Le Pakistan en bonne place
pour réaliser l'Education pour tous d'ici 2015
Le Pakistan est bien parti
pour réaliser l'Education pour tous d'ici 2015. C'est
ce qu'a déclaré le ministre de l'éducation
du Pakistan, Zobaida Jalal, lors de la session ayant pour
thème : " Réaliser les objectifs de l'EPT
au niveau national ".
Mme Jalal a énuméré
les principaux objectifs du plan d'action national pour
l'EPT du Pakistan : atteindre les populations défavorisées
des zones urbaines et rurales, et en premier lieu les filles
et les femmes, promouvoir la participation des communautés
locales et améliorer la qualité et la pertinence
de l'éducation de base.
Les priorités sont
l'éducation primaire, l'alphabétisation des
adultes et l'éducation de la petite enfance. Mme
Jalal a annoncé que l'éducation primaire universelle
serait réalisée pour les garçons d'ici
2010 et pour les filles d'ici 2015. Pour accueillir les
nouveaux scolarisés, quelque 8 250 écoles
primaires seront créées dans les secteurs
public et privé, 100 000 écoles primaires
rénovées et la double journée introduite
dans les écoles existantes.
Le nombres des adultes alphabètes
atteindra 81 millions d'ici les quinze prochaines années,
l'alphabétisation progressant ainsi de 49 % - son
taux actuel - à 86 %.
L'éducation de la
petite enfance sera développée, la couverture
passant des 25 % actuels à 50 % des enfants concernés
d'ici 2015. Pour ce faire, 2 500 centres d'accueil de la
petite enfance seront créés dans le secteur
public et 1 500 dans le secteur privé.
Le coût de ces efforts
est estimé à 7 milliards de dollars EU, dont
40 % proviendront des ressources nationales, a précisé
Mme Jalal. Le reliquat, qui s'élève à
4,5 millions de dollars EU, devra être assuré
par le financement extérieur.
Mme Jalal a évoqué
le sort des trois millions d'Afghans actuellement réfugiés
au Pakistan, " ce qui crée une pression considérable
sur nos projets de développement social ". 35
% environ des 140 millions de Pakistanais vivent au-dessous
du seuil de pauvreté, aussi réclame-t-elle
une aide urgente " pour résoudre ce problème
qui s'aggrave à chaque nouvel afflux. "
Sénégal
: les partenariats sont la clé du succès
" Chômeur non
éduqué ou éduqué mais chômeur
" : c'est ainsi que peut se résumer le drame
éducatif de l'Afrique, estime Moustapha Sourang,
le ministre de l'éducation sénégalais.
Selon lui, le système éducatif du Sénégal,
comme ceux d'autres Etats africains, est loin de remplir
sa mission.
Aujourd'hui, l'implication
de tous les partenaires - intérieurs et extérieurs
- est un élément clé de la politique
éducative sénégalaise. Et, l'a souligné
M. Sourang, les démarches plus globales, couvrant
la totalité du secteur, s'avèrent plus efficaces,
obligeant l'ensemble des partenaires - dont les donateurs
bilatéraux et les ONG - à progresser vers
le but commun. Selon lui, la coopération avec la
société civile est une condition primordiale
de la réussite de l'EPT, et elle devrait être
intensifiée.
Le nouveau plan d'action
pour l'EPT du Sénégal a effectivement été
élaboré à la suite d'un large processus
de consultation et le pays prépare actuellement une
charte de la participation communautaire visant à
renforcer l'efficacité du système éducatif,
charte qui sera validée d'ici la fin de l'année
lors d'un séminaire organisé à Dakar.
M. Sourang a mis en garde contre la priorité accordée
à l'éducation primaire, qui pourrait porter
préjudice à l'éducation secondaire
et tertiaire. " Nous devons prendre des mesures appropriées
pour que chaque niveau éducatif puisse jouer son
rôle, " a-t-il déclaré.
Au cours de la discussion
qui a suivi, plusieurs participants se sont montrés,
une fois de plus, particulièrement déterminés
à soutenir l'EPT, tant en ce qui concerne l'élaboration
du cadre légal soutenant l'éducation de base
que l'augmentation des contributions budgétaires
nationales. Les Philippines ont ainsi introduit cette année
la gratuité de l'école obligatoire, renonçant
à percevoir tout droit de scolarité.
