attachant ce qu'elle appelle les 3 C : concepts, compétence et connexions. Elle associe cette idée à la géographie en suggérant que "les localisations de classe mondiale peuvent contribuer à accroître ces atouts en offrant capacités d'innovation, capacités de production, savoir-faire de qualité, apprentissage, réseaux et collaboration". La présence d'universités dans les régions contribue puissamment à faciliter ces processus : liens entre les concepts et la recherche, liens entre la compétence et l'enseignement et connexions pour le transfert vers une région ou à partir d'une région de personnes ou de réseaux issus des universités.
Pour réaliser ces changements d'orientation, il a fallu que la politique locale soit elle-même novatrice et fasse preuve d'esprit d'entreprise, le plus souvent en faisant appel à un ensemble plus large de ressources, en négociant et en constituant des alliances entre les autorités locales et les autres échelons des pouvoirs publics, les universités, les intérêts du secteur privé et les organisations à but non lucratif. C'est ainsi que la municipalité qui réussit grâce à l'esprit d'entreprise cesse d'être une émanation de l'Etat providence pour se faire le catalyseur de la coopération locale et de la politique d'innovation.
Le succès régional s'est caractérisé par une série de modèles différents, mais procédant d'une communauté de vues sur les facteurs qui facilitent le succès : économies de regroupement, économies d'échelle, confiance, réseaux de petites firmes et institutions de soutien. Les structures et les modes d'interaction entre les producteurs, les diffuseurs et les utilisateurs du savoir jouent un rôle déterminant dans le succès de l'innovation. Etant donné que les technologies font intervenir des personnes et des idées tout autant que des moyens matériels, on estime en général que des opérations impliquant une large interaction et une communication itérative sont nécessaires pour faciliter l'exploitation. La méthode d'échange "organisée" peut comporter à la fois une technologie matérielle et/ou des personnes - notamment producteurs, diffuseurs et utilisateurs - passant d'une institution à l'autre tout en maintenant des liens étroits par exemple entre les universités et les entreprises qui sont des "retombées" de ces dernières.
Dans l'environnement général ainsi constitué, les différences géographiques tenant à la nature des cultures, des institutions et du legs des pratiques industrielles passées influeront évidemment sur l'efficacité de la diffusion du savoir entre les institutions et à l'intérieur de celles-ci, à l'échelon national aussi bien que régional. Les différences sont particulièrement marquées si l'on considère la capacité plus ou moins grande d'organiser efficacement, par des moyens informels ou formels, les opérations du marché. Ainsi, Lundvall montre toute l'importance d'une culture et d'un langage communs partagés par les utilisateurs et les producteurs pour faciliter la transmission et la traduction d'une information hautement codée telle que les résultats de la R-D (Lundvall, B.-Å., 1988). Les différences de formation, de culture et d'attitude envers la technologie contribuent également de façon décisive à l'efficacité des modes de communication et d'échange.
Les études consacrées aux régions connaissant un succès économique donnent à penser que ce succès dépend de ce que Amin et Thrift qualifient d'"épaisseur institutionnelle" ou de ce que Putnam appelle "capital social" (Amin A. et Thrift N., 1994 ; Putnam, R.D., avec Leonardi, R. et Nenetti R.Y., 1993). Bien que difficile à définir, cette épaisseur institutionnelle est plus qu'une simple présence fortement affirmée d'organes institutionnels et de pratiques soutenant l'entreprise. Il faut qu'existent entre les institutions des niveaux élevés d'interaction, aboutissant à des structures de domination ou de coalition qui peuvent réaliser une représentation collective des intérêts, ainsi qu'une conscience mutuelle d'un objectif commun ; c'est ce que Amin et Thrift qualifient de "collectivisation et corporatisation de la vie économique". Les initiatives visant à façonner les structures de gouvernance du développement économique local de manière à accroître la probabilité de retombées bénéfiques doivent par conséquent tenir compte de la culture, des structures sociales et de la politique des réseaux institutionnels associant les acteurs de la politique suivie et les firmes sur lesquelles ceux-ci désirent exercer leur influence.
La définition de la région d'apprentissage
Quand on envisage le rôle des universités dans le développement économique, l'approche la plus utile pour concrétiser ces idées réside dans le concept de l'économie d'apprentissage qui se dégage des études sur les systèmes nationaux d'innovation (Lundvall, B.-Å., 1992 ; Lundvall, B.-Å., Johnson, B., 1994). Lundvall souligne là l'importance de l'apprentissage interactif comme base de l'innovation et du changement dans les économies développées modernes. Il définit l'économie d'apprentissage dans les termes suivants : c'est une économie où le succès des individus, des firmes et des régions reflète la capacité d'apprendre (et d'oublier les pratiques anciennes), où le changement est rapide, où les compétences anciennes se démodent et où les compétences nouvelles font l'objet d'une demande, où l'apprentissage implique la constitution de compétences et non pas simplement un accès plus large à l'information, où l'apprentissage se pratique dans tous les secteurs de la société, et non pas simplement dans ceux de haute technologie, et où la création nette d'emplois a lieu dans les secteurs à forte intensité de savoir (R-D de haut niveau, proportion élevée de titulaires d'un diplôme universitaire et situation de l'emploi s'aggravant pour les personnes non qualifiées).
Dans l'économie d'apprentissage, on peut définir différents types de savoir. En premier lieu, le savoir-quoi, c'est-à-dire les faits et l'information. En second lieu, le savoir-pourquoi, c'est-à-dire les principes et les lois nécessaires pour réduire les tâtonnements ; en troisième lieu, le savoir-comment, c'est-à-dire les compétences et la capacité pour faire quelque chose, compétences qui s'acquièrent traditionnellement sur le lieu de travail, et enfin le savoir - qui, consistant à connaître ceux qui savent comment on fait quoi et qui ont la capacité sociale d'établir des relations avec des groupes spéciaux pour faire appel à leur expertise. Chacune de ces différentes formes d'apprentissage utilise des canaux différents pour l'échange d'information. Dans le cas du savoir-quoi et du savoir-pourquoi, l'apprentissage formel à l'école et à l'université constitue le canal normal. Le savoir-comment dépend de l'expérience pratique acquise par un apprentissage tacite (par exemple, celui des apprentis dans l'industrie), mais aussi de plus en plus par les relations de réseau avec des partenaires industriels et commerciaux. Enfin, le savoir - qui s'apprend au moyen de l'interaction sociale, par l'intermédiaire d'associations professionnelles, de contacts journaliers avec des clients, des sous-traitants et toute une gamme d'autres acteurs et institutions.
Pour ce qui est de la connaissance de réseau, il s'agit d'une forme hybride de savoir qui n'est ni complètement publique, ni complètement privée. Elle dépend de la confiance et non du marché et elle se caractérise par des considérations telles que la fiabilité, l'honnêteté, la coopération, le sens du devoir envers autrui. La connaissance de réseau ne fait pas intervenir seulement les compétences d'individus, mais aussi le transfert du savoir d'un groupe à un autre pour constituer des systèmes d'apprentissage ; c'est l'infrastructure institutionnelle des partenariats publics et privés. Parce que la connaissance de réseau est étroitement subordonnée à des relations interpersonnelles, c'est dans le cadre d'une région donnée qu'elle peut le plus aisément se développer. Ainsi, Florida (Florida R., 1995) fait valoir que, "pour être efficaces dans cette économie mondiale de plus en plus dépourvue de frontières, les régions doivent se définir par les mêmes critères et les mêmes éléments que les firmes à forte intensité de savoir : amélioration permanente, idées nouvelles, création de savoir et apprentissage organisationnel. Il faut que les régions adoptent les principes de création du savoir et d'apprentissage continu ; il faut qu'elles deviennent des régions créatrices de savoir, ou régions d'apprentissage". La clé d'une telle région d'apprentissage est l'infrastructure humaine et les mécanismes institutionnels qui favorisent l'apprentissage interactif et, dans cette infrastructure, un rôle central, pour ce qui est de la reproduction et de l'adaptation des ressources humaines, revient aux universités.
En ce qui concerne le capital humain, dans beaucoup de pays les universités produisent traditionnellement des diplômés "bruts" pour un marché du travail national dominé par de gros employeurs en ne se préoccupant guère des PME ou de la rétention des diplômés sur les marchés du travail locaux. Ce modèle a commencé à décliner parce que les modalités de la demande des employeurs ont changé, avec, par exemple, la décentralisation de grosses sociétés en bouquets de petites unités et le rôle accru des petites entreprises en tant que sous-traitants, fournisseurs, franchisés, etc. Ces tendances ont des répercussions importantes sur les compétences requises des diplômés et sur la localisation des décisions que prennent les firmes en matière de recrutement. Aussi n'est-il pas surprenant que des institutions régionales favorisent les initiatives visant à retenir les diplômés afin de relever le niveau du stock local de hautes compétences. Parallèlement à ces changements du côté de la demande, l'expansion de l'enseignement supérieur ainsi que l'augmentation du nombre des personnes éprouvant le besoin de changer de carrière après avoir déjà eu une activité professionnelle se traduisent par un accroissement de l'offre à l'échelon local d'étudiants mûrs désireux de suivre des cours de licence et des études universitaires supérieures.
Malgré ces tendances nouvelles, on ne sait pas grand chose du flux des étudiants passant de l'enseignement supérieur aux marchés du travail locaux, ni des rapports que ce phénomène peut avoir avec la réussite économique globale des régions. Et pourtant, l'une des caractéristiques essentielles de la région d'apprentissage est la manière dont le savoir est transféré d'un groupe à l'autre pour créer des systèmes d'apprentissage. En ce qui concerne les universités, il s'agit notamment de la connaissance des compétences et savoir-faire appropriés qu'on exige de la main-d'oeuvre.
Ce qui constitue les "compétences appropriées" dépendra de la stratégie générale de développement régional, que ce développement soit endogène et fondé sur l'entreprise locale, ou bien exogène et cherchant à attirer les investissements ou bien encore qu'il résulte d'une combinaison des deux comme lorsque le relèvement du niveau des fournisseurs locaux favorise l'"incorporation" d'investissements venus de l'extérieur. Dans ce contexte, il existe une analogie entre les régions et les organisations : on passe d'une gestion du personnel consistant principalement à établir des contrats de travail individuels et à faciliter le perfectionnement en cours d'emploi à une gestion des ressources humaines qui met le perfectionnement du personnel au service des objectifs stratégiques de l'organisation. C'est ainsi que la question déterminante en vient à se poser en ces termes : "Est-ce que la mise en valeur des ressources humaines fait partie de la stratégie générale de la région ?".
Cette question soulève un certain nombre de problèmes concernant la nature des programmes de formation, le choix des institutions qui sont le mieux à même d'appliquer les programmes et la localisation de la formation dans la région ou, le cas échéant, en dehors de celle-ci.
Une stratégie régionale de mise en valeur des ressources humaines exige donc de toute évidence une information sur les besoins futurs du marché du travail. Etant donné le temps considérable qui s'écoule entre l'identification des besoins et la formation des compétences nécessaires, l'une des obligations fondamentales d'une région d'apprentissage est de partager les connaissances disponibles entre le système d'enseignement et de formation et les employeurs. Il ne convient pas seulement de faire en sorte que le système d'enseignement et de formation produise des individus ayant la flexibilité nécessaire pour répondre aux changements intervenant sur le marché du travail, il faut en outre se préoccuper des compétences et savoir-faire spécialisés dont ont besoin telles ou telles industries et/ou professions.
