|
|
 |
| Education pour Tous > Documents de référence > Forum Mi-Décennie 1996 >
| |
|
 |
|
 |
|
Allocution de M. Federico Mayor
Directeur général de l'Organisation des Nations Unies
pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO)
prononcée à l'ouverture de la réunion à la mi-décennie
du Forum international consultatif sur l'éducation pour tous
Amman, 16 juin 1996
DG/96/18
Original anglais
Monsieur le Premier Ministre par intérim et Ministre de l'enseignement supérieur, représentant
S. M. le roi Hussein, Monsieur le Ministre de l'éducation, Messieurs les Ministres,
Messieurs les délégués, Mesdames, Messieurs,
Au nom du PNUD, de l'UNESCO, de l'UNICEF, du FNUAP et de la Banque mondiale, j'ai
l'honneur d'ouvrir la réunion à la mi-décennie du Forum international consultatif sur l'éducation
pour tous. Je tiens à exprimer ici ma sincère gratitude à Sa Majesté et au gouvernement
jordanien pour leur généreuse hospitalité.
Cette réunion a été organisée pour dresser un bilan des résultats que la communauté
internationale - pays, donateurs, organisations non gouvernementales et autres partenaires - a
obtenus dans le domaine de l'éducation de base depuis la Conférence mondiale sur l'éducation
pour tous, tenue à Jomtien Thaïlande) en 1990. Cette conférence avait fait date: pour la
première fois, des dirigeants politiques et des représentants du monde de l'éducation et de la
société civile se mettaient d'accord sur un plan d'action mondial destiné à dispenser une
éducation de base à tous les enfants et à réduire massivement l'analphabétisme chez les jeunes
et les adultes.
Mais où en sommes-nous six ans après Jomtien ? Les pays du monde, et les donateurs, ont-ils
tenu leurs engagements ? Je suis heureux d'annoncer aujourd'hui que Jomtien a bien marqué un
tournant. Les conclusions de l'examen à mi-parcours de la décennie des progrès accomplis vers
l'éducation pour tous, effectué sur le plan mondial dans le courant de l'année dernière, montrent
que l'éducation de base a incontestablement progressé. Non pas dans chaque pays et certes pas
autant que nous l'avions espéré, mais des mesures significatives ont été prises en vue d'atteindre
l'objectif de l'éducation pour tous.
Un effort concerté des ministères de l'éducation, des organisations internationales, des
chercheurs et des éducateurs nous a permis de faire le point de la situation de l'éducation dans
le monde en développement à mi-chemin entre Jomtien et l'an 2000. Ce bilan est plus complet
et plus à jour que jamais auparavant, et cela est en soi un résultat notable.
En tout premier lieu, dans 80 % des pays en développement, la scolarisation dans
l'enseignement primaire n'a cessé de progresser depuis 1990. C'est là peut-être le plus positif et
le plus significatif de tous les éléments du bilan. Malgré la crise économique qui a frappé tant
de pays pauvres au cours des années 90, la tendance au recul de la scolarisation observée dans
les années 80 s'est inversée.
Entre 1990 et 1995, les effectifs, dans l'ensemble des pays en développement, ont augmenté de
50 millions d'élèves, c'est-à-dire à un rythme deux fois plus rapide que dans les années 80. L'Asie du Sud et l'Afrique subsaharienne ont été les deux régions qui ont scolarisé le
plus d'élèves supplémentaires, avec un total global de quelque 33 millions. C'est un véritable
exploit. La première moitié des années 90 s'est révélée être une période de redressement de
l'éducation.
Ces tendances positives apparaissent plus encourageantes Les encore lorsque nous considérons
la proportion des enfants d'âge scolaire qu'on a pu recevoir dans les écoles. Le taux net de
scolarisation, c'est-à-dire le pourcentage des enfants ayant l'âge officiel d'être scolarisés dans
l'enseignement primaire qui ont effectivement fréquenté l'école, a progressé dans toutes les
régions en développement. Cette progression varie entre 60 % de taux net de scolarisation dans
l'Afrique subsaharienne et des chiffres plus élevés encore en Amérique latine et en Asie de l'Est,
où le taux dépassera 90 % avant la fin du siècle.
