Coordination mondiale>Groupe de haut niveau>
Groupe de haut niveau sur l'éducation pour tous: Rapport, 2001

 

Av a n t -p r o p o s


C'est avec un grand plaisir que je présente le rapport de la première réunion du Groupe de haut niveau sur l'EPT. Cette réunion a été un événement particulièrement important. Les gouvernements, les organismes et les organisations de la société civile assemblés à Dakar en avril 2000, au Forum mondial sur l'éducation, étaient conscients du besoin impérieux de maintenir la dynamique que nous avions créée. A cette fin, le Forum m'a confié la responsabilité de réunir un Groupe de haut niveau à la fois restreint, souple et représentatif - un groupe qui engendre une forte volonté politique pour faire avancer le programme urgent du Cadre d'action de Dakar.

Je suis donc particulièrement satisfait que cette première réunion ait rassemblé des représentants de toutes les instances de l'EPT : pays en développement et industrialisés, groupements de la société civile, organismes bilatéraux et multilatéraux. L'envergure des participants et la qualité de leurs contributions ont montré la force de l'engagement envers l'EPT. La réunion portait sur trois thèmes majeurs : engagement politique, mobilisation des ressources, participation de la société civile et partenariats. Dans quelle mesure a-t-elle contribué à avancer dans ces domaines ?

En ce qui concerne l'engagement politique, j'ai remarqué une impatience salutaire de passer des mots à l'action - de voir les plans nationaux d'EPT élaborés et financés, de budgétiser de nouvelles ressources, de mettre en place des instruments de suivi de qualité pour suivre l'évolution des progrès. Les organismes d'aide bilatéraux et multilatéraux se sont montrés prêts à mobiliser de nouvelles ressources, tout en demandant que les déficits particuliers et les besoins précis soient recensés. L'engagement de la société civile dans la réunion a marqué une nouvelle phase du partenariat d'amont reposant sur le respect mutuel et le souci commun d'oeuvrer concrètement à la réalisation des objectifs de Dakar.

La réunion a également mis certains manques en évidence : besoin d'un rapport de suivi de grande qualité pour soutenir le travail du groupe ; nécessité d'élaborer d'urgence une stratégie d'ensemble de l'EPT ; clarification du rôle et de la structure du groupe lui-même. En collaboration avec ses partenaires de l'EPT, l'UNESCO va se pencher sérieusement sur ces questions dans les mois à venir.

Je suis reconnaissant aux participants de la confiance qu'ils ont témoignée à l'UNESCO dans son rôle de coordination, tout en soulignant leurs grandes espérances à cet égard. Pour ma part, je vais continuer à maintenir l'EPT au coeur des préoccupations et des programmes de l'UNESCO, et à souhaiter que les partenariats avec toutes les instances représentées dans le Groupe de haut niveau soient de plus en plus actifs et productifs. Ce n'est que par notre volonté commune et nos efforts conjoints que nous réussirons à relever l'immense défi de l'Education pour tous.

Koïchiro Matsuura
Directeur général de l'UNESCO

 

I n t r o d u c t i o n

 

Il a été défini dans le Cadre d'action de Dakar que le Directeur général de l'UNESCO réunirait tous les ans un groupe de haut niveau, dans le cadre du " rôle qui a été confié [à l'UNESCO] d'assurer la coordination entre les partenaires de l'EPT et de maintenir la dynamique de leur coopération ". Cette première réunion, qui a suivi celles du Groupe de travail sur l'EPT (l'une en novembre 2000, l'autre en septembre 2001), avait pour but de " renforcer la volonté politique et la mobilisation des moyens techniques et financiers " tout en constituant une occasion de " veiller à ce que la communauté mondiale rende compte des engagements de Dakar ". Au titre de ce dernier point, le Directeur général avait préparé le premier Rapport de suivi sur l'éducation pour tous pour donner matière à la réunion.

Les participants au Forum de Dakar s'étant engagés à ce que le groupe soit " composé de décideurs représentant au plus haut niveau les gouvernements et la société civile des pays développés et en développement ainsi que les organismes de développement ", le Directeur général avait invité les ministres de l'éducation de 18 pays de toutes les régions du monde, les responsables de 4 organisations non gouvernementales (ONG) internationales et les dirigeants de 5 organismes multilatéraux ou bilatéraux. Comme le montre la liste des participants (cf. Annexe 3), la plupart d'entre eux ont assisté eux-mêmes à la réunion, les autres étant représentés par de proches collaborateurs. Le Directeur général avait également convié un certain nombre d'observateurs.

Présidée par le Directeur général de l'UNESCO, M. Koïchiro Matsuura, la réunion rassemblait également des directeurs des Divisions, Instituts et Bureaux régionaux de l'UNESCO ainsi que d'autres personnels de l'organisation. Les observateurs pouvaient aussi prendre la parole, à la discrétion du président.

Répartie sur deux journées, la réunion était divisée en cinq séances :

- Atteindre les objectifs de l'EPT à l'échelon national
- Forger les engagements politiques et les partenariats
- Mobiliser des ressources en faveur de l'EPT : rôle des organismes internationaux et fonction des dispositifs d'allégement de la dette
- Participation de la société civile
- Suivi des progrès de l'EPT

Au total, onze exposés ont été présentés aux participants pour alimenter leur réflexion. Les séances de discussion animées qui ont suivi leur ont permis d'exprimer librement des points de vue et des expériences variés.



Contexte - Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO


En accueillant les participants à cette première réunion du Groupe de haut niveau, M. Koïchiro Matsuura a souligné l'importance cruciale de l'éducation au lendemain des événements du 11 septembre : " apprendre à vivre ensemble ", comme l'énonce le Rapport Delors, est plus urgent que jamais. Il a rappelé qu'en l'an 2000, le Forum mondial sur l'éducation de Dakar avait confié à l'UNESCO le mandat de réunir " un groupe de haut niveau à la fois restreint et souple " pour maintenir et renforcer la volonté politique à l'égard de l'EPT ainsi que pour mobiliser les moyens financiers et techniques nécessaires. En matière de représentation des partenaires de l'EPT, il a précisé que près de la moitié des participants présents provenaient de pays en développement.

Situant la réunion dans le contexte actuel, M. Matsuura a distingué quatre défis particuliers que les partenaires de l'EPT doivent relever par une réponse rapide demandant des innovations et des initiatives :

- élaborer des stratégies efficaces et imaginatives pour éduquer les pauvres, les exclus et les personnes marginalisées ;
- éliminer les disparités entre les sexes et réaliser l'égalité entre filles et garçons (l'échéance de 2005 étant proche)
;
- reconnaître la position particulière des pays en situation d'urgence, de crise ou d'après-conflit ;
- reconnaître que la pandémie du VIH/sida menace d'anéantir la progression de l'EPT, surtout en Afrique.

Le Directeur général a ensuite défini les trois thèmes essentiels de la réunion : engagement politique, mobilisation des ressources, participation de la société civile et partenariats. L'engagement politique à l'échelon national est capital mais comment les gouvernements peuvent-ils amener leurs partenaires nationaux et internationaux à s'engager activement, et comment garantir la participation de tous les acteurs à l'élaboration des plans nationaux d'EPT ? Certains plans attendant des engagements financiers alors qu'ils sont prêts, il faut mettre en place des mécanismes d'examen sensibles. Il faut également s'attacher à intégrer les objectifs des programmes phares internationaux dans les plans nationaux. La mobilisation des ressources renvoie elle à l'initiative mondiale qui repose sur une synergie entre les ressources nationales et internationales. M. Matsuura a enfin mis l'accent sur les partenariats avec la société civile, soulignant que " l'EPT pose des problèmes d'une importance et d'une complexité telles que les gouvernements n'ont pas les moyens de les résoudre seuls. " Il faut donc que la société civile participe au débat politique, lequel doit reposer sur une confiance mutuelle entre les gouvernements et la société civile.

En conclusion, le Directeur général a fait quelques suggestions, évoquant notamment les débuts du suivi des progrès de l'EPT que représente le premier Rapport de suivi, précurseur d'un rapport plus complet qui sera présenté tous les ans au Groupe de haut niveau. Il s'est déclaré optimiste à propos des objectifs de 2015, mais néanmoins conscient des difficultés et inquiet de voir les problèmes de sécurité prendre le pas sur les priorités sociales. On trouvera le texte intégral de son discours en Annexe 1.

Nous devons trouver des moyens d'éduquer les pauvres en dépit de leur pauvreté et au milieu de leur pauvreté, pour les sortir de leur pauvreté. Koïchiro Matsuura



Plan du rapport

Le présent rapport suit le découpage du programme de la réunion en cinq séances (cf. Annexe 4). Il propose une synthèse des onze communications présentées par les pays et organisations. Il rend également compte de l'essentiel des remarques et des points débattus au cours des discussions de chaque séance. Pour rendre le ton et l'esprit de la réunion, il présente le point de vue d'un observateur avant de conclure sur un aperçu de l'adoption du communiqué final.

