Bulletin d'information sur le suivi de Dakar no 35
Sommaire (29 Octobre 2001)
  • Le Directeur général de l'UNESCO ouvre la réunion du Groupe de haut niveau
  • Le Pakistan et le Sénégal présentent leurs avancées respectives
  • L'Education pour tous se doit d'être l'Education par tous

    Joint à ce numéro


    Discours d'orientation du Directeur général de l'UNESCO (en anglais uniquement)

    Le Directeur général de l'UNESCO ouvre la réunion du Groupe de haut niveau sur l'EPT

    On est en droit d'être " prudemment optimiste " au sujet du mouvement en faveur de l'EPT, a déclaré aujourd'hui, au Siège de l'Organisation à Paris, le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, dans son discours inaugural de la réunion du Groupe de haut niveau sur l'EPT.

    " Nous nourrissons l'espoir qu'au cours des années qui nous séparent de 2015, il sera possible d'accomplir de réels progrès vers la réalisation d'une éducation de base de bonne qualité pour tous, " a confié M. Matsuura aux vingt-neuf membres du Groupe, qui réunit, entre autres, des ministres de l'éducation et de la coopération internationale, des dirigeants d'agences du développement et des représentants de la société civile. Mais il a également fait part de ses préoccupations devant les contraintes qui empêchent certains pays de développer leurs systèmes éducatifs.

    M. Matsuura a recommandé que le Groupe de haut niveau serve de " caisse de résonance " aux efforts de l'Education pour tous, et il a formulé l'espoir que le Groupe encourage l'ensemble de ses membres à se faire les ambassadeurs éloquents et énergiques de l'élan mondial en faveur de l'EPT. M. Matsuura a ensuite évoqué quelques uns des grands défis que devra relever le mouvement pour parvenir à ses fins.

    1. La réforme éducative au niveau national devra s'accompagner de changements politiques significatifs au niveau international, en particulier en ce qui concerne les ressources supplémentaires nécessaires pour soutenir les efforts des pays.

    2. Les parties prenantes à tous les niveaux devront manifester une volonté de former de nouveaux partenariats, y compris l'établissement de nouvelles relations entre le gouvernement et la société civile.

    3. La stratégie globale actuellement en cours d'élaboration doit définir un cadre orienté vers l'action et axé sur les résultats.

    4. Un mécanisme international de suivi des progrès de l'EPT plus transparent devrait permettre de déplacer l'accent sur plus de responsabilité.

    M. Matsuura a rappelé la nécessité de larges partenariats dans la préparation des plans d'action nationaux pour l'EPT, arguant qu'une enquête récente de l'UNESCO indiquait que les consultations, en particulier avec la société civile, restaient " assez limitées ". Faisant référence aux gouvernements dont les plans pour l'EPT sont déjà prêts et qui attendent le soutien des donateurs, il a noté que le développement de mécanismes d'examen systématiques, mais sensés, s'imposait de manière urgente.

    La réunion du Groupe de haut niveau, qui s'achève demain, est convoquée et présidée par le Directeur général de l'UNESCO. Elle a pour but d'examiner comment entretenir l'engagement politique en faveur de l'EPT, accélérer la mobilisation des ressources et forger des partenariats avec la société civile.



    Le Pakistan et le Sénégal présentent leurs avancées respectives

    Le Pakistan en bonne place pour réaliser l'Education pour tous d'ici 2015

    Le Pakistan est bien parti pour réaliser l'Education pour tous d'ici 2015. C'est ce qu'a déclaré le ministre de l'éducation du Pakistan, Zobaida Jalal, lors de la session ayant pour thème : " Réaliser les objectifs de l'EPT au niveau national ".

    Mme Jalal a énuméré les principaux objectifs du plan d'action national pour l'EPT du Pakistan : atteindre les populations défavorisées des zones urbaines et rurales, et en premier lieu les filles et les femmes, promouvoir la participation des communautés locales et améliorer la qualité et la pertinence de l'éducation de base.

    Les priorités sont l'éducation primaire, l'alphabétisation des adultes et l'éducation de la petite enfance. Mme Jalal a annoncé que l'éducation primaire universelle serait réalisée pour les garçons d'ici 2010 et pour les filles d'ici 2015. Pour accueillir les nouveaux scolarisés, quelque 8 250 écoles primaires seront créées dans les secteurs public et privé, 100 000 écoles primaires rénovées et la double journée introduite dans les écoles existantes.

    Le nombres des adultes alphabètes atteindra 81 millions d'ici les quinze prochaines années, l'alphabétisation progressant ainsi de 49 % - son taux actuel - à 86 %.

    L'éducation de la petite enfance sera développée, la couverture passant des 25 % actuels à 50 % des enfants concernés d'ici 2015. Pour ce faire, 2 500 centres d'accueil de la petite enfance seront créés dans le secteur public et 1 500 dans le secteur privé.

    Le coût de ces efforts est estimé à 7 milliards de dollars EU, dont 40 % proviendront des ressources nationales, a précisé Mme Jalal. Le reliquat, qui s'élève à 4,5 millions de dollars EU, devra être assuré par le financement extérieur.

