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RÉSUMÉ
I - Première évaluation des progrès réalisés
Répondant à la préoccupation mondiale face à la dégradation des systèmes d'enseignement constatée au cours des années 80, la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous - Répondre aux besoins éducatifs fondamentaux s'est tenue à Jomtien (Thaïlande) en mars 1990. Réaffirmant le droit à l'éducation de tous, et à tout âge, la Conférence a adopté la Déclaration mondiale sur l'éducation pour tous et a convenu d'un Cadre d'action pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux (en anglais). La Déclaration a élargi le champ de l'éducation de base en y intégrant les activités d'éveil du jeune enfant, I'enseignement primaire, l'éducation non formelle (y compris l'alphabétisation et les compétences de la vie courante) des jeunes et des adultes, et l'apprentissage par le biais des médias ou de l'action sociale.
L'EPT dans un monde en transition
Les efforts nationaux en faveur de l'éducation pour tous menés dans les années 90 ont dû tenir compte des changements intervenus dans l'ordre politique et économique mondial à l'issue de la Guerre froide : apparition de nouvelles nations indépendantes, globalisation en cours de l'économie mondiale, expansion du secteur des services et rapide développement des nouvelles technologies d'information et de communication - qui exigent de nouvelles connaissances, de nouvelles compétences et de nouveaux comportements. Parallèlement, on constate une forte croissance démographique dans les pays en développement, le groupe d'âge des 6-11 ans devant s'accroître de quelque 19% au cours des années 90 : ce sont ainsi 103 millions d'enfants supplémentaires qui auront besoin d'une place à l'école.
Plusieurs conférences majeures des Nations Unies organisées au cours des années 90 ont souligné I'importance du développement humain et rappelé le rôle central de l'éducation en tant que clé du développement durable et de l'amélioration des conditions de vie.
Pratique de l'EPT dans les différents pays
Les pays en développement ont, dans leur grande majorité, relever le défi de la Conférence de Jomtien. Ils ont ainsi procédé à l'évaluation de leurs systèmes éducatifs en cours, élaboré des politiques visant à améliorer I'éducation fondamentale, renforcer les capacités des individus et des institutions à gérer l'éducation, créer un environnement politique favorable à l'évolution, élargi les partenariats et diversifié les sources de revenus et, enfin, exploré les modes d'utilisation des canaux d'information et de communication tant traditionnels que modernes pour favoriser l'accès à l'éducation fondamentale.
Collaboration à l'échelle régionale et mondiale
Le Forum consultatif international sur l'éducation pour tous, créé pour promouvoir et contrôler les progrès de I'EPT, constitue le point focal d'information et de dialogue à l'échelle mondiale. Plusieurs autres réseaux ont contribué à renforcer la coopération et le dialogue entre les agences bilatérales et multilatérales, entre les agences et les pays, et au sein des ONG.
Selon une enquête effectuée en 1995, les engagements et les versements effectifs des donateurs
ont augmenté depuis 1990 tant en termes absolus que relatifs. Plusieurs agences bilatérales ont accordé la priorité à l'éducation de base, et la Banque mondiale ainsi que d'autres agences multilatérales ont accru de manière significative leurs engagements en faveur de l'éducation de base.
Progrès global en matière d'Éducation pour Tous
L'évaluation à mi-parcours des progrès réalisés en vue de l'éducation pour tous permet de dresser un tableau général, bien qu'incomplet, des progrès accomplis et des problèmes rencontrés depuis 1990 dans les six domaines définis par le Cadre d'action de Jomtien (en anglais) :
L'éveil du jeune enfant : les activités d'éveil du jeune enfant sont un aspect de l'éducation de base qui a connu un développement rapide, touchant actuellement quelque 56 millions d'enfants dans les pays en développement, soit environ un enfant sur cinq dans le groupe d'âge des 3 à 6 ans. Des efforts sont actuellement consentis en faveur des enfants les plus fragiles qui sont mieux pris en charge grâce à des programmes intégrés, associant éducation, santé et nutrition.