Atteindre les objectifs de La planification de l'EPT de l'EPT à l'échelon national


La planification de l ’EPT se poursuit au Pakistan malgré les difficultés existantes

Mme Zobaida Jalal, Ministre de l'éducation du Pakistan, a commencé son discours en évoquant la position de son pays face aux problèmes internationaux actuels, soulignant que l'ignorance, la pauvreté et l'analphabétisme sont le terreau de l'extrémisme, et que l'éducation est un instrument essentiel pour combattre le terrorisme. En réponse au Forum de Dakar et pour relever le défi de l'EPT, le Pakistan a tout d'abord recensé ses besoins éducatifs, une avancée considérable en soi. L'élaboration d'une stratégie éducative s'intègre totalement dans le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), l'accent étant mis sur la décentralisation de la planification jusqu'au niveau des districts. Le Pakistan a démontré son engagement politique envers l'EPT en réunissant une conférence nationale et des forums nationaux et dans les provinces, ainsi qu'en élaborant des plans d'EPT à l'échelon du pays et des provinces. Ces derniers sont axés sur l'éducation primaire, l'alphabétisation des adultes et l'éducation de la petite enfance. Les objectifs visés sont les suivants :

éducation primaire : passage d'un taux de scolarisation actuel de 66 % à 100 % en 2015 avec une parité entre les sexes ; l'éducation des filles est un besoin prioritaire ;
alphabétisation des adultes : passage d'un taux d'alphabétisation actuel de 49 % à 86 % en 2015, soit une augmentation de 81 millions de la population alphabétisée ;
éducation de la petite enfance : passage d'un taux actuel de 25 % pour la participation dans les centres d'éducation de la petite enfance à 50 % en 2015.

Les plans mettent l'accent sur les groupes défavorisés, l'amélioration de la qualité, la réforme des programmes, le renforcement des alliances avec la société civile, la planification et la gestion au niveau des districts, et l'emploi des technologies de l'information et de la communication (TIC). L'évaluation de leur coût dépasse les budgets actuels d'environ 7 milliards de dollars, somme que les ressources nationales ne couvriront qu'à hauteur de 40 % (le Pakistan comptant sur les engagements internationaux pris à Dakar pour mobiliser le reste). Il faut explorer les partenariats entre le public et le privé mais le secteur public ne doit pas y trouver une excuse pour se dégager de ses responsabilités. Imposer des frais de scolarité, par exemple, conduirait à exclure davantage les pauvres. Le Pakistan se réjouit des récents efforts déployés pour alléger sa dette mais il déplore qu'il ait fallu qu'une guerre en soit à l'origine.

Mme Jalal a insisté sur l'importance de la coopération régionale en Asie du Sud, soulignant le grand nombre d'analphabètes et d'enfants non scolarisés dans cette région. Activement engagé dans la collaboration régionale, le Pakistan a partagé son plan national d'action en faveur de l'EPT avec d'autres pays. La crise afghane accroît la pression qui pèse sur les ressources pakistanaises, et la situation des femmes et des enfants sans abri nécessite une action urgente. Tout en saluant les efforts internationaux déployés pour apporter des ressources supplémentaires à l'EPT, Mme Jalal a appelé à soutenir davantage une approche holistique de l'éducation en mettant l'accent sur les valeurs de la paix et de la pluralité. En conclusion, elle a exhorté le Groupe de haut niveau à faire avancer l'éducation en " passant ensemble à l'action ".

Nous ne pouvons, ni ne devons négliger le fait que l'ignorance, la pauvreté et l'analphabétisme sont le terreau de l'extrémisme. Il est plus important que jamais que l'UNESCO et tous les Etats membres redoublent d'efforts pour promouvoir l'éducation pour tous dans toutes les régions et sur tous les continents afin de lutter contre le terrorisme international. Zobaida Jalal


Des avancées grâce au partenariat et à la consultation au Sénégal

Le Ministre de l'éducation, M. Moustapha Sourang, a commencé son intervention en transmettant les regrets du Président du Sénégal, malheureusement empêché de répondre personnellement à l'invitation de l'UNESCO. Rappelant qu'au Forum mondial sur l'éducation de Dakar, celui-ci avait défini la situation de l'éducation en Afrique comme une problématique qui " s'inscrit entre deux extrêmes : chômer sans éducation ou être éduqué et chômer ", M. Sourang a souligné que le Sénégal était résolu à s'attaquer à cette situation au travers de l'EPT. Insistant sur la responsabilité de l'Etat envers l'éducation, le ministre a fait remarquer qu'en Afrique subsaharienne, les Etats n'ont pas les moyens nécessaires pour remplir cette mission, d'autant qu'elle prend de l'ampleur avec la croissance de la population. Les Etats doivent donc expérimenter de nouvelles formes de partenariat et mobiliser des ressources extérieures. La volonté croissante des organismes d'aide pour financer le secteur social et concevoir le développement de façon holistique donne de bonnes raisons d'être optimiste.

Pour élaborer son plan national d'EPT, le Sénégal a adopté une approche systématique. Prenant en compte un programme décennal d'éducation et de formation inauguré .Son élaboration se décompose en cinq étapes comprenant une vaste consultation et une aide technique,tout en prévoyant une planification aux niveaux départemental et régional.Une soixantaine d 'ONG apportent leur soutien à l 'éducation, surtout non formelle. Une "charte du partenariat " a été élaborée pour offrir un cadre à la coopération entre tous les acteurs.Renforcer le consensus avec la société civile est une des grandes priorités. M.Sourang a également évoqué les rapports entre éducation de base et enseignement supérieur,en faisant part de deux préoccupations : premièrement,un accent trop marqué sur l 'éducation de base risque de réduire les moyens de l 'enseignement supérieur,et deuxièmement,les bailleurs de fonds sont divisés dans leur approche du financement de l 'enseignement supérieur. Il a appelé l 'UNESCO à arbitrer cette situation qui réclame un assouplissement des conditions de financement de l 'éducation.

Ensemble, nous les hommes et femmes de bonne volonté du Nord et du Sud [...] disons que nous voulons l'éducation et le travail, pas l'un sans l'autre.
Abdoulaye Wade, Président du Sénégal, au Forum de Dakar


Discussion et réactions


Au cours de la discussion, des enseignements ont été tirés des événements du 11 septembre observant notamment que l 'extrémisme puise à la source de l 'analphabétisme et de la pauvreté. Cela souligne toute l 'importance de l 'éducation comme vecteur de la tolérance et gardienne de la paix. Il est à espérer que,une fois encore,le pire amène les hommes à montrer le meilleur d 'eux-mêmes. Des commentaires et des remarques ont été faits sur un large éventail de sujets liés à l 'EPT,en se référant souvent aux progrès accomplis et aux obstacles rencontrés dans les différents contextes nationaux.

Elargissant le débat,un participant a posé la question suivante :Quelle éducation pour quel développement ? En réponse,il a été remarqué que les niveaux d 'alphabétisation ne coïncident pas forcément avec les niveaux de progrès scientifique. Les participants ont fait d 'autres commentaires généraux sur les approches éducatives dont ceux-ci :

_ Il doit y avoir un droit à l 'emploi tout comme un droit à l 'éducation.
_ L 'éducation ne doit pas être considérée comme un service mais comme une institution qui transmet des valeurs.
_ L 'éducation doit promouvoir l 'équité sociale.
_ L 'exclusion de l 'éducation est un phénomène aussi bien culturel qu 'économique.

Divers points essentiels pour l 'EPT ont été abordés à l 'appui de l 'expérience des pays :

_ Accès à l 'éducation :les Philippines ont recensé et supprimé les frais éducatifs indirects comme la cotisation des scouts et les droits d 'examen,à la suite de quoi,le taux de scolarisation a augmenté de 7 %.Dans le cadre de son plan national d 'EPT,l 'Inde accorde une priorité particulière aux groupes difficiles à atteindre comme les filles et les enfants des bidonvilles.Au Kenya,les mesures anti- discriminatoires en faveur des défavorisés comprennent la réadmission à l 'école des adolescentes qui ont dû abandonner leur scolarité parce qu 'elles étaient enceintes.

_ Qualité de l 'éducation :à titre d 'exemple d 'amélioration, les Philippines axent maintenant l 'éducation de base sur cinq matières clés :philippin,anglais,sciences, mathématiques et éducation civique.La formation des enseignants et la réforme des programmes sont des éléments essentiels de l 'amélioration de la qualité.

_ Discrimination sexuelle :l 'image des femmes que donnent un grand nombre de manuels est préoccupante.

