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Eduquer dans les situations d'urgence et de crise
Auteur principal : Kacem Bensalah
Auteurs : Margaret Sinclair, Fatma Hadj Nacer,
Angela Commisso and Saba Bokhari
RESUME
Rapport complet (en anglais uniquement) [PDF]

En 1990, la Conférence Mondiale sur l'Education pour Tous (EFA) avait visé des objectifs audacieux pour la décennie, tablant sur des progrès rapides vers une éducation de base pour tous. La Déclaration et le Programme de travail ont fait une référence limitée à l'Education dans les situations d'urgence et de crise. Mais guerres et catastrophes naturelles ont constitué un obstacle majeur au défi EFA. Les désastres tels qu'inondations, ouragans et tremblements de terre, ont fait payé un lourd tribut en vies humaines et en opportunités éducatives quand ils frappent des régions peuplées. Guerres et conflits internes ont laissé des pays ou des régions entières se débattre dans le chaos, la pauvreté et l'insécurité, et privé de milliers d'enfants et adolescents de la chance d'étudier.

L'évaluation de l'éducation dans les situations d'urgence, présentée à travers cette étude montre que les communautés affectées font beaucoup d'efforts pour restaurer l'accès des enfants à l'école. Dans les cas concernant des réfugiés, il y a eu parfois d'incontestables succès depuis que les gouvernements concernés et les agences humanitaires ont pris conscience de ces préoccupations et s'efforcent de fournir les ressources nécessaires. La plupart des camps de réfugiés ont des écoles, mais manquent souvent de manuels scolaires et les enseignants ont besoin de formation et d'encadrement. Les populations déplacées aussi bien que les autres catégories de populations souffrent d'insécurité permanente et ne sont pas en mesure de fournir des ressources pédagogiques à leurs enfants. Dans certains endroits, des générations entières d'enfants ont manqué l'éducation de base. Dans les situations post-conflit, la reconstruction des systèmes d'éducation est souvent différée. Il y a aussi le problème relatif aux éducations secondaire et supérieure, qui sont négligées mais constituent des secteurs cruciaux pour la formation de personnel qualifié dans le cadre de la transition vers un développement national durable.

D'autres aspects plus larges inscrits à l'ordre du jour de Jomtien, tel que le développement de la petite enfance, l'éducation des adultes, ont reçu l'attention d'organisations qui apportent leur soutien aux populations affectées par les conflits, particulièrement les ONGs. Les initiatives concernant le pré-scolaire, les classes d'alphabétisation pour jeunes et adultes, en particulier les femmes et la formation professionnelle, ont commencé avec des organisations humanitaires ayant eu à la fois l'accès aux populations et les fonds disponibles. Il y a eu également des initiatives pour la promotion de l'éducation des enfants et des adultes handicapés de guerre ou victimes des mines. Des programmes innovateurs ont été aussi mis en place pour encourager l'éducation et la réintégration des enfants-soldats et les ex-combattants.

L'étude examine quelques-unes des nouvelles orientations en ce qui concerne la politique éducative en situation d'urgence et de période post-conflit. La Convention de 1989 sur les Droits de l'enfant a permis une pression plus forte sur le droit à l'éducation. Cela a coïncidé avec la concrétisation des aides éducatives rapides incluant les aspects psychosociaux des enfants déplacés et pouvant atteindre les communautés affectées dans les première semaines et au plus tard 3 mois après que des évènements graves se soient produits. Des politiques spécifiques concernant les programmes scolaires sont nécessaires quand les populations ont été déplacées à travers les frontières nationales et le concEducation pour tous d' "éducation pour rapatriés " a pris de l'importance en même temps que les moyens de reconnaissance de la scolarité des réfugiés pendant leur exil.

Dans la ligne des Conférences de Jomtien et de Beijing sur l'éducation des filles et des femmes, des efforts ont été faits pour sensibiliser des éducateurs et des parents sur l'importance de l'éducation des filles. Dans certains cas, des moyens d'incitation ont été mis en place pour aider les filles à fréquenter l'école, avec des résultats probants. Une stratégie multiple adaptée aux préoccupations locales et aux spécificités culturelles s'avère toutefois nécessaire. Si certaines initiatives sont sans incidence financière, tel que l'emploi du temps, d'autres aspects exigent des moyens financiers importants tels que par exemple, les équipements, le matériel pédagogique, l'habillement scolaire (tenues), ou le nécessaire pour l'enseignement pré-scolaire permettant de libérer les filles pour aller à l'école plutôt que de rester garder les petits frères et sœurs.