Mais qu'en est-il des enfants non scolarisés ? La communauté mondiale a-t-elle honoré les
engagements qu'elle a pris envers eux ? A l'époque de la Conférence de Jomtien, on avait prévu
que le nombre d'enfants ne trouvant pas de place à l'école passerait de 128 millions à 148
millions environ d'ici à l'an 2000. Toutefois, les données les plus récentes dont nous disposons
autorisent des prévisions plus optimistes: pour la première fois, le nombre des filles et des
garçons non scolarisés est en baisse; il était estimé en 1995 à 110 millions environ, et il devrait
continuer à diminuer.
Les nouvelles sont réconfortantes aussi en ce qui concerne le développement des jeunes enfants,
si important pour préparer les enfants à la vie et à l'apprentissage. Depuis 1990, la participation
aux programmes en faveur de la première enfance a augmenté de quelque 20 %. Ces
programmes touchent aujourd'hui 56 millions de jeunes enfants, soit un enfant sur cinq dans le
groupe d'âge de 3 à 6 ans. Les filles représentent près de la moitié de toutes les inscriptions.
Bien que les ressources affectées à ce domaine en pleine expansion restent encore insuffisantes,
elles s'élèvent aujourd'hui à 4 % des budgets nationaux de l'éducation. On se préoccupe aussi
davantage des enfants en danger - enfants des rues, réfugiés, victimes de la guerre - dont
beaucoup ont pu bénéficier de programmes combinant éducation, santé et nutrition. Le mérite
de ces résultats revient en grande partie aux organisations non gouvernementales, qui ont mis
leur dévouement et leur esprit novateur au service de l'objectif mondial de l'éducation pour
tous.
A la suite de Jomtien, un nombre croissant de donateurs ont également réorienté leur politique
pour donner la priorité à l'éducation de base. Il ressort d'une enquête conduite par l'UNESCO
en 1995 que le total des engagements et des paiements des donateurs en faveur de l'éducation
de base avait augmenté en termes relatifs. Certains pays donateurs, comme l'Allemagne et les
Pays-Bas, ont considérablement augmenté le financement accordé à l'éducation de base.
Le PNUD, l'UNESCO, l'UNICEF, la Banque mondiale et le FNUAP ont renforcé leur
partenariat et chacune de ces institutions a accru son soutien à l'éducation de base. Le Sommet
de neuf pays à forte population consacré à l'éducation pour tous, tenu à New Delhi en 1993, qui
a été l'initiative interrégionale la plus marquante qui ait été prise depuis 1990, a bénéficié d'un
appui conjoint de l'UNESCO, de l'UNICEF, du FNUAP et du PNUD. Et ces neuf pays, je suis
heureux de l'annoncer, se réuniront demain ici même - comme ils l'avaient fait à Copenhague en
mars 1995 à l'occasion du Sommet mondial pour le développement social - afin de réaffirmer leur engagement et de débattre de la poursuite de leur coopération et de leur action en vue de réaliser l'éducation pour tous.
Dans l'ensemble, le bilan est positif et nous devons être fiers des résultats obtenus. Mais nous
savons qu'il y a encore beaucoup à faire pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux
dans tous les pays, du Nord comme du Sud.