_ Formation/éducation non formelle des adultes :cette alternative à l 'école doit être renforcée tout en suivant une politique de post-alphabétisation afin d 'éviter la perte des compétences fraîchement acquises.Grâce à un programme d 'alphabétisation radiodiffusé, l 'éducation des adultes a progressé à Cuba qui a partagé cette expérience avec d 'autres pays des Caraïbes.Sept pays de cette région travaillent ensemble à l 'adoption de mesures communes d 'alphabétisation. Le Directeur général de l 'UNESCO a souligné la nécessité d 'atteindre les adultes et de promouvoir l 'apprentissage tout au long de la vie.
_ Plans d 'EPT :au cours de leur élaboration,il faut rendre compte des besoins financiers précis ainsi que de tout autre manque de moyens.

Il a été demandé de définir plus avant le rôle et l 'objectif du Groupe de haut niveau,reconnu comme une occasion considérable de faire avancer l 'EPT.Cette discussion a été programmée pour la dernière séance.

Diverses remarques se rapportaient au rôle des ONG et de la société civile . Pour leur part,elles ont exprimé leur volonté de travailler avec les gouvernements. L 'un des participants a demandé si elles étaient des partenaires à part entière et à qui elles rendaient des comptes.Pour illustrer l 'engagement de la société civile envers l 'EPT,il a été rapporté qu 'au Sénégal,les ONG ont contribué à une augmentation de 5 %du taux d 'alphabétisation.L 'évaluation nationale des problèmes d 'alphabétisation sous-estime cependant l 'activité de la société civile et des organisations communautaires.

Les commentaires ont également porté sur le rôle de l 'UNESCO : c 'est la seule instance internationale où l 'on peut discuter de l 'éducation ;elle doit apporter un soutien intellectuel et jouer un rôle de premier plan dans le débat sur l 'éducation.

Forger les engagements politiques et les partenariats

Des consultations et une gestion efficaces : deux clés de l ’EPT selon le Canada

En introduction,Mme Maria Minna,Ministre de la coopération internationale du Canada,a réaffirmé l ’importance capitale de l ’éducation — du point de vue des droits de l ’homme, de la santé,de la nutrition, de la prévention du VIH/sida, de la citoyenneté,de l ’égalité, de la justice,de la dignité et de la tolérance. L ’éducation de base est le fondement de l ’apprentissage de toute une vie,nécessaire à tous dans le monde actuel.Comme le démontrent les faits,il est capital d ’investir dans le développement social pour éliminer la pauvreté.

Le Canada est résolument déterminé à contribuer à la poursuite et à la réalisation des objectifs de Dakar. Prenant appui sur le Rapport de suivi ,la ministre a mis l ’accent sur trois principes interdépendants :la prise en charge nationale,le partenariat et le rôle de la société civile. Tous trois reposent sur la consultation des bailleurs de fonds et des communautés. Le Canada a mené une telle consultation pour élaborer son propre «plan d ’action de donateur » pour soutenir l ’EPT. Il en résulte que le pays va multiplier par quatre ses investissements dans l ’éducation de base. Employer les ressources existantes de façon plus efficace et alléger le fardeau de la dette sont deux autres voies pour accroître le soutien à l ’éducation. Le Canada ainsi que les autres pays du G8 sont fermement engagés envers l ’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Pour sa part, le Canada a d ’ailleurs récemment prononcé un moratoire unilatéral sur le remboursement de la dette des PPTE qui obtiennent de bons résultats. En dehors des moyens financiers,il faut aussi mobiliser des moyens humains,techniques et logistiques,en utilisant,par exemple,le réseau des éducateurs de l ’UNESCO et en partageant les meilleures pratiques.

Mme Minna a attiré l ’attention sur quatre questions de gestion :
- Renforcer la coordination entre les donateurs :ce sera l ’un des objectifs majeurs de l ’Equipe spéciale sur l ’éducation du G8,dans laquelle le Canada entend jouer un rôle actif.
-Programmes phares :il faut veiller à ce qu ’ils ne détournent pas les efforts et les ressources des processus nationaux d ’EPT.
- Rôle de coordinateur de l ’UNESCO :l ’UNESCO a renforcé son rôle mais son mandat est-il assez explicite ?Dispose- t-on des instruments adéquats pour faire avancer l ’EPT ?
-Suivi de l ’EPT :tous les partenaires doivent travailler à la mise au point d ’indicateurs communs laissant aussi la place aux variations régionales.Les objectifs de développement du Millénaire sont un bon point de départ à cet égard.

En conclusion,elle a appelé à exploiter pleinement «les vastes ressources humaines dont nous disposons » pour poursuivre les objectifs de l ’EPT.

Je suis frappée de constater à quel point ces trois principes — prise en charge nationale, partenariat et rôle de la société civile — sont interdépendants.. S ’ils sont bien synchronisés,ils se renforcent mutuellement. Mais si l ’un de ces éléments n ’est pas pleinement mis à profit,les autres en pâtissent et nous nous éloignons des objectifs que nous voulons atteindre. Maria Minna


La priorité pour l ’UNICEF :remplir nos devoirs envers les enfants


«Une éducation primaire de qualité est un droit pour tous les enfants et un devoir pour tous les gouvernements » a déclaré Mme Carol Bellamy,Directrice générale de l ’UNICEF, considérant que c ’est là la base,fondée sur les déclarations et conventions internationales,d ’une compréhension mutuelle de l ’EPT.Développant ce principe,elle a attiré l ’attention sur l ’essentiel,à savoir que les «enfants soient mentalement et physiquement capables d ’apprendre,et les enseignants prêts et aptes à enseigner dans des cadres éducatifs qui soient disponibles,abordables et accueillants pour les enfants et leurs parents ».Soulignant l ’importance des partenariats étroits établis entre les institutions des Nations Unies et avec la société civile,elle a insisté sur la portée de l ’Initiative des Nations Unies en faveur de l ’éducation des filles (UNGEI)dont l ’objectif premier est d ’éliminer les disparités entre les sexes d ’ici 2005.

Chargée de représenter le PNUD à la présente réunion, Mme Bellamy a précisé que l ’administrateur du PNUD considérait l ’éducation comme un instrument essentiel du développement,et qu ’il avait demandé aux coordinateurs locaux du monde entier d ’accorder une attention particulière au soutien de l ’UNGEI et des autres initiatives en faveur de l ’EPT.

Mme Bellamy a détaillé les avantages que présente l ’éducation des filles :c ’est un facteur clé du développement économique ;les fillettes qui vont à l ’école deviennent des femmes instruites qui sont plus à même d ’envoyer leurs propres enfants à l ’école et d ’avoir moins d ’enfants,mais en meilleure santé. Evoquant de nouvelles initiatives menées dans divers pays d ’Afrique et d ’Asie,elle a appelé à la mise en place de mécanismes pour atteindre les enfants exclus et défavorisés qui élaborent des approches ciblées pour ceux qui sont le plus en danger. Il faut agir contre le travail des enfants,les conséquences 11 du VIH/sida et les maladies que l ’on peut prévenir afin que tous ces enfants puissent recevoir une éducation.Il faut également œuvrer en faveur d ’une éducation de la deuxième chance qui soit de qualité.Mme Bellamy a conclu sur une note optimiste, en déclarant que le moment était le plus propice que l ’on puisse imaginer pour relever ces défis :c ’est l ’espoir et non le désespoir qui doit inciter les gouvernements,la société civile,les organisations et les citoyens à remplir les devoirs qui sont les nôtres envers les enfants.

Seule une éducation de qualité peut donner aux filles la confiance nécessaire pour déployer toutes leurs capacités [...] et mettre les jeunes femmes sur la voie de l ’indépendance économique et sociale. Carol Bellamy



Discussion et réactions


En réponse à ces exposés,le Directeur général de l ’UNESCO a délimité le cadre du débat en demandant au Groupe de considérer quatre questions :

- Comment poursuivre la dynamique de l ’EPT ?
- Comment manifester l ’engagement politique et le traduire dans les faits ?
- Comment mobiliser les ressources ?
- Comment rendre les programmes phares compatibles avec les plans nationaux ?

Ces questions ont été abordées au cours de cette séance de discussion mais aussi reprises plus tard.Une fois encore,la discussion a été variée tout en portant essentiellement sur les partenariats et leur importance capitale dans la progression de l ’EPT. Les participants ont également souligné à plusieurs reprises qu ’il était temps de passer à l ’action,de passer de l ’élaboration des plans et des stratégies à leur mise en œuvre concrète,ce qui doit être l ’un des aboutissements majeurs de cette réunion du Groupe de haut niveau.