La large gamme dans la qualité de certains services en éducation d'urgence n'empêche pas l'incertitude parmi les agences au sujet des normes de prestations et de matériels pédagogiques, de la formation des enseignants, de l'éducation non-formelle, etc… Il y a nécessité de définir les normes afin d'établir entre Agences et Donateurs une efficacité plus grande dans les capacités d'intervention sur le terrain.

L'usage des nouvelles technologies peut être un grand pas en avant, surtout dans des situations d'instabilité chronique ou quand les systèmes de l'éducation sont en cours de reconstruction. Des programmes innovateurs de radio, tel que " New Home, New Life " en Afghanistan représente une approche d'avant-garde dans cette région. L'éducation dans les régions affectées par la crise devrait faire appel aux nouvelles possibilités internationales où l'utilisation de l'électronique et des technologies de la communication satellite sont en pleine expansion.

Les Programmes d'éducation pour les populations affectées par les catastrophes naturelles ou les guerres doivent être adaptés aux besoins spécifiques de ces populations. Le rapport " MACHEL " sur l'impact des conflits armés sur les enfants a mis l'accent sur les besoins psychosociaux des élèves, sur l'éducation à l'égard du danger des mines, ainsi que le rétablissement de la paix. La dévastation causée par la maladie du SIDA a ajouté une nouvelle dimension au sein de l'Education dans la mesure où cette maladie a pris une ampleur insoupçonnée à cause du viol utilisé comme un instrument de guerre à grande échelle.

Les recommandations issues de cette étude commencent par la nécessité de reconnaître le droit à l'éducation dans les situations d'urgence et de crise. Un effort systématique est nécessaire pour rendre public le fait que les instruments juridiques relatifs aux droits humains et les règles humanitaires exigent la protection des enfants contre le recrutement militaire, pour la protection des écoles en temps de guerre et du droit de l'enfant à l'éducation. Il doit être reconnu également en référence au Programme d'Action de Jomtien que les moyens financiers pour l'éducation d'urgence relèvent de la responsabilité internationale.

Une recommandation clef est que l'éducation d'urgence puisse être organisée dès le premier jour, comme partie du processus de développement et pas uniquement comme un effort de secours. Les donateurs devraient éviter la compartimentation des fonds qui peut avoir un effet négatif, voire d'exclusion sur des générations d'enfants. L'éducation d'urgence ne peut être la dernière préoccupation des budgets humanitaires. La restauration de l'accès à l'école dans une situation post-conflit devrait être considérée comme une priorité dans l'affectation des moyens financiers. La coordination inter-agences doit assurer la continuité du début de l'urgence jusqu'à la phase de reconstruction. Bâtir une Culture de Paix pour soutenir le développement dans les pays et les communautés divisés par les conflits devrait commencer dès les premiers signes d'urgence et continuer dans la construction de la société civile en période post-conflit. Les initiatives actuelles d'Education pour la paix dans le contexte de l'humanitaire devraient être soutenues par la coopération inter-agences pour la décennie à venir.

Des normes et standards doivent être mis au point afin d'assurer une réponse éducative rapide et adéquate face aux catastrophes et ceci sur la base d'études de terrain approfondies. Cela suppose la révision des modalités actuelles pour une réponse rapide, en faveur de l'éducation des réfugiés et des situations de crise ainsi que de la reconstruction post-conflit. On devrait procéder, par exemple, à une révision du matériel et équipements pédagogiques et des manuels préparés par les organisations qui travaillent dans les urgences et l'humanitaire et identifier d'autres aspects éducatifs dans les situations semblables. Des modules de formation relatifs à l'éducation d'urgence et en situation post-conflit devraient être également mis au point pour le personnel des organisations humanitaires et comme élément d'enseignement en planification et gestion de l'éducation.

La coopération entre les Agences et la coordination dans le domaine de l'éducation d'urgence doivent être renforcées et doivent utiliser les nouvelles possibilités de communication modernes pour impliquer les spécialistes du terrain dans le nécessaire dialogue inter-agences.