Les points
forts du débat au deuxième jour de la réunion
du Groupe de haut niveau
Joint à ce numéro
Texte du communiqué
du Groupe de haut niveau (en
anglais et en
français)
Le Groupe de haut niveau
sur l'EPT réclame un redoublement des efforts
La première réunion
du Groupe de haut niveau sur lEPT sest achevée
aujourdhui à Paris par ladoption dun
communiqué invitant lensemble des partenaires
de lEPT à redoubler defforts pour atteindre
les objectifs de lEducation pour tous. Le communiqué
appelle à une meilleure coordination des efforts,
à des partenariats avec la société
civile et à un financement plus massif et plus
efficace de léducation de base.
Le Groupe de haut niveau,
qui réunit vingt-neuf personnalités - ministres
de léducation et de la coopération
internationale, dirigeants des agences de développement
et représentants de la société civile
-, a décidé la création dune
Equipe spéciale chargée délaborer
une stratégie visant à rendre le Cadre daction
de Dakar opérationnel avant mars 2002. Cette stratégie
devrait, entre autres, définir les principales
actions à mener suivant un calendrier précis,
les rôles et responsabilités généraux
des différents partenaires, ainsi quun consensus
sur une initiative mondiale de mobilisation des ressources
qui sera mise en oeuvre avec effet immédiat. Conduite
par lUNESCO, lEquipe spéciale réunira
une quinzaine de représentants de lensemble
des partenaires de lEPT.
Le communiqué propose
également une série dactions à
entreprendre dès maintenant pour accélérer
le processus au niveau national :
1. Les pays doivent progresser
plus rapidement vers la mise au point des plans sectoriels
englobant lensemble des objectifs de lEPT.
Les plans devront être en place dici 2002.
2. Sappuyant sur
les structures existantes, les partenaires au niveau national
devront définir des critères et des mécanismes
dexamen et de mobilisation des ressources pour leurs
plans pour lEPT. Lorsque les pays seront dans lincapacité
de financer leurs plans daction, la Banque mondiale
devra prendre le relais, évaluant et palliant la
pénurie de ressources. Dans les situations où
la Banque mondiale ne serait pas en mesure de le faire,
les Nations Unies et dautres partenaires devraient
trouver les moyens de combler cette lacune.
Le communiqué invite
également à létablissement
dun rapport analytique de suivi annuel de lEPT
et faisant autorité, à partir des données
nationales, afin dévaluer dans quelle mesure
les pays et la communauté internationale tiennent
les engagements pris à Dakar.
Enfin, le communiqué
invite lUNESCO à tirer les enseignements
de la première réunion du Groupe de haut
niveau de façon à mieux orienter les discussions
lors des réunions à venir.
Les points forts du débat
au deuxième jour de la réunion du Groupe de
haut niveau
Le débat a porté pour l'essentiel sur les
points suivants :
- la mobilisation des ressources ;
- l'Equipe spéciale du G-8 sur l'éducation
;
- un rôle pour la société civile.
La mobilisation des
ressources
Si lon veut tenir
la promesse faite à Dakar quaucun pays qui
a pris un engagement sérieux en faveur de léducation
de base ne souffrira du manque de ressources, il y a,
selon Clare Short, Secrétaire dEtat à
la coopération pour le développement international
(DFID) du Royaume-Uni, deux questions cruciales à
se poser. Quand est-on certain quun pays «
a pris un engagement sérieux » et comment
la communauté internationale compte-t-elle répondre
à cet engagement ? « Nous devons préciser
clairement ce que les pays en développement doivent
faire pour apporter la preuve de leur engagement sérieux
en faveur de lEducation pour tous, » a déclaré
Mme Short. Elle suggère les critères suivants
:
- une forte volonté
politique témoignant dun engagement en faveur
de léducation primaire universelle et de
lélimination des disparités sexuelles
;
- des politiques nationales sérieuses et bien articulées
avec les stratégies de lutte contre la pauvreté
;
- des plans pour lEPT séparés, extérieurs
aux programmes de réduction de la pauvreté
ou venant en complément des plans du secteur éducatif
existants, sont à éviter.
- une abolition rapide des droits de scolarité
et autres entraves financières à laccès
à léducation ;
- le niveau des ressources nationales affectées
à léducation de base ;
- des efforts pour promouvoir la parité entre les
sexes. Ceci comprend, entre autres, des formations pour
mieux sensibiliser les enseignants aux disparités
sexuelles et la création denvironnements
scolaires sécurisants.