Prise en charge nationale :les participants ont été unanimes,ce sont les pays qui doivent conduire leur plan d ’EPT et sa mise en œuvre.C ’est l ’assise même du partenariat à l ’échelon international :l ’engagement national motive l ’engagement international. En Europe centrale et de l ’Est, la prise en charge nationale se traduit par de nouvelles dispositions législatives pour promouvoir l ’éducation pour tous :la formation,le statut et la rémunération des enseignants en sont des éléments capitaux ainsi que le développement de l ’emploi des TIC à des fins éducatives.Maintenant que l ’on traduit en actions les plans nationaux d ’EPT, il faut élaborer des principes directeurs de mise en œuvre.

Nature des relations :l ’une des questions clés est de trouver comment organiser au mieux la coordination entre les pays et les instances internationales,autrement dit comment lier l ’échelon mondial à l ’échelon local — domaine où la société civile a un important rôle à jouer.Quel type d ’interaction doit-il y avoir entre le mouvement mondial de l ’EPT et les stratégies nationales de réduction de la pauvreté ?Les approches mondiales doivent toujours être en prise avec la réalité.Les partenariats doivent également s ’ancrer sur le terrain,au sein des communautés et dans les institutions représentées à ce niveau. A l ’échelon national, dans la mesure où l ’éducation recoupe plusieurs secteurs, les partenariats doivent associer plusieurs ministères et s ’appuyer par conséquent sur les structures existantes. A l ’échelon international,quelles doivent être les relations entre les organismes multilatéraux et bilatéraux ?A l ’autre extrémité de la chaîne,il ne faut pas sous-estimer l ’engagement des familles et des communautés les plus pauvres (elles savent souvent ce qu ’il faut pour rompre le cercle vicieux de la pauvreté). Tous ces partenariats nécessitent des dispositifs pour échanger l ’information sur les objectifs,les interventions,les programmes et les bonnes pratiques — et pour cela,,il faut une coordination adéquate et un dialogue permanent entre les partenaires internationaux et les pays.

Approches alternatives :les participants se soucient de la mise en place,en coopération avec la société civile, d ’alternatives non formelles à l ’école pour les jeunes non scolarisés,ces initiatives devant établir des liens avec le système formel.

Qualité :à maintes reprises,l ’accent a été mis sur la qualité de l ’éducation de base qui demande autant d ’attention que les objectifs quantitatifs d ’accroissement de l ’accès à l ’éducation.

Aide extérieure :selon le représentant de la Banque mondiale,les pays en développement consacrent 300 milliards de dollars à l ’éducation alors que l ’aide internationale ne s ’élève qu ’à 4 milliards de dollars,soit un peu plus de 1 %.La communauté internationale peut-elle doubler le montant de cette aide ?Bien que dans les faits peu de choses aient changé sur ce front depuis Dakar,les initiatives de groupes tels que le G8 et la Campagne mondiale pour l ’éducation donnent des raisons d ’être optimiste.Il faut définir les mécanismes du soutien financier des donateurs en s ’inspirant de ceux qui fonctionnent.

Programmes phares :les participants se sont félicités de l ’adoption du nouveau programme sur les handicaps que l ’UNESCO s ’est engagée à promouvoir dans ses Etats membres.



Mobiliser des ressources en faveur de l'EPT

L ’engagement : le fondement de l ’action – Royaume-Uni

Reconnaissant l ’ampleur du défi que constitue la généralisation de l ’éducation primaire,Mme Clare Short,Secrétaire d ’Etat à la coopération pour le développement international,a relevé que des pays avaient fait des progrès significatifs (citant neuf pays d ’Afrique subsaharienne où le taux de scolarisation a atteint 90 %). L ’engagement de Dakar assurant que «aucun pays qui a pris un engagement sérieux en faveur de l ’éducation pour tous ne verra ses efforts contrariés par le manque de ressources » soulève deux questions :

- A partir de quoi peut-on juger qu ’un pays a pris un engagement sérieux en faveur de l ’EPT ?
- Comment la communauté internationale va-t-elle répondre à cet engagement ?

Une forte volonté politique,la détermination nationale et des politiques éducatives précises liées à un CSLP,sont des indicateurs d ’engagement que Mme Short a suggéré de compléter par les trois suivants :

- suppression rapide des frais de scolarité et autres coûts directs ;
- affectation par les gouvernements de moyens significatifs à l ’éducation de base ;
- efforts concrets pour promouvoir l ’égalité entre les sexes.

Il est capital que les plans d ’EPT fassent partie intégrante des plans de réduction de la pauvreté.Une fois ces plans au point,l ’UNESCO doit user de son influence sur la communauté internationale pour qu ’elle apporte le financement adéquat.Il est également primordial de bien coordonner l ’action des donateurs en matière d ’éducation, afin de réduire les coûts de transaction et les frais administratifs des pays en développement.

Evoquant le rôle et la structure du Groupe de haut niveau, Mme Short s ’est prononcée en faveur d ’un groupe plus restreint mais tout aussi représentatif,qui se réunirait tous les ans pour examiner le Rapport de suivi . Ce dernier doit être un outil de premier plan pour recenser les besoins particuliers,rassembler de nouveaux efforts et établir des liens avec d ’autres instances comme les sommets du G8 et les réunions des organisations de Bretton Woods. Le Royaume-Uni s ’est engagé à contribuer financièrement à un tel rapport. Mme Short a conclu son exposé sur cette déclaration retentissante et optimiste :«Nous sommes la première génération qui a la possibilité d ’éliminer l ’analphabétisme de la condition humaine.Faisons en sorte d ’être à la hauteur de ce défi.»

Aucune forme d ’aide au développement n ’a plus d ’incidence sur les perspectives d ’un pays que l ’éducation de ses enfants,en particulier des filles. Clare Short



Japon :Investir dans les capacités


M.Takao Kawakami,Président de l ’Agence japonaise de coopération internationale (JICA),s ’est appuyé sur son expérience personnelle en Indonésie et au Pakistan pour souligner que les populations expriment une forte demande d ’éducation (au Pakistan,par exemple,les femmes étaient déterminées à assister aux cours d ’alphabétisation malgré leur charge de travail).La JICA considère l ’éducation comme le fondement du développement et s ’est engagée en faveur du renforcement des capacités dans une approche en deux points :

- soutien du personnel local pour garantir la prise en charge locale et la durabilité des actions ;
- partage de l ’expérience japonaise pour aider et motiver les instances locales à définir leurs objectifs.

Les approches sectorielles sont un moyen de faciliter les accords entre donateurs,dans la mesure où elles forment un cadre souple permettant de tirer le meilleur parti des avantages de chaque organisme.En ce qui concerne la contribution du Japon à l ’éducation, M.Kawakami a rappelé que son pays s ’était engagé à apporter une aide financière étalée sur cinq ans au développement social en Afrique,et il a signalé que grâce à la construction d ’infrastructures scolaires,les taux de scolarisation avaient augmenté. La prévention du VIH/sida et la réduction de la fracture numérique sont au cœur de l ’aide japonaise.Suite à un examen des programmes d ’éducation, la JICA a renforcé son action en faveur de l ’éducation non formelle et de la coopération avec les ONG pour la prévention du VIH/sida à l ’échelon des communautés. Le Japon collaborera étroitement à l ’Equipe spéciale sur l ’éducation du G8 pour mobiliser les efforts internationaux en faveur de l ’éducation de base.


Il faut penser à employer l ’aide des donateurs dans un cadre souple de façon à tenir compte des avantages de chacun d ’entre eux.[...] Autre point important :ce ne sont pas les donateurs qui doivent mettre en œuvre les actions de coopération pour le développement,mais les pays eux-mêmes,en renforçant leurs moyens de prise en charge. Takao Kawakami

France :Coopérer pour promouvoir l ’accès,l ’équité et la qualité en matière d ’éducation

M.Charles Josselin, Ministre délégué à la coopération et à la francophonie,a reconnu qu ’au Forum de Dakar un grand progrès avait été fait pour confirmer l ’engagement de la communauté internationale en faveur de l ’éducation,lequel doit maintenant être mis en œuvre. Les grands objectifs que constituent l ’accès,l ’équité et la qualité des systèmes éducatifs,sont l ’axe autour duquel toutes les parties prenantes doivent organiser leur dialogue. Rappelant que le niveau national était primordial, M.Josselin y a associé les deux principes d ’appropriation et de participation.L ’appropriation suppose que les gouvernements définissent eux-mêmes leur politique ;la participation implique toutes les parties prenantes dans le processus.

