Av a n t -p r
o p o s
C'est avec un grand plaisir que je présente le rapport de la première
réunion du Groupe de haut niveau sur l'EPT. Cette réunion a été
un événement particulièrement important. Les gouvernements, les
organismes et les organisations de la société civile assemblés
à Dakar en avril 2000, au Forum mondial sur l'éducation, étaient
conscients du besoin impérieux de maintenir la dynamique que nous
avions créée. A cette fin, le Forum m'a confié la responsabilité
de réunir un Groupe de haut niveau à la fois restreint, souple
et représentatif - un groupe qui engendre une forte volonté politique
pour faire avancer le programme urgent du Cadre d'action de Dakar.
Je suis donc particulièrement satisfait que cette première réunion
ait rassemblé des représentants de toutes les instances de l'EPT
: pays en développement et industrialisés, groupements de la société
civile, organismes bilatéraux et multilatéraux. L'envergure des
participants et la qualité de leurs contributions ont montré la
force de l'engagement envers l'EPT. La réunion portait sur trois
thèmes majeurs : engagement politique, mobilisation des ressources,
participation de la société civile et partenariats. Dans quelle
mesure a-t-elle contribué à avancer dans ces domaines ?
En ce qui concerne l'engagement politique, j'ai remarqué une impatience
salutaire de passer des mots à l'action - de voir les plans nationaux
d'EPT élaborés et financés, de budgétiser de nouvelles ressources,
de mettre en place des instruments de suivi de qualité pour suivre
l'évolution des progrès. Les organismes d'aide bilatéraux et multilatéraux
se sont montrés prêts à mobiliser de nouvelles ressources, tout
en demandant que les déficits particuliers et les besoins précis
soient recensés. L'engagement de la société civile dans la réunion
a marqué une nouvelle phase du partenariat d'amont reposant sur
le respect mutuel et le souci commun d'oeuvrer concrètement à
la réalisation des objectifs de Dakar.
La réunion a également mis certains manques en évidence : besoin
d'un rapport de suivi de grande qualité pour soutenir le travail
du groupe ; nécessité d'élaborer d'urgence une stratégie d'ensemble
de l'EPT ; clarification du rôle et de la structure du groupe
lui-même. En collaboration avec ses partenaires de l'EPT, l'UNESCO
va se pencher sérieusement sur ces questions dans les mois à venir.
Je suis reconnaissant aux participants de la confiance qu'ils
ont témoignée à l'UNESCO dans son rôle de coordination, tout en
soulignant leurs grandes espérances à cet égard. Pour ma part,
je vais continuer à maintenir l'EPT au coeur des préoccupations
et des programmes de l'UNESCO, et à souhaiter que les partenariats
avec toutes les instances représentées dans le Groupe de haut
niveau soient de plus en plus actifs et productifs. Ce n'est que
par notre volonté commune et nos efforts conjoints que nous réussirons
à relever l'immense défi de l'Education pour tous.
Koïchiro Matsuura
Directeur général de l'UNESCO
I
n t r o d u c t i o n
Il a été défini dans le Cadre d'action
de Dakar que le Directeur général de l'UNESCO réunirait tous les
ans un groupe de haut niveau, dans le cadre du " rôle qui a été
confié [à l'UNESCO] d'assurer la coordination entre les partenaires
de l'EPT et de maintenir la dynamique de leur coopération ". Cette
première réunion, qui a suivi celles du Groupe de travail sur
l'EPT (l'une en novembre 2000, l'autre en septembre 2001), avait
pour but de " renforcer la volonté politique et la mobilisation
des moyens techniques et financiers " tout en constituant une
occasion de " veiller à ce que la communauté mondiale rende compte
des engagements de Dakar ". Au titre de ce dernier point, le Directeur
général avait préparé le premier Rapport de suivi sur l'éducation
pour tous pour donner matière à la réunion.
Les participants au Forum de Dakar s'étant engagés à ce que le
groupe soit " composé de décideurs représentant au plus haut niveau
les gouvernements et la société civile des pays développés et
en développement ainsi que les organismes de développement ",
le Directeur général avait invité les ministres de l'éducation
de 18 pays de toutes les régions du monde, les responsables de
4 organisations non gouvernementales (ONG) internationales et
les dirigeants de 5 organismes multilatéraux ou bilatéraux. Comme
le montre la liste des participants (cf. Annexe 3), la plupart
d'entre eux ont assisté eux-mêmes à la réunion, les autres étant
représentés par de proches collaborateurs. Le Directeur général
avait également convié un certain nombre d'observateurs.