L'information concernant le marché du travail est axée sur la contribution directe des universités à la réussite économique des zones où elles sont implantées. Il convient également d'envisager la contribution indirecte des universités au fondement social et culturel d'une gouvernance démocratique et, en dernière analyse, à la réussite économique. Putnam, par exemple, a montré le rapport étroit entre, d'une part, la culture et les institutions civiques (définies comme des "normes de réciprocité et réseaux d'engagement civique") et, d'autre part, la performance socio-économique dans son ensemble (Putnam, R.D. avec Leonardi R. et Nanetti, R.Y., 1993). Les régions ou localités qui sont riches en réseaux de ce genre "encouragent la confiance et la coopération sociales parce qu'elles réduisent les incitations à la défection, diminuent l'incertitude et fournissent des modèles de coopération future". Dans la mesure où les universités sont traditionnellement des institutions "civiques", elles peuvent jouer un rôle décisif dans le développement de déterminants culturels et politiques du succès socio-économique. Il est donc particulièrement important de renforcer le rôle que les universités, avec leur personnel et leurs étudiants, jouent dans le développement de ces réseaux d'engagement civique et, partant, dans la position dirigeante politique et culturelle plus large qu'elles occupent dans les lieux de leur implantation (par exemple, par l'engagement formel et informel des universités dans les processus politiques locaux, dans l'élection de personnel universitaire à des postes politiques, ou bien encore par des conseils à l'administration locale ou des contributions aux médias, etc.).
Implications pour la gestion des universités
La plupart des universités n'ont pas encore pris en compte les implications de beaucoup des processus de mondialisation et de localisation dont il a été question plus haut. L'ampleur du défi ne saurait être sous estimée.
L'adaptation des programmes d'études aux besoins en évolution rapide des employeurs et du marché du travail en est un bon exemple. Pour reprendre la terminologie de Lundvall sur l'économie d'apprentissage, si les universités ont un bilan satisfaisant pour les aspects de l'enseignement concernant le savoir-quoi et le savoir-pourquoi et si elles améliorent les aspects relatifs au savoir comment en incorporant dans les programmes d'enseignement le savoir tacite acquis grâce aux stages dans les entreprises, la dimension du savoir-qui est beaucoup plus problématique. Le progrès sur ce front implique une relation approfondie entre recherche et enseignement fondée sur le partage avec les étudiants, à tous les niveaux du savoir de réseaux en matière de recherche.
Lorsqu'elles envisagent leurs rapports avec l'industrie dans un contexte régional, il faut que les universités se considèrent comme situées à l'origine d'une chaîne d'approvisionnement consacrée à la fourniture du savoir. La diffusion de ce savoir se fait par l'intermédiaire des étudiants (projets et stages), diplômés et chercheurs, ainsi que par la publication des recherches, les contrats de recherche et les missions de consultants, qui permettent l'innovation et l'amélioration dans le domaine des technologies et de la gestion. Toutefois, contrairement aux entreprises commerciales occupant une position analogue dans la chaîne de l'approvisionnement, les universités consacrent relativement peu de ressources à l'écoulement de leurs produits que sont les diplômés ou à une réaction aux signaux concernant les besoins du marché. Elles se bornent à avoir un département des ventes, sous la forme d'un service de placement, qui n'a ni les capacités, ni les mécanismes voulus pour adapter sa production (qualité, quantité ou spécification) aux besoins des clients.
Le marché est bien entendu d'une extrême complexité parce qu'il comprend la totalité des organisations qui emploient actuellement des diplômés ou qui pourraient en employer à l'avenir. A l'une des extrémités du spectre, on trouve des marchés professionnels strictement réglementés, comme la médecine, l'architecture, le droit ou l'ingénierie. A l'autre extrémité se situent les demandes généralement très imprécises des PME. Si l'on veut que les universités jouent un rôle plus actif dans le développement économique, il est indispensable qu'elles comprennent le marché, qu'elles le fractionnent et qu'elles utilisent cette information pour orienter leurs activités d'enseignement. Cela signifie qu'elles ne doivent pas simplement réagir aux besoins exprimés à l'heure actuelle, mais qu'elles doivent entreprendre activement des recherches sur la dynamique qui sous-tend le changement des besoins exprimés par les employeurs et qu'elles doivent traiter les étudiants comme des clients et les employeurs comme des utilisateurs finals.
Dans certains pays, le fait que cette approche soit loin d'être généralisée peut être imputé en partie au régime de financement des étudiants qui, pour l'instant, récompense la "production" mais non la "vente". En conséquence, la fonction de commercialisation est souvent médiocrement développée. Si les universités étaient en partie récompensées pour les diplômés qu'elles fournissent au marché de l'emploi, emploi local compris, elles seraient évidemment incitées à déployer plus d'efforts pour la commercialisation et le développement économique.
Mais la transformation en une organisation guidée par le marché exige un changement majeur de la culture universitaire. Elle implique un sens aigu de la mission institutionnelle alors que les universités demeurent dominées par des universitaires dont la loyauté professionnelle principale est envers leur invisible cénacle national ou international plutôt qu'envers l'institution dont ils font partie. La "nouvelle production de savoir" dont parlent Gibbons et ses collaborateurs implique des partenariats avec les utilisateurs et les bénéficiaires de la recherche qui transcendent les frontières institutionnelles et qui s'intègrent difficilement à une planification formelle et à une allocation de ressources s'exerçant dans le cadre institutionnel. Selon les mêmes auteurs (Gibbons et al, 1996), on peut observer de nouveaux types d'alliances stratégiques entre groupes universitaires fondées sur une complémentarité des compétences, mais non entre institutions d'une même région.
En bref, ce n'est pas avec des mécanismes de planification opérant du haut vers le bas à l'échelon soit institutionnel soit régional qu'on pourra améliorer l'intégration des universités au développement régional, mais en faisant en sorte que les divers acteurs du processus de développement régional - éducateurs et formateurs, employeurs et organisations patronales, syndicats, organismes chargés du développement économique et du marché du travail, ainsi que les enseignants et enseignés pris individuellement - aient une compréhension mutuelle de leurs rôles respectifs et des facteurs qui favorisent ou qui freinent le progrès de l'engagement régional. Il s'agit par exemple de comprendre que les universités et les organismes chargés du marché du travail opèrent dans le contexte d'un politique nationale de l'enseignement supérieur et des objectifs de formation du marché du travail, que les employeurs subissent les pressions de la compétition mondiale qui les incitent à réduire leurs effectifs, à acheter à l'extérieur, etc., et que les étudiants sont soumis à des contraintes financières personnelles quand ils investissent dans leurs études.
Les gouvernements peuvent vouloir renforcer l'engagement des universités au service du développement économique, mais les moyens permettant d'atteindre cet objectif sont loin d'être clairs, en particulier si l'on tient compte du prix que les universités attachent à leur autonomie. Celle-ci est associée à diverses institutions, souvent à un échelon régional aussi bien que national, et selon des modalités qui ont évolué avec l'histoire. Pour ces universités où la recherche joue une rôle très important, les questions régionales peuvent n'avoir qu'un intérêt secondaire. Ces institutions considèrent qu'elles servent la région en attirant des étudiants venus de l'extérieur qui, rejoignant ceux qui résident sur place, ajoutent au stock local de capital humain. Elles contribuent également à attirer l'investissement et, éventuellement, à le retenir par les liens de la formation et de la recherche. Elles contribuent ainsi à un développement régional exogène. Néanmoins, même dans les universités où la recherche est très importante, certains départements, certains programmes d'études et certaines activités de recherche comporteront de fortes connexions régionales.
A côté de ces institutions, on trouve dans la plupart des régions d'autres établissements pour lesquels le service de la communauté locale ou régionale demeure un élément central de leur mission. Les universités régionales ont aussi des liaisons nationales et internationales qui peuvent faciliter pour les firmes locales et pour les étudiants de la région les contacts avec le reste du monde. Enfin, entre ces deux extrêmes, il peut y avoir des universités qui s'efforcent de développer leur base de recherches dans certains domaines et qui, ce faisant, consacrent des ressources considérables à leur "mondialisation". Le problème consistant à déterminer quelle est la combinaison d'institutions et, ce qui est plus important encore, la combinaison de programmes d'enseignement et de recherche, qui facilitera le mieux le développement économique d'une région revêt une importance décisive. Avec un choix judicieux de mesures incitatives pour les procédures officielles d'évaluation des universités et pour les programmes de formation des cadres, il serait possible de faire en sorte que les signaux appropriés parviennent aux diverses universités et trouvent une place dans leurs programmes.
En ce qui concerne l'évaluation, des critères régionaux pourraient être pris en compte dans les opérations nationales d'évaluation de l'enseignement et de la recherche. En outre, des arguments convaincants peuvent être avancés en faveur de l'instauration d'un processus régional d'évaluation qui serait mené par les universités elles-mêmes. Cette évaluation pourrait être réalisée avec l'aide de consultants ayant une compétence particulière en matière de développement économique et de gestion de l'enseignement supérieur. Elle porterait sur l'organisation institutionnelle, l'enseignement, la recherche et autres services répondant ou pouvant répondre aux besoins régionaux. Le résultat de l'évaluation pourrait être pris en considération par un fonds national de développement qui assurerait le financement initial des initiatives visant à renforcer la contribution de l'université au développement économique. Les institutions seraient libres de participer à un programme de ce genre et/ou de le limiter aux éléments de leur activité qu'elles jugent pertinents pour la région.
Les évaluations devront répondre à un certain nombre de questions, à savoir notamment :
Synthèse : L'université reconnaît-elle que, par sa nature même, le processus de développement territorial se fonde sur une large base comportant des éléments économiques, technologiques, environnementaux, sociaux, culturels et politiques ? L'université est en mesure de contribuer à ce processus sur un large front, notamment en mettant en lumière les interconnexions entre ces différents secteurs. L'engagement régional fournit même une occasion de réaffirmer l'unité de l'université en tant qu'institution implantée dans un lieu bien déterminé.
Collaboration : Existe-t-il des procédures destinées à favoriser la collaboration interuniversitaire ? Toutes les universités d'une même région ont intérêt à accroître leur participation au processus d'apprentissage tout au long de la vie. L'"élargissement du marché" doit être préféré au mercantilisme, ce qui impliquera une collaboration au sein de chacun des niveaux du système éducatif et entre ces niveaux, écoles et "colleges" compris.
Partenariats : Les objectifs des partenariats sont-ils clairs ? Les partenariats sont pour le long terme et il faut qu'ils ne se bornent pas à identifier des sources de financement additionnelles mais qu'ils génèrent un dialogue influant sur le comportement des participants.
Bilan et mesure : Qui parle à qui au sujet de quoi ? Les modalités de l'engagement régional de l'université devront faire l'objet d'un bilan et le flux d'information correspondant devra être mesuré. L'obtention de renseignements sur le flux des étudiants qui suivent des programmes universitaires et se dirigent ensuite vers le marché du travail régional est une tâche fondamentale pour l'université.
Mise en valeur des ressources humaines : Est-ce que les tâches à accomplir à l'échelon régional s'insèrent dans des politiques institutionnelles de mise en valeur des ressources humaines ? Les tâches nouvelles exigent des compétences nouvelles de la part des administrateurs et des enseignants et il faut qu'elles soient prises en considération par l'université dans ses programmes relatifs aux ressources humaines.