Déconseillant d ’investir les ressources supplémentaires dans des systèmes éducatifs au rendement décroissant,il a appelé à privilégier des plans nationaux d ’EPT basés sur une analyse pertinente et conçus selon une approche sectorielle. Ils doivent s ’inscrire dans le cadre général de stratégies de lutte contre la pauvreté dans lesquelles l ’allégement de la dette — comme la France s ’y est récemment engagée — doit jouer un rôle clé. L ’engagement de la France se traduit également par les actions suivantes :soutien du rôle de l ’UNESCO en Afrique,collaboration à l ’Equipe spéciale sur l ’éducation du G8, projet d ’investissement dans un travail contre le VIH/sida avec l ’UNESCO,partenariat avec la Conférence des ministres de l ’éducation des pays ayant le français en partage (CONFEMEN)et la Banque mondiale, réorientation de l ’aide de la France à l ’éducation. En conclusion, M. Josselin a appelé à concilier la réponse aux besoins immédiats et profonds avec le soutien à long terme des efforts pour atteindre les objectifs de l ’EPT.

La France fera un effort exceptionnel d ’allégement de la dette,évalué à 10 milliards d ’euros.Nous souhaitons que ces allégements de dette bénéficient en priorité aux secteurs sociaux,et notamment au secteur éducatif. Charles Josselin

G8 :L ’éducation à l ’ordre du jour

S ’exprimant en sa double qualité de Directeur général pour l ’aide au développement de l ’Italie,et de Président de l ’Equipe spéciale sur l ’éducation du G8,M.Giandomenico Magliano a souligné que la création de l ’Equipe spéciale reposait sur la volonté politique de lutter contre la pauvreté sous tous ses aspects — sociaux, culturels,éthiques, économiques et financiers.Il s ’agit là,a-t-il fait remarquer, d ’un changement d ’orientation politique considérable. Contrairement aux précédents sommets du G8, celui de Gênes était «extraverti »:le groupe veut désormais se tourner davantage vers l ’extérieur et prendre des décisions concrètes au titre de sa participation active au développement international.

M.Magliano a insisté sur le contexte actuel de mondialisation en soulignant le besoin de «plus de gouvernance mondiale ».A cet effet,la politique doit porter sur trois points :

- valorisation du capital humain ;
- préservation du capital naturel ;
- distribution équitable du capital financier.

En ce qui concerne l ’éducation,le G8 est conscient de la nécessité de donner la priorité à l ’éducation dans le cadre des stratégies de réduction de la pauvreté,de renforcer les stratégies éducatives en employant les TIC,ainsi que de soutenir le rôle de l ’UNESCO dans la poursuite des objectifs de l ’EPT.Les buts particuliers de l ’Equipe spéciale sont de :

- faciliter la coordination entre les gouvernements et les donateurs ;
- mobiliser les ressources supplémentaires nécessaires ;
- répondre aux besoins clairement définis ;
- suivre la réalisation des engagements pris à Dakar,en coopération avec les autres parties prenantes.

En conclusion, M.Magliano a annoncé que l ’Italie allait apporter une contribution supplémentaire à l ’UNESCO, et il a demandé à cette dernière «d ’aider les pays en développement à intégrer l ’éducation dans leurs politiques de développement,et d ’inciter les pays développés à mobiliser des ressources supplémentaires ainsi qu ’à renforcer l ’efficacité et la cohérence en soutenant des stratégies éducatives prises en charge par les pays eux- mêmes.»

Lors du Sommet de Gênes, les chefs d ’Etat et de gouvernement des pays du G8 ont reconnu le rôle fondamental de l ’éducation en tant que facteur clé de la croissance et de l ’emploi. Giandomenico Magliano



Les manques en matière de financement et de politique relevés par la Banque mondiale

L ’EPT pâtit d ’un manque financier et politique ainsi que l ’a exposé M.Jozef Ritzen,Vice-président de la Banque mondiale chargé du développement humain. En introduction,il a fait état du défi considérable que 14 représente pour certains pays la réalisation des objectifs d ’égalité entre les sexes et d ’universalisation de l ’éducation, d ’autant que la pandémie du VIH/sida amplifie encore les problèmes.Grâce à l ’allégement de la dette,une partie du manque de fonds va être comblée — environ 40 %%des ressources ainsi dégagées sont affectées à l ’éducation,a-t-il évalué — mais à combien s ’élève le reste ?Selon M.Ritzen, nous ne pouvons le savoir dans la mesure où les évaluations,y compris celles de la Banque mondiale, reposent sur une seule augmentation des efforts actuels, ce qui ne suffira certainement pas pour atteindre les populations les plus pauvres et les plus marginalisées qui n ’ont pas d ’accès à l ’éducation.De plus,les évaluations ne tiennent pas compte des frais à couvrir pour que tous les enfants mènent leur scolarité primaire à terme.Le manque politique tient au fait que les moyens existants sont insuffisants et inadaptés aux résultats d ’apprentissage escomptés.La réforme des systèmes éducatifs pose des problèmes politiques,mais il faut s ’y attaquer.Les réformes doivent également tenir compte de l ’équipement matériel des écoles et du nombre d ’heures de cours.

La coopération en faveur de l ’EPT doit reposer sur la prise en charge nationale de la réforme éducative,un large échange des connaissances et des expériences,un soutien budgétaire satisfaisant de l ’éducation et une ouverture vers l ’élaboration de politiques. Les capacités locales sont primordiales et doivent être renforcées — dans les ministères,,les groupes de réflexion, la société civile et les services statistiques.La Banque mondiale,a affirmé M.Ritzen,est prête à déployer des efforts pour mobiliser des ressources supplémentaires en faveur de l ’EPT et soutenir des politiques qui s ’attaquent aux besoins des plus marginalisés :enfants des rues, handicapés,enfants qui travaillent ou sont en détresse à cause du VIH/sida.

Revenant sur les événements du 11 septembre,M.Ritzen a observé que la guerre est souvent en germe dans les manuels scolaires lorsque les pays voisins y sont décrits comme des adversaires.Les récents événements peuvent avoir une incidence positive sur la solidarité internationale mais elle sera négative sur la disponibilité des ressources.


Discussion et réactions

Point capital,la mobilisation des ressources a donné lieu à un débat riche et animé où l ’accent a été mis sur le besoin de réponses concrètes et de moyens pratiques pour avancer dans la réalisation des objectifs de l ’EPT.Malgré les chiffres et les engagements cités,les participants du Groupe de haut niveau ont reconnu qu ’il faudrait faire beaucoup plus pour redresser la baisse de l ’aide au développement qui a eu lieu dans les années 1990.Faute de mobiliser une volonté politique internationale plus affirmée et des moyens financiers plus importants,les objectifs de l ’EPT ne seront pas atteints en temps,voire pas du tout.

Il est indispensable que les efforts déployés pour combler le manque de fonds aillent de pair avec une volonté nationale affirmée de combler le manque politique.[...] Il faut combler le manque financier et le manque politique.C ’est notre devoir envers les enfants de ce monde. Jozef Ritzen



Comment tenir l ’engagement pris à Dakar de combler le déficit de financement ? L ’engagement pris à Dakar suppose que les pays élaborent des stratégies pour atteindre les six objectifs du Cadre d ’action de Dakar.Afin de faciliter le soutien international de la mise en œuvre de ces stratégies,il a été recommandé de créer un mécanisme afin de définir des critères précis pour évaluer l ’engagement politique des pays en faveur des objectifs de l ’EPT.On pourrait ainsi mesurer la crédibilité des plans nationaux d ’EPT,et les pays pourraient plus facilement recevoir une aide accrue de la communauté internationale,comme s ’y engage le Cadre d ’action de Dakar.

Dans l ’établissement des critères,une attention particulière doit être accordée aux efforts accomplis pour généraliser l ’éducation primaire le plus tôt possible et avant 2015 au plus tard,ainsi qu ’aux efforts déployés pour éliminer les disparités entre les sexes d ’ici 2005.Les participants ont aussi estimé que l ’évaluation du sérieux de l ’engagement envers les objectifs de l ’EPT devait tenir particulièrement compte du degré d ’achèvement de l ’éducation primaire gratuite et obligatoire — incluant la gratuité des manuels,, des uniformes,du transport etc.pour les plus pauvres — et de la sécurisation de l ’école et de l ’environnement éducatif. Certains pays vont devoir procéder à une réorientation radicale de leur politique s ’ils veulent être considérés comme sérieusement engagés à atteindre les populations plus marginalisées.Il est indispensable que les efforts déployés pour combler le manque de fonds soient assortis d ’un engagement politique affirmé des pays.Il a également été observé à plusieurs reprises qu ’il ne faut pas considérer les ressources sur un plan exclusivement financier.Rien ne pourra être réalisé sans ressources humaines ni coopération technique.

Des représentants des ONG ont signalé aux partenaires internationaux que l ’augmentation des ressources ne doit pas représenter une augmentation du fardeau de la dette des pays bénéficiaires.L ’accès aux fonds doit se faire le plus possible sous forme de dons.Une attention particulière doit 15 être accordée aux pays fortement endettés.Les ressources ne doivent pas être investies dans des systèmes qui s ’avèrent peu efficaces mais uniquement dans des systèmes performants en termes d ’accès,d ’équité et de qualité.