Présidée par le Directeur général de l'UNESCO, M. Koïchiro Matsuura,
la réunion rassemblait également des directeurs des Divisions,
Instituts et Bureaux régionaux de l'UNESCO ainsi que d'autres
personnels de l'organisation. Les observateurs pouvaient aussi
prendre la parole, à la discrétion du président.
Répartie sur deux journées, la réunion était divisée en cinq séances
:
- Atteindre les objectifs de l'EPT à l'échelon national
- Forger les engagements politiques et les partenariats
- Mobiliser des ressources en faveur de l'EPT : rôle des organismes
internationaux et fonction des dispositifs d'allégement de la
dette
- Participation de la société civile
- Suivi des progrès de l'EPT
Au total, onze exposés ont été présentés aux participants pour
alimenter leur réflexion. Les séances de discussion animées qui
ont suivi leur ont permis d'exprimer librement des points de vue
et des expériences variés.
Contexte - Koïchiro Matsuura, Directeur général
de l'UNESCO
En accueillant les participants à cette première réunion du Groupe
de haut niveau, M. Koïchiro Matsuura a souligné l'importance cruciale
de l'éducation au lendemain des événements du 11 septembre : "
apprendre à vivre ensemble ", comme l'énonce le Rapport Delors,
est plus urgent que jamais. Il a rappelé qu'en l'an 2000, le Forum
mondial sur l'éducation de Dakar avait confié à l'UNESCO le mandat
de réunir " un groupe de haut niveau à la fois restreint et souple
" pour maintenir et renforcer la volonté politique à l'égard de
l'EPT ainsi que pour mobiliser les moyens financiers et techniques
nécessaires. En matière de représentation des partenaires de l'EPT,
il a précisé que près de la moitié des participants présents provenaient
de pays en développement.
Situant la réunion dans le contexte actuel, M. Matsuura a distingué
quatre défis particuliers que les partenaires de l'EPT doivent
relever par une réponse rapide demandant des innovations et des
initiatives :
- élaborer des stratégies efficaces et imaginatives pour éduquer
les pauvres, les exclus et les personnes marginalisées ;
- éliminer les disparités entre les sexes et réaliser l'égalité
entre filles et garçons (l'échéance de 2005 étant proche)
;
- reconnaître la position particulière des pays en situation d'urgence,
de crise ou d'après-conflit ;
- reconnaître que la pandémie du VIH/sida menace d'anéantir la
progression de l'EPT, surtout en Afrique.
Le Directeur général a ensuite défini les trois thèmes essentiels
de la réunion : engagement politique, mobilisation des ressources,
participation de la société civile et partenariats. L'engagement
politique à l'échelon national est capital mais comment les gouvernements
peuvent-ils amener leurs partenaires nationaux et internationaux
à s'engager activement, et comment garantir la participation de
tous les acteurs à l'élaboration des plans nationaux d'EPT ? Certains
plans attendant des engagements financiers alors qu'ils sont prêts,
il faut mettre en place des mécanismes d'examen sensibles. Il
faut également s'attacher à intégrer les objectifs des programmes
phares internationaux dans les plans nationaux. La mobilisation
des ressources renvoie elle à l'initiative mondiale qui repose
sur une synergie entre les ressources nationales et internationales.
M. Matsuura a enfin mis l'accent sur les partenariats avec la
société civile, soulignant que " l'EPT pose des problèmes d'une
importance et d'une complexité telles que les gouvernements n'ont
pas les moyens de les résoudre seuls. " Il faut donc que la société
civile participe au débat politique, lequel doit reposer sur une
confiance mutuelle entre les gouvernements et la société civile.
En conclusion, le Directeur général a fait quelques suggestions,
évoquant notamment les débuts du suivi des progrès de l'EPT que
représente le premier Rapport de suivi, précurseur d'un rapport
plus complet qui sera présenté tous les ans au Groupe de haut
niveau. Il s'est déclaré optimiste à propos des objectifs de 2015,
mais néanmoins conscient des difficultés et inquiet de voir les
problèmes de sécurité prendre le pas sur les priorités sociales.