Sil savère
que les pays ont pris des engagements sérieux,
les donateurs devront leur apporter une réponse
adéquate, a souligné Mme Short, ajoutant
que « les agences du développement, dans
leur ensemble, naccordent toujours pas à
léducation de base les ressources nécessaires.
»
Jo Ritzen, Vice-président
chargé du Réseau sur le développement
humain à la Banque mondiale, a souligné
la nécessité de concilier deux défis
interconnectés : la nécessité de
combler les lacunes financières et les lacunes
politiques. Les lacunes financières, a-t-il expliqué,
sont la différence entre les ressources susceptibles
dêtre mobilisées par les pays eux-mêmes
et la somme dont ils auront besoin pour atteindre les
objectifs de Dakar. Les estimations actuelles, généralement
basées sur les coûts unitaires et les structures
financières existantes, ne sont pas satisfaisantes,
a-t-il précisé, parce qu« elles
supposent pour la plupart quon pourra parvenir à
lEPT en continuant ce que lon fait déjà,
en faisant simplement un peu plus. » Or, a-t-il
poursuivi, réaliser lEPT exige que lon
atteigne des populations chaque jour plus marginalisées,
ainsi que des enfants handicapés, et quon
résolve des problèmes tels que le redoublement
et labandon.
LEPT ne se fera donc
pas sans une réforme massive des politiques nationales.
Les efforts consentis pour pallier la pénurie de
ressources doivent aller de pair avec un engagement national
à compenser les lacunes politiques. « On
ne peut combler les unes sans combler les autres, »
a souligné M. Ritzen, avant dajouter : «
Nous vous soutiendrons pendant ce processus de changement
dans chacun des pays. »
Une nouvelle estimation
des ressources manquant à lEPT, basée
sur une analyse par pays, sera effectuée avant
les réunions de printemps de la Banque mondiale
et du Comité daide au développement,
a précisé M. Ritzen.
M. Takao Kawakami, Président
de lAgence japonaise de coopération internationale
(JICA), a annoncé que le Japon entendait attribuer
quelque 750 millions de dollars EU à léducation,
à la santé, aux services médicaux
et à lapprovisionnement en eau en Afrique
au cours des cinq prochaines années. Pendant cette
période, le Japon compte également dépenser
un total de 3 milliards de dollars EU en mesures de lutte
contre les maladies infectieuses dont le VIH/sida, et,
à partir de lannée prochaine, de jeunes
volontaires seront envoyés pour travailler avec
les communautés africaines sur la diffusion de
linformation concernant le VIH/sida.
M. Kawakami a également
évoqué lenveloppe globale - dune
valeur de 15 milliards de dollars EU sur cinq ans - qui
sera employée à combler la fracture numérique.
Le ministre français
de la coopération, Charles Josselin, a réaffirmé
lengagement de la France de soutenir les efforts
nationaux et internationaux en faveur de lEducation
pour tous. Toutefois, a-t-il averti, « il ne faudrait
pas que des ressources supplémentaires soient investies
dans des systèmes éducatifs ne démontrant
aucune efficacité. » « Léducation
de base doit être élaborée au sein
dun cadre stratégique sectoriel global, et
appropriation et partenariat sont les maîtres mots
pour développer des plans daction valables,
pour lEPT » a-t-il déclaré.
M. Josselin a annoncé
que la France allait accorder une remise de dette denviron
10 milliards deuros (quelque 8,7 milliards de dollars
EU) dans le cadre de lInitiative Pays pauvres très
endettés (PPTE) qui bénéficiera au
secteur social, et à léducation en
particulier. La France réoriente actuellement son
aide au développement afin daméliorer
les capacités des pays en matière dévaluation,
danalyse et de décentralisation. La France,
a indiqué M. Josselin, recrute également
350 assistants techniques pour aider les pays en développement,
et a créé, au sein de lUNESCO, un
fond français pour léducation de 3,5
millions de francs (467 000 dollars EU) pour aider les
pays bien engagés à mettre au point leurs
plans daction pour lEPT.