Certains domaines nécessitent une attention particulière en termes d ’investissement :éducation à la prévention du VIH/sida,éducation en situation d ’urgence et de crise, équité entre les sexes et éducation des filles,formation des enseignants et amélioration de leurs conditions de travail, sécurisation des écoles et de l ’environnement éducatif,tous ces aspects de l ’éducation ont été signalés à maintes reprises comme des domaines appelant une attention particulière en matière d ’investissement.Bien que le VIH/sida et l ’instabilité générée par les conflits et les guerres civiles entravent le processus éducatif,il ne faut pas considérer qu ’ils empêchent tout progrès.Il faut au contraire traiter ces problèmes avec l ’attention et les moyens nécessaires.

La faiblesse des résultats d ’apprentissage est un autre point préoccupant.La fourniture durable de manuels et l ’emploi efficient des TIC dans le processus éducatif offrent des moyens relativement simples d ’améliorer considérablement la qualité de l ’éducation.

L ’éducation de base et la généralisation de l ’éducation primaire,en particulier,restent la priorité numéro 1.Il a été demandé à l ’UNESCO de définir clairement les stratégies nécessaires pour réaliser la généralisation de l ’éducation primaire.Cela étant,plusieurs participants ont fait remarquer que l ’engagement pris à Dakar ne doit pas entraver le développement des autres cycles éducatifs, comme le secondaire et l ’enseignement supérieur.

Renforcer la coordination entre les organismes de développement aux niveaux international et national : c ’est une condition préalable,ont souligné les participants, à la réduction de la charge administrative pesant sur de nombreux pays en développement qui travaillent avec un grand nombre de partenaires différents pour réaliser leurs objectifs de développement national.

Il a été rappelé que l ’intégration des plans nationaux d ’EPT dans un cadre général de développement et des approches sectorielles,des CSLP en particulier,est une condition préalable capitale au développement durable et à une bonne coordination entre les partenaires du développement à l ’échelon national.L ’articulation des plans nationaux d ’EPT avec les stratégies de lutte contre la pauvreté a également été soulignée comme un facteur déterminant pour que le soutien à long terme des partenaires internationaux se poursuive jusqu ’à la mise en œuvre de ces plans.Définir séparément les plans nationaux d ’EPT comme des «plans UNESCO-EPT »,c ’est courir le risque de créer des cloisonnements et des systèmes parallèles ainsi que de déployer des efforts qui fassent double emploi. Il est donc essentiel,a-t-il été précisé,de s ’appuyer sur les structures et l ’expérience existantes pour utiliser au mieux les ressources.De leur côté,les partenaires de l ’EPT doivent veiller à ce que les CSLP et autres stratégies nationales accordent suffisamment d ’attention aux six objectifs de l ’EPT.

Une fois encore,les participants ont insisté sur l ’importance des processus d ’appropriation nationale en matière d ’EPT pour garantir la pérennité des actions au-delà de l ’intervention des partenaires internationaux.Les programmes éducatifs ne peuvent être réellement efficaces sans une large consultation et la participation de la communauté. Ce sont les pays eux-mêmes qui doivent définir leurs buts et objectifs de développement,la communauté internationale n ’étant qu ’un partenaire (financier et technique)dans cette entreprise.Il faut investir à la fois du temps,des moyens financiers et des ressources humaines dans le renforcement des capacités nationales et institutionnelles afin de mettre en place des groupes de réflexion critiques et analytiques opérationnels à l ’échelon national.

Plusieurs intervenants ont posé la question de savoir comment maintenir la dynamique de l ’EPT au fil des ans. Il est urgent de répondre aux fortes attentes des pays qui ont mis au point de bons plans d ’EPT et cherchent un financement pour les mettre en œuvre. La Tanzanie,par exemple,a besoin d ’environ 93 millions de dollars par an. La communauté internationale doit apporter une réponse concrète aux pays afin de maintenir la dynamique de l ’EPT — son intervention ne peut pas attendre un ou deux ans.. C ’est maintenant qu ’il faut agir pour répondre aux engagements pris à Dakar et obtenir des résultats sur le plan de l ’enseignement et des performances scolaires.

Pour réaliser les objectifs de l ’EPT et soutenir les efforts, les moyens de financement traditionnels de l ’éducation ne suffiront pas,il faut aller plus loin.La plupart des intervenants ont souligné le rôle capital de la participation de la société civile et de la gouvernance locale ,ainsi que de la gestion locale,pour répondre aux besoins éducatifs.On ne pourra maintenir la dynamique à long terme que si la base même de la société participe au processus.Les participants ont souligné la nécessité de rompre avec les moyens conventionnels de financement de l ’éducation.La prise en charge locale de l ’aide elle-même a été suggérée comme une stratégie innovante.

Participation de la société civile

Le rôle unique et capital de la société civile – Oxfam Grande-Bretagne


Directrice d ’Oxfam Grande-Bretagne,Mme Barbara Stocking a commencé par énumérer ce que la société civile et les ONG apportent au processus de l ’EPT :un lien étroit avec ce qui se passe sur le terrain et un sens aigu de ce qui peut fonctionner et de ce qui est voué à l ’échec.Sur le plan international,la société civile œuvre pour que l ’éducation reste une des grandes priorités mondiales,pour suivre les progrès,promouvoir des changements et mobiliser l ’aide du public.Au niveau national,la société civile doit participer à l ’élaboration des plans d ’EPT et au suivi de leur mise en œuvre.A l ’échelon local,niveau privilégié de la société civile,les ONG agissent en matière d ’expérimentation,d ’innovation et de promotion de la responsabilité des communautés. Au sujet de l ’initiative mondiale, Mme Stocking a mis l ’accent sur l ’objectif de l ’universalisation de l ’éducation de base gratuite, sans aucun frais indirect.Le suivi national,avec des rapports à la disposition du public,doit être l ’une des composantes essentielles de l ’initiative mondiale,qui doit aussi prévoir un mécanisme viable pour combler les déficits financiers.

En ce qui concerne la mission du Groupe de haut niveau, la directrice d ’Oxfam a appelé à prendre des mesures d ’urgence pour recenser les manques financiers dans chaque pays — cela doit être fait avant mars 2002 pour la Séance spéciale des Nations Unies qui a été reportée et le Sommet du G8 au Canada.Il faut organiser le soutien de la mise en œuvre des plans nationaux,surtout dans les pays où il y a un manque en matière de politique et de pratique. Le Groupe de haut niveau pourrait être plus efficace s ’il était plus restreint,avec une rotation de ses membres. On pourrait ainsi obtenir plus rapidement les progrès urgents qui s ’imposent.L ’UNESCO a pour tâche de canaliser l ’engagement affirmé du Groupe de haut niveau,et elle doit y parvenir si l ’on veut que cette réunion fasse changer les choses.

Ce que la société civile apporte,c ’est souvent un sens aigu de ce qui va concrètement fonctionner, de ce qu ’est réellement la situation,et de la façon dont les populations veulent que leur système éducatif fonctionne. Barbara Stocking



L ’éducation :un droit de l ’homme – Marche mondiale contre le travail des enfants

S ’appuyant sur l ’expérience qu ’il a acquise en travaillant avec des enfants victimes de l ’esclavage et de la prostitution,M.Kailash Satyarthi,Président de la Marche mondiale contre le travail des enfants,a déclaré que l ’éducation est la clef de leur libération. Il a cité des exemples en Inde,aux Philippines et au Brésil pour montrer comment l ’éducation peut donner leur autonomie aux enfants et à leurs parents,et leur permettre d ’échapper à l ’indignité de l ’esclavage,du travail forcé et d ’une dette impossible à rembourser.Bien que l ’éducation soit un droit inaliénable de l ’être humain,elle n ’est souvent pas respectée ni mise en œuvre comme tel.Pour y parvenir, M.Satyarthi a présenté sept points clés sur lesquels axer l ’action :

- appropriation locale employant activement les média locaux et les institutions pour obtenir davantage d ’engagement politique ;
- participation de toutes les parties prenantes,y compris de la société civile — ce qui demande un soutien particulier là où les gouvernements considèrent les organisations de la société civile comme des détracteurs ;
- un financement approprié et en temps utile,de source interne et externe ;
- engagement envers l ’abolition du travail des enfants,avec la conviction que l ’éducation en est la plus puissante mesure préventive ;
- des mécanismes de suivi efficaces aux niveaux local, national et international,reposant sur une large participation et une parfaite transparence ;
- des systèmes de recours et de réparation :là où les parents ont besoin de faire valoir le droit à l ’éducation de leurs enfants,des institutions doivent être dotées des moyens de leur offrir un recours rapide ;
- coordination entre les ministères et les services ainsi qu ’avec les organisations de la société civile travaillant dans divers domaines.L ’éducation est un lien avec l ’équité entre les sexes,l ’emploi,le handicap,le VIH/sida,les minorités et de nombreux autres domaines.

