Bulletin d'information sur le suivi de Dakar n° 30
EDITION SPECIALE (JOUR 1)
à l'occasion de la Deuxième réunion du Groupe de travail sur l'EPT
Sommaire (10 septembre 2001)

Joint à ce numéro :


Le Directeur général de l'UNESCO invite au renforcement des partenariats dans l'EPT

« L'élan en faveur de l'EPT se poursuivra ou retombera en fonction de l'impulsion donnée par la collaboration efficace de tous les partenaires, » a déclaré hier le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, à l'ouverture de la deuxième réunion du Groupe de travail sur l'EPT à Paris (10-12 septembre).

S'adressant à la quarantaine de professionnels de premier plan représentant l'ensemble des partenaires de l'EPT, M. Matsuura a insisté sur la nécessité de renforcer les partenariats et la collaboration en faveur de l'EPT. « L'UNESCO, » a-t-il rappelé, « s'est vue chargée d'un rôle important au sein du mouvement de l'EPT, et je tiens à ce qu'elle joue ce rôle de manière aussi efficace et heureuse que possible. Le défi de l'EPT est toutefois bien trop considérable, trop complexe et divers pour qu'il soit relevé ou appréhendé par une seule organisation ou par une seule frange de l'opinion. »

L'UNESCO a deux tâches importantes à remplir :

1) faciliter le développement des partenariats pour l'EPT,

2) assurer que les activités de tous les partenaires de l'EPT soient compatibles entre elles et conformes au calendrier de l'EPT. A cette fin, le Groupe de travail tracera demain les grandes lignes d'une stratégie d'ensemble pour l'EPT, qui devrait offrir un cadre stratégique indicatif définissant plus clairement les modalités en matière de partenariat et de collaboration. Les participants formuleront également des recommandations à l'intention du Groupe de haut niveau sur l'EPT qui se réunira pour la première fois les 29 et 30 octobre prochains, à Paris.

M. Matsuura a également souligné la nécessité d'une collaboration aux niveaux régional, sous-régional et national, qui réunisse la totalité des partenaires concernés, en particulier les organisations de la société civile.

Enfin, il a demandé à la réunion de formuler des conseils sur les questions suivantes :
1) le rôle du secteur privé ou de l'entreprise au sein de l'EPT ;

2) la marche à suivre pour maîtriser les technologies de l'information et de la communication ;

3) l'intensification des efforts en matière de soin et d'éducation de la petite enfance et

4) la création de nouveaux programmes phares portant sur la formation des maîtres, la gouvernance et les besoins spéciaux.

Le Groupe de travail est un organe consultatif informel réunissant une quarantaine de représentants des pays, des organisations régionales, des agences bilatérales et multilatérales, des organisations de la société civile, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de la Commission européenne et du G8. Il s'est réuni pour la première fois en novembre 2000.


Des mécanismes régionaux pour soutenir les efforts nationaux

Les Directeurs des bureaux de l'UNESCO ont présenté les progrès accomplis aux niveaux régional et sous-régional pour promouvoir l'action de l'EPT. Dans certains cas, la coordination s'effectue par le biais des mécanismes existants ; dans d'autres, de nouveaux organes ont été créés. Leurs principaux objectifs sont le renforcement des capacités, la mobilisation des ressources et la sensibilisation.

Afrique : des coordinateurs nationaux pour l'EPT dans tous les pays sauf un

Armoogum Parsuramen, Directeur d'UNESCO-Dakar, a évoqué les grandes difficultés auxquelles est confrontée l'Afrique subsaharienne, où, compte tenu des prévisions de la croissance, 50 % des pays environ ont peu de chances de parvenir à l'éducation primaire universelle d'ici 2015. Une bonne nouvelle toutefois : 45 pays sur 46 ont nommés des coordinateurs nationaux pour l'EPT, et les plans d'action nationaux devraient être finalisés dans tous les pays d'ici septembre 2002. Les coordinateurs nationaux EPT de quarante pays africains se réuniront la semaine prochaine à Paris pour discuter de la préparation de ces plans, passer en revue le projet de plan d'action régional, élaborer des mécanismes nationaux de suivi de l'EPT et encourager la collaboration avec les partenaires du développement.