On trouvera le texte intégral de son discours en Annexe 1.
| Nous devons
trouver des moyens d'éduquer les pauvres en dépit de leur
pauvreté et au milieu de leur pauvreté, pour les sortir de
leur pauvreté. Koïchiro Matsuura |
Plan du rapport
Le présent rapport suit le découpage du programme de la réunion
en cinq séances (cf. Annexe 4). Il propose une synthèse des onze
communications présentées par les pays et organisations. Il rend
également compte de l'essentiel des remarques et des points débattus
au cours des discussions de chaque séance. Pour rendre le ton
et l'esprit de la réunion, il présente le point de vue d'un observateur
avant de conclure sur un aperçu de l'adoption du communiqué final.
Atteindre
les objectifs de La planification de l'EPT de l'EPT à l'échelon
national
La planification de l ’EPT se poursuit au
Pakistan malgré les difficultés existantes
Mme Zobaida Jalal, Ministre de
l'éducation du Pakistan, a commencé son discours en évoquant la
position de son pays face aux problèmes internationaux actuels,
soulignant que l'ignorance, la pauvreté et l'analphabétisme sont
le terreau de l'extrémisme, et que l'éducation est un instrument
essentiel pour combattre le terrorisme. En réponse au Forum de
Dakar et pour relever le défi de l'EPT, le Pakistan a tout d'abord
recensé ses besoins éducatifs, une avancée considérable en soi.
L'élaboration d'une stratégie éducative s'intègre totalement dans
le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), l'accent
étant mis sur la décentralisation de la planification jusqu'au
niveau des districts. Le Pakistan a démontré son engagement politique
envers l'EPT en réunissant une conférence nationale et des forums
nationaux et dans les provinces, ainsi qu'en élaborant des plans
d'EPT à l'échelon du pays et des provinces. Ces derniers sont
axés sur l'éducation primaire, l'alphabétisation des adultes et
l'éducation de la petite enfance. Les objectifs visés sont les
suivants :
éducation primaire : passage d'un taux de scolarisation actuel
de 66 % à 100 % en 2015 avec une parité entre les sexes ; l'éducation
des filles est un besoin prioritaire ;
alphabétisation des adultes : passage d'un taux d'alphabétisation
actuel de 49 % à 86 % en 2015, soit une augmentation de 81 millions
de la population alphabétisée ;
éducation de la petite enfance : passage d'un taux actuel de 25
% pour la participation dans les centres d'éducation de la petite
enfance à 50 % en 2015.
Les plans mettent l'accent sur les groupes défavorisés, l'amélioration
de la qualité, la réforme des programmes, le renforcement des
alliances avec la société civile, la planification et la gestion
au niveau des districts, et l'emploi des technologies de l'information
et de la communication (TIC). L'évaluation de leur coût dépasse
les budgets actuels d'environ 7 milliards de dollars, somme que
les ressources nationales ne couvriront qu'à hauteur de 40 % (le
Pakistan comptant sur les engagements internationaux pris à Dakar
pour mobiliser le reste). Il faut explorer les partenariats entre
le public et le privé mais le secteur public ne doit pas y trouver
une excuse pour se dégager de ses responsabilités. Imposer des
frais de scolarité, par exemple, conduirait à exclure davantage
les pauvres. Le Pakistan se réjouit des récents efforts déployés
pour alléger sa dette mais il déplore qu'il ait fallu qu'une guerre
en soit à l'origine.
Mme Jalal a insisté sur l'importance de la coopération régionale
en Asie du Sud, soulignant le grand nombre d'analphabètes et d'enfants
non scolarisés dans cette région. Activement engagé dans la collaboration
régionale, le Pakistan a partagé son plan national d'action en
faveur de l'EPT avec d'autres pays. La crise afghane accroît la
pression qui pèse sur les ressources pakistanaises, et la situation
des femmes et des enfants sans abri nécessite une action urgente.
Tout en saluant les efforts internationaux déployés pour apporter
des ressources supplémentaires à l'EPT, Mme Jalal a appelé à soutenir
davantage une approche holistique de l'éducation en mettant l'accent
sur les valeurs de la paix et de la pluralité. En conclusion,
elle a exhorté le Groupe de haut niveau à faire avancer l'éducation
en " passant ensemble à l'action ".
| Nous ne pouvons, ni ne
devons négliger le fait que l'ignorance, la pauvreté et l'analphabétisme
sont le terreau de l'extrémisme. Il est plus important que
jamais que l'UNESCO et tous les Etats membres redoublent d'efforts
pour promouvoir l'éducation pour tous dans toutes les régions
et sur tous les continents afin de lutter contre le terrorisme
international. Zobaida Jalal |
Des avancées
grâce au partenariat et à la consultation au Sénégal
Le Ministre de l'éducation, M.