En dépit de leurs difficultés économiques, la majorité des pays en développement frappés par une déscolarisation massive dans l'enseignement primaire dans les années 80 ont apparemment réussi à surmonter leur handicap pour inverser cette tendance négative. Entre 1990 et 1995, l'effort de scolarisation de l'ensemble des pays en développement a permis d'accueillir 50 millions d'élèves supplémentaires, ce qui représente un rythme de progression deux fois plus rapide qu'au cours de la décennie précédente. Dans l'ensemble de ces pays, le taux net de scolarisation (TNS) mesurant le pourcentage de la population officielle d'âge scolaire effectivement scolarisé, est en augmentation. Ainsi, en Afrique, deux enfants sur trois environ sont scolarisés, malgré les effets dévastateurs
de la guerre civile et ses répercussions sur la scolarisation dans divers pays. Dans les régions de l'Amérique latine et des Caraïbes et de l'Asie orientale et de l'Océanie, le TNS aura largement dépassé les 90010 d'ici à l'an 2000.
Selon les dernières statistiques, le nombre d'enfants non scolarisés d'âge scolaire est estimé en 1995 à quelque 110 millions, ce qui représente une diminution significative par rapport aux 129 millions estimés en 1990 et aux projections catastrophiques réalisées à l'époque. En Afrique subsaharienne toutefois, le nombre d'enfants non scolarisés continue à augmenter.
La majorité des pays en développement sont encore dépourvus des moyens d'évaluer les résultats scolaires dans leurs écoles primaires. Les examens servent essentiellement à sélectionner les élèves pour le passage au niveau supérieur plutôt qu'à corriger les insuffisances des stratégies pédagogiques. Le redoublement et l'abandon scolaire demeurent les principaux obstacles à l'universalisation de l'enseignement primaire. En Afrique sub-saharienne, en Amérique latine et en Asie du Sud, moins
de quatre enfants scolarisés sur cinq atteignent la quatrième année de l'enseignement primaire.
En dépit de l'appel lancé lors de la Conférence de Jomtien en faveur d'une amélioration de toute urgence des conditions de travail des enseignants, leur statut et leurs conditions de travail ont atteint un "point de dégradation intolérable", selon une enquête menée en 1996 par l'Organisation internationale du travail. En raison de la diminution de leurs salaires, nombre d'enseignants ont changé de métier.
Malgré les lents progrès en matière de scolarisation des filles, celles-ci ont toujours moins de chance
d'être scolarisées que les garçons et, dans les années 90, le fossé entre les sexes (en terme de TNS) a continué à se creuser, à l'exception des États arabes. II convient toutefois de noter que nombre de pays ont pris des mesures pour promouvoir l'éducation des filles et des femmes, reflétant la prise de conscience croissante du fait qu'il s'agit là d'un investissement avec des répercussions sociales et économiques importantes.
En 1995, le monde en développement comptait au total quelque 872 millions de jeunes et d'adultes illettrés de 15 ans et plus, soit quatre millions de plus environ qu'en 1990. On prévoit une légère diminution d'ici à l'an 2000 - à moins d'un effort exceptionnel en faveur de l'alphabétisation et de l'acquisition des compétences de la vie courante des adolescents et des adultes, et notamment des femmes qui représentent approximativement les deux-tiers de la population adulte analphabète - proportion qui n'a pas varié depuis 1990.
L'utilisation des médias à des fins éducatives n'a que peu évolué depuis la Conférence de Jomtien. Les neuf pays à forte population (Bangladesh, Brésil, Chine, Égypte, Inde, Indonésie, Mexique, Nigéria et Pakistan), qui représentent ensemble plus de 70% de la population illettrée du monde, ont fait des médias à des fins éducatives l'un de leurs principaux domaines de coopération.
