Bulletin d'information sur le suivi de Dakar no 36
Sommaire (30 Octobre 2001)
  • Le Groupe de haut niveau sur l'EPT réclame un redoublement des efforts
  • Les points forts du débat au deuxième jour de la réunion du Groupe de haut niveau


    Joint à ce numéro


    Texte du communiqué du Groupe de haut niveau (en anglais et en français)

    Le Groupe de haut niveau sur l'EPT réclame un redoublement des efforts

    La première réunion du Groupe de haut niveau sur l’EPT s’est achevée aujourd’hui à Paris par l’adoption d’un communiqué invitant l’ensemble des partenaires de l’EPT à redoubler d’efforts pour atteindre les objectifs de l’Education pour tous. Le communiqué appelle à une meilleure coordination des efforts, à des partenariats avec la société civile et à un financement plus massif et plus efficace de l’éducation de base.

    Le Groupe de haut niveau, qui réunit vingt-neuf personnalités - ministres de l’éducation et de la coopération internationale, dirigeants des agences de développement et représentants de la société civile -, a décidé la création d’une Equipe spéciale chargée d’élaborer une stratégie visant à rendre le Cadre d’action de Dakar opérationnel avant mars 2002. Cette stratégie devrait, entre autres, définir les principales actions à mener suivant un calendrier précis, les rôles et responsabilités généraux des différents partenaires, ainsi qu’un consensus sur une initiative mondiale de mobilisation des ressources qui sera mise en oeuvre avec effet immédiat. Conduite par l’UNESCO, l’Equipe spéciale réunira une quinzaine de représentants de l’ensemble des partenaires de l’EPT.

    Le communiqué propose également une série d’actions à entreprendre dès maintenant pour accélérer le processus au niveau national :

    1. Les pays doivent progresser plus rapidement vers la mise au point des plans sectoriels englobant l’ensemble des objectifs de l’EPT. Les plans devront être en place d’ici 2002.

    2. S’appuyant sur les structures existantes, les partenaires au niveau national devront définir des critères et des mécanismes d’examen et de mobilisation des ressources pour leurs plans pour l’EPT. Lorsque les pays seront dans l’incapacité de financer leurs plans d’action, la Banque mondiale devra prendre le relais, évaluant et palliant la pénurie de ressources. Dans les situations où la Banque mondiale ne serait pas en mesure de le faire, les Nations Unies et d’autres partenaires devraient trouver les moyens de combler cette lacune.

    Le communiqué invite également à l’établissement d’un rapport analytique de suivi annuel de l’EPT et faisant autorité, à partir des données nationales, afin d’évaluer dans quelle mesure les pays et la communauté internationale tiennent les engagements pris à Dakar.

    Enfin, le communiqué invite l’UNESCO à tirer les enseignements de la première réunion du Groupe de haut niveau de façon à mieux orienter les discussions lors des réunions à venir.


    Les points forts du débat au deuxième jour de la réunion du Groupe de haut niveau

    Le débat a porté pour l'essentiel sur les points suivants :
    - la mobilisation des ressources ;
    - l'Equipe spéciale du G-8 sur l'éducation ;
    - un rôle pour la société civile.

    La mobilisation des ressources

    Si l’on veut tenir la promesse faite à Dakar qu’aucun pays qui a pris un engagement sérieux en faveur de l’éducation de base ne souffrira du manque de ressources, il y a, selon Clare Short, Secrétaire d’Etat à la coopération pour le développement international (DFID) du Royaume-Uni, deux questions cruciales à se poser. Quand est-on certain qu’un pays « a pris un engagement sérieux » et comment la communauté internationale compte-t-elle répondre à cet engagement ? « Nous devons préciser clairement ce que les pays en développement doivent faire pour apporter la preuve de leur engagement sérieux en faveur de l’Education pour tous, » a déclaré Mme Short. Elle suggère les critères suivants :

    - une forte volonté politique témoignant d’un engagement en faveur de l’éducation primaire universelle et de l’élimination des disparités sexuelles ;
    - des politiques nationales sérieuses et bien articulées avec les stratégies de lutte contre la pauvreté ;
    - des plans pour l’EPT séparés, extérieurs aux programmes de réduction de la pauvreté ou venant en complément des plans du secteur éducatif existants, sont à éviter.
    - une abolition rapide des droits de scolarité et autres entraves financières à l’accès à l’éducation ;
    - le niveau des ressources nationales affectées à l’éducation de base ;
    - des efforts pour promouvoir la parité entre les sexes. Ceci comprend, entre autres, des formations pour mieux sensibiliser les enseignants aux disparités sexuelles et la création d’environnements scolaires sécurisants.