Moustapha Sourang, a commencé son intervention en transmettant
les regrets du Président du Sénégal, malheureusement empêché de
répondre personnellement à l'invitation de l'UNESCO. Rappelant
qu'au Forum mondial sur l'éducation de Dakar, celui-ci avait défini
la situation de l'éducation en Afrique comme une problématique
qui " s'inscrit entre deux extrêmes : chômer sans éducation ou
être éduqué et chômer ", M. Sourang a souligné que le Sénégal
était résolu à s'attaquer à cette situation au travers de l'EPT.
Insistant sur la responsabilité de l'Etat envers l'éducation,
le ministre a fait remarquer qu'en Afrique subsaharienne, les
Etats n'ont pas les moyens nécessaires pour remplir cette mission,
d'autant qu'elle prend de l'ampleur avec la croissance de la population.
Les Etats doivent donc expérimenter de nouvelles formes de partenariat
et mobiliser des ressources extérieures. La volonté croissante
des organismes d'aide pour financer le secteur social et concevoir
le développement de façon holistique donne de bonnes raisons d'être
optimiste.
Pour élaborer son plan national d'EPT, le Sénégal a adopté une
approche systématique. Prenant en compte un programme décennal
d'éducation et de formation inauguré .Son élaboration se décompose
en cinq étapes comprenant une vaste consultation et une aide technique,tout
en prévoyant une planification aux niveaux départemental et régional.Une
soixantaine d 'ONG apportent leur soutien à l 'éducation, surtout
non formelle. Une "charte du partenariat " a été élaborée pour
offrir un cadre à la coopération entre tous les acteurs.Renforcer
le consensus avec la société civile est une des grandes priorités.
M.Sourang a également évoqué les rapports entre éducation de base
et enseignement supérieur,en faisant part de deux préoccupations
: premièrement,un accent trop marqué sur l 'éducation de base
risque de réduire les moyens de l 'enseignement supérieur,et deuxièmement,les
bailleurs de fonds sont divisés dans leur approche du financement
de l 'enseignement supérieur. Il a appelé l 'UNESCO à arbitrer
cette situation qui réclame un assouplissement des conditions
de financement de l 'éducation.
Ensemble, nous les hommes
et femmes de bonne volonté du Nord et du Sud [...] disons
que nous voulons l'éducation et le travail, pas l'un sans
l'autre.
Abdoulaye Wade, Président du Sénégal, au Forum de Dakar |
Discussion et réactions
Au cours de la discussion, des enseignements ont été tirés des
événements du 11 septembre observant notamment que l 'extrémisme
puise à la source de l 'analphabétisme et de la pauvreté. Cela
souligne toute l 'importance de l 'éducation comme vecteur de
la tolérance et gardienne de la paix. Il est à espérer que,une
fois encore,le pire amène les hommes à montrer le meilleur d 'eux-mêmes.
Des commentaires et des remarques ont été faits sur un large éventail
de sujets liés à l 'EPT,en se référant souvent aux progrès accomplis
et aux obstacles rencontrés dans les différents contextes nationaux.
Elargissant le débat,un participant a posé la question suivante
:Quelle éducation pour quel développement ? En réponse,il a été
remarqué que les niveaux d 'alphabétisation ne coïncident pas
forcément avec les niveaux de progrès scientifique. Les participants
ont fait d 'autres commentaires généraux sur les approches éducatives
dont ceux-ci :
_ Il doit y avoir un droit à l 'emploi tout comme un droit à l
'éducation.
_ L 'éducation ne doit pas être considérée comme un service mais
comme une institution qui transmet des valeurs.
_ L 'éducation doit promouvoir l 'équité sociale.
_ L 'exclusion de l 'éducation est un phénomène aussi bien culturel
qu 'économique.
Divers points essentiels pour l 'EPT ont été abordés à l 'appui
de l 'expérience des pays :
_ Accès à l 'éducation :les Philippines ont recensé et supprimé
les frais éducatifs indirects comme la cotisation des scouts et
les droits d 'examen,à la suite de quoi,le taux de scolarisation
a augmenté de 7 %.Dans le cadre de son plan national d 'EPT,l
'Inde accorde une priorité particulière aux groupes difficiles
à atteindre comme les filles et les enfants des bidonvilles.Au
Kenya,les mesures anti- discriminatoires en faveur des défavorisés
comprennent la réadmission à l 'école des adolescentes qui ont
dû abandonner leur scolarité parce qu 'elles étaient enceintes.
