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Partenariats Etat-communautés dans l'éducation : dimensions, variations et implications
Auteur : Mark Bray
Centre de recherche comparative en éducation
Université de Hong Kong Pokfulam Road Hong Kong, Chine
Résumé
Rapport complet (en anglais uniquement) [PDF]

L'Article VII de la Déclaration mondiale sur l'éducation pour tous de 1990 précise que "c'est aux autorités nationales, régionales et locales qu'il incombe plus particulièrement de mettre en place des services éducatifs de base pour tous". Cependant, poursuit l'article, "on ne saurait attendre d'elles qu'elles fournissent toutes les ressources humaines, financières ou institutionnelles requises pour cette tâche."

Pour aider à la réalisation de l'objectif, la Déclaration prévoyait que :

"Des partenariats nouveaux et plus actifs [se constituent] à tous les niveaux : partenariats entre les divers sous-secteurs et les diverses formes de l'éducation ; […] partenariats entre l'Etat et les organisations non gouvernementales, le secteur privé, les collectivités locales, les groupes religieux et les familles."

Cette étude porte sur un de ces types de partenariats : celui qui relit l'Etat et les communautés.

La notion de partenariat Etat-communautés n'était bien sûr pas nouvelle. Ce type de partenariats existait dans une multitude de contextes depuis des décennies. Toutefois, comme les architectes de la Déclaration de Jomtien l'avaient perçu, il était nécessaire de réorienter et de renforcer ces partenariats, de façon qu'ils facilitent l'élaboration et la mise en œuvre des programmes d'éducation de base, permettent des actions plus efficaces et contribuent au plus grand sentiment de propriété des communautés.

La décennie post-Jomtien a montré la sagesse de cette démarche en faveur des partenariats. Si les objectifs fixés en 1990 ne sont pas encore pleinement réalisés, ils l'ont été beaucoup plus que si les partenariats n'avaient pas existé.

Cependant, l'expérience a aussi enseigné que tout n'est pas simple. Des modèles qui s'avèrent efficaces dans un contexte s'appliquent mal à d'autres, et des modèles qui fonctionnent à un moment donné n'évoluent pas toujours dans le temps de manière aussi adéquate. Dans une majorité de systèmes, on ne peut encourager les partenariats sans une certaine décentralisation des structures ; mais l'Etat voit généralement d'un mauvais œil cette perte de pouvoir. Il craint également que la décentralisation n'entraîne une perte d'efficacité et une augmentation des inégalités ; et il peut être déconcerté par la diversité des pratiques qui résultent de l'intervention d'un plus grand nombre de décideurs.

Une autre dimension concerne le rôle de l'Etat. Le fonctionnement de partenariats efficaces peut nécessiter des changements radicaux dans ce domaine. Ceux qui comportent une réduction importante du rôle de l'Etat peuvent déplaire aux membres du gouvernement, et inquiéter aussi d'autres acteurs de la société.

Le sens et les dimensions du partenariat

La notion de partenariat implique que l'ensemble des partenaires soit pleinement associé au processus de décision. Leur rôle n'est pas nécessairement égal : le cadre peut prévoir des partenaires dominants et des partenaires subordonnés. Cependant, le principe du partenariat est que chaque acteur doit pouvoir s'exprimer en toute indépendance et exercer son poids dans les négociations. Si dans de nombreux contextes, l'Etat joue, à juste titre, le rôle de partenaire dominant, ce modèle n'est pas, et ne devrait pas être, universel. Bien souvent, l'Etat et les collectivités sont à égalité ; et dans certains cas, ce sont les communautés qui jouent le rôle principal, tandis que l'Etat est le partenaire subordonné.

Quel que soit l'équilibre entre les partenaires, les conditions obligatoires sont :

  • la volonté de respecter le point de vue des autres partenaires,

  • l'indentification des tâches courantes,

  • la coopération dans la recherche des moyens de les accomplir.
  • La Déclaration de Jomtien de 1990 soulignait la nécessité que les partenariats soient "authentiques". On peut se demander alors ce qu'il faut entendre par "faux" partenariats. La réponse pourrait être, essentiellement, une situation dans laquelle l'acteur principal n'a pas prêté une oreille suffisante aux aspirations des autres acteurs, a imposé son ordre du jour et/ou contraint les autres à s'y conformer.

    Malheureusement, l'expérience post-Jomtien a fourni autant d'exemples de faux partenariats que de partenariats authentiques. Les gouvernements, en particulier, ont généralement considéré les communautés comme des fournisseurs commodes de ressources éducatives dans le cadre de modèles entièrement contrôlés par l'Etat. Une situation dans laquelle les communautés sont censées uniquement apporter les élèves, le matériel, le financement et autres ressources à des écoles gérées intégralement par l'Etat ne peut être qualifiée de partenariat authentique. Et le fait que, dans de nombreux pays, ce type de modèle ne soit pas parvenu à apporter l'éducation en quantité et en qualité adéquates est une raison suffisante pour reconsidérer les objectifs et la nature du partenariat.