    S’il s’avère que les pays ont pris des engagements sérieux, les donateurs devront leur apporter une réponse adéquate, a souligné Mme Short, ajoutant que « les agences du développement, dans leur ensemble, n’accordent toujours pas à l’éducation de base les ressources nécessaires. »

    Jo Ritzen, Vice-président chargé du Réseau sur le développement humain à la Banque mondiale, a souligné la nécessité de concilier deux défis interconnectés : la nécessité de combler les lacunes financières et les lacunes politiques. Les lacunes financières, a-t-il expliqué, sont la différence entre les ressources susceptibles d’être mobilisées par les pays eux-mêmes et la somme dont ils auront besoin pour atteindre les objectifs de Dakar. Les estimations actuelles, généralement basées sur les coûts unitaires et les structures financières existantes, ne sont pas satisfaisantes, a-t-il précisé, parce qu’« elles supposent pour la plupart qu’on pourra parvenir à l’EPT en continuant ce que l’on fait déjà, en faisant simplement un peu plus. » Or, a-t-il poursuivi, réaliser l’EPT exige que l’on atteigne des populations chaque jour plus marginalisées, ainsi que des enfants handicapés, et qu’on résolve des problèmes tels que le redoublement et l’abandon.

    L’EPT ne se fera donc pas sans une réforme massive des politiques nationales. Les efforts consentis pour pallier la pénurie de ressources doivent aller de pair avec un engagement national à compenser les lacunes politiques. « On ne peut combler les unes sans combler les autres, » a souligné M. Ritzen, avant d’ajouter : « Nous vous soutiendrons pendant ce processus de changement dans chacun des pays. »

    Une nouvelle estimation des ressources manquant à l’EPT, basée sur une analyse par pays, sera effectuée avant les réunions de printemps de la Banque mondiale et du Comité d’aide au développement, a précisé M. Ritzen.

    M. Takao Kawakami, Président de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), a annoncé que le Japon entendait attribuer quelque 750 millions de dollars EU à l’éducation, à la santé, aux services médicaux et à l’approvisionnement en eau en Afrique au cours des cinq prochaines années. Pendant cette période, le Japon compte également dépenser un total de 3 milliards de dollars EU en mesures de lutte contre les maladies infectieuses dont le VIH/sida, et, à partir de l’année prochaine, de jeunes volontaires seront envoyés pour travailler avec les communautés africaines sur la diffusion de l’information concernant le VIH/sida.

    M. Kawakami a également évoqué l’enveloppe globale - d’une valeur de 15 milliards de dollars EU sur cinq ans - qui sera employée à combler la fracture numérique.

    Le ministre français de la coopération, Charles Josselin, a réaffirmé l’engagement de la France de soutenir les efforts nationaux et internationaux en faveur de l’Education pour tous. Toutefois, a-t-il averti, « il ne faudrait pas que des ressources supplémentaires soient investies dans des systèmes éducatifs ne démontrant aucune efficacité. » « L’éducation de base doit être élaborée au sein d’un cadre stratégique sectoriel global, et appropriation et partenariat sont les maîtres mots pour développer des plans d’action valables, pour l’EPT » a-t-il déclaré.

    M. Josselin a annoncé que la France allait accorder une remise de dette d’environ 10 milliards d’euros (quelque 8,7 milliards de dollars EU) dans le cadre de l’Initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) qui bénéficiera au secteur social, et à l’éducation en particulier. La France réoriente actuellement son aide au développement afin d’améliorer les capacités des pays en matière d’évaluation, d’analyse et de décentralisation. La France, a indiqué M. Josselin, recrute également 350 assistants techniques pour aider les pays en développement, et a créé, au sein de l’UNESCO, un fond français pour l’éducation de 3,5 millions de francs (467 000 dollars EU) pour aider les pays bien engagés à mettre au point leurs plans d’action pour l’EPT.