Priorités : Quelle est la contribution spécifique que l'université peut apporter aux tâches régionales ? Quelle que soit l'ampleur que cette contribution est susceptible de revêtir, l'université devra accorder la priorité aux secteurs dans lesquels elle peut apporter au développement de la région la contribution présentant le meilleur rapport coût-efficacité.
Identité géographique : Quelles sont les caractéristiques propres à la région que l'université peut favoriser ? Les processus de développement ont des motivations mondiales, économiques, technologiques, sociales et culturelles, mais celles-ci ont des interactions très différentes avec les trajectoires spécifiques du développement régional. L'université devra élaborer une compréhension collective de sa région pour déterminer les éléments qui se prêtent particulièrement à son engagement.
Politique régionale : Quelles sont les motivations principales de la politique régionale ? Les institutions régionales et nationales ont une série de politiques destinées à favoriser le développement régional. L'université a besoin de comprendre ces politiques et d'identifier les secteurs dans lesquels elle peut fournir un soutien et faciliter la réalisation des objectifs desdites politiques.
Leadership : Quel rôle l'université joue-t-elle dans le leadership régional ? Les universités ne doivent pas seulement se conformer à la politique établie, elles ont les moyens d'établir des listes de tâches à accomplir à l'échelon régional et national. Il ne s'agit pas simplement en l'occurrence d'injecter de bonnes idées dans le processus établi ; il faut également édifier la capacité institutionnelle permettant de faire avancer ces idées.
Enseignement et apprentissage : Est-ce que les informations sur le marché du travail régional ont influencé la teneur des programmes d'enseignement et d'apprentissage ? Des mécanismes sont actuellement mis en place dans certaines universités pour répondre aux missions de recherche de l'agenda régional, mais il apparaît que les progrès ont été moins nets pour ce qui est d'ajuster l'enseignement et l'apprentissage aux besoins régionaux.
Champ d'action principal : Est-ce que l'engagement régional s'est intégré au champ d'action principal de l'université ? Beaucoup d'universités ont crée des postes de préposés au développement régional, mais il reste difficile de savoir dans quelle mesure ces décisions ont exercé une influence sur le champ d'action principal de l'enseignement et de la recherche.
Communications : Est-ce que les besoins et les priorités de la région sont portés à la connaissance de tous les intéressés dans les universités ? En plus d'un engagement stratégique, il y aura des occasions d'engagement régional suscitées de l'extérieur et de l'intérieur qu'il faudra faire connaître dans toute l'institution. Les bulletins d'information, le courrier électronique et les tribunes de discussion établies sont autant de vecteurs pour cette communication.
Recherche et renseignement : L'université fournit-elle à la région des renseignements sur ses plans pour l'avenir ? Pour contribuer à l'élaboration du programme de développement régional, l'université devra faire appel à son réseau mondial et à ses sources d'information extérieures et adapter l'information ainsi recueillie aux besoins régionaux.
Capacité de réaction : L'université est-elle en mesure de répondre rapidement à des besoins régionaux qui n'avaient pas été prévus ? Le développement économique est à la fois opportuniste et stratégique. Si les occasions qui peuvent se présenter (par exemple, diffusion d'une nouvelle technologie, projets d'investissement mobiles, nouvelles incitations fiscales, nouvelles réglementations) ne sont pas saisies dans la région, ce sont d'autres régions ou d'autres pays qui en profiteront. L'université devra mettre en place des mécanismes permettant de réagir à des situations nouvelles, en lançant par exemple, de nouveaux cours ou de nouveaux programmes de recherche.
En plus de ces évaluations, il serait nécessaire d'avoir un programme de mise en valeur des ressources humaines visant les personnes qui, à l'intérieur et à l'extérieur des universités, exercent en matière de développement économique concerté des fonctions transcendant les frontières disciplinaires. L'un des facteurs déterminants du succès dans les partenariats régionaux est la présence d'animateurs qui interviennent au point de contact entre différents réseaux ou organisations. Un petit nombre de personnes, dans les universités, dans les organismes chargés du marché du travail et du développement économique et dans les entreprises dynamiques, occupent des postes dont l'une des fonctions principales consiste à établir des réseaux en dehors de leur organisation. Les titulaires de ces postes s'acquittent de cette tâche en raison de leurs compétences personnelles et professionnelles, mais ils ont besoin d'un soutien technique pour leur perfectionnement professionnel ainsi que d'un soutien moral de la part des individus et des groupes qui les entourent. Pour l'essentiel, les compétences et capacités nécessaires ont un caractère intuitif et s'apprennent par la pratique, mais le fait qu'on a de plus en plus besoin de personnes de ce genre donne à penser qu'une formation et un soutien plus fondamentaux seraient nécessaires. Parmi les compétences pertinentes, on peut mentionner la constitution de réseaux, la facilitation, la capacité de travailler avec des cultures étrangères, la formulation de projets, la planification et la gestion de contrats, l'obtention de concours financiers, l'organisation personnelle, les techniques de supervision et de soutien personnel, la compréhension des politiques et de la dynamique de l'organisation. L'instauration d'un programme de perfectionnement de ce genre pour des personnes opérant à l'interface entre l'université et la région constituerait un nouveau petit pas en avant vers l'amélioration de la gestion. Des considérations du même genre s'appliquent à d'autres parties prenantes qui travaillent à rendre la région plus compétitive.
Sujets de réflexion
* L'importance de l'interaction entre les producteurs, les diffuseurs et les utilisateurs du savoir aboutissant à une structure de représentation collective des intérêts et à une conscience mutuelle d'un objectif commun.
* Il pourrait être intéressant de réaliser des audits pour déterminer les "compétences appropriées" que devraient avoir les diplômés de l'université (en fonction de la stratégie globale de développement de la région) et la contribution de l'université au développement social et communautaire.
* Les besoins en évolution rapide des employeurs et du marché du travail ont une incidence sur les programmes d'études. Les universités ont bien réussi en ce qui concerne les aspects de l'enseignement relatifs au savoir-quoi et au savoir-pourquoi et elles s'améliorent en ce qui concerne le savoir-comment en incorporant aux programmes d'enseignement le savoir tacite acquis grâce aux stages dans les entreprises, mais pour la dimension du savoir-qui, la situation est beaucoup moins satisfaisante.
* Est-ce que des réseaux internationaux pourraient jouer un rôle dans la réduction des incertitudes et le partage du savoir ?
* Est-ce que des critères régionaux pourraient être pris en compte dans les évaluations nationales de l'enseignement et de la recherche ?
* Est-ce qu'une formation et un soutien plus fondamentaux pourraient être fournis à ceux qui font la liaison entre différentes organisations (par exemple pour des compétences telles que la création de réseaux, la facilitation, le travail avec d'autres cultures, la formulation de projets, la gestion de la planification et des contrats, l'obtention d'un soutien financier) ?
* Quelles sont les conséquences d'une interaction université-région au sein de l'université ?
Remerciements
Le présent document a été rédigé sur la base d'un rapport établi à l'intention du Département de l'éducation et de l'emploi du Royaume-Uni sur les universités et le développement économique par un groupe de chercheurs et dirigeants d'entreprises à l'université de Newcastle travaillant dans le cadre de la Newcastle School of Management (ayant à sa tête Roger Vaughan). Les autres membres de l'équipe étaient Madeleine Atkins, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation, Roger Vaughan, Richard Firth, directeur du service d'orientation professionnelle, Richard Tomlin, directeur des services de recherche, et John Dersley, fonctionnaire de l'université chargé du développement régional. Je voudrais également remercier mon collègue du Centre d'études du développement urbain et régional, David Charles, pour les contributions qu'il a apportées.
Références
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Florida, R. (1995) "Toward the learning region", Futures, 27(5), p. 527-536.
Gibbons M., Limoges C., Nowotny H., Schwartzman S., Scott P., Trow M. (1994) The New Production of Knowledge, Sage Publications, Londres.
Goddard, J.B., Charles, D.R., Pike, A., Potts, G. et Bradley D. (1994) Universities and Communities, † Committe of Vice Chancellors and Principals, Londres.
Kanter, R.M. (1995) World Class : Thriving Locally in the Global Economy, Simon and Schuster, New York.
Lundvall, B.-Å. (1988) "Innovation as an interactive process : from user-producer interaction to the national systems of innovation", dans G. Dosi et al, Technical Change and Economic Theory, Frances Pinter, Londres.
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Putnam, R.D., avec Leonardi, R. et Nanetti, R.Y. (1993) Making Democracy Work : Civic Traditions in Modern Italy, Princeton University Press, Princeton, NJ.
van der Meer, E. (1996) Knowledge on the Move : The University as a Local Source of Expertise, Université d'Amsterdam.
Annexe 1.
UNIVERSITES ET COMMUNAUTES
Résumé d'un rapport destiné à la Commission des vice-chanceliers et chefs d'établissement
Centre d'études du développement urbain et régional
Université de Newcastle upon Tyne
1. Les universités dans un environnement en évolution :
raison d'être et approche de l'étude
1.1 Les changements dans l'enseignement supérieur
. La participation à l'enseignement supérieur est désormais le fait d'un éventail social plus large.
. Le nombre des dispensateurs d'enseignement supérieur a augmenté, créant un problème "commercial" de différenciation du produit qui permet de mettre l'accent sur telle ou telle particularité locale unique.
. Le développement futur se caractérisera par l'augmentation du nombre des étudiants restant à leur domicile et par une demande accrue de perfectionnement professionnel permanent.
1.2 Réorganisation administrative
. Beaucoup d'organismes non gouvernementaux quasi autonomes font appel aux universités pour pourvoir des postes de leur conseil d'administration.
. Les universités peuvent satisfaire les demandes d'analyse indépendante, de tribunes neutres et de leadership local, surtout dans le domaine du développement économique.
. Un engagement accru du secteur privé dans la communauté locale (par exemple, avec la privatisation des services publics de distribution dont les profits dépendent de la santé de l'économie locale) peut stimuler des alliances nouvelles avec les universités.
. La réorganisation et les priorités nouvelles du Service de santé avec incorporation de disciplines non médicales offrent d'importantes possibilités.
1.3 Le changement technologique
. L'ampleur, la complexité, la rapidité et l'intensification scientifique croissantes de la R-D industrielle sonnent le glas du modèle linéaire d'innovation.
. Les changements dans l'organisation de l'innovation industrielle comportent notamment : une décentralisation de la R-D et son intégration à la production, un rôle accru des petites firmes et des rapports clients/fournisseurs en matière d'innovation.
. Les pouvoirs publics exercent des pressions pour que les retombées directes de l'investissement public dans la science soient plus démontrables.
. Beaucoup estiment, sur la base d'un petit nombre d'exemples, que les processus de transfert de technologie peuvent être localisés.
1.4 Le changement dans la communauté
. Le changement géographique entraîne un bouleversement de l'environnement local pour les universités : déplacement vers la banlieue des activités du centre-ville, délabrement de ce dernier, délocalisation vers de petites villes, mouvement Nord-Sud.
. La nouvelle dynamique industrielle comporte notamment un déclin des industries manufacturières et une croissance du secteur des services, en particulier tourisme et "industries" culturelles.
. L'extension du secteur bénévole (assistance au sein de la communauté) se substitue en partie au rôle de l'Etat dans les services communautaires.