Amérique latine et Caraïbes : redoublement des efforts de mobilisation nationale

La plupart des pays de l'Amérique latine et des Caraïbes disposent déjà de plans éducatifs nationaux. Certains, toutefois, ne prennent pas le Cadre d'action de Dakar en compte. « Il n'est pas facile de mobiliser les pays autour du calendrier de l'EPT, » explique Ana-Luiza Machado, Directeur d'UNESCO-Santiago. « Nous devons réfléchir aux moyens d'inciter les pays à s'approprier les objectifs de l'EPT. » L'UNESCO, ainsi que d'autres organisations des Nations Unies, renforcent maintenant leurs actions de sensibilisation grâce à un nouveau site Internet et à un dossier d'information sur l'EPT.

Asie et Pacifique : plusieurs mécanismes sous-régionaux sont en place

Dans la vaste région de l'Asie et du Pacifique, couvrant quarante-quatre pays, les progrès dans la création de forums EPT sous-régionaux varient d'une sous-région à l'autre, comme en témoigne Sheldon Shaeffer, le nouveau Directeur d'UNESCO-Bangkok.

Le Forum sous-régional pour l'Asie du sud, dont le mandat avait été fixé lors d'une réunion ministérielle en avril 2001, demeure à l'état de projet. La plupart des pays ont produit des ébauches de plans d'action, qui pêchent souvent par une participation insuffisante des ONG ou des partenaires de l'EPT.

Dans le Pacifique, treize pays ont achevé leurs plans d'action, mais là aussi, l'ensemble des partenaires de l'EPT n'ont pas été associés. Il n'existe pas de forum sous-régional officiel dans le Pacifique : on continue d'avoir recours aux mécanismes existants.

En Asie centrale, un Forum sur l'éducation sera créé d'ici la fin de l'année par l'UNESCO et l'UNICEF, à la suite des tables rondes nationales sur l'EPT organisées dans cinq pays. Enfin, en Asie du sud-est, la plupart des pays remanient les plans d'éducation de base existants, mais en négligeant généralement de créer des forums nationaux ou d'associer la société civile.

De nombreux gouvernements, a indiqué Sheldon Shaeffer, attendent maintenant des donateurs leur soutien dans le financement des plans d'action. Le problème, toutefois, est l'absence de mécanismes ou de critères permettant d'évaluer ces plans.

Etats arabes : des équipes nationales EPT formées dans tous les pays d'ici la mi-octobre

Victor Billeh, Directeur d'UNESCO-Beyrouth, a précisé que d'ici la mi-octobre, la totalité des 21 Etats arabes disposeraient d'équipes nationales pour l'EPT. Dix pays ont déjà identifié un point focal EPT et créé, sous une forme ou une autre, un forum EPT.

Les efforts des pays sont également soutenus par ARABEFA, le mécanisme interinstitutions pour la région arabe, dont la coordination est assurée par UNESCO-Beyrouth. ARABEFA organise une série d'ateliers de renforcement des capacités portant sur la préparation et le contenu des plans d'action nationaux. ARABEFA a également organisé une équipe d'ambassadeurs chargée de mobiliser des fonds pour financer les activités de l'EPT.

Europe : des forums sous-régionaux en passe d'être lancés

Ainsi que l'a exposé Alexandre Sannikov, Conseiller d'éducation régional de l'UNESCO en Europe, trois sous-régions ont été dégagées : l'Europe du sud-est, le Caucase et les Etats baltes.

S'agissant de l'Europe du sud-est, l'UNESCO coopère avec le Conseil de l'Europe, l'OCDE et les agences des Nations Unies. La République de Moldavie et la République de Serbie ont déjà reçu une assistance dans l'établissement de leurs forums nationaux pour l'EPT. Dans les Etats baltes, la Lituanie a créé un Forum EPT, et une réunion sous-régionale des Etats baltes pour l'EPT aura lieu en janvier 2002 à Riga, en Lettonie.

Le Réseau des universités pédagogiques et linguistiques créé l'an dernier assure la coopération entre les trois pays du Caucase - Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan. Un coordinateur sous-régional pour l'EPT a été nommé lors d'une réunion en mai dernier.


Perspectives nationales : Lituanie, Costa Rica, Philippines, Ouganda

Lors d'une session consacrée aux plans d'action des pays, quatre exposés nationaux ont offert un tableau des besoins et des progrès réalisés à ce jour.

Lituanie

La Lituanie est le premier pays européen à disposer d'un Forum national EPT. Vaiva Vébraité, vice-ministre lituanien de l'éducation et des sciences, a indiqué aux participants que les priorités du plan d'action avaient été définies et qu'un débat national serait lancé auprès de l'ensemble des parties prenantes. « Si nos nombreux partenaires dans l'éducation sont prêts à nous assister tant techniquement que financièrement, nous atteindrons nos objectifs, » a-t-elle déclaré.