Les données disponibles ne reflètent pas totalement le redéploiement des ressources budgétaires en
faveur de l’éducation de base. Globalement, toutefois, dans les années qui ont suivi Jomtien, on a constaté un accroissement des ressources affectées à l’éducation en tant que pourcentage du PNB dans l’ensemble des pays en développement, à l’exception de l’Asie du Sud. Par contre, le retard des pays les moins avancés s’est encore aggravé au cours de la période : en 1993, ils ne consacraient globalement que 2,80/0 de leur PNB à l’éducation.
II. Les progrès de l'Education pour Tous
L'Afrique Sub-Saharienne
Si les pays africains ont réussi à accroître leur taux de scolarisation dans l'enseignement primaire, le nombre des enfants âgés de 6 à 11 ans non encore scolarisés représentait 2 millions de plus environ qu'en 1990, soit au total 39,3 millions d'enfants, dont les deux tiers sont des filles. Les pays ont en outre adopté des mesures destinées à améliorer les résultats scolaires : adaptation du contenu des programmes scolaires, instruction dans les langues locales au cours des premières années d'école.
Les programmes extra-scolaires ont touché de nombreuses catégories de la population qui n'avaient pas accès à l'éducation. Le taux d'alphabétisation des adultes atteignait 56,8% en 1995, alors qu'il n'était que de 40,20/0 en 1980. Toutefois, l'écart entre les taux d'alphabétisation masculin et féminin (19 points) ne se comble que lentement. Actuellement, moins de la moitié des femmes Africaines sont alphabétisées et leur taux d'alphabétisation est en-deçà de 25% dans plusieurs pays.
Les États Arabes
En 1995, le taux net de scolarisation (TNS) des garçons était de 78,6% et celui des filles de 69,7O/o ; néanmoins, ces taux ont baissé dans quelques pays. Les taux de redoublement ont légèrement diminué et le pourcentage des filles parvenant en quatrième année de l'enseignement primaire est passé de 91 à 94%, ce qui constitue une preuve évidente des efforts menés pour améliorer la qualité de l'enseignement.
L'analphabétisme des adultes reste toutefois pour les États arabes un sérieux problème, même si le taux d'alphabétisation s'améliore (atteignant environ 68% pour les hommes et 44% pour les femmes). En outre, on espère une amélioration globale, le nombre d'enfants non scolarisés du groupe d'âge des 6 à 11 ans ayant chuté de 9,l millions en 1990 à 8,2 millions en 1995 (dont 6,l millions de filles).
L’Asie et le Pacifique
Depuis 1990, on constate une nette progression des TNS régionaux (qui s'élèvent actuellement à 87,4% en Asie orientale et 64,5% en Asie du Sud). Dans I'ensemble cependant le TNS des garçons a augmenté davantage que celui des filles, l'écart entre les deux s'accroissant de IOVo en Asie orientale et de 20% en Asie du Sud. La croissance des effectifs a été plus rapide que celle de la population d'âge de 6 à 11 ans, de sorte que le nombre d'enfants non scolarisés a chuté de 56,5 à 33,2 millions.
Le défi qui se pose à la région est de trouver des moyens rentables pour apporter l'éducation de base à de vastes catégories de population. Pour toucher davantage d'enfants, divers pays ont institué "l'école à la maison" ou "l'école communautaire" où l'enseignement est dispensé par des paraprofessionnels.
Entre 1990 et 1995, le taux d'alphabétisation des adultes est passé de 80,3 à 83,6% en Asie orientale, et de 72,2 à 76,3 % en Asie du Sud. Toutefois, la croissance démographique rapide se traduit en Asie du Sud par une augmentation du nombre absolu d'analphabètes. L'écart entre les sexes reste marqué : le taux d'alphabétisation féminin est inférieur de 14 points à celui des hommes en Asie orientale et de 26 points en Asie du Sud.