_ Qualité de l 'éducation :à titre d 'exemple d 'amélioration,
les Philippines axent maintenant l 'éducation de base sur cinq
matières clés :philippin,anglais,sciences, mathématiques et éducation
civique.La formation des enseignants et la réforme des programmes
sont des éléments essentiels de l 'amélioration de la qualité.
_ Discrimination sexuelle :l 'image des femmes que donnent un
grand nombre de manuels est préoccupante.
_ Formation/éducation non formelle des adultes :cette alternative
à l 'école doit être renforcée tout en suivant une politique de
post-alphabétisation afin d 'éviter la perte des compétences fraîchement
acquises.Grâce à un programme d 'alphabétisation radiodiffusé,
l 'éducation des adultes a progressé à Cuba qui a partagé cette
expérience avec d 'autres pays des Caraïbes.Sept pays de cette
région travaillent ensemble à l 'adoption de mesures communes
d 'alphabétisation. Le Directeur général de l 'UNESCO a souligné
la nécessité d 'atteindre les adultes et de promouvoir l 'apprentissage
tout au long de la vie.
_ Plans d 'EPT :au cours de leur élaboration,il faut rendre compte
des besoins financiers précis ainsi que de tout autre manque de
moyens.
Il a été demandé de définir plus avant le rôle et l 'objectif
du Groupe de haut niveau,reconnu comme une occasion considérable
de faire avancer l 'EPT.Cette discussion a été programmée pour
la dernière séance.
Diverses remarques se rapportaient au rôle des ONG et de la société
civile . Pour leur part,elles ont exprimé leur volonté de travailler
avec les gouvernements. L 'un des participants a demandé si elles
étaient des partenaires à part entière et à qui elles rendaient
des comptes.Pour illustrer l 'engagement de la société civile
envers l 'EPT,il a été rapporté qu 'au Sénégal,les ONG ont contribué
à une augmentation de 5 %du taux d 'alphabétisation.L 'évaluation
nationale des problèmes d 'alphabétisation sous-estime cependant
l 'activité de la société civile et des organisations communautaires.
Les commentaires ont également porté sur le rôle de l 'UNESCO
: c 'est la seule instance internationale où l 'on peut discuter
de l 'éducation ;elle doit apporter un soutien intellectuel et
jouer un rôle de premier plan dans le débat sur l 'éducation.
Forger les engagements
politiques et les partenariats
Des
consultations et une gestion efficaces : deux clés de l ’EPT selon
le Canada
En introduction,Mme Maria Minna,Ministre de la coopération internationale
du Canada,a réaffirmé l ’importance capitale de l ’éducation —
du point de vue des droits de l ’homme, de la santé,de la nutrition,
de la prévention du VIH/sida, de la citoyenneté,de l ’égalité,
de la justice,de la dignité et de la tolérance. L ’éducation de
base est le fondement de l ’apprentissage de toute une vie,nécessaire
à tous dans le monde actuel.Comme le démontrent les faits,il est
capital d ’investir dans le développement social pour éliminer
la pauvreté.
Le Canada est résolument déterminé à contribuer à la poursuite
et à la réalisation des objectifs de Dakar. Prenant appui sur
le Rapport de suivi ,la ministre a mis l ’accent sur trois principes
interdépendants :la prise en charge nationale,le partenariat et
le rôle de la société civile. Tous trois reposent sur la consultation
des bailleurs de fonds et des communautés. Le Canada a mené une
telle consultation pour élaborer son propre «plan d ’action de
donateur » pour soutenir l ’EPT. Il en résulte que le pays va
multiplier par quatre ses investissements dans l ’éducation de
base. Employer les ressources existantes de façon plus efficace
et alléger le fardeau de la dette sont deux autres voies pour
accroître le soutien à l ’éducation. Le Canada ainsi que les autres
pays du G8 sont fermement engagés envers l ’initiative en faveur
des pays pauvres très endettés (PPTE). Pour sa part, le Canada
a d ’ailleurs récemment prononcé un moratoire unilatéral sur le
remboursement de la dette des PPTE qui obtiennent de bons résultats.
En dehors des moyens financiers,il faut aussi mobiliser des moyens
humains,techniques et logistiques,en utilisant,par exemple,le
réseau des éducateurs de l ’UNESCO et en partageant les meilleures
pratiques.
Mme Minna a attiré l ’attention sur quatre questions de gestion
:
- Renforcer la coordination entre les donateurs :ce sera l ’un
des objectifs majeurs de l ’Equipe spéciale sur l ’éducation du
G8,dans laquelle le Canada entend jouer un rôle actif.