. Les universités concourent aux tendances de transformation et d'amélioration (par exemple, rôle dans les centres-villes, "vente" de la ville).
1.5 Approche de l'étude
. Une vaste gamme d'études précédentes avaient été axées sur des aspects particuliers tels que l'impact économique direct, le transfert de technologie, les questions immobilières et la planification.
. Certains sujets importants avaient dû être éludés, par exemple les changements dans les services de santé, l'éducation permanente, les cas particuliers de Londres, d'Oxford et de Cambridge, de l'Irlande du Nord, du pays de Galles et de l'Ecosse, le rôle de l'Université ouverte.
. L'hypothèse de départ a été qu'une amélioration des relations de l'université avec la communauté était souhaitable et qu'elle serait à l'avantage des deux parties, encore que cela n'aille pas de soi.
. Les problèmes essentiels pour les vice-chanceliers consistent à réaliser un équilibre entre une prise de conscience globale et une capacité de réaction locale, entre une stratégie centrale (installations centrales) et un engagement décentralisé (départements et individus).
1.6 Méthodes
. Etude de la littérature, statistiques officielles, examen de documents et enquête par questionnaire.
. Les réponses à l'enquête reflètent les perceptions et les aspirations des dirigeants universitaires, mais non pas nécessairement ce qui se passe au sein des départements ; des entretiens plus poussés sont nécessaires pour appréhender les processus.
. Principales composantes de l'étude : impact économique local (statique), développement économique local (dynamique), environnement bâti, développement social et communautaire.
2. Définir la communauté locale
2.1 Environnement physique : le contexte historico-culturel
. Cinq grandes catégories d'institutions ont été identifiées.
. Universités anciennes où le paysage urbain et le fonctionnement du centre-ville sont dominés par l'université : l'image et la perception de la ville s'identifient à l'université, mais sans que l'institution elle-même soit orientée vers la ville (par exemple, Oxford, Cambridge, St Andrews, Durham).
. "Colleges" municipaux implantés dans des lieux qui ne sont pas étroitement associés à l'enseignement supérieur (par exemple, Coventry, Sunderland, Derby).
. Universités métropolitaines populaires ("red brick") ayant une forte identité régionale (par exemple, Leeds pour le West Yorkshire, Newcastle pour le Nord-Est, Manchester pour le Nord-Ouest, Birmingham pour les West Midlands).
. Campus créés après la guerre situés à l'extérieur de grandes villes ou dans de petites villes avec un enracinement local limité (par exemple, York, Cantorbéry, Lancastre).
. Campus décentralisés sur plusieurs sites répartis dans une région (par exemple, Northumbria, Anglia, De Montfort, Ulster).
2.2 Evaluations d'impact
. Les circonscriptions administratives se prêtent rarement à l'établissement des statistiques nécessaires quand on veut étudier la zone d'un marché du travail local où la majorité du personnel vit et travaille.
. Il existe de grandes variations dans le degré d'autonomie en matière d'achat de biens et de services selon la taille de la ville et son emplacement par rapport à d'autres centres.
. Plus la zone d'évaluation de l'impact est étendue, plus le degré d'autonomie en matière de dépenses est grand, mais plus l'impact relatif est faible.
2.3 Extension territoriale des services
. L'extension territoriale des services varie selon leur spécialisation et la propensité des consommateurs à voyager, laquelle dépend elle-même de la fréquence d'utilisation des services.
. Exemples : les installations sportives peuvent avoir un caractère local, le transfert de technologie un caractère régional et international.
. Les circonscriptions administratives (par exemple, autorités locales, Conseils de formation et d'entreprises (TEC), autorités sanitaires régionales) sont importantes pour le financement.
2.4 Perception des missions locales
. Les plans institutionnels définissent des communautés locales spécifiques, certaines sont régies par des statuts dans le cas des "vieilles" universités.
. Les universités "nouvelles" à sites multiples conquièrent des territoires en créant de nouvelles antennes (par exemple, Northumbria : Carlisle ; Durham : University College de Teeside).
. Des délimitations à deux niveaux sont fréquentes (Sunderland : Wearside et le Nord-Est ; Warwick : Coventry et les West Midlands).
. L'accentuation régionale donnée aux plans institutionnels est plus grande dans le Nord que dans le Sud, et une priorité plus élevée est attribuée aux liens avec la communauté.
3. Les impacts économiques locaux
3.1 La géographie des universités du Royaume-Uni.
. Rares sont maintenant les grandes villes ou les sous-régions qui n'ont pas d'université.
. Dix-sept institutions majeures se trouvent à Londres ; plusieurs villes ont pour la première fois deux universités.
. Les inégalités de développement des périodes d'expansion antérieures ont été maintenant rectifiées.
3.2 Répartition régionale de l'emploi dans les universités
. On observe une concentration de l'emploi dans le Sud-Est, mais cela correspond à la part que la région occupe dans l'emploi total.
. Surreprésentation marquée de l'enseignement supérieur en Ecosse.
. Les universités sont un élément de croissance important dans les économies régionales lorsque d'autres secteurs ont décliné ou croissent moins rapidement.
3.3 Répartition urbaine de l'emploi dans l'enseignement supérieur
. L'emploi dans l'enseignement supérieur est concentré dans les villes : les dix plus grandes villes, où l'on trouve 34% de tous les emplois, représentent 46% de l'emploi dans l'enseignement supérieur ; 31 des 33 zones urbaines totalisant plus de 100.000 emplois ont de universités.
. Dans beaucoup de grandes villes (Manchester, Edimbourg, Glasgow, Sheffield et Nottingham) la part de l'enseignement supérieur dans l'emploi total est le double de la moyenne nationale.
. Dans ces villes, les universités sont souvent au nombre des plus gros employeurs : elles occupent le troisième et le cinquième rangs à Newcastle, le huitième à Nottingham. Dans le Nord-Est, les firmes privées employant plus de 1.000 personnes sont moins de 30, mais 5 universités appartiennent à cette catégorie.
3.4 Mesurer les impacts économiques locaux
. Evaluer l'effet direct sur l'emploi comme la somme de l'emploi par l'université et des emplois supplémentaires créés ou bien maintenus pour répondre à la demande de l'université (dépenses consacrées aux biens et services).
. Composantes de l'évaluation : dépenses totales de personnel, dépenses autres que les salaires, dépenses pour l'emploi et dépenses en capital, dépenses des étudiants en dehors de l'université, dépenses de l'association des étudiants.
. Il est nécessaire d'apporter des correctifs à l'évaluation pour tenir compte d'éléments venant directement en déduction pour les raisons suivantes : proportion du personnel vivant en dehors de la localité, dépenses du personnel et des étudiants pour des services en dehors de la localité, proportion des étudiants qui ne sont pas de la localité, capacité des firmes locales à répondre à la demande de l'université.
. La plupart des études d'impact n'ont pas opéré ces correctifs et ont utilisé les multiplicateurs habituels.
. L'impact secondaire subi fortement l'influence de la géographie locale ; en général, plus la localité est grande, plus l'impact est faible.
. Exemples : Lancastre fournit 1.352 emplois directs plus 351 emplois indirects (5,9% de l'emploi total de la ville) ; la Polytechnique de Bristol fournit 1.114 emplois directs plus 2.100 emplois indirects supplémentaires (2,9% de l'emploi total de la ville).
4. Développement économique local
4.1 Transfert de technologie
Le transfert de technologie est l'une des activités principales de liaison avec l'extérieur et généralement la plus importante en termes d'interaction locale.
. Cette interaction reflète la demande de l'industrie, les perspectives de développement local (développement endogène, implantation d'usines nouvelles), les pressions des pouvoirs publics.
. Le transfert de produits intégrant un savoir technique n'est pas la forme la plus importante d'interaction. L'interaction revêt pour une large part une forme immatérielle (connaissances acquises en travaillant et mouvement des personnes).
. C'est le modèle de liaison en chaîne qui rend le mieux compte d'un processus dans lequel le cycle d'innovation industriel est lié, à tous les stades, au corpus de savoir scientifique.
. Les firmes et les scientifiques doivent trouver les partenaires voulus dans le monde entier ; en revanche, les petites firmes locales ont beaucoup moins de chances de mettre la science à contribution et de financer des recherches.
4.2 Mécanismes de transfert
. Les subventions et contrats de recherche faisant intervenir des partenaires industriels sont des mécanismes importants. Dans l'ensemble, ce sont les universités situées dans les régions les plus prospères qui tirent les revenus les plus élevés de ces sources.
. Les recettes provenant des conseils de la recherche ainsi que de l'industrie présentent en gros une physionomie analogue, mais avec quelques exceptions (par exemple, Oxford, Cambridge, Edimbourg, Essex et Sussex dépendent beaucoup des conseils de la recherche ; Nottingham, Dundee, Surrey et Warwick dépendent davantage de l'industrie).
. Les enquêtes montrent que les contacts avec l'industrie ont en grande partie un caractère non local.
. Services de consultants : fournissent une possibilité de transfert du savoir existant et facilitent l'adaptation aux besoins régionaux. Toutefois, quand l'université a pour politique de favoriser des arrangements individuels pour la fourniture de consultants, cette adaptation a moins de chances de se produire que lorsque des initiatives sont expressément prises à cette fin comme par exemple dans la cas du Sheffield Hallam Advanced Manufacturing Technology Centre ou du Newcastle Engineering Design Centre.
. Octroi de licences : celles-ci sont accordées le plus souvent à l'échelon non local parce qu'il est difficile de faire correspondre produits ou inventions aux capacités des firmes locales. La rentabilité est très incertaine en raison du temps qu'il faut consacrer à la gestion.
. Echanges de personnel : travail sur des projets avec des étudiants (par exemple, Sheffield PLUS), stages de formation professionnelle alternés, rétention de diplômés sur le marché local du travail, programmes d'enseignement dans les entreprises, professeurs invités. Toutes ces initiatives contribuent pour beaucoup au transfert de technologie, mais elles sont rarement présentées comme telles.
. Extensions : il en existe des exemples depuis longtemps, mais elles se font maintenant à un rythme plus rapide avec le développement de la technologie de l'information et des biotechnologies. Il convient de signaler le développement récent d'entreprises de campus dans lesquelles l'université prend une participation majoritaire (par exemple, ULIS avec un chiffre d'affaires de 5 millions de livres sterling, SUBS avec un chiffre d'affaires de 11,5 millions de livres sterling).
. Parcs scientifiques : l'engagement effectif des universités est généralement faible, mais elles tirent profit d'une mise en valeur réussie du terrain sans avoir à consacrer beaucoup de temps à la gestion. Le groupe de pression des parcs scientifiques risque de faire passer au second plan toute une série d'autres mécanismes qui sont plus importants.
4.3 Soutien non technologique à l'industrie
. Les écoles de gestion ont un rôle très important à jouer étant donné que les décisions d'investir dans la technologie et dans sa bonne utilisation dépendent de l'ouverture d'esprit et de la compétence de ceux qui dirigent.
. Certaines écoles de gestion se spécialisent dans les besoins des petites entreprises, mais cela peut compromettre la réalisation d'objectifs de recherche.
. Les connaissances non scientifiques (par exemple, politique des pays étrangers, langues) ont un rôle important à jouer pour élargir les débouchés des firmes locales.
4.4 Investissement intérieur
. Rares sont en Angleterre les organismes d'investissement intérieur qui sont en mesure de faire connaître, avec assez de détails, les points forts en matière scientifique ou les ressources en personnel qualifié d'universités locales.