Hier,on ne pouvait pas dormir en paix en sachant que près de nous,des gens avaient faim,mais aujourd ’hui,on ne peut même plus vivre ni travailler en paix en sachant que près de nous,des gens restent sans éducation. Kailash Satyarthi

 

M.Satyarthi a vigoureusement recommandé que,de la même façon que l ’on défend d ’autres droits de l ’être humain,des mécanismes nationaux et infranationaux suivent la mise en œuvre de l ’éducation en tant que droit de l ’homme.Ce sont souvent les commissions pour les droits de l ’homme qui remplissent cette fonction au niveau national,mais il devrait aussi y avoir des comités de surveillance au niveau des districts,a-t-il proposé. Reprenant les propos d ’un petit Indien au Président Clinton, M.Satyarthi a conclu en déclarant que nous devons tous, quels que soient nos moyens,travailler en faveur de l ’éducation pour tous.


Discussion et réactions

En réponse aux interventions,les participants ont fait état d ’autres voies d ’engagement de la société civile en faveur de l ’EPT.Ils ont souligné que dans de nombreux endroits,la coopération avec la société civile prend une place croissante dans les processus d ’EPT,même si ce n ’est pas encore partout le cas. Il faut poursuivre les efforts à tous les niveaux pour intégrer la société civile dans le processus. Les gouvernements ne peuvent pas réaliser l ’EPT à eux seuls, ils ont besoin de coopérer avec la société civile et doivent aussi faire appel au secteur privé. A l ’échelon local,l ’EPT demande une coopération harmonieuse entre autorités et communautés. L ’éveil de la petite enfance nécessite également que les communautés locales se mobilisent. La société civile joue un rôle capital en matière d ’accroissement de la scolarisation, en particulier des filles. L ’école ne peut pas tout résoudre à elle seule,il faut sensibiliser les communautés à la nécessité d ’envoyer leurs enfants à l ’école,dans les quartiers pauvres,par exemple, et la société civile peut être une force mobilisatrice à cet égard. Elle est aussi un relais important pour transmettre le message de l ’EPT sur le terrain,une action qui se heurte à des problèmes de distance,de diversité des populations et de langue.Dans certains contextes,la société civile peut assurer une meilleure continuité que les gouvernements.

La participation de la société civile doit inclure les enseignants et leurs organisations,en prêtant l ’attention nécessaire à la formation des enseignants ainsi qu ’à leur rôle et à leur statut. Les représentants de la société civile ont appelé à un meilleur partage entre les régions des façons dont la société civile est engagée dans le processus de l ’EPT,et ils ont déploré que des ressources servent à acheter des armes plutôt qu ’à financer l ’EPT. Alors que la société civile renforce ses liens avec les institutions du système des Nations Unies, il doit aussi y avoir une communication transparente des plans et des stratégies pour garantir une pleine coopération.

Les participants ont saisi l ’occasion pour attirer l ’attention sur les pays à risque qui,faute d ’efforts particuliers, n ’ont aucune chance d ’atteindre les objectifs de Dakar. Il faut cibler l ’action sur les groupes les plus défavorisés, «les plus déshérités des déshérités ».L ’éducation de base est un droit de l ’homme et un facteur d ’évolution sociale — comment apporter réellement des ressources pour le développement humain dans les pays où l ’analphabétisme est important ?

Plusieurs participants ont parlé d ’une approche holistique de l ’éducation — garantissant le maximum de liens et connexions pertinents.Cela suppose de considérer les différents niveaux de l ’éducation de façon cohérente, de mettre l ’accent sur les valeurs qui soutiennent la qualité de l ’éducation,de reconnaître que l ’éducation est une question de relations humaines,et d ’établir des liens entre les approches formelles et non formelles à l ’échelon local.

Suivi des progrès de l ’EPT :perfectionnement du rapport annuel



Le Rapport de suivi a été accueilli comme un précieux instrument d ’évaluation des progrès accomplis.Le Directeur général de l ’UNESCO a fait observer que ce n ’était qu ’un premier essai et il a chargé l ’UNESCO de produire dans les années à venir un rapport de haute qualité pour alimenter le travail du Groupe de haut niveau.

Les participants ont demandé que le rapport soit un outil instructif pour tous les acteurs de l ’EPT.Ses prochaines éditions devraient examiner les expériences d ’EPT en en dégageant les problématiques,rendre compte de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas,indiquer quels sont les pays qui risquent de ne pas atteindre les objectifs de Dakar,et citer des exemples modèles et des réussites, en présentant une analyse des raisons des différentes situations et en tirant les leçons à retenir.

Pour y parvenir,le rapport doit être un instrument concret de suivi.L ’une des conditions du suivi des progrès étant la précision des données,le rapport devra fournir des statistiques précises sur les résultats obtenus au niveau national,en indiquant clairement quels sont les pays qui progressent,et quels sont ceux qui rencontrent de graves problèmes dans la mise en œuvre de leurs stratégies pour atteindre les objectifs de l ’EPT.Il devra également présenter des données qualitatives et quantitatives précises pour chaque pays. Le rapport sera ainsi un outil pratique pour aider le Groupe de haut niveau à maintenir l ’engagement à long terme nécessaire pour que la mobilisation des ressources soit stable.Il permettra au Groupe de suivre les avancées concrètes et à la communauté internationale de réagir à ces résultats.

Le Groupe de haut niveau a reconnu le rôle essentiel de l ’Institut de statistique de l ’UNESCO (ISU)dans l ’élaboration d ’un rapport de qualité doté de données précises.L ’ISU fournira les données clés actualisées et l ’UNESCO aura la charge de rédiger le rapport en mettant les informations en contexte.

Le rapport annuel de suivi doit également rendre compte des avancées obtenues par d ’autres organismes et instances, comme l ’Equipe spéciale sur l ’éducation du G8,en renforçant la coopération et la mobilisation internationales en faveur de l ’EPT.Il doit rendre compte des changements d ’orientation et de priorité opérés par les organismes internationaux pour soutenir l ’EPT.

Des indicateurs spécifiques doivent être mis au point pour mesurer les flux de financement et en suivre convenablement l ’évolution,chaque partie devant s ’engager à rendre des comptes. En résumé,le rapport annuel de suivi doit :

- fournir tous les ans un moyen d ’évaluer les progrès ;
- servir d ’instrument clé au Groupe de haut niveau pour remplir sa mission de suivi ;
- employer des indicateurs qui soient pertinents et soutiennent le travail de suivi du Groupe de haut niveau ;
- mener une analyse approfondie ;
- présenter des données précises de qualité ,à partir des informations fournies par les pays ;
- présenter des données ventilées par pays et agrégées ;
- recenser les manques et les faiblesses des actions d ’EPT ;
- montrer quels sont les pays qui réussissent et pourquoi, et recenser les meilleures pratiques ;
- examiner les expériences d ’EPT de façon instructive. L ’UNESCO coordonnera le rapport,assurant sa rédaction en recensant et en mettant en lumière les sujets ou les pays/régions qui posent problème (incidence du VIH/sida, pays ayant besoin d ’aide pour leur plan national,etc.). L ’ISU en sera un des piliers en fournissant des données précises et de grande qualité.

Rôle et nature du Groupe de haut niveau



Dès le début de la réunion,les participants ont posé des questions sur la nature et le rôle du Groupe.La dernière séance a donné lieu à un large échange de vues sur ce sujet. Pour ce qui est de cette première réunion,elle a permis de rassembler,à l ’initiative de l ’UNESCO,un éventail représentatif des acteurs de l ’EPT (pays en développement, société civile,organismes bilatéraux et multilatéraux)et de montrer le large consensus sur l ’EPT et les objectifs de Dakar. Elle a également permis de réitérer l ’engagement collectif envers l ’EPT et de maintenir ainsi la volonté politique et la dynamique.Enfin,elle a donné aux bailleurs de fonds l ’occasion d ’exprimer et de définir,face au représentants des gouvernements des pays en développement,leur engagement en faveur de l ’EPT.

La discussion sur le rôle du Groupe a soulevé des questions fondamentales de gouvernance mondiale auxquelles a répondu le Sous-Directeur général pour l ’éducation,M.John Daniel. Faisant la distinction entre gouvernance (mobilisation de la volonté politique et dynamique)et gestion (organisation concrète du travail),il a demandé si un dispositif de gouvernance mondiale était nécessaire ou souhaitable pour l ’éducation.Un tel dispositif risquerait de limiter les organismes multilatéraux et bilatéraux existants dans leurs priorités d ’action.Il n ’en reste pas moins que les dispositifs de gestion font progresser le travail de l ’EPT avec cohérence,surtout s ’ils sont bien connectés avec les instances des gouvernements et des organismes.Le Groupe de haut niveau et le Groupe de travail sur l ’EPT sont des dispositifs de gestion formels,tandis que les dispositifs informels recouvrent les groupes ad hoc qui examinent divers aspects de l ’EPT.Le fonctionnement de ces différents dispositifs reposant sur la volonté de coopérer des partenaires,la question qui se pose est :comment améliorer la gestion de l ’EPT ?