Il est évident, pour commencer, que nous ne faisons pas assez pour atteindre ces millions
d'enfants qui travaillent encore dans les champs ou dans les usines, ou qui errent dans les rues
des grandes villes. En Afrique par exemple, bien que la proportion des enfants scolarisés
augmente, le nombre des enfants du groupe d'âge de 6 à ll ans qui ne fréquentent toujours pas
l'école s'est accru de 2 millions environ depuis 1990, pour atteindre 39,3 millions, dont deux
tiers de filles. Cela est tout simplement inacceptable. Le plus important que nous puissions faire
pour ces enfants - qui manquent par ailleurs de presque tout - c'est de leur donner une éducation
de base adaptée à leurs besoins. C'est leur droit. et c'est notre devoir.
Nous ne faisons pas non plus assez pour les millions d'enseignants qui, sur la ligne de front de
l'éducation. travaillent trop souvent dans des conditions difficiles. dans des classes surchargées,
pour une rémunération inadéquate. Lors d'une réunion organisée récemment par l'Organisation
internationale du travail et consacrée aux effets des programmes d'ajustement structurel sur les
enseignants, il a été souligné que la dévaluation des monnaies et le gel des traitements
contraignent de nombreux enseignants à avoir un deuxième emploi ou à quitter purement et
simplement la profession. En octobre de cette année, les ministres de l'éducation du monde
entier se retrouveront à Genève pour la 45e session de la Conférence internationale de
l'éducation où ils se pencheront sur le rôle des enseignants dans un monde en changement.
J'espère sincèrement que le choix de ce thème contribuera à appeler l'attention internationale sur
la détérioration des conditions de travail des enseignants et facilitera la recherche de solutions.
Nous ne faisons pas assez pour que les enfants qui parviennent à trouver une place à l'école y
apprennent effectivement quelque chose d'utile. La qualité de l'enseignement qu'ils reçoivent est
souvent d'un niveau inacceptablement médiocre et la plupart des pays en développement n'ont
toujours pas les moyens de surveiller l'enseignement dispensé. Les redoublements et les
abandons - qui ne constituent pas seulement un gaspillage énorme de ressources publiques. mais
également un gaspillage tragique de talents et un facteur de démoralisation chez ceux qui
apprennent- représentent un problème majeur auquel il faudra s'attaquer résolument dans les
années à venir.
Nous ne faisons pas assez pour en finir avec l'inégalité entre les sexes. Malgré les déclarations
solennelles de dirigeants mondiaux qui disent vouloir investir dans les femmes et les jeunes filles,
les disparités entre les sexes demeurent le principal obstacle à la réalisation de l'éducation pour
tous. Les filles sont moins nombreuses à être scolarisées que les garçons, et les deux tiers des
adultes analphabètes dans le monde, soit 565 millions. sont des femmes. Nous l'avons déjà dit à
maintes reprises, il nous faut le répéter avec plus de force encore: une société qui néglige
l'éducation de ses filles hypothèque son avenir.
Enfin, nous ne faisons pas assez pour apprendre à lire et à écrire aux jeunes et aux adultes et
pour leur donner une formation en dehors de l'école. Le nombre des adultes illettrés est estimé
aujourd'hui à quelque X85 millions de personnes. Vu l'énormité de ce chiffre, les ressources
consacrées à l'alphabétisation demeurent tout à fait insuffisantes.
Les défauts qui continuent à caractériser l'éducation dispensée à travers le monde devraient
nous faire réfléchir avant que nous nous félicitions des progrès réalisés ces dernières années en matière d'éducation de base. En réalité, le mérite devrait en revenir aux millions d'enfants, d'apprenants adultes, de parents et d'enseignants qui, en dépit de grandes difficultés, n'ont cessé de manifester leur foi dans l'éducation. Paolo Freire a dit que "les pauvres entendent dire si souvent qu'ils ne sont bons à rien, qu'ils ne savent rien et qu'ils sont incapables de quoi que ce soit qu'ils risquent de finir par se convaincre de leur propre incapacité..." Pourtant, le
bilan éducatif positif que nous présentons ici nous montre que, malgré le manque de confiance
en soi, les difficultés économiques et la mauvaise qualité de l'enseignement, il y a là-bas sur le
terrain la conviction profonde que l'éducation compte. C'est cette foi de la part de ceux qui
apprennent qui explique le redressement de l'éducation dont nous sommes les témoins.