Les participants ont également
estimé que les plans pour l'EPT devaient indiquer
le montant des besoins financiers et que les institutions
financières internationales devaient augmenter leur
part de financement. Les autres questions évoquées
lors des discussions ont été la relation entre
éducation, pauvreté et développement,
la nécessité d'investir plus massivement dans
l'alphabétisation des adultes et d'offrir des possibilités
d'apprentissage alternatif en éducation non formelle,
et le rôle crucial joué par l'éducation
dans la transmission des valeurs.
L'Education pour tous se
doit d'être l'Education par tous
Lors de la deuxième
session, consacrée au renforcement de l'engagement
politique et des partenariats, le Directeur exécutif
de l'UNICEF, Carol Bellamy, a évoqué la contribution
de l'Initiative décennale des Nations Unies en faveur
de l'éducation des filles (UNGEI), qui réunit
des partenaires multiples, à l'élimination
des disparités sexuelles.
L'UNGEI, estime-t-elle, commence
à porter ses fruits. Un programme mis en oeuvre au
Bangladesh a permis d'établir la parité sexuelle
dans les établissements secondaires ; au Mali et
en Mauritanie, des efforts de formation des enseignants
et la création d'écoles proches des filles
ont fortement stimulé la scolarisation féminine.
D'autres résultats encourageants ont été
obtenus au Yémen, au Bénin, en Egypte et en
Ouganda. " Nous nous trouvons au moment le plus opportun
qui soit pour mobiliser une alliance mondiale [...] appuyée
sur des actions spécifiques en faveur des enfants,
" a insisté Mme Bellamy. Depuis des années,
l'éducation des filles s'avère le meilleur
type d'investissement que puisse effectuer une société.
Elle engendre d'immenses bénéfices économiques,
allège le fardeau social qui pèse sur les
gouvernements et facilite la formation d'une main d'oeuvre
plus nombreuse et mieux préparée.
Préconisant la mise
en place de mécanismes permettant d'atteindre et
de scolariser les enfants exclus ou en péril, elle
a rappelé que l'impératif était, d'abord,
que tous les enfants non seulement accèdent à
l'école, mais y demeurent au moins jusqu'à
l'âge de quinze ans. " L'Education pour tous
restera du domaine du rêve si on ne s'attaque pas
à l'extrême pauvreté qui écarte
les enfants de l'école et bien souvent les conduit
à travailler, " a-t-elle ajouté. "
En ne permettant pas aux 250 millions d'enfants actuellement
contraints au travail d'accéder à l'éducation,
nous gaspillerons des ressources humaines stratégiques
et perpétuerons la pauvreté pour la prochaine
génération. "
S'exprimant au nom du PNUD,
Carol Bellamy a fait référence à la
lettre adressée récemment par son administrateur,
Mark Malloch Brown, à l'ensemble des Coordonnateurs
résidents des Nations Unies, les invitant à
prêter aux objectifs de l'EPT une plus grande attention,
qualifiée de " cruciale dans les efforts que
nous menons pour encourager l'avènement d'un monde
débarrassé de la pauvreté et de la
discrimination. "
D'autres organisations de
l'ONU, a-t-elle poursuivi, se mettent également de
la partie : l'OIT a ajouté l'éducation des
filles à ses activités, le UNHCR s'emploie
à dispenser une éducation aux compétences
de la vie courante aux fillettes réfugiées,
et le Département des affaires économiques
et sociales (DAES) des Nations Unies assure le suivi des
recommandations sur l'éducation des filles dans les
conférences internationales.
Mme Maria Minna, ministre
canadien de la coopération internationale, estime
que les consultations élargies sont le seul moyen
de produire des plans d'action nationaux pour l'EPT durables.