    Mme Jalal a évoqué le sort des trois millions d'Afghans actuellement réfugiés au Pakistan, " ce qui crée une pression considérable sur nos projets de développement social ". 35 % environ des 140 millions de Pakistanais vivent au-dessous du seuil de pauvreté, aussi réclame-t-elle une aide urgente " pour résoudre ce problème qui s'aggrave à chaque nouvel afflux. "

    Sénégal : les partenariats sont la clé du succès

    " Chômeur non éduqué ou éduqué mais chômeur " : c'est ainsi que peut se résumer le drame éducatif de l'Afrique, estime Moustapha Sourang, le ministre de l'éducation sénégalais. Selon lui, le système éducatif du Sénégal, comme ceux d'autres Etats africains, est loin de remplir sa mission.

    Aujourd'hui, l'implication de tous les partenaires - intérieurs et extérieurs - est un élément clé de la politique éducative sénégalaise. Et, l'a souligné M. Sourang, les démarches plus globales, couvrant la totalité du secteur, s'avèrent plus efficaces, obligeant l'ensemble des partenaires - dont les donateurs bilatéraux et les ONG - à progresser vers le but commun. Selon lui, la coopération avec la société civile est une condition primordiale de la réussite de l'EPT, et elle devrait être intensifiée.

    Le nouveau plan d'action pour l'EPT du Sénégal a effectivement été élaboré à la suite d'un large processus de consultation et le pays prépare actuellement une charte de la participation communautaire visant à renforcer l'efficacité du système éducatif, charte qui sera validée d'ici la fin de l'année lors d'un séminaire organisé à Dakar. M. Sourang a mis en garde contre la priorité accordée à l'éducation primaire, qui pourrait porter préjudice à l'éducation secondaire et tertiaire. " Nous devons prendre des mesures appropriées pour que chaque niveau éducatif puisse jouer son rôle, " a-t-il déclaré.

    Au cours de la discussion qui a suivi, plusieurs participants se sont montrés, une fois de plus, particulièrement déterminés à soutenir l'EPT, tant en ce qui concerne l'élaboration du cadre légal soutenant l'éducation de base que l'augmentation des contributions budgétaires nationales. Les Philippines ont ainsi introduit cette année la gratuité de l'école obligatoire, renonçant à percevoir tout droit de scolarité.

    Les participants ont également estimé que les plans pour l'EPT devaient indiquer le montant des besoins financiers et que les institutions financières internationales devaient augmenter leur part de financement. Les autres questions évoquées lors des discussions ont été la relation entre éducation, pauvreté et développement, la nécessité d'investir plus massivement dans l'alphabétisation des adultes et d'offrir des possibilités d'apprentissage alternatif en éducation non formelle, et le rôle crucial joué par l'éducation dans la transmission des valeurs.


    L'Education pour tous se doit d'être l'Education par tous

    Lors de la deuxième session, consacrée au renforcement de l'engagement politique et des partenariats, le Directeur exécutif de l'UNICEF, Carol Bellamy, a évoqué la contribution de l'Initiative décennale des Nations Unies en faveur de l'éducation des filles (UNGEI), qui réunit des partenaires multiples, à l'élimination des disparités sexuelles.

    L'UNGEI, estime-t-elle, commence à porter ses fruits. Un programme mis en oeuvre au Bangladesh a permis d'établir la parité sexuelle dans les établissements secondaires ; au Mali et en Mauritanie, des efforts de formation des enseignants et la création d'écoles proches des filles ont fortement stimulé la scolarisation féminine. D'autres résultats encourageants ont été obtenus au Yémen, au Bénin, en Egypte et en Ouganda. " Nous nous trouvons au moment le plus opportun qui soit pour mobiliser une alliance mondiale [...] appuyée sur des actions spécifiques en faveur des enfants, " a insisté Mme Bellamy. Depuis des années, l'éducation des filles s'avère le meilleur type d'investissement que puisse effectuer une société. Elle engendre d'immenses bénéfices économiques, allège le fardeau social qui pèse sur les gouvernements et facilite la formation d'une main d'oeuvre plus nombreuse et mieux préparée.

    Préconisant la mise en place de mécanismes permettant d'atteindre et de scolariser les enfants exclus ou en péril, elle a rappelé que l'impératif était, d'abord, que tous les enfants non seulement accèdent à l'école, mais y demeurent au moins jusqu'à l'âge de quinze ans. " L'Education pour tous restera du domaine du rêve si on ne s'attaque pas à l'extrême pauvreté qui écarte les enfants de l'école et bien souvent les conduit à travailler, " a-t-elle ajouté. " En ne permettant pas aux 250 millions d'enfants actuellement contraints au travail d'accéder à l'éducation, nous gaspillerons des ressources humaines stratégiques et perpétuerons la pauvreté pour la prochaine génération. "

    S'exprimant au nom du PNUD, Carol Bellamy a fait référence à la lettre adressée récemment par son administrateur, Mark Malloch Brown, à l'ensemble des Coordonnateurs résidents des Nations Unies, les invitant à prêter aux objectifs de l'EPT une plus grande attention, qualifiée de " cruciale dans les efforts que nous menons pour encourager l'avènement d'un monde débarrassé de la pauvreté et de la discrimination. "

    D'autres organisations de l'ONU, a-t-elle poursuivi, se mettent également de la partie : l'OIT a ajouté l'éducation des filles à ses activités, le UNHCR s'emploie à dispenser une éducation aux compétences de la vie courante aux fillettes réfugiées, et le Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations Unies assure le suivi des recommandations sur l'éducation des filles dans les conférences internationales.