Demain après-midi, nous rencontrerons certains de ces enfants, de ces hommes et de ces
femmes qui ont donné la preuve qu'ils croyaient fermement à l'éducation. Je suis extrêmement
heureux que ces "porte-parole de la base" aient accepté d'être parmi nous et de prendre part à
notre dialogue. Après tout, l'éducation n'est pas seulement l'affaire de ministres, de spécialistes,
d'experts des Nations Unies, de représentants des donateurs ou de fonctionnaires de
l'enseignement. L'éducation suppose un vrai partenariat entre éducateurs, enfants, jeunes et
apprenants adultes, parents et enseignants. Nous devons être à l'écoute de ce qui les préoccupe.
Et nous avons besoin d'être à la hauteur de leur détermination et de leur foi dans l'éducation:
éducation pour tous, par tous et avec tous. Oui, l'éducation est un droit fondamental et tous les
acteurs sociaux doivent en garantir le plein exercice, et notamment les parlements, les
municipalités, les autorités religieuses et les forces armées.
Que peut-on et que devrait-on donc faire pour accélérer et renforcer la marche vers nos
objectifs ? Je voudrais énumérer six domaines qu'il est nécessaire que vous étudiiez de près, et
cc non pas seulement au cours des trois prochains jours, mais, ce qui Est décisif, au cours des
années à venir.
Premièrement, la "vision plus large de Jomtien" doit se concrétiser davantage tant dans les
principes que dans la pratique. Nous avons besoin de sortir des limites de la classe pour atteindre
ceux à qui l'on dénie le droit à l'éducation. Il nous faut fournir des possibilités d'apprendre à
tous, sans distinction d'âge, de situation géographique et de statut socio-économique. On ne
pourra pas répondre aux besoins éducatifs réels et variés de ces apprenants en se bornant à
intensifier le type d'effort déployé jusqu'à présent. L'éducation pour tous ne pourra devenir
réalité que si nous mettons en place un véritable système d'apprentissage sans frontières". Il faut
que la possibilité d'apprendre soit mise à la disposition de chacun, à n'importe quel moment,
n'importe où, à tout âge et en toutes circonstances. Et la technologie, sans être la panacée, peut
contribuer à surmonter les barrières de l'enseignement scolaire traditionnel et à instaurer un
système d'apprentissage ouvert permanent. Pour inclure les exclus, il nous Faut atteindre ceux
qui n'ont pas encore été atteints X émissions de radio, auxiliaires audio visuels, CD-ROM
interactifs doivent être accessibles à tous. y compris à ceux qui vivent en des lieux reculés.
Aujourd'hui il faut que nous soyons en première ligne sur les autoroutes de l'information. Mais il
faut aussi que nous soyons présents sur les petites routes - dans les 600.000 villages du monde
qui n'ont pas l'électricité, mais qui doivent pouvoir bénéficier des derniers progrès dans
l'exploitation de l'énergie solaire et d'autres formes d'énergie renouvelables.
Deuxièmement, il faut trouver pour l'éducation de hase des ressources supplémentaires et celles-ci
doivent être mieux utilisées. Plusieurs des pays les moins avancés consacrent plus 5% de leur
budget national à l'éducation, et, malgré cet investissement proportionnellement élevé, ne parviennent cependant à scolariser qu'une *action des enfants en âge de fréquenter
l'école. Beaucoup des pays les plus pauvres, notamment ceux qui sortent d'une guerre civile,
auront besoin d'un soutien beaucoup plus important de la part de la communauté internationale.