. La tendance à la décentralisation de certaines entreprises crée des possibilités de relever le niveau d'usines locales : les chances de réinvestissement sont considérablement accrues quand l'implantation locale est forte et notamment lorsqu'elle comporte des liens avec l'enseignement supérieur.
4.5 Enseignement professionnel
. Diplômes professionnels du niveau de la licence avec stages de formation professionnelle alternés ; initiative de "l'entreprise dans l'enseignement supérieur"; perfectionnement professionnel permanent (droit, architecture, planification, travail social, gestion, éducation, santé). Reconnaissance des cours d'enseignement postscolaire ; disciplines nouvelles (par exemple, soins infirmiers) ; perfectionnement du personnel ("Investisseurs dans les personnes").
. Rôle déterminant des Conseils de formation et d'entreprise (TEC) : réalisation conjointe avec les universités d'analyses sur les besoins du marché du travail, patronage de cours de brève durée, consultations ponctuelles pour les entreprises ; ces liaisons sont insuffisamment développées, surtout dans les "vieilles" universités.
4.6 Tourisme
. Les universités constituent des "attractions" pour les visiteurs, mais celles-ci sont généralement d'importance mineure : elles contribuent à augmenter la durée du séjour et la dépense totale sans être la raison de la visite.
. Accueil pendant les vacances de conférences représentant 6,4% du marché des conférences en termes de journées. Trente universités organisent au long de l'année des centres de formation à la gestion représentant 15% du marché britannique.
. Toutefois, les universités perdent actuellement du terrain parce que les installations hôtelières ne sont pas d'une catégorie assez élevée, en particulier pour la nourriture.
5. L'environnement bâti
5.1 Qualité de l'environnement bâti
. Les bâtiments universitaires contribuent en général à la qualité de l'environnement bâti et ceux qui le défigurent sont l'exception. 75% des universités ont la charge de certains bâtiments classés, qui, dans certains cas, représentent jusqu'à la moitié de la surface totale classée.
. L'emplacement central de nombreuses universités et l'accès qu'elles ménagent au public signifient qu'elles jouent un rôle important en ce qui concerne la valeur et la qualité de l'"espace public" dans la ville. L'expansion actuelle "à bon marché" compromet cette qualité.
. L'évolution des besoins de l'université en matière de recherche et d'enseignement remet en question le maintien de certains des espaces considérés (par exemple, jardins botaniques, musées d'histoire naturelle).
5.2 Rénovation urbaine due aux besoins immobiliers
. Les universités ont actuellement besoin d'espaces supplémentaires : une enquête de 1991 portant sur 28 universités a révélé que 58% de celles-ci projetaient d'acquérir des bâtiments nouveaux et que 65% procédaient à d'importants travaux de modernisation. Une enquête de 1993 sur 32 "vieilles"universités a révélé que celles-ci construisaient 15.000 nouveaux logements pour les étudiants.
. L'expansion revêt des formes diverses : surpeuplement des campus, création d'antennes hors des villes et, plus récemment, installations dans les centres-villes où les Offices de développement urbain et autres organismes, incapables de poursuivre le mouvement de rénovation urbaine des années 1980 (Coventry, Humberside, Docklands de Londres, Sheffield, Sunderland, Teeside), souhaiteraient maintenant que les universités prennent le relais.
5.3 Le marché des locations privées
. Les étudiants fournissent une importante contribution aux marchés du logement dans les villégiatures balnéaires (Lancastre/Morecombe, Brighton, Bournemouth).
. Ce phénomène a cependant des incidences défavorables sur le niveau des loyers pour les populations locales en raison du prix élevé auquel sont loués les logements occupés par plusieurs personnes.
. Le logement des étudiants entraîne en outre des atteintes à l'environnement pour ce qui est de l'entretien, de la sécurité, etc.
5.4 Aménagement de l'espace
. Le permis de construire pour les logements d'étudiants et le stationnement des voitures sont souvent des sources de conflit avec les autorités locales.
. Les universités ayant pris longtemps l'habitude de restaurer et d'adapter des bâtiments existants plutôt que d'élargir leurs implantations, certains services d'urbanisme en sont venus à les considérer comme des institutions statiques et à adopter en conséquence des réglementations d'utilisation des sols exagérément restrictives.
. Certains services d'urbanisme profitent du fait que les universités sont relativement immobilisées dans leurs implantations actuelles et ne peuvent déménager pour imposer des règlements et obtenir des avantages excessifs en matière d'urbanisme.
. En général, sinon sur tous les points, les universités et les services d'urbanisme ont des objectifs similaires. Les services devraient spécifier en termes plus positifs ce qu'ils veulent réaliser au lieu d'insister sur ce qu'ils veulent empêcher.
6. Développement social et communautaire
6.1 Enseignement communautaire et recrutement local
. Les "nouvelles" universités pratiquent plus que les autres un recrutement à l'échelon local ; la moitié environ des "vieilles" universités estiment qu'elles recrutent moins de 20% de leurs étudiants à l'échelon local, alors que la moitié des "nouvelles" universités en recrutent plus de 40%. C'est en Ecosse que le recrutement local est le plus marqué, et 70% des étudiants de l'université de Strathclyde sont originaires de la région.
6.2 Accès et élargissement des admissions
. Les "nouvelles" universités ont une proportion plus élevée de leurs étudiants qui sont des adultes ou qui sont admis avec des qualifications non conventionnelles.
. Certaines "vieilles" universités s'engagent actuellement dans la même direction (par exemple, l'université de Salford avec un diplôme 2+2). Le nombre des universités ayant conclu des accords d'admission avec le secteur de l'enseignement postscolaire est aussi élevé dans le cas des "vieilles" universités que des "nouvelles".
6.3 Education permanente non professionnelle
. Le volume de cette activité varie considérablement d'une université à l'autre ; c'est dans les universités orientées vers l'industrie (par exemple, Heriot-Watt, London Business School) qu'elle est le moins importante.
. L'éducation permanente non professionnelle est moins développée dans les "nouvelles" universités, qui insistent davantage sur l'enseignement professionnel.
6.4 Conférences publiques et autres modalités de communication
. 78% des universités organisent des conférences publiques gratuites et 17% font payer pour ces conférences. Celles-ci sont souvent organisées en concertation avec des organismes locaux.
6.5 Equipements sportifs locaux
. Les "vieilles" universités offrent plus de possibilités, mais elles s'abstiennent en général de faire de la publicité pour leurs équipements afin que ceux-ci puissent servir avant tout leurs propres besoins.
. Beaucoup d'équipements ont été aménagés en concertation avec les autorités locales et il existe une certaine réciprocité pour l'accès des étudiants à des équipements extérieurs.
6.6 Accès aux bibliothèques et autres services
. 90% des universités offrent un certain accès à leur bibliothèque principale, mais s'abstiennent de le faire savoir.
. En matière d'information, la demande porte surtout sur la documentation professionnelle et la législation européenne.
. Les autres services comprennent notamment des espaces pour les expositions, des centres linguistiques, des services d'autobus.
6.7 Contribution à la vitalité culturelle
. Dans les petites villes, les centres artistiques universitaires polyvalents sont devenus des centres culturels importants pour la région alors que, dans les villes plus importantes, les installations universitaires ne jouent qu'un rôle d'appoint.
. Les associations d'étudiants jouent un rôle important dans la culture locale pour les jeunes. Leurs concerts fournissent un espace intermédiaire entre les clubs et les grandes salles et offrent des perspectives intéressantes à de jeunes talents.
. Suivant un usage général, la propriété de nombreuses installations universitaires est désormais transférée à des organismes indépendants sans but lucratif ou à d'autres organisations partenaires.
6.8 Musées et galeries d'art
. Sur un total de 300 collections universitaires, 76 sont classées par la Commission des musées et galeries comme étant d'"importance nationale". Plusieurs bénéficient d'un financement spécial du Conseil de financement de l'enseignement supérieur pour l'Angleterre ; 54 sont ouvertes au public.
. L'insuffisance du financement a entraîné une réduction des heures d'ouverture et du nombre des pièces exposées. Le manque de rapport avec les besoins actuels des universités a incité certaines de celles-ci à se défaire d'une partie de leurs collections.
6.9 Services rendus par l'université à la communauté
. Les universités sont des éléments importants du secteur communautaire en raison de la formation qu'elles assurent pour la pratique du travail social, de la médecine, etc.
. Les universités apportent également une contribution à la communauté par la recherche sociale dans des domaines tels que les études sur la police, le logement, les services de santé.
6.10 Liens entre les étudiants et la communauté
. 125 groupes d'action estudiantins fournissent 15 000 bénévoles qui collaborent avec des organisations communautaires bénévoles et officielles.
. La valeur économique de cette activité est estimée à 6,9 millions de livres sterling ; les collectes organisées par les étudiants rapportent environ 2 millions de livres sterling par an pour les projets qu'ils organisent au service de la communauté.
. L'expérience américaine a montré l'intérêt qui s'attache à l'utilisation de bénévoles au service de la communauté locale ; les étudiants acquièrent ainsi une formation et des compétences dont ils pourront faire usage ensuite pour la résolution de problèmes et la négociation. Cette "éducation à la citoyenneté" rapproche les besoins de la communauté de la mission éducative de l'université.
7. Gérer l'interface université-communauté
7.1 Stratégies à l'égard des communautés locales
. Seules 4 universités sur 65 ne font pas mention de la communauté locale dans leurs plans institutionnels ; 81 % ont vu leur participation s'accroître depuis quelques années, mais 47 % seulement des "vieilles" universités considèrent cette question comme hautement prioritaire, contre 74 % pour les "nouvelles" universités.
. Les "nouvelles" universités sont plus enclines à considérer qu'elles soutiennent les institutions régionales alors que les "vieilles" universités insistent sur leur contribution à la vie culturelle de leur région.
. La majorité des "vieilles" universités se considèrent comme des "institutions internationales désireuses de fournir un soutien à l'échelon local", alors que la plupart des "nouvelles" universités "désirent servir la communauté locale et développer des liaisons internationales".
. 53% des "vieilles" universités se considèrent comme prenant les devants en faveur de la communauté, contre 78% des "nouvelles" universités. Cependant, il est peut-être plus facile pour les premières de créer des liaisons à l'échelon local que, pour les secondes, de prendre un caractère international.
7.2 Structurer les relations entre l'université et la communauté
. Les "nouvelles" universités ont plus de chances d'avoir une politique clairement formulée pour leurs relations avec la communauté, un personnel expressément chargé de ces relations et des règlements pour l'établissement de rapports à ce sujet. Les universités anciennes ont des responsabilités plus diffuses et des mécanismes informels. Faut-il y voir un contraste entre une approche stratégique et un engagement tactique ?
. Etant donné que les liaisons avec la communauté intéressent la plupart des fonctions au sein de l'université, elles sont dans la plupart des cas coordonnées au niveau des vice-chanceliers ou des vice-chanceliers adjoints.
. Dans les "vieilles" universités, un soutien central est fourni par les services s'occupant d'éducation permanente, de liaison avec l'industrie, de relations publiques et d'orientation professionnelle. Dans les "nouvelles" universités, cette responsabilité est généralement confiée à l'un des dirigeants de l'université, comme le "directeur des affaires institutionnelles".