" Je suis frappée de voir combien ces trois
principes - appropriation nationale, partenariat et rôle
de la société civile - sont en interaction,
" a-t-elle déclaré. " Lorsqu'ils
sont synchrones, ils se renforcent mutuellement. Mais si
l'on n'exploite pas pleinement le potentiel d'un de ces
éléments, les autres en souffrent et nous
nous éloignons un peu plus de nos objectifs. "
Pour bien montrer que le
Canada est cohérent avec ses principes, Mme Minna
a annoncé que son pays avait soumis une première
version de son " plan d'action de donateur " aux
pays en développement et aux agences bilatérales
et multilatérales lors de son élaboration.
Des personnalités et des organisations de plus de
40 pays ont apporté leurs commentaires, ce qui, précise-t-elle,
" a enrichi notre compréhension des défis
et de la manière dont nous pouvons les relever. "
Concernant la nécessité
d'assurer une certaine prévisibilité du financement
de l'EPT, Mme Minna a reconnu que les pays avaient besoin
de " plus grosses injections d'argent ". Outre
les ressources financières, la disponibilité
des ressources humaines, techniques et logistiques est tout
aussi nécessaire. La contribution personnelle du
Canada à l'EPT a été son moratoire
unilatéral sur les remboursements de la dette "
pour les PPTE faisant état de bonnes performances
" et son soutien renforcé à l'éducation
de base, qui aura quadruplé d'ici 2005.
Le Canada, qui prendra en
2002 la tête du G8, entend participer activement à
l'Equipe spéciale de hauts fonctionnaires du G8 chargée
du suivi de Dakar, ainsi qu'au plan d'action pour l'Afrique,
a ajouté Mme Minna.
L'EPT a besoin d'une stratégie
qui offre une direction à l'ensemble de ses acteurs,
constate Mme Minna. Tout en se félicitant, comme
à Dakar, que l'UNESCO soit chargée de coordonner
les partenaires de l'EPT, elle s'est demandée si
cela était suffisant pour entretenir la dynamique
du mouvement. " Le mandat est-il suffisamment clair
et conséquent ? Avons-nous fourni les bons outils
pour rendre l'Education pour tous opérationnelle
? ", a-t-elle demandé.
Au cours du débat
qui a suivi, M. Jo Ritzen, Vice-président de la Banque
mondiale, a souligné qu'outre les 32 pays qui, selon
toutes probabilités, n'atteindront pas les objectifs
de Dakar si rien n'est fait pour les soutenir, 44 autres
ne parviendront vraisemblablement pas à l'égalité
entre les sexes d'ici 2005. Le Groupe de haut niveau doit,
selon lui, aller plus loin encore, et fournir aux ministères
les données dont ils ont besoin, leur apprenant,
par exemple, pourquoi certains pays s'en sortent bien quand
d'autres affrontent des situations plus critiques, et comment
parvenir, en la matière, à un accord international.
Le faible niveau de l'Aide
officielle au développement (AOD) finançant
l'éducation, " prouve que nous devons travailler
ensemble, " a déclaré Jean-Claude Faure
du Comité d'aide au développement de l'OCDE,
qui a réclamé des informations et des itinéraires
plus précis concernant les différents volets
des objectifs de Dakar et les différentes dimensions
de la pauvreté. " Nous ne pouvons pas les aborder
séparément. Nous devons travailler à
partir d'un socle commun, " a-t-il noté. Il
a également insisté sur la nécessité
de disposer d'instruments de partage de l'information et
de dialogue et d'instaurer des liens plus étroits
entre le mouvement mondial et les pays individuels, et les
partenaires bilatéraux et multilatéraux.
Confirmant son soutien à
une initiative mondiale encourageant la mobilisation des
ressources et l'adoption de stratégies de soutien
aux efforts nationaux, l'Oxfam a proposé la création
d'une petite équipe de travail chargée de
sa coordination. Cette idée a également été
soutenue par la Marche mondiale contre le travail des enfants.
Les participants ont convenu
que la volonté politique ne devait pas être
le seul fait des ministères de l'éducation,
mais qu'elle devait émaner d'autres ministères
et, en définitive, des chefs d'Etat et de gouvernement.
Contacts :
Anne Muller (a.muller@unesco.org)
ou Teresa Murtagh
(t.murtagh@unesco.org)