Les changements politiques profonds qui se sont produits depuis Jomtien - la fin de la guerre
froide, le processus de paix au Moyen-Orient et la démocratisation en Afrique du Sud et dans de
nombreux autres pays- ont ouvert des possibilités. Et pourtant nous entendons souvent dire que
le financement public de l'éducation est limité par la modicité des ressources de l'Etat. En est-il
vraiment ainsi ? Ou bien n'est-ce pas aussi une question de choix ? Lors du Sommet de neuf
pays à forte population consacré à l'éducation pour tous, qui s'est tenu en 1993, Mahbub ul
Haq, coordonnateur principal de la publication du rapport mondial du PNUD sur le
développement humain a déclaré: "N'oublions pas que le coût de chaque avion de combat est
égal à celui de la scolarisation d'un million d'enfants dans le primaire. Si seulement les dirigeants
des neuf pays qui ont participé à ce Sommet s'engageaient aujourd'hui à n'acheter au cours des
sept années à venir que 75 avions de combat de moins, l'objectif de l'éducation de base pour
tous serait atteint." Le choix nous appartient.
Récemment, j'ai publié dans l'International Herald Tribune, avec le Président de la Banque
mondiale et les chefs des secrétariats de l'UNICEF, du PNUD et du FNUAP, un article intitulé:
"Education: the best investment" (L'éducation: le meilleur investissement). Si d'ici à l'an 2000
tous les pays du monde pouvaient investir dans leur budget de l'éducation au moins 6% de leur
PNB, le début du XXIe siècle marquerait vraiment un tournant. Les ressources existent: c'est
maintenant une question de priorité. Les menaces sont différentes de celles qui pesaient lors de
la guerre froide. Toutes les armes de destruction massive doivent être désormais interdites, de
même que les dispositifs pervers comme les mines antipersonnel. L'industrie militaire devra
subir dans les prochaines années de profondes transformations pour pouvoir contribuer à
relever les défis qui se posent à travers le monde, comme par exemple la mise en place de
transports urbains, de systèmes de distribution d'eau, etc. Nous avons besoin de démocraties
stables, et les forces armées doivent défendre la primauté du droit, la liberté et les droits de
l'homme. Mais nous avons besoin des dividendes de la paix pour mettre en valeur les ressources
humaines et pour forger les attitudes qui sont indispensables à la paix et à la sécurité Il n'y a
qu'un type de pédagogie: la pédagogie de l'exemple. Nous ne saurions donner à nos enfants de
mauvais exemples, comme le blanchiment de l'argent sale qui favorise la toxicomanie. Nous ne
saurions promettre paix et développement sans partager mieux et sans réaménager nos priorités
nationales.
Un autre moyen d'obtenir des fonds pour l'éducation consisterait à innover pour alléger le
fardeau écrasant de la dette. Selon le Rapport mondial sur le développement humain 1995, la
dette extérieure des pays en développement dépassait en 1993 1.800 milliards de dollars des
Etats-Unis, et le service de la dette absorbait 22% de leurs recettes d'exportation. Créanciers et
débiteurs doivent imaginer des moyens d'alléger ce fardeau et en particulier favoriser une
transformation des dettes en investissements dans l'éducation Autre bonne nouvelle, la Banque
mondiale a récemment annoncé qu'elle était prête à prendre des mesures spéciales pour réduire
ou même annuler les dettes des pays les moins avancés.
Troisièmement, il faut apporter une amélioration réelle au recrutement, à la formations, aux
conditions de travail et au statut des enseignants. Des mesures d'incitation spéciales sont
nécessaires pour attirer et retenir les bons enseignants. en particulier les femmes et ceux qui sont disposés à enseigner dans les zones rurales. Nous devons tirer davantage parti de
l'expérience des enseignants. Nous devons apprendre à les écouter: ils ont besoin de nos
conseils sur les derniers progrès techniques, mais le recyclage des enseignants doit être un
processus interactif comportant des avantages mutuels.