. Dans certaines "vieilles" universités, on met actuellement en place des structures nouvelles, par exemple le groupe consultatif régional du Comité de la politique et des ressources à Exeter ou l'Office régional à Sheffield.
. Plusieurs "nouvelles" universités ont pour objectif de faire en sorte que la totalité de leur personnel prenne conscience de l'engagement de l'université en faveur de la région et s'en considère responsable.
7.3 Relations avec les organismes locaux
. Les statuts des "vieilles" universités exigent souvent que des organismes extérieurs soient représentés ès qualités dans les organes directeurs de l'université, alors que les "nouvelles" universités insistent pour que la représentation ait un caractère personnel.
. Plus de la moitié de toutes les universités ont des réunions régulières avec les autorités locales ; dans le cas des "nouvelles" universités, ces réunions portent le plus souvent sur le développement économique, la rénovation urbaine et les questions relatives au marché du travail. 81 % des "nouvelles" universités font état de bonnes relations avec les autorités locales, contre 43 % pour les "vieilles" universités.
. Les "nouvelles" universités ont établi de bonnes relations de travail avec les TEC. Les relations avec les autres organismes de développement sont plus importantes dans le Nord de la Grande-Bretagne que dans le Sud.
. Les "nouvelles" universités renforcent actuellement leurs relations avec les autorités et organismes sanitaires, rivalisant ainsi avec les "vieilles" universités qui monopolisaient jusqu'alors ces relations avec leurs écoles de médecine.
. Les "vieilles" universités sont statutairement représentées dans divers organismes locaux, mais elles sont en général moins enclines que les anciennes à encourager des membres de leur personnel à assumer des fonctions civiques.
. Seules 12 universités tiennent la liste des membres de leur personnel siégeant dans des organismes décentralisés comme les conseils de district et de comté, les conseils des TEC, les autorités et organismes sanitaires, les conseils de direction des écoles ou les conseils d'administration d'entreprises. Grâce aux postes ainsi occupés, les universités jouent un rôle dans le fonctionnement de la société civile locale.
7.4 Accès de la communauté aux installations universitaires
. Outre l'utilisation de certaines installations par le public (dont il a été question au chapitre 6), beaucoup d'universités accueillent les bureaux et les réunions d'associations professionnelles.
. Les universités fournissent pour la vie culturelle et professionnelle de la nation un foyer qui vient s'ajouter à celui que constitue Londres.
7.5 Apports de l'université au développement économique local et au développement de la communauté
. Les universités contribuent aux aspects les moins tangibles du développement économique en constituant des réseaux sociaux, en établissant des liens entre les acteurs principaux et en fournissant des éléments d'information aux réseaux.
. Le gouvernement central et la politique européenne soulignent l'importance des groupements d'acteurs et d'agents, y compris dans le secteur privé, pour le développement économique local. Des cadres universitaires jouent un rôle décisif en créant et en soutenant des groupes de dirigeants communautaires et en fournissant une analyse indépendante de la situation locale replacée dans son contexte national et international.
. Par leurs publications, leurs commentaires dans les médias et leur participation au mouvement "Objectif commun", les universités contribuent à informer les communautés locales et à leur faire prendre conscience d'elles-mêmes.
7.6 Faciliter l'accès et le perfectionnement professionnel permanent
. Les relations informelles avec les professions et les entreprises se formalisent actuellement avec l'instauration de "clubs" soutenus par des services d'information (par exemple, Brunel Business Partnership, Manchester Business Links).
. D'autres arrangements sont facilités par l'intermédiaire de consortiums locaux. Bien qu'elles soient en compétition pour recevoir des étudiants, les universités reconnaissent qu'elles tireront collectivement profit du désir accru d'éducation qui se manifeste dans des régions où, jusqu'alors, il n'était guère habituel de faire des études prolongées ou de reprendre des études plus tard dans la vie.
. L'apprentissage à distance se développe par l'intermédiaire des stations de radio locales et des sociétés de télévision câblée qui exploitent le succès remporté par l'Université ouverte.
7.7 Conclusion
. La façon dont les universités traitent leurs relations avec la communauté varient selon l'idée qu'elles se font de leur mission, selon les disciplines principales qu'elles enseignent (par exemple, existence ou absence d'une école de médecine), selon les contextes locaux (par exemple, existence ou absence d'un office de développement urbain).
. Les "vieilles" universités qui ne sont pas particulièrement orientées vers la communauté locale renforcent actuellement leurs liens avec celle-ci, en partie à la demande d'organismes extérieurs désireux de tirer parti de leurs ressources.
. Le système des liaisons entre université et communauté connaît donc actuellement des changements rapides.
8. Le chemin de l'avenir
8.1 Introduction
. Les universités s'attachaient traditionnellement à recruter les étudiants les plus brillants et à les former pour qu'ils constituent une élite nationale, mais cette conception a cessé de caractériser le gros du système universitaire britannique.
. Même dans les universités où la recherche tient une très large place et qui ont une orientation internationale, l'enseignement et la recherche dans certains domaines (par exemple, médecine, ingénierie, sciences sociales) ont tiré profit des liaisons locales. Quant aux universités ayant un enracinement plus local, la vigueur de la demande locale jouera peut-être un rôle décisif dans leur survie.
. Il est nécessaire que la planification universitaires reconnaisse l'importance des ressources du milieu local dans trois domaines : les affaires, l'administration locale et l'administration centrale.
. Pour la plupart de ces groupes, l'université demeure une "terra incognita" au sein de laquelle les modalités d'organisation ne suivent que rarement la pratique en usage dans les affaires et l'administration.
. Le problème consiste à définir des mécanismes permettant de mieux structurer les relations entre l'université et la communauté tout en admettant ces différences dans les modalités. Toutefois, il faut se garder de considérer les liaisons avec la communauté comme une panacée qui permettrait de remédier à une multitude des maux affligeant la communauté.
8.2 La perspective universitaire
. Les activités centrales (immobilier, personnel, achats, liaison avec l'industrie) se déroulent séparément avec peu de communications latérales ayant des implications pour la communauté.
. Les interactions majeures sont décentralisées au niveau des individus et des départements, le centre ne sachant pas grand chose de ce qui se passe. Avant de mettre en place des structures nouvelles, il est indispensable de procéder à un audit des liaisons existantes avec la communauté.
. Les universités devraient entreprendre à titre exceptionnel une enquête par questionnaire sur toutes les activités ayant la communauté pour base et utiliser ensuite l'information ainsi obtenue au profit de l'institution tout entière.
. Il faut que chaque domaine d'activité (par exemple, contributions au développement économique, à l'environnement bâti et au développement social et communautaire) comporte au sein de l'université une "prise" clairement identifiée sur laquelle les personnes et les organisations faisant partie de la communauté locale puissent se brancher.
. Il est nécessaire que les représentants des "prises" soient réunis régulièrement pour faire avancer une stratégie de développement communautaire ; celle-ci devrait reposer sur une analyse de la capacité de l'université elle-même et des besoins de la communauté.
8.3 Institutions locales
. Les autorités locales sont l'organe le plus approprié pour réunir les diverses institutions qui représentent les intérêts de la communauté à l'université et élaborant une stratégie commune.
. A cette stratégie pourraient vraisemblablement participer en outre les TEC, les autorités sanitaires, les chambres de commerce, les organes patronaux, les services de police, les bureaux régionaux intégrés du gouvernement central.
8.4 Le gouvernement central et les conseils de financement
. Toute une série d'administrations publiques formulent et appliquent des politiques qui ont des incidences différenciées sur les interactions que les universités peuvent avoir et ont effectivement avec leur communauté locale.
. Ces incidences locales sont rarement analysées et peu de statistiques (par exemple, recrutement et destinations des étudiants, dépenses) sont analysées géographiquement.
. Les intervenants devraient tenir compte de la participation d'une large gamme de départements de l'administration centrale en plus du Département de l'éducation (par exemple, Département de l'environnement - directives pour l'aménagement du territoire ; Département de l'emploi - TEC ; Département du commerce et de l'industrie - assistance financière et transfert de technologie à l'échelon régional ; Office de la science et de la technologie - conseils de la recherche ; Département du patrimoine national - beaux-arts, musées et sports au niveau de la région ; Département de la santé - écoles de médecine).
. Pour tous ces organes, le développement territorial du système universitaire et son interaction avec le reste de l'économie et de la société est au mieux une préoccupation secondaire.
. En prenant certaines décisions - par exemple, pour que les étudiants soient plus nombreux à fréquenter des universités proches de leur domicile - le Département de l'éducation devrait reconnaître que ces décisions risquent d'avoir des conséquences défavorables pour certaines universités et de compromettre leur contribution à leur communauté locale au lieu de la renforcer.
8.5 Aspects financiers
. En l'absence d'un financement additionnel qui lui serait affecté, la coordination est problématique ; la participation de la communauté n'entraîne pas toujours un afflux immédiat de recettes spécifiques.
. Dans certains domaines, le Fonds européen de développement régional et le Fonds social européen offrent des possibilités très importantes ; il serait possible de mettre en place ailleurs des arrangements analogues en réorientant des ressources britanniques existantes.
. Les programmes cadres de soutien aux communautés du Fonds européen de développement régional exigent des stratégies précises qui associent des projets au développement régional ; si des cadres de ce genre ne sont pas élaborés pour l'interaction université/communauté, celle-ci risque de devenir "une mosaïque de particularismes et de complexités", pour reprendre les termes que la Commission de vérification des comptes a appliqués aux modalités du développement économique local.
Annexe 2
LES UNIVERSITES ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE
Résumé
Chapitre 1 - Introduction
* La présente étude vise à élaborer un cadre permettant d'analyser et de guider l'engagement de l'université en faveur du processus de développement économique au niveau régional. Elle est axée sur les questions d'emploi et s'appuie avant tout sur l'expérience de diverses initiatives dans le Nord-Est de l'Angleterre. Des éléments supplémentaires ont été tirés du travail accompli dans la région du Sud-Est avec l'Enquête nationale pour l'enseignement supérieur et le programme de l'OCDE sur la gestion institutionnelle dans l'enseignement supérieur.
* Le cadre est axé sur quatre groupes de parties prenantes : les universités, les employeurs, les étudiants et les organismes s'occupant de développement économique. Chaque groupe est soumis à des pressions nationales et internationales qui influent sur la nature et l'étendue de ses rapports avec les autres dans le processus de développement économique ; c'est ainsi que les universités doivent tenir compte des politiques nationales de l'enseignement supérieur, les employeurs des pressions de la concurrence mondiale, les étudiants de la baisse du soutien public à l'enseignement et les organismes de développement des politiques de modernisation nationales et régionales (Union européenne). Le rapport vise à faciliter la constitution de partenariats et les interventions dans le processus de développement économique en permettant à chacun de mieux comprendre les autres.
* Le contexte général qui vaut pour la totalité des parties prenantes est l'absence d'un engagement vigoureux du gouvernement en faveur du développement économique régional en Angleterre. Cela contraste avec la vigueur du soutien que des organismes comme les TEC apportent au développement local et avec des mesures comme le Single Regeneration Budget.
Chapitre 2 - La politique nationale de l'enseignement supérieur
* C'est la politique nationale de l'enseignement supérieur qui fournit aux universités le cadre de leur engagement en faveur du développement économique. Le rôle des universités "au service des besoins locaux et régionaux" est ainsi reconnu, mais sans que cette reconnaissance se traduise par des formules de financement.