    Mme Maria Minna, ministre canadien de la coopération internationale, estime que les consultations élargies sont le seul moyen de produire des plans d'action nationaux pour l'EPT durables. " Je suis frappée de voir combien ces trois principes - appropriation nationale, partenariat et rôle de la société civile - sont en interaction, " a-t-elle déclaré. " Lorsqu'ils sont synchrones, ils se renforcent mutuellement. Mais si l'on n'exploite pas pleinement le potentiel d'un de ces éléments, les autres en souffrent et nous nous éloignons un peu plus de nos objectifs. "

    Pour bien montrer que le Canada est cohérent avec ses principes, Mme Minna a annoncé que son pays avait soumis une première version de son " plan d'action de donateur " aux pays en développement et aux agences bilatérales et multilatérales lors de son élaboration. Des personnalités et des organisations de plus de 40 pays ont apporté leurs commentaires, ce qui, précise-t-elle, " a enrichi notre compréhension des défis et de la manière dont nous pouvons les relever. "

    Concernant la nécessité d'assurer une certaine prévisibilité du financement de l'EPT, Mme Minna a reconnu que les pays avaient besoin de " plus grosses injections d'argent ". Outre les ressources financières, la disponibilité des ressources humaines, techniques et logistiques est tout aussi nécessaire. La contribution personnelle du Canada à l'EPT a été son moratoire unilatéral sur les remboursements de la dette " pour les PPTE faisant état de bonnes performances " et son soutien renforcé à l'éducation de base, qui aura quadruplé d'ici 2005.

    Le Canada, qui prendra en 2002 la tête du G8, entend participer activement à l'Equipe spéciale de hauts fonctionnaires du G8 chargée du suivi de Dakar, ainsi qu'au plan d'action pour l'Afrique, a ajouté Mme Minna.

    L'EPT a besoin d'une stratégie qui offre une direction à l'ensemble de ses acteurs, constate Mme Minna. Tout en se félicitant, comme à Dakar, que l'UNESCO soit chargée de coordonner les partenaires de l'EPT, elle s'est demandée si cela était suffisant pour entretenir la dynamique du mouvement. " Le mandat est-il suffisamment clair et conséquent ? Avons-nous fourni les bons outils pour rendre l'Education pour tous opérationnelle ? ", a-t-elle demandé.

    Au cours du débat qui a suivi, M. Jo Ritzen, Vice-président de la Banque mondiale, a souligné qu'outre les 32 pays qui, selon toutes probabilités, n'atteindront pas les objectifs de Dakar si rien n'est fait pour les soutenir, 44 autres ne parviendront vraisemblablement pas à l'égalité entre les sexes d'ici 2005. Le Groupe de haut niveau doit, selon lui, aller plus loin encore, et fournir aux ministères les données dont ils ont besoin, leur apprenant, par exemple, pourquoi certains pays s'en sortent bien quand d'autres affrontent des situations plus critiques, et comment parvenir, en la matière, à un accord international.

    Le faible niveau de l'Aide officielle au développement (AOD) finançant l'éducation, " prouve que nous devons travailler ensemble, " a déclaré Jean-Claude Faure du Comité d'aide au développement de l'OCDE, qui a réclamé des informations et des itinéraires plus précis concernant les différents volets des objectifs de Dakar et les différentes dimensions de la pauvreté. " Nous ne pouvons pas les aborder séparément. Nous devons travailler à partir d'un socle commun, " a-t-il noté. Il a également insisté sur la nécessité de disposer d'instruments de partage de l'information et de dialogue et d'instaurer des liens plus étroits entre le mouvement mondial et les pays individuels, et les partenaires bilatéraux et multilatéraux.

    Confirmant son soutien à une initiative mondiale encourageant la mobilisation des ressources et l'adoption de stratégies de soutien aux efforts nationaux, l'Oxfam a proposé la création d'une petite équipe de travail chargée de sa coordination. Cette idée a également été soutenue par la Marche mondiale contre le travail des enfants.

    Les participants ont convenu que la volonté politique ne devait pas être le seul fait des ministères de l'éducation, mais qu'elle devait émaner d'autres ministères et, en définitive, des chefs d'Etat et de gouvernement.


    Contacts : Anne Muller (a.muller@unesco.org) ou Teresa Murtagh
    (t.murtagh@unesco.org)