Lors du débat qui
a suivi, le Président de lInternationale
de léducation, Mary
Hatwood Futrell, a demandé comment, quand et sous
quelle direction la communauté internationale aidera
les pays à financer leurs plans daction nationaux
pour lEPT. « Certains pays ont élaboré
des plans viables et ont besoin dargent dès
maintenant pour commencer leur mise en oeuvre, »
a-t-elle indiqué. La Tanzanie a besoin en urgence
de quelque 93 millions de dollars EU annuels pour développer
lEPT, a-t-elle précisé. Selon elle,
les effets dune augmentation des investissements
dans léducation doivent dabord se faire
sentir dans les salles de classe, plutôt quau
niveau des bureaucraties. Clare Short, du Royaume-Uni,
a répondu quun Fonds mondial paraissait une
bonne chose, mais ne permettrait pas davancer. «
Nous voulons construire un système durable, sappuyant
sur un processus de réforme, » explique-t-elle.
La « tâche urgente » consiste à
rendre les objectifs opérationnels, a poursuivi
Jean-Claude Faure, Président du Comité daide
au développement de lOCDE. « Nous devons
être capables de mesurer le flux de laide,
» a-t-il déclaré, ajoutant que le
partage clair des responsabilités était
essentiel pour les pays comme pour les donateurs.
Le ministre de léducation
sénégalais, Moustapha Sourang, sest
félicité de la promesse des donateurs de
financer les plans daction nationaux pour lEPT.
« Cest la première fois depuis les
années 1980 que nous assistons à des engagements
aussi concrets, » a-t-il constaté. «
Voilà qui nous donnera un formidable coup de pouce,
même si nous savons que nous ne pouvons pas compter
sur le seul financement extérieur. »
LEquipe spéciale
du G-8 sur léducation
Giandomenico Magliano,
Directeur général de la coopération
italienne pour le développement et Président
de lEquipe spéciale du G-8 pour léducation,
a exposé les objectifs de lEquipe spéciale,
créée lors de la réunion du G-8 à
Gènes. Elle est chargée de :
- faciliter la coordination entre les gouvernements et
les donateurs ;
- mobiliser les ressources ;
- répondre à des besoins clairement définis
et assurer le suivi des progrès vers les objectifs
de Dakar.
Selon lui, dautres
propositions opérationnelles pourraient consister
à inclure systématiquement léducation
de base dans le programme daide au développement
; promouvoir la formation des planificateurs ; catalyser
la participation de la société civile et
promouvoir des moyens innovants de transfert du savoir-faire
à partir du secteur privé. Il a cité
en exemple une campagne mondiale encourageant les entreprises
à soutenir des programmes de formation dans les
pays en développement, dans le cadre des plans
nationaux.
LEquipe spéciale
se réunira pour la première fois demain,
31 octobre.
Un rôle pour
la société civile
Après avoir insisté
sur le rôle de la société civile dans
lEPT aux niveaux international, national et local,
le Directeur de lOXFAM, Barbara Stocking, a exposé
les grandes lignes de sa conception de lInitiative
mondiale. Celle-ci sappuie sur des plans nationaux
valables, sur un « grand-livre mondial » prenant
la forme dun rapport annuel recensant les progrès
accomplis, et sur un cadre financier.
LUNESCO, la Banque
mondiale et dautres partenaires devraient collaborer
sur la question du manque de ressources pour dresser un
tableau général de la situation, a-t-elle
précisé. Elle estime quil est urgent
de disposer de cette évaluation mondiale dici
le printemps pour pouvoir en discuter lors la Session
spéciale de lONU et de la prochaine réunion
du G-8 au Canada.
Pour Kailash Satyarthi,
Président de la Marche mondiale contre le travail
des enfants, le droit à léducation
ne se négocie pas. « Nous traitons léducation
comme une mesure de bien-être social, » non
comme un droit, a-t-il reproché, avant dévoquer
une série de conditions préalables qui peuvent
faire de léducation un droit véritable
: son appropriation par les gens ordinaires ; une participation
réelle de toutes les acteurs à tous les
niveaux ; un financement tant national quinternational
et le suivi de ce financement ; la coordination entre
les ministères concernés (éducation,
finances, travail, femme, affaires sociales, etc.) ; un
engagement et des actions en faveur de lélimination
du travail des enfants, etc. Faire de léducation
un droit devrait être traité dans un cadre
légal, a souligné M. Satyarthi.
La prochaine réunion
du Groupe de haut niveau se tiendra dans un an à
lautomne. Pour
de plus amples informations sur cette réunion de
deux jours, on pourra consulter