* Les données disponibles ont fait l'objet de très peu d'analyses pour définir ces besoins, par exemple en ce qui concerne le flux géographique des étudiants qui quittent leur région d'origine, suivent les cours de l'université et occupent ensuite des emplois dans différentes parties du pays.
* Les statistiques publiées (UCAS et HESA) donnent à penser que 18 à 48% des étudiants anglais du niveau de la licence fréquentent une université de leur région, que 30 à 57% trouvent un emploi dans leur région et que 8 à 70% sont employés dans la région où se trouve leur université. Les données relatives à chaque université permettent de penser qu'il existe des différences importantes dans la nature des emplois et dans le type des diplômés qui trouvent un travail à proximité de l'université.
* L'absence d'analyses régionales n'est pas surprenante si l'on considère la priorité accordée à la compétition en matière de financement, l'absence d'incitations à une collaboration interinstitutionnelle et à une coopération avec l'industrie locale pour l'évaluation de la recherche, et enfin le fait que l'évaluation de la qualité de l'enseignement se fait discipline par discipline.
* Le Comité des vice-chanceliers et chefs d'établissement a préconisé que "les universités soient financées d'une manière qui favorise la collaboration (locale et régionale) et la mise en commun des moyens et des compétences pour la recherche aussi bien que pour l'enseignement". Le meilleur choix du cadre organisationnel de l'enseignement supérieur au niveau régional - compétition pour l'obtention d'une part de marché, collaboration formelle, réglementation des rôles institutionnels ou intégration complète dans une structure fédérale - qui permette le mieux de répondre aux besoins des différents types de régions est une question capitale qui devra faire l'objet de recherches plus poussées.
* En l'absence d'une politique régionale dans le domaine de l'enseignement supérieur, d'autres organismes gouvernementaux ont fourni, implicitement ou explicitement, des incitations aux universités pour qu'elles s'engagent dans le développement économique (par exemple, initiative Enterprise in Higher Education, Technology Foresight, Fonds européen de développement régional, systèmes de partenariat TEC/université).
Chapitre 3 - Les intérêts régionaux des universités
* On peut analyser la manière dont chaque université fait face à la tension entre les pressions en faveur d'un engagement régional plus poussé et les exigences de la politique nationale au moyen de la matrice de la figure 1. Pour l'enseignement aussi bien que pour la recherche, les universités auront une mission, des mécanismes pour l'accomplissement de cette mission, des motivations fondées sur le rapport entre les recettes et les dépenses et le besoin d'entretenir de bonnes relations avec les étudiants en tant qu'usagers ou avec l'industrie et les pouvoirs publics en tant que clients pour la recherche. Ces considérations définissent les éléments de la matrice. Dans chacun des ces éléments, on peut identifier les facteurs qui favorisent un accroissement du rôle régional et ceux qui le freinent.
Figure1
La matrice régionale de l'université
|
ACCOMPLISSEMENT DE LA MISSION |
FACTEURS BUDGETAIRES |
USAGERS ET CLIENTS |
|
|
CURSUS |
ELEMENT 1 |
ELEMENT 2 |
ELEMENT 3 |
|
RECHERCHE ET CONSULTANTS |
ELEMENT 4 |
ELEMENT 5 |
ELEMENT 6 |
* Les motivations pour l'adoption d'un rôle au service du développement régional en rapport avec le cursus sont notamment le désir qu'ont les universités d'améliorer le taux d'accès des diplômés à l'emploi en adaptant les cours aux besoins des entreprises locales, en plaçant leurs diplômés, etc., et la volonté d'attirer des étudiants suivant un perfectionnement professionnel permanent en sus des quotas fixés par le Conseil de financement de l'enseignement supérieur pour l'Angleterre.
* Dans le même élément de la matrice, les facteurs de freinage comprennent notamment l'insuffisance de la demande de cours pertinents pour la région de la part des étudiants (par exemple, ingénierie), une limitation du nombre des étudiants qui oblige les universités à s'en tenir à leur enseignement traditionnel, l'absence de stratégies régionales de mise en valeur des ressources humaines qui permettraient d'orienter la planification des cours, le fait que les universitaires organisant des cours de brève durée ou un enseignement d'un niveau inférieur à la licence ne soient pas récompensés, le rôle des organes nationaux d'habilitation professionnelle, les critères nationaux d'évaluation de la qualité de l'enseignement, le fait que l'université ait peu de rapports avec le système de formation régional au-dessous du niveau des cadres supérieurs.
* Les incitations budgétaires à un engagement régional en matière d'enseignement sont dues au nombre croissant des étudiants qui ne quittent pas leur domicile. En revanche, le fait que les programmes nouveaux qui pourraient être nécessaires pour attirer ces étudiants doivent être introduits aux dépens des programmes établis à cause de la limitation du nombre total des étudiants joue un rôle dissuasif.
* Une incitation essentielle au service des étudiants est la possibilité de créer une hiérarchie de débouchés, en particulier pour les étudiants adultes, grâce à des arrangements en matière d'accès et de qualification. Le soutien des TEC en faveur de la rétention des diplômés originaires de la région et pour l'intégration d'un apprentissage basé sur le travail dans le programme des études constitue également un facteur positif.
* Il existe en revanche un certain nombre de facteurs défavorables, et notamment le soutien limité dont les étudiants à temps partiel bénéficient de la part du public, la participation à éclipseS des TEC, le fait qu'on s'attache trop au placement des diplômés et qu'on ne s'attache pas assez à un enseignement permettant d'acquérir des compétences de haut niveau, l'importance accordée aux cours dispensés en un certain lieu et à certaines heures aux dépens de possibilités d'apprentissage plus souples, le problème consistant à adapter les connaissances des diplômés aux besoins des PME.
* En ce qui concerne la mission incombant aux universités en matière de recherche, l'importance que la politique scientifique accorde à la création de richesses au moyen de liens avec l'industrie et la pression des pouvoirs publics pour que les institutions d'enseignement supérieur prennent des mesures de collaboration ont renforcé les arguments en faveur de l'activité régionale dans l'esprit des cadres supérieurs de l'université.
* Toutefois, le fait que ce message ne parvienne pas aux chercheurs en activité et l'absence d'incitations individuelles (par exemple, promotions ou subventions) en faveur d'un engagement régional l'ont en général emporté sur ces influences favorables.
* Pour ce qui est des usagers, et malgré des initiatives telles que Foresight Challenge et le Programme Faraday, l'absence d'une base de R-D importante dans le secteur privé en dehors du Sud-Est s'est traduite par un manque de partenaires régionaux pour la recherche industrielle.
* Il existe un élément commun à toutes les cellules de la matrice, à savoir les différences fondamentales dans la notion de temps selon qu'on considère les initiatives de l'université en matière d'enseignement et de recherche ou bien les besoins immédiats de l'industrie et des agents régionaux (il faut par exemple une année pour valider et lancer un cours nouveau). De même, la masse des initiatives à court terme, les procédures d'appel d'offres et le chevauchement des rôles de divers organismes sont une source de confusion et imposent une lourde charge aux universités en matière de gestion. Il en résulte que les liens avec la région sont concentrés dans des unités semi-autonomes telles qu'écoles de commerce ou centres industriels et ne s'intègrent donc pas à la vie universitaire.
Chapitre 4 - Employeurs
* Les universités consacrent relativement peu de ressources à commercialiser leurs produits, en l'occurrence leurs diplômés, ou à réagir aux signaux émis par le marché, la raison principale étant que le régime de financement actuel récompense la "production" et non pas la "vente". Une segmentation du marché par région et par type d'employeur, tenant compte des changements dans la nature du travail, est l'une des façons qui permettent aux universités de développer leurs affaires.
* Il faut que les universités comprennent les forces de la mondialisation qui exercent leur influence sur les employeurs à l'échelon international, national et régional, et qui se répercutent dans la demande de diplômés de la part de l'industrie et, par conséquent, dans les compétences et dans les cours requis.
* Le monde des affaires réagit notamment aux pressions de la mondialisation en faisant appel à des fournisseurs extérieurs et en se concentrant sur ses compétences de base, en agissant sur la gestion de la chaîne d'approvisionnement, en fragmentant les services publics, en cherchant à améliorer la productivité et la qualité des services grâce à l'utilisation de systèmes d'information, en pénétrant de l'extérieur des marchés locaux jusqu'alors protégés par la distance (par exemple, téléventes directes).
* Il y a interaction entre ces forces et la situation propre aux différentes régions ; il faut que les universités évaluent cette interaction pour développer leur rôle régional (segmentation du marché régional).
* Les employeurs peuvent aussi être segmentés en trois grandes catégories. Les employeurs de la catégorie A (les grosses entreprises) sont des employeurs traditionnels de diplômés avec des modalités de recrutement bien établies pour choisir les universités et les étudiants qui correspondent à leurs besoins.
* Les firmes de la catégorie B (entreprises en développement rapide) sortent tout juste d'une réduction d'effectifs, d'une acquisition à l'étranger, d'un rachat de parts, d'une privatisation, etc. de grosses sociétés ou bien ce sont des entreprises indépendantes nouvellement créées qui connaissent une croissance rapide. Ces entreprises ont un grand besoin de diplômés, mais elles sont beaucoup plus difficiles à atteindre par les universités que celles de la catégorie A ; elles sont la clé des stratégies de développement régional basées sur un développement endogène.
* La catégorie C (petites entreprises traditionnelles) comprend des firmes de création récente et des entreprises familiales anciennes gérées par leurs propriétaires qui n'ont jamais employé de diplômés. Ces sociétés estiment que le choix préalable, l'examen sélectif et l'incorporation dans l'entreprise de diplômés fraîchement émoulus de l'université est quelque chose d'extrêmement compliqué. C'est dans ce domaine que l'écart séparant les exigences des employeurs de la production traditionnelle de diplômés du niveau de la licence est le plus grand.
* En ce qui concerne les parcours professionnels, il peut arriver que les diplômés changent non seulement d'occupation et de secteur économique, mais encore passent d'un type d'entreprise à un autre, soit par choix, soit en raison de transformations structurelles. Cela n'a pas seulement des incidences pour la formation initiale, mais fait apparaître la nécessité d'une assistance pour faciliter les transitions professionnelles, processus qui peut être géré le plus facilement à l'échelon régional.
* La nécessité pour les universités de réagir aux changements intervenant sur le marché en ce qui concerne le type d'employeurs, le type d'emplois, et les structures industrielles exigera de la planification universitaire une dimension régionale importante. Etant donné que les recherches accomplies dans le cadre universitaire sur les nouvelles technologies et les nouvelles modalités de gestion contribuent pour beaucoup à la dynamique actuelle de l'industrie et des entreprises, les universités sont bien placées pour modifier leurs programmes d'enseignement en fonction des connaissances ainsi acquises.
Chapitre 5 - Etudiants
* L'expansion de l'offre d'étudiants a coïncidé avec des changements fondamentaux dans la nature de la demande de diplômés dont il a été question ci-dessus. Aux variations régionales existant de longue date dans l'inclination des étudiants à faire des études supérieures, se sont superposées des différences régionales dans la demande. Quand les universités analysent la demande qui est faite de leurs diplômés, il faut donc qu'elles analysent, par région, l'offre des diplômés traditionnels du niveau de la licence, de ceux qui ont poursuivi leurs études après le doctorat et des étudiants adultes.