Mme Vébriaté a ajouté que « la question de la qualité de l'éducation de base est la plus importante, surtout dans un contexte de disparités sociales grandissantes, de pauvreté qui s'aggrave pour certains et de progrès insuffisants dans le développement de compétences en matière de citoyenneté démocratique. » Le rêve de l'EPT, a-t-elle conclu, « a la séduction d'un tableau impressioniste : la maîtrise technique dans l'expression du réel y est aussi rare qu'en peinture. Nous avons assurément besoin d'un coup de main. »

Costa Rica

Au Costa Rica, l'état de l'éducation reste stagnant depuis dix ans. Si la scolarisation atteint les 100 %, les abandons demeurent un sérieux problème. Un tiers seulement des enfants qui entrent dans le primaire et les deux-tiers de ceux qui entrent au niveau tertiaire mènent leur cycle à terme. Les domaines nécessitant une intervention d'urgence sont les abandons, l'éducation secondaire, l'accès des quartiers pauvres à une éducation de qualité et l'éducation des immigrants. 20 % environ des jeunes de 15 à 17 ans ne se trouvent ni à l'école ni à un poste de travail, a précisé Maria Eugenia Paniagua, Directeur général du Sistema Educativo Saint Clare au Costa Rica.

Mme Paniagua a rappelé aux participants que, depuis la loi de 1997, le Costa Rica consacre 6 % de son PNB à l'éducation.

Philippines

Les Philippines progressent rapidement sur le calendrier de l'EPT et les organisations de la société civile ne manquent pas d'être associées au processus, a indiqué M. Ramon Bacani, sous-secrétaire d'état au Ministère de l'éducation, de la culture et des sports, précisant que des conseils EPT avaient été créés aux niveaux national et sous-national.

Le ministère de l'éducation, a poursuivi M. Bacani, entend « engager le dialogue avec les spécialistes de l'éducation de base sur les priorités à inclure dans le plan pour l'EPT. » L'EPT est également à l'ordre du jour du plan de développement à moyen terme du pays, lui-même relié à la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et au secteur agricole. « La planification éducative peut être renforcée si elle tient compte des autres secteurs du développement, » a-t-il remarqué.

Ouganda

Les résultats de l'Ouganda en matière d'éducation primaire universelle sont remarquables. M. Albert Byamugisha, du Ministère ougandais de l'éducation et des sports a rappelé aux participants que dans son pays la scolarisation a connu une progression exemplaire, passant de 2,3 millions en 1996 à 6,8 millions en 2000. Il s'est étendu ensuite sur les dispositions institutionnelles prises pour répondre aux objectifs de Dakar : quatre groupes ont été créés pour aborder chacun des six objectifs de Dakar, surveiller les progrès dans ces six domaines, assurer le suivi et associer les partenaires du développement et la société civile.

Le gouvernement, a-t-il déclaré, met également au point des stratégies pour renforcer l'éducation des filles et combattre le VIH/SIDA. « L'Ouganda est bien placé pour atteindre l'objectif d'égalité entre les sexes d'ici 2005, » a indiqué M. Byamugisha, reconnaissant que son pays n'avait toutefois guère progressé dans des domaines comme l'éducation de la petite enfance et la formation aux compétences de la vie courante.


Les initiatives thématiques, portes ouvertes vers l'EPT

« Les obstacles à la réalisation des objectifs de l'EPT requièrent une intervention ciblée et coordonnée », a souligné Mary-Joy Pigozzi, chargée des questions éducatives à l'UNICEF, mettant l'accent sur le rôle des initiatives thématiques interinstitutions au sein des plans d'action nationaux pour l'EPT.

Se prononçant en particulier sur l'Initiative des Nations Unies pour l'éducation des filles, elle a précisé que les objectifs de l'EPT ne seraient atteints que si l'éducation des filles, et d'autres domaines essentiels comme la santé scolaire, le VIH/SIDA et l'éducation dans les situations de crise, étaient effectivement pris en compte dans les plans nationaux.

