Résumé de la Déclaration mondiale sur l'enseignement supérieur

 

1. L'enseignement supérieur doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite, conformément aux dispositions de l'article 26.1 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. En conséquence, aucune discrimination ne saurait être admise pour ce qui est de l'accès à l'enseignement supérieur en raison de la race, du sexe, de la langue, de la religion ou de toute distinction économique, culturelle ou sociale ou encore de handicaps physiques.

2. Les missions essentielles des systèmes d'enseignement supérieur (éduquer, former, entreprendre des recherches et, en particulier, contribuer au développement durable et à l'amélioration de la société dans son ensemble) doivent être préservées, renforcées et intensifiées, c'est-à-dire qu'il s'agit d'éduquer des diplômés hautement qualifiés et des citoyens responsables et d'offrir un espace ouvert pour la formation supérieure et l'apprentissage tout au long de la vie. De surcroît, l'enseignement supérieur joue désormais un rôle sans précédent dans la société d'aujourd'hui en tant qu'élément essentiel du développement culturel, social, économique et politique et pilier du renforcement des capacités endogènes, de la promotion des droits de l'homme, du développement durable, de la démocratie et de la paix dans la justice. Il appartient à l'enseignement supérieur de veiller à la prééminence des valeurs et idéaux de culture de la paix.

3. Les établissements d'enseignement supérieur, leur personnel et les étudiants doivent préserver et développer leurs fonctions essentielles en soumettant toutes leurs activités aux exigences de l'éthique et de la rigueur scientifique et intellectuelle. Ils doivent aussi renforcer leurs fonctions prospective et critique par l'analyse permanente des nouvelles tendances sociales, économiques, culturelles et politiques, constituant ainsi un espace de prévision, d'anticipation et de prévention. A cette fin, ils doivent pouvoir jouir sans restriction de leurs libertés académiques et de leur autonomie, tout en se montrant pleinement responsables et comptables envers la société.

4. La pertinence de l'enseignement supérieur doit se mesurer à l'aune de l'adéquation entre ce que la société attend des établissements et ce qu'ils font. A cette fin, les établissements et systèmes, en particulier après avoir renforcé leurs liens avec le monde du travail, devraient fonder leurs orientations à long terme en fonction des buts et besoins sociétaux, y compris du respect des cultures et de la protection de l'environnement. Apprendre à entreprendre et développer l'esprit d'initiative devraient devenir des préoccupations majeures de l'enseignement supérieur. On veillera spécialement à ce que l'enseignement supérieur renforce ses fonctions de service de la société, en particulier ses activités visant à éliminer la pauvreté, l'intolérance, la violence, l'analphabétisme, la faim, la dégradation de l'environnement et la maladie, ainsi que les activités de développement de la paix, par une approche interdisciplinaire et transdisciplinaire.

5. L'enseignement supérieur fait partie d'un système continu qui commence avec l'éducation de la petite enfance et l'enseignement primaire et se poursuit tout au long de la vie. La contribution de l'enseignement supérieur au développement de l'ensemble du système éducatif et la réorientation de ses liens avec tous les niveaux de l'éducation, en particulier avec l'enseignement secondaire, doit être une priorité. L'enseignement secondaire devrait à la fois préparer à l'enseignement supérieur et faciliter l'accès à celui-ci, tout en offrant une formation générale et en préparant les élèves à la vie active.

6. La diversification des modèles d'enseignement supérieur et des modes et critères de recrutement est indispensable pour répondre à la demande et donner aux étudiants la formation rigoureuse et les acquis que requiert le XXIe siècle. Les apprenants doivent avoir le plus large éventail de choix possible et l'acquisition du savoir et du savoir-faire doit se situer dans la perspective de l'éducation tout au long de la vie, ce qui suppose que l'on puisse aisément entrer dans le système et en sortir en permanence.

7. La qualité de l'enseignement supérieur est un concept multidimensionnel qui devrait concerner toutes ses fonctions et activités : enseignement et programmes, recherche, dotation en personnel, étudiants, infrastructure et monde universitaire. On s'attachera en particulier à faire progresser les connaissances par la recherche. Les établissements d'enseignement supérieur de toutes les régions doivent veiller à assurer une évaluation interne et externe transparente, menée par des experts indépendants. Toutefois, l'attention requise devrait être accordée à la spécificité des contextes institutionnel, national et régional, pour tenir compte de la diversité et éviter l'uniformité. Chacun perçoit la nécessité d'une nouvelle vision et d'un nouveau modèle pour l'enseignement supérieur, qui devrait être centré sur l'apprenant. Pour atteindre ce but, il est nécessaire de procéder à une refonte des programmes, qui devraient permettre d'aller au-delà de la simple maîtrise cognitive des disciplines et favoriser l'acquisition de savoir-faire, de compétences et d'aptitudes pour la communication, l'analyse créative et critique, la réflexion indépendante et le travail en équipe dans des contextes multiculturels.