* La participation à l'enseignement supérieur subit très fortement l'influence des pressions exercées par les parents et par les pairs (elle est plus forte dans les régions où la population compte une proportion plus élevée de diplômés) ; les perspectives d'emploi constituent également un facteur important (elles sont plus grandes dans les régions dont l'économie est forte). Toutefois, il arrive que des universités situées dans des régions moins fortes économiquement mais qui peuvent démontrer qu'elles offrent de bons débouchés parce qu'elles présentent des cours correspondant aux besoins des employeurs locaux, puissent contrebalancer ce phénomène.
* En ce qui concerne le choix que les étudiants font d'une institution, les facteurs géographiques (ville et distance du domicile) sont presque aussi importants que la nature des cours. Le rôle que la vitalité économique et culturelle de la ville où se trouve l'institution joue dans le choix des étudiants est, pour les universités, une incitation majeure à s'engager dans le développement économique.
* Le peu d'importance attaché aux perspectives de carrière est lié au fait que les étudiants ne sont guère informés de ces perspectives au moment où ils prennent leur décision. Cela permet de penser que les universités désireuses d'attirer des étudiants devraient renforcer leur service d'information sur les possibilités de carrière et de placement des diplômés. Pour les étudiants qui veulent rester dans leur région d'origine ou trouver des possibilités d'emploi dans la région où se trouve leur université, le renforcement des liens avec les employeurs locaux devrait être pour les universités un élément important de leur stratégie.
* Au Royaume-Uni, 38% de tous les étudiants sont âgés de plus de 25 ans et l'emplacement des institutions exerce une influence majeure sur le choix de leurs études. Selon une enquête, 43% des étudiants adultes étudient dans un établissement situé à moins de 60 km de leur domicile, contre 19% pour les étudiants de moins de 25 ans. Dans ce contexte, le débat sur l'apprentissage tout au long de la vie n'a malheureusement pas été étroitement associé à celui qui porte sur les universités en tant qu'institutions régionales. Il conviendrait d'insister davantage sur la contribution que les cours non professionnels apportent au développement des communautés locales en relevant le niveau culturel et en combattant ainsi l'exclusion sociale.
* Les difficultés financières des étudiants, tant traditionnels qu'adultes, sont un facteur important dans la fréquentation de l'institution locale (50% des étudiants dont la famille appartient au groupe socio-économique 5 étudient dans la région de leur domicile, contre 36% pour le groupe socio-économique 1). Il existe des variations d'une région à l'autre, non seulement dans la structure sociale, mais encore dans les possibilités de travail à temps partiel pendant la durée des études.
* Si l'on veut accroître le capital humain dans les régions les moins favorisées du Royaume-Uni pour améliorer la compétitivité industrielle, il faudra abaisser beaucoup des barrières socio-économiques propres à certaines régions qui font obstacle à la fréquentation de l'enseignement supérieur à des stades divers.
Chapitre 6 - Les régions.
* Il est nécessaire que la contribution des universités au développement régional aille au-delà des simples exposés sur l'impact économique pour aborder la manière dont une politique nationale de l'enseignement supérieur appliquée à partir du centre peut avoir des effets différents selon les régions (par exemple, de mauvais résultats dans les évaluations de la recherche peuvent amener les universités traditionnelles à s'engager davantage en faveur des régions pour compenser la perte de leurs recettes, ce qui aboutit à une compétition avec les institutions régionales). En même temps, les initiatives régionales (par exemple de la part des TEC et des bureaux du gouvernement) allant de la périphérie vers le centre transforment marginalement les caractéristiques du système d'enseignement supérieur.
* Le concept de "région d'apprentissage" peut fournir un terrain d'entente entre ces perspectives centrifuges et centripètes. Les politiques régionales reconnaissent maintenant que l'un des facteurs décisifs pour relever la compétitivité régionale réside dans l'amélioration des compétences et des savoir-faire de la population active à tous les niveaux.
* Les recherches sur les systèmes nationaux d'innovation donnent à penser que ce ne sont pas seulement les compétences individuelles qui comptent, mais aussi la manière dont le savoir est transféré d'un groupe à un autre pour créer des systèmes d'apprentissage, c'est-à-dire l'infrastructure institutionnelle de réseaux au sein du secteur public et du secteur privé et entre ces deux secteurs, qui soutient le développement économique. En raison de l'importance des relations interpersonnelles, ces réseaux sont très marqués géographiquement. Ainsi, l'une des caractéristiques majeures d'une région d'apprentissage est l'existence de réseaux qui soient en mesure de doter le système d'enseignement et de formation des compétences et des savoir-faire dont la main d'œuvre aura besoin à l'avenir.
* Dans le Nord-Est de l'Angleterre, les universités organisent leurs rapports avec ces réseaux selon six modalités différentes. Premièrement, par l'intermédiaire d'un forum entre les TEC et les vice-chanceliers, réuni par le bureau du gouvernement pour le Nord-Est et qui a donné naissance à divers sous-groupes. Deuxièmement, le forum propre des universités (HESIN - soutien de l'enseignement supérieur à l'industrie dans le Nord). Troisièmement, le soutien financier des TEC à de nombreuses initiatives concernant les diplômés et l'emploi. Quatrièmement, des stratégies TEC/université qui définissent les rôles essentiels de l'université en tant qu'entreprise majeure qui soutient les entreprises existantes, soutient les individus et favorise l'échange d'expérience pour mettre au point une stratégie. Cinquièmement, un engagement avec des investisseurs intérieurs au moyen de programmes de formation expressément destinés aux personnels nouveaux et d'une action concertée en matière de recherche. Sixièmement, des mesures de soutien à la technologie financées par le Fonds européen de développement régional dans les universités associées à des priorités régionales de développement industriel.
* Le Nord-Est fait preuve en matière de création de réseaux d'une grande activité qui fait de plus en plus intervenir les universités. Ce qui apparaît moins clairement est le rôle exact que les différents réseaux jouent dans le processus de développement économique et la contribution que chacun d'eux attend des universités. Le passage d'un échange d'information à une action qui influe de façon significative sur les universités en tant que partenaires du processus de développement économique et qui caractériserait la région d'apprentissage s'est révélé difficile.
Chapitre 7 - L'interface université/développement régional
* Selon Florida (1992), "pour être efficaces dans cette économie mondiale de plus en plus dépourvue de frontières, les régions doivent se définir par les mêmes critères et les mêmes éléments qui s'appliquent à une firme à forte intensité de savoir : amélioration continue, idées nouvelles, création de savoir et apprentissage organisationnel. Il faut que les régions adoptent les principes de la création de savoir et de l'apprentissage permanent ; il faut qu'elles deviennent en pratique des régions créatrices de savoir ou régions d'apprentissage."
* Pour que cet apprentissage ait lieu, il faut que les divers partenaires s'ouvrent aux influences extérieures, ce qui exige des changements dans l'enseignement supérieur, dans les systèmes industriels et dans les systèmes de développement économique régionaux.
* Le système d'enseignement supérieur s'est montré très réceptif à l'instauration de nouveaux régimes d'évaluation en rapport avec le financement de l'enseignement et de la recherche ; il faut maintenant que des critères comportant une dimension régionale importante soient incorporés à ces régimes.
* Pour l'évaluation de la qualité de l'enseignement, l'attribution d'un plus grand poids aux facteurs d'employabilité dans le programme des études aboutirait à un engagement accru au service de la région (par exemple, cooptation d'employeurs au conseil des études, rôle accru pour les services d'orientation professionnelle des universités qui donneraient des conseils sur le cursus, plus de services s'occupant des diplômés déjà placés, établissement de nouveaux programmes correspondant aux besoins particuliers des entreprises de la catégorie B).
* En ce qui concerne l'évaluation de la recherche, le besoin se fait sentir de nouvelles incitations pour pousser les universités à aborder le difficile problème du transfert du savoir, et notamment d'un transfert par l'intermédiaire de l'enseignement en association avec des entreprises et organisations locales (par exemple, du genre des initiatives connues sous les noms de Teaching Company Schemes et Integrated Graduate Development Programmes) .
* Ces nouvelles modalités d'évaluation devront s'appuyer sur des données plus pertinentes, concernant en particulier le flux des étudiants dans les universités et leur parcours professionnel subséquent. Si l'employabilité, et notamment l'emploi dans la région, étaient des critères d'évaluation, l'incitation à tirer un meilleur parti des données existantes et à établir des comptes rendus longitudinaux en serait grandement renforcée.
* Beaucoup de ces changements exigeront l'acquisition de compétences nouvelles de la part des enseignants et des administrateurs à tous les niveaux dans les universités. Celles-ci devront faire de leur engagement dans le système de développement régional l'un des critères principaux de leurs stratégies de mise en valeur des ressources humaines.
* En ce qui concerne le système industriel, l'une des caractéristiques principales d'une région en déclin est l'existence d'un secteur privé morcelé qui n'est pas en mesure de regrouper ses demandes d'une manière susceptible d'être clairement communiquée au système d'enseignement et de formation. Les organes intermédiaires du secteur privé à l'échelon régional ne sont pas suffisamment développés au Royaume-Uni. Il existe dans le milieu des affaires diverses équipes de dirigeants préconisant une rénovation urbaine et régionale dans laquelle des universitaires jouent un rôle actif, mais l'impact global de ces équipes est limité parce que les diverses initiatives ne sont pas fusionnées, soit dans le cadre du monde des affaires, soit dans celui de l'université.
* Le problème décisif est de faire prendre mieux conscience aux milieux d'affaires régionaux de l'intérêt que des compétences d'un niveau plus élevé présenteraient pour leur compétitivité et de la contribution que les universités sont en mesure de leur apporter en la matière. Une participation accrue de ceux qui, dans les universités, sont chargés des débouchés (par exemple, services d'orientation professionnelle, départements d'éducation permanente) aux discussions dont les milieux d'affaires prennent l'initiative serait en l'occurrence d'un grand secours, de même que les liens en matière d'enseignement et de formation ainsi que de recherche avec les entreprises de la catégorie B.
* En ce qui concerne les éléments du secteur public qui jouent un rôle de partenaires dans le processus de développement régional (bureaux du gouvernement, TEC et liaisons avec le monde des affaires, autorités locales, organismes de développement régional, organismes spécialisés dans l'innovation et le développement technologique, éducation permanente), il convient d'étudier avec soin la possibilité d'ouvrir des voies nouvelles à un engagement actif des universités au niveau régional ainsi qu'au niveau local. Il se peut par exemple que le quasi-monopole accordé à Business Links pour les rapports avec les PME ne soit pas approprié en ce qui concerne une partie de l'assistance technologique la plus spécialisée que peuvent fournir les universités. Dans les TEC, les bureaux du gouvernement et les autorités locales, il faudrait que la capacité de réflexion stratégique des universités soit mobilisé pour l'établissement des priorités futures ; cette tâche pourrait éventuellement être facilitée par le détachement de personnel de niveau élevé.
* Le développement de relations meilleures entre une université et ses partenaires régionaux exige une évaluation indépendante approfondie de la pertinence des programmes de recherche et d'enseignement en cours et de la capacité de l'institution à répondre à l'évolution des besoins régionaux. Des consultants indépendants ont un rôle à jouer pour aider les universités à mener à bien des audits de ce genre. Ceux-ci devront s'accompagner d'un programme destiné à créer un cadre d'animateurs capables de travailler à la frontière entre les universités et les organismes de développement économique.