L'Amérique Latine et les CaraÏbes
Le TNS moyen pour la région a atteint 88,5Vo en 1995. Si le TNS des garçons est plus élevé que celui des filles, celles-ci, une fois scolarisées, le restent plus longtemps que les garçons. La différence entre les taux d'alphabétisation des hommes et des femmes est peu marquée (87,7 et 85,5Vo respectivement). Néanmoins, on constate des inégalités flagrantes entre les zones rurales et les zones urbaines. Les réformes mises en oeuvre dans la région visent principalement à améliorer la qualité, la langue et l'efficacité de l'enseignement.
L'Europe et l'Amérique du Nord
En dépit de taux de scolarisation proches de l00% dans l'enseignement primaire, selon des études récentes, on constate une résurgence préoccupante de l'analphabétisme fonctionnel dans divers pays de la région. La faiblesse des résultats de l'apprentissage, le taux d'abandon scolaire préoccupant sans que ces élèves aient acquis totalement la maîtrise de l'écriture, de la lecture et du calcul, et l'élévation du niveau de compétences requis - autant de facteurs combinés pour créer de nouveaux problèmes d'alphabétisation dans la région.
Problèmes communs aux différentes régions
Les sept séminaires de politique régionale organisés dans le cadre du bilan à mi-parcours ont permis de synthétiser les principaux problèmes : la "conception élargie de l'éducation de base" doit être appliquée tant dans la théorie que dans la pratique ; il faut trouver davantage de ressources pour I'éducation de base ; le recrutement, la formation et le statut des enseignants doivent être améliorés ; la qualité du processus d'enseignement-apprentissage doit être améliorée ; il est nécessaire de développer l'évaluation de l'apprentissage ; il faut intensifier les efforts pour rendre I'éducation de base réellement accessible aux femmes et aux filles: l'éducation de base des enfants, des adolescents et des adultes ayant des besoins spéciaux mérite plus d'attention ; et l'accent doit être mis davantage sur I'acquisition des capacités de lecture de lecture, d'écriture et de calcul, et sur le futur développement de ces capacités.
III. Priorités immédiates
Les progrès accomplis sur la voie de l'Éducation pour tous depuis 1990 ont été irréguliers et souvent en deçà des attentes, mais ils existent.
Quatre priorités
1. Améliorer les résultats de l'apprentissage - Tous les pays, riches et pauvres, sont préoccupés par la qualité de l'éducation dispensée dans leurs établissements scolaires et par les programmes extra-scolaires, de même que par les insuffisances qui sont perçues à l'issue de l'apprentissage chez de nombreux enfants.
II est impératif et urgent d'instituer des méthodes simples d'évaluation de l'apprentissage et des méthodes qui ont fait leur preuve pour améliorer la qualité de I'enseignement si l'on veut recueillir les fruits des investissements réalisés dans l'éducation et satisfaire véritablement les besoins d'apprentissage fondamentaux.
2. Ressources et partenariats aux fins de l'Éducation pour tous - Les ressources publiques affectées à l'éducation sont le plus souvent insuffisantes et mal utilisées pour étendre l'accès et améliorer la qualité. La constitution de partenariats en faveur de l'éducation de base permet d'avoir accès des matériels plus nombreux et variés et à d'autres ressources.
3. Créer les capacités de mettre en oeuvre I'éducation fondamentale - mettre en place les arrangements institutionnels et le personnel qualifié indispensables pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux de tous les enfants, les jeunes et les adultes tout au long de la vie exige des stratégies novatrices qui vont au-delà des simples réformes de l'enseignement.
4. Répondre aux besoins éducatifs fondamentaux de tous - Les inégalités en matière d'accès à I'éducation et de résultats de l'apprentissage demeurent ; et ce sont les filles et les femmes, de même que d'autres groupes défavorisés, qui en souffrent au premier chef.
L'expérience considérable acquise de par le monde dans le domaine d'une plus grande équité de l'accès à l'éducation fondamentale doit être mise en oeuvre de toute urgence et appliquée à grande échelle.
Rapport complet (48 pages)
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