« La date butoir de 2002 pour la finalisation des plans d'action nationaux et celle de 2005 pour l'élimination des disparités entre les sexes sont totalement indissociables, » a déclaré Mme Pigozzi. « Les plans d'action doivent s'attaquer concrètement à la discrimination sexuelle, et non se contenter de la mentionner ! » a-t-elle ajouté. Des mesures anti-discriminatoires, une mobilisation financière adéquate, un engagement politique et une mobilisation sociale à grande échelle sont indispensables, non seulement pour encourager l'éducation des filles, mais aussi pour soutenir l'ensemble des initiatives thématiques.

Mme Pigozzi a également redit l'importance du travail en réseau pour entretenir la cohérence entre les institutions et a suggéré que les initiatives phares soient rappelées à l'attention des membres du Groupe de haut niveau sur l'EPT : « Ils doivent percevoir pleinement l'urgence de l'objectif de 2005, » a-t-elle déclaré.

Bill Ratteree, de l'Organisation internationale du travail, a proposé qu'un nouveau programme phare mobilise les enseignants sur la qualité de l'éducation. Insistant sur le rôle critique joué par les enseignants dans la réalisation d'une EPT de qualité, il évoqué la difficulté d'améliorer le statut et la condition des enseignants afin d'attirer en masse les diplômés des grandes écoles vers cette profession. M. Ratteree a souligné la nécessité d'une formation professionnelle des enseignants, soutenue par une formation continue tout au long de la vie, par des salaires compétitifs et par un système d'affectation et de mobilité équitable.

L'autre série de défis à relever concerne la participation des organisations d'enseignants à la prise de décision éducative, et, en particulier, à l'élaboration des plans d'action. « Les enseignants doivent participer pleinement au processus de l'EPT, dans la mesure où ils se trouvent au cœur de ce processus, » a-t-il déclaré.


L'évaluation et le financement des plans nationaux pour l'EPT

S'agissant de l'évaluation et du financement des plans nationaux pour l'EPT, Donald MacKenzie de l'USAID a indiqué d'emblée : « Les plans nationaux pour l'EPT doivent déclarer la guerre au VIH/SIDA. » « La réponse doit être proportionnelle à la magnitude du problème, » a-t-il ajouté, donnant ensuite lecture des données statistiques de l'impact du VIH/SIDA sur l'éducation. Concernant l'évaluation des plans d'action pour l'EPT, il a estimé que ceux-ci devaient être pris en charge, mis en œuvre et suivis par les pays eux-mêmes. « Le rôle du donateur », a-t-il précisé, « est d'apporter un soutien, non de d'opérer un contrôle. » « Les estimations actuelles de l'EPT tiennent-elles compte des coûts qu'entraînent le remplacement des personnels, la reconstruction des institutions et la guérison des traumatismes ?, » a-t-il demandé. Pour atteindre les objectifs de l'EPT, il suggère une collaboration sous forme d' « équipes spéciales renforcées », dans des domaines tels que la mobilisation des fonds, l'enseignement des méthodologies, les technologies de l'information et la création de nouveaux partenariats.

La représentante de la Banque mondiale, Claudia Von Monbart, a indiqué que dans une majorité de pays, une augmentation annuelle de 5 % de la scolarisation sur 15 ans devrait suffire pour parvenir aux objectifs de l'EPT. Plusieurs pays auront cependant besoin d'une croissance allant jusqu'à 10 % par an. « La difficulté, » a-t-elle estimé, « sera d'améliorer la qualité dans le même temps. » D'ici 2002, la Banque mondiale proposera un « état ferme » des besoins financiers globaux de l'EPT.

Mme Von Monbart considère comme vitales dans l'accélération des progrès de l'EPT - changements politiques significatifs sans lesquels l'EPT ne pourra aboutir - les mesures suivantes :

  • définir les besoins financiers nationaux en matière d'EPT ;

  • informer les pays des bonnes et des mauvaises pratiques ;

  • collaborer avec l'Institut de statistique de l'UNESCO afin disposer de « données en temps quasi réel » pour une majorité de pays ;

  • se référer aux taux d'achèvement de l'école primaire, plutôt qu'aux taux de scolarisation bruts ;

  • utiliser l'éducation comme une arme majeure dans la lutte contre la pandémie de VIH/SIDA.
  • Le débat qui suivit porta sur les critères à retenir dans l'élaboration de plans d'action crédibles et susceptibles ainsi d'attirer les soutiens financiers. Plusieurs suggestions furent faites concernant l'appropriation des plans par les pays, la participation effective de la société civile et les stratégies de lutte contre le VIH/SIDA.


    Contacts : Anne Muller (a.muller@unesco.org) ou Teresa Murtagh (t.murtagh@unesco.org)