8. Une politique résolue de perfectionnement du personnel s'impose dans les établissements d'enseignement supérieur. Concernant les enseignants, des directives claires devraient être énoncées pour les inciter à mettre à jour et à améliorer leurs compétences, à innover en permanence au niveau des programmes et des méthodes d'enseignement et d'apprentissage, avec un statut professionnel et financier approprié propre à garantir l'excellence de la recherche et de l'enseignement, reflétant ainsi les dispositions de la Recommandation concernant la condition du personnel enseignant de l'enseignement supérieur approuvée par la Conférence générale de l'UNESCO en novembre 1997.

9. Les décideurs nationaux et institutionnels devraient mettre les étudiants et leurs besoins au centre de leurs préoccupations et les considérer comme des partenaires essentiels et des protagonistes responsables du processus de rénovation de l'enseignement supérieur. Les services de conseils et d'orientation devraient être développés, en coopération avec les organisations d'étudiants, pour tenir compte des besoins de catégories de plus en plus variées d'apprenants. Les étudiants qui abandonnent leurs études devraient pouvoir réintégrer l'enseignement supérieur s'il le faut et quand il le faut. Les établissements d'enseignement supérieur doivent former leurs étudiants à devenir des citoyens bien informés et profondément motivés, doués d'esprit critique et capables d'analyser les problèmes, de chercher des solutions aux problèmes de la société, de les appliquer et d'accepter des responsabilités sociales.

10. Des mesures doivent être prises, ou celles qui ont été prises doivent être renforcées, pour assurer la participation des femmes à l'enseignement supérieur, en particulier au niveau de la prise de décision et dans toutes les disciplines où elles sont sous-représentées. Il faut poursuivre les efforts pour éliminer tous les stéréotypes liés au genre dans l'enseignement supérieur. Vaincre les obstacles et améliorer l'accès des femmes à l'enseignement supérieur reste une priorité urgente dans le processus de rénovation des systèmes et institutions.

11. Il convient de mettre pleinement à profit le potentiel qu'offrent les nouvelles technologies de l'information et de la communication pour rénover l'enseignement supérieur en élargissant et en diversifiant la transmission du savoir et en mettant les connaissances et l'information à la disposition d'un public plus large. L'égalité d'accès à ces technologies doit être assurée par la coopération internationale et par un soutien aux pays qui n'ont pas les moyens d'acquérir pareils instruments. On veillera en priorité à adapter ces technologies aux besoins nationaux, régionaux et locaux et à ce que des systèmes techniques, éducatifs, institutionnels et de gestion les appuient.

12. L'enseignement supérieur doit être considéré comme un service public. Si la diversification des sources de financement privées et publiques est chose nécessaire, le soutien public à l'enseignement supérieur et à la recherche reste essentiel pour que les missions éducatives et sociales soient assurées de manière équilibrée. La gestion et le financement de l'enseignement supérieur doivent servir à en améliorer la qualité et la pertinence. Cela exige la mise en place de capacités et de stratégies appropriées de planification et d'analyse des politiques, reposant sur des partenariats entre établissements d'enseignement supérieur et services publics compétents. Les établissements d'enseignement supérieur doivent pouvoir gérer leurs affaires internes avec autonomie, mais ce mode de gestion doit s'accompagner de l'obligation de rendre des comptes de manière claire et transparente à la société.

13. La dimension internationale de l'enseignement supérieur fait partie intégrante de sa qualité. Les réseaux, qui se sont avérés un moyen essentiel d'action, doivent reposer sur le partage, la solidarité et l'égalité entre les partenaires. Il reste à endiguer le processus d'exode des compétences qui continue de priver les pays en développement et les pays en transition des compétences de haut niveau nécessaires pour accélérer leur progrès socio-économique. La priorité devrait être donnée à des programmes de formation dans les pays en développement, dans des centres d'excellence en réseaux régionaux et internationaux, avec des séjours de courte durée à l'étranger, spécialisés et intensifs.

14. Les instruments normatifs régionaux et internationaux relatifs à la reconnaissance des études devraient être ratifiés et appliqués, y compris ceux qui concernent l'homologation des connaissances, compétences et aptitudes des diplômés, pour permettre aux étudiants de changer de cours plus aisément et pour faciliter la mobilité à l'intérieur des systèmes nationaux et entre eux.

15. Des partenariats étroits entre toutes les parties prenantes - responsables de l'élaboration des politiques nationales et institutionnelles, gouvernements et parlements, médias, enseignants, chercheurs, étudiants et leurs familles, monde du travail, groupes communautaires - sont nécessaires pour mettre en train un mouvement de réforme et de rénovation en profondeur de l'enseignement supérieur.