    Dans certains cas, précisons-le, la balance penche de l'autre côté : les communautés sont dominantes et l'Etat n'a guère voix au chapitre. Les premières accEducation pour tousent avec joie les fonds publics, mais sont moins disposées à entendre les opinions du second sur la manière dont ces ressources doivent être utilisées. C'est une situation moins courante, mais elle existe et doit être citée dans le débat pour montrer que les déséquilibres ne sont pas toujours du côté des gouvernements. Un partenariat authentique, il faut le souligner, exige de tous les acteurs qu'ils respectent les points de vue respectifs, identifient les tâches communes et collaborent ensemble à la mise en œuvre.

    Ce cadre général étant posé, il existe de grandes variations entre ce que font les uns et les autres sous différentes circonstances. Contextes et besoins varient considérablement d'une région du monde à l'autre. En outre, l'éducation est une entreprise complexe, et chacune de ses facettes peut nécessiter un léger rééquilibrage des rôles entre les différents acteurs. L'équilibre des pouvoirs peut ainsi ne pas être le même lorsqu'il s'agit, par exemple, de questions de tronc commun, d'entretien des bâtiments, d'affectation des enseignants ou de discipline des élèves. Là aussi, différents modèles peuvent être identifiés, qui ont fonctionné mieux dans certains cas que dans d'autres.

    La nature des communautés et les mécanismes du partenariat

    Le mot "communauté" peut être compris différemment par des personnes différentes dans différents contextes. Il faut en tenir compte lorsqu'on analyse certaines situations.

    Distinguons, pour l'instant, les principaux types de communautés suivants :

  • les communautés géographiques, rassemblant des personnes vivant dans des zones relativement réduites telles que villages, communes ou banlieues ;

  • les groupes ethniques et raciaux, surtout ceux qui sont minoritaires et qui ont des structures internes d'entraide collective ; les groupes religieux de toutes sortes ;

  • les communautés fondées sur des intérêts familiaux communs, comme les associations de parents, qui rassemblent des adultes ayant en commun le souci d'assurer le bien-être de leurs enfants ;
  • les communautés engagées dans une action charitable commune, et généralement encadrées par des organismes caritatifs et/ou politiques spécifiquement désignés.
  • Ces communautés ne sont pas toujours bien organisées du point de vue formel. Les communautés géographiques, par exemple, ne disposent pas toujours d'organes officiels leur permettant de se faire entendre et de prendre les décisions communes. Dans bien des cas, il est même difficile de dire où la communauté commence et où elle finit. En outre, les communautés sont rarement homogènes. La plupart des communautés se divisent en sous-groupes qui ne fonctionnent pas toujours ensemble et dans l'harmonie ; et même lorsque les zones géographiques sont strictement définies, certaines personnes et certains groupes peuvent estimer que le fait qu'ils résident à un endroit donné ne suffit pas à faire d'eux des membres de la communauté.

    L'expérience prouve, cependant, que les écoles peuvent elles-mêmes servir de pôles pour fonder et encourager l'identité communautaire. De nombreuses écoles ont des comités chargés officiellement de représenter les parents lorsque des décisions sont à prendre en ce qui concerne la planification, le développement et le fonctionnement des établissements. Mais il existe aussi dans de nombreux écoles des associations plus importantes qui s'adressent non seulement aux parents, mais aussi aux membres de la communauté.

    La présence d'organisations non gouvernementales (ONG) dans l'éducation mérite l'attention, dans la mesure où la prolifération des ONG, en bien des points du monde, fait partie des aspects marquants de la décennie post-Jomtien. Cette évolution résulte parfois d'un encouragement de l'Etat, mais généralement, les gouvernements sont restés neutres ou l'ont même découragée. Quelles que soient les causes de cette prolifération, elle a profondément modifié la situation et fait partie des éléments appelant une réévaluation des approches et des stratégies.

    Conclusions

    Même avec l'avènement de la mondialisation, les différentes régions et sous-régions du monde demeurent évidemment très diverses. Aucune formule unique de partenariat ne peut être présentée pour tenir compte de tous les types de situations. Les stratégies adaptées aux zones rurales peuvent être totalement différentes de celles qui s'appliquent aux villes ; celles qui sont destinées à des communautés dynamiques diffèreront de celles qui visent des communautés passives ; quant aux héritages historiques variés du colonialisme, des politiques et de l'économie, ils ont des implications différentes sur des sociétés différentes.

    Cependant, les architectes de la Déclaration mondiale sur l'éducation pour tous ont été bien avisés de souligner l'importance des partenariats, et leur message reste aussi valable au commencement du nouveau millénaire qu'il l'était en 1990. Dans la recherche de partenariats adéquats entre Etats et communautés, il y a beaucoup à apprendre de l'analyse comparative. Cette étude ne fournit pas de recette miracle qui puisse être appliquée partout. Mais elle présente un certain nombre de modèles qui ont réussi dans certaines situations ; et elle débusque aussi un certain nombre de pièges qui dans d'autres contextes, ont entraîné échec et décEducation pour tousions.

    Les partenariats resteront une des clés permettant de parvenir à la qualité et la quantité souhaitées d'éducation pour tous. Bien que cette étude s'intéresse uniquement aux partenariats Etat-communautés, certaines des leçons s'appliquent à tous les types de partenariats. L'ensemble des acteurs du processus international doit revoir la nature de leur collaboration existante, et rechercher les moyens de renforcer les partenariats afin d'atteindre l'objectif commun.