    Lors du débat qui a suivi, le Président de l’Internationale de l’éducation, Mary
    Hatwood Futrell, a demandé comment, quand et sous quelle direction la communauté internationale aidera les pays à financer leurs plans d’action nationaux pour l’EPT. « Certains pays ont élaboré des plans viables et ont besoin d’argent dès maintenant pour commencer leur mise en oeuvre, » a-t-elle indiqué. La Tanzanie a besoin en urgence de quelque 93 millions de dollars EU annuels pour développer l’EPT, a-t-elle précisé. Selon elle, les effets d’une augmentation des investissements dans l’éducation doivent d’abord se faire sentir dans les salles de classe, plutôt qu’au niveau des bureaucraties. Clare Short, du Royaume-Uni, a répondu qu’un Fonds mondial paraissait une bonne chose, mais ne permettrait pas d’avancer. « Nous voulons construire un système durable, s’appuyant sur un processus de réforme, » explique-t-elle. La « tâche urgente » consiste à rendre les objectifs opérationnels, a poursuivi Jean-Claude Faure, Président du Comité d’aide au développement de l’OCDE. « Nous devons être capables de mesurer le flux de l’aide, » a-t-il déclaré, ajoutant que le partage clair des responsabilités était essentiel pour les pays comme pour les donateurs.

    Le ministre de l’éducation sénégalais, Moustapha Sourang, s’est félicité de la promesse des donateurs de financer les plans d’action nationaux pour l’EPT. « C’est la première fois depuis les années 1980 que nous assistons à des engagements aussi concrets, » a-t-il constaté. « Voilà qui nous donnera un formidable coup de pouce, même si nous savons que nous ne pouvons pas compter sur le seul financement extérieur. »

    L’Equipe spéciale du G-8 sur l’éducation

    Giandomenico Magliano, Directeur général de la coopération italienne pour le développement et Président de l’Equipe spéciale du G-8 pour l’éducation, a exposé les objectifs de l’Equipe spéciale, créée lors de la réunion du G-8 à Gènes. Elle est chargée de :
    - faciliter la coordination entre les gouvernements et les donateurs ;
    - mobiliser les ressources ;
    - répondre à des besoins clairement définis et assurer le suivi des progrès vers les objectifs de Dakar.

    Selon lui, d’autres propositions opérationnelles pourraient consister à inclure systématiquement l’éducation de base dans le programme d’aide au développement ; promouvoir la formation des planificateurs ; catalyser la participation de la société civile et promouvoir des moyens innovants de transfert du savoir-faire à partir du secteur privé. Il a cité en exemple une campagne mondiale encourageant les entreprises à soutenir des programmes de formation dans les pays en développement, dans le cadre des plans nationaux.

    L’Equipe spéciale se réunira pour la première fois demain, 31 octobre.

    Un rôle pour la société civile

    Après avoir insisté sur le rôle de la société civile dans l’EPT aux niveaux international, national et local, le Directeur de l’OXFAM, Barbara Stocking, a exposé les grandes lignes de sa conception de l’Initiative mondiale. Celle-ci s’appuie sur des plans nationaux valables, sur un « grand-livre mondial » prenant la forme d’un rapport annuel recensant les progrès accomplis, et sur un cadre financier.

    L’UNESCO, la Banque mondiale et d’autres partenaires devraient collaborer sur la question du manque de ressources pour dresser un tableau général de la situation, a-t-elle précisé. Elle estime qu’il est urgent de disposer de cette évaluation mondiale d’ici le printemps pour pouvoir en discuter lors la Session spéciale de l’ONU et de la prochaine réunion du G-8 au Canada.

    Pour Kailash Satyarthi, Président de la Marche mondiale contre le travail des enfants, le droit à l’éducation ne se négocie pas. « Nous traitons l’éducation comme une mesure de bien-être social, » non comme un droit, a-t-il reproché, avant d’évoquer une série de conditions préalables qui peuvent faire de l’éducation un droit véritable : son appropriation par les gens ordinaires ; une participation réelle de toutes les acteurs à tous les niveaux ; un financement tant national qu’international et le suivi de ce financement ; la coordination entre les ministères concernés (éducation, finances, travail, femme, affaires sociales, etc.) ; un engagement et des actions en faveur de l’élimination du travail des enfants, etc. Faire de l’éducation un droit devrait être traité dans un cadre légal, a souligné M. Satyarthi.

    La prochaine réunion du Groupe de haut niveau se tiendra dans un an à l’automne. Pour de plus amples informations sur cette réunion de deux jours, on pourra consulter