Compte tenu de l ’importance d ’impliquer le secteur privé dans le soutien du mouvement de l ’EPT,il a été recommandé de redoubler d ’efforts pour inviter des acteurs du secteur privé à participer au Groupe de haut niveau.

En ce qui concerne le rôle et la fonction du Groupe,ainsi que sa structure et son mode de fonctionnement,les participants ont fait les suggestions suivantes :

En matière de fonction et de rôle,le Groupe de haut niveau doit :

- susciter l ’engagement politique aux plus hauts niveaux ;
- veiller à ce que les objectifs de Dakar soient dotés de moyens opératoires ;
- servir de catalyseur de la mobilisation des ressources pour l ’EPT ;
- guider les efforts de tous les partenaires et suivre leurs contributions ;
- user de la légitimité qu ’il a au nom de l ’UNESCO et en tant qu ’instrument du système des Nations Unies pour appeler les autres acteurs, donateurs et autres organismes internationaux et régionaux,par exemple,à rendre compte de leur participation à l ’EPT ;
- examiner l ’analyse des progrès de l ’EPT à l ’aide du Rapport de suivi ;
- recenser et traiter les problèmes rencontrés dans la réalisation des objectifs de l ’EPT ;
- viser à résoudre les problèmes et à tirer les leçons de ce qui a été fait ;
- fixer des objectifs assortis d ’échéances et définir des actions pour hâter la réalisation efficiente des buts de l ’EPT.

En matière de structure et de mode de fonctionnement,le Groupe de haut niveau :

- pourrait être plus restreint,une quinzaine de membres, par exemple,afin de permettre un débat plus ciblé,tout en conservant sa représentativité ;
- doit,quelle que soit sa taille,adopter un mode de travail et de fonctionnement propice à un dialogue réel et ouvert ;
- doit être un lieu de discussion interactive où les exposés et discours écrits seront distribués et non présentés oralement ;
- doit se réunir une fois par an pour examiner le Rapport de suivi et y réagir ;
- doit être souple ;
- doit assurer une continuité dans sa composition tout en permettant un renouvellement de ses membres au fil du temps.

La discussion sur le rôle du Groupe a soulevé des questions fondamentales de gouvernance mondiale auxquelles a répondu le Sous-Directeur général pour l ’éducation,M.John Daniel.

 

Point de vue d'un observateur

Le présent rapport ne serait pas complet s ’il n ’essayait pas de rendre le ton et l ’esprit de la réunion.C ’est ce à quoi s ’emploie ce chapitre à l ’appui des observations de diverses personnes qui n ’ont pas participé directement au débat.

Un encouragement :les participants sont prêts à agir !Ils l ’ont exprimé par l ’esprit de coopération qui a régné sur les deux jours de réunion.La participation active de tous les différents acteurs a nourri un esprit de respect mutuel et de dialogue.La société civile a été reconnue comme un partenaire à part entière des instances d ’EPT pour la planification,l ’élaboration des politiques,la mise en œuvre et le suivi,même s ’il faut encore encourager certains pays à ne pas restreindre l ’engagement de la société civile, ni à s ’y opposer.De leur côté,les organisations de la société civile se sont engagées à travailler avec les gouvernements et les organismes multilatéraux pour trouver des solutions et suivre les progrès.Plusieurs donateurs bilatéraux et multilatéraux ont également pris des engagements concrets en promettant publiquement,au cours de la réunion,d ’accroître leur financement de différents volets de l ’EPT.

Une ambivalence :deux des objectifs de Dakar portent sur l ’alphabétisation des adultes,point sur lequel le Directeur général de l ’UNESCO a rappelé l ’attention pendant la réunion.On a pu remarquer que l ’éducation non formelle et l ’alphabétisation ont été évoquées dans les exposés ou les interventions de huit participants au moins des pays du Sud.En revanche,les organismes multilatéraux et bilatéraux en ont à peine parlé.L ’éducation non formelle et l ’alphabétisation semblent être une priorité des pays en développement mais les donateurs ne paraissent pas y accorder autant d ’intérêt.

Une affirmation (et un défi …):les participants ont clairement reconnu l ’importance de l ’UNESCO dans la coordination des efforts.Cela recouvre aussi bien la coordination des partenariats,au travers du Groupe de haut niveau et du Groupe de travail,par exemple,que l ’usage de sa position pour faire en sorte que les partenaires multilatéraux et bilatéraux répondent à leurs engagements financiers.Il est nettement ressorti de la réunion que le groupe compte également sur l ’UNESCO pour conduire les opérations intellectuelles,et notamment l ’élaboration des concepts de l ’EPT et la formulation des stratégies.Les participants ont appelé l ’UNESCO à être une source d ’inspiration ainsi qu ’à communiquer ses plans de façon claire et transparente.Contrairement à l ’année dernière,les efforts déployés par l ’UNESCO en matière de coordination ont été plus que reconnus :des questions ont été posées — et des propositions ont été faites — sur les moyens humains,, techniques et financiers dont l ’UNESCO a besoin pour effectuer ce travail.Ces réactions ont montré d ’une part, l ’importance capitale du rôle de coordination de l ’EPT et les grandes espérances placées dans l ’UNESCO,et d ’autre part, une nouvelle confiance dans la capacité de l ’UNESCO de relever le défi.

L ’éducation non formelle et l ’alphabétisation semblent être une priorité des pays en développement mais les donateurs ne paraissent pas y accorder autant d ’intérêt.


Conclusion



Au cours de la séance finale,le Sous-Directeur général pour l ’éducation a énoncé cinq points d ’action pour l ’UNESCO et les Etats membres que la réunion a mis en lumière :

1- La préparation de plans nationaux d ’EPT est le moyen de hâter les progrès dans la réalisation des objectifs de Dakar.

2 -En s ’appuyant sur les structures existantes,les partenaires à l ’échelon national doivent définir des critères d ’évaluation des progrès.

3 - Une stratégie d ’ensemble sera élaborée d ’ici mars 2002 pour rendre le Cadre d ’action de Dakar opérationnel. Elle fixera des échéanciers, intégrera les programmes phares, montrera les liens entre les activités,et présentera la version finale de l ’initiative mondiale.

4- L ’UNESCO préparera un Rapport de suivi faisant autorité,après avoir fixé des principes directeurs pour sa gestion et sa réalisation.

5- L ’UNESCO poursuivra le dialogue sur la structure et la forme du Groupe de haut niveau,en tenant compte de cette première expérience et des remarques qui ont été faites.

La réunion a eu pour principal résultat de produire le Communiqué final (cf.Annexe 2 pour son texte intégral) qui a été adopté à l ’unanimité au terme d ’une discussion. En dehors de questions de clarification des termes et d ’harmonisation des versions anglaise et française, l ’essentiel de la discussion a porté sur la nature et la composition de l ’Equipe spéciale évoquée dans la troisième recommandation du Communiqué :qui en seront les membres et à qui rendra-t-elle des comptes ?Le Directeur de l ’Unité du suivi de Dakar a précisé que l ’Equipe spéciale serait composée de moins de quinze personnes issues des différentes instances représentées dans le Groupe de haut niveau,à savoir les pays en développement, les pays industrialisés, les organismes internationaux et la société civile,et que dans la mesure du possible, elle se réunirait de façon virtuelle en s ’appuyant sur le travail lancé à cet égard par le deuxième Groupe de travail sur l ’EPT lors de sa réunion de septembre 2001. Le Sous-Directeur général pour l ’éducation a ajouté qu ’elle rendrait compte au Directeur général de l ’UNESCO,au titre du mandat qu ’il a reçu de coordonner les efforts de l ’EPT. Le Groupe de haut niveau a approuvé ces précisions et accepté d ’examiner les progrès accomplis par l ’Equipe spéciale à l ’occasion de sa prochaine réunion.Cette décision a été consignée dans le Communiqué.

Le Directeur général de l ’UNESCO a ensuite conclu la séance,en présence des Présidents de la Conférence générale et du Conseil exécutif de l ’UNESCO,en remerciant tous les participants pour leur contribution à la réunion et leur engagement en faveur de l ’Education pour tous.

La réunion a eu pour principal résultat de produire le Communiqué final qui a été adopté à l ’unanimité au terme d ’une discussion.