Quatrièmement, il faut faire beaucoup plus pour alphabétiser les adolescents et les adultes et
leur inculquer les connaissances de la vie courante pour leur permettre de faire Face au
changement et de contribuer à un développement durable. J'estime que nous pouvons utiliser
progressivement les techniques de l'audiovisuel pour faciliter l'acquisition intensive de
compétences dans la langue maternelle. Ils pourront alors aborder plus aisément le processus
d'alphabétisation. Cela est particulièrement important au lendemain de luttes intestines, quand il
faut mettre en oeuvre des méthodes pédagogiques personnalisées pour faciliter la
reconstruction sociale et la réconciliation nationale.
Cinquièmement, il faut améliorer la qualité de l'enseignement et de l'apprentissage. tant en ce
qui concerne le contenu que les méthodes afin de relever le niveau des résultats scolaires. C'est
ce que les enfants apprennent, et non pas simplement les statistiques de la scolarisation, qui
donne la mesure du progrès accompli. Pour que les enfants apprennent vraiment, il faut leur
inculquer à tous les principes et les valeurs qui leur permettront d'être eux-mêmes, de forger leur
propre destinée, de choisir par eux-mêmes, de sauvegarder la diversité et de vivre ensemble.
C'est ce qui s'appelle construire la paix.
Sixièmement et c'est là le plus important, il faut faire beaucoup plus pour rendre
l'enseignement accessible aux jeunes filles et aux femmes. Nombreuses sont les expériences
couronnées de succès dont il est possible, et dont il est nécessaire, de tirer parti - en particulier
celles qui rassemblent décideurs. dirigeants communautaires. parents et jeunes filles - pour
éliminer les préjugés sexistes dans les écoles. L'obstacle n'est pas de nature technique. il est
beaucoup plus complexe que cela. Nous devons éliminer la discrimination à l'encontre des
femmes afin que celles-ci puissent accéder à toutes les possibilités de s'instruire.
Ce que je préconise ici est bien plus que l'éducation pour l'éducation. L'éducation est
probablement le plus efficace de tous les moyens visant à maîtriser la croissance de la
population, à réduire la mortalité infantile, à éliminer la pauvreté et à faire prévaloir la
démocratie, la paix et le développement durable. Il est important de diffuser avec insistance cc
message auprès des décideurs à travers le monde et qu'ils reconnaissent l'éducation pour ce
qu'elle est, à savoir la clé qui permettra d'atteindre les objectifs pour lesquels l'Organisation des
Nations Unies a été créée.
Ce message a du reste été vigoureusement repris par certaines des grandes conférences des
Nations Unies organisées depuis cinq ans: le Sommet de la Terre à Rio, la Conférence mondiale
sur les droits de l'homme à Vienne, la Conférence internationale sur la population et Ie
développement au Caire, le Sommet mondial pour le développement social à Copenhague et la
Conférence mondiale sur les femmes à Beijing. Toutes ces conférences ont réaffirmé le rôle
central que l'éducation joue dans la réalisation des objectifs de justice, d'égalité, de
développement et de paix.
Investir dans l'éducation, c'est investir dans les êtres humains, et c'est pour cela qu'il faut
longtemps pour que l'éducation donne des résultats tangibles. C'est pourquoi la mise en valeur
de nos ressources humaines exigera un effort soutenu pendant plusieurs décennies. Le moment
est venu d'agir. Le succès de la présente réunion ne se mesurera pas aux résolutions que nous adopterons ici, mais à nos actes et à nos réalisations dans les mois et les années à venir. Je puis
vous donner l'assurance que les organisations qui ont parrainé la Conférence de Jomtien, de
concert avec les nombreux organismes d'aide multilatérale et bilatérale qui sont nos partenaires,
sont prêtes à prendre toute leur part à cet effort. Tous ensemble, avec détermination et
imagination, nous pourrons progresser plus vite sur la voie de l'éducation pour tous et, partant,
faire avancer sensiblement la cause de la paix, de la justice, de l'égalité et de la liberté pour tous.
|
|
 |