-Programmes phares :il faut veiller à ce qu ’ils ne détournent
pas les efforts et les ressources des processus nationaux d ’EPT.
- Rôle de coordinateur de l ’UNESCO :l ’UNESCO a renforcé son
rôle mais son mandat est-il assez explicite ?Dispose- t-on des
instruments adéquats pour faire avancer l ’EPT ?
-Suivi de l ’EPT :tous les partenaires doivent travailler à la
mise au point d ’indicateurs communs laissant aussi la place aux
variations régionales.Les objectifs de développement du Millénaire
sont un bon point de départ à cet égard.
En conclusion,elle a appelé à exploiter pleinement «les vastes
ressources humaines dont nous disposons » pour poursuivre les
objectifs de l ’EPT.
| Je suis frappée de constater
à quel point ces trois principes — prise en charge nationale,
partenariat et rôle de la société civile — sont interdépendants..
S ’ils sont bien synchronisés,ils se renforcent mutuellement.
Mais si l ’un de ces éléments n ’est pas pleinement mis à
profit,les autres en pâtissent et nous nous éloignons des
objectifs que nous voulons atteindre. Maria Minna |
La priorité pour l ’UNICEF :remplir nos devoirs
envers les enfants
«Une éducation primaire de qualité est un droit pour tous les
enfants et un devoir pour tous les gouvernements » a déclaré Mme
Carol Bellamy,Directrice générale de l ’UNICEF, considérant que
c ’est là la base,fondée sur les déclarations et conventions internationales,d
’une compréhension mutuelle de l ’EPT.Développant ce principe,elle
a attiré l ’attention sur l ’essentiel,à savoir que les «enfants
soient mentalement et physiquement capables d ’apprendre,et les
enseignants prêts et aptes à enseigner dans des cadres éducatifs
qui soient disponibles,abordables et accueillants pour les enfants
et leurs parents ».Soulignant l ’importance des partenariats étroits
établis entre les institutions des Nations Unies et avec la société
civile,elle a insisté sur la portée de l ’Initiative des Nations
Unies en faveur de l ’éducation des filles (UNGEI)dont l ’objectif
premier est d ’éliminer les disparités entre les sexes d ’ici
2005.
Chargée de représenter le PNUD à la présente réunion, Mme Bellamy
a précisé que l ’administrateur du PNUD considérait l ’éducation
comme un instrument essentiel du développement,et qu ’il avait
demandé aux coordinateurs locaux du monde entier d ’accorder une
attention particulière au soutien de l ’UNGEI et des autres initiatives
en faveur de l ’EPT.
Mme Bellamy a détaillé les avantages que présente l ’éducation
des filles :c ’est un facteur clé du développement économique
;les fillettes qui vont à l ’école deviennent des femmes instruites
qui sont plus à même d ’envoyer leurs propres enfants à l ’école
et d ’avoir moins d ’enfants,mais en meilleure santé. Evoquant
de nouvelles initiatives menées dans divers pays d ’Afrique et
d ’Asie,elle a appelé à la mise en place de mécanismes pour atteindre
les enfants exclus et défavorisés qui élaborent des approches
ciblées pour ceux qui sont le plus en danger. Il faut agir contre
le travail des enfants,les conséquences 11 du VIH/sida et les
maladies que l ’on peut prévenir afin que tous ces enfants puissent
recevoir une éducation.Il faut également œuvrer en faveur d ’une
éducation de la deuxième chance qui soit de qualité.Mme Bellamy
a conclu sur une note optimiste, en déclarant que le moment était
le plus propice que l ’on puisse imaginer pour relever ces défis
:c ’est l ’espoir et non le désespoir qui doit inciter les gouvernements,la
société civile,les organisations et les citoyens à remplir les
devoirs qui sont les nôtres envers les enfants.
| Seule une éducation de
qualité peut donner aux filles la confiance nécessaire pour
déployer toutes leurs capacités [...] et mettre les jeunes
femmes sur la voie de l ’indépendance économique et sociale.
Carol Bellamy |
Discussion et réactions
En réponse à ces exposés,le Directeur général de l ’UNESCO a délimité
le cadre du débat en demandant au Groupe de considérer quatre
questions :
- Comment poursuivre la dynamique de l ’EPT ?
- Comment manifester l ’engagement politique et le traduire dans
les faits ?
- Comment mobiliser les ressources ?
- Comment rendre les programmes phares compatibles avec les plans
nationaux ?
Ces questions ont été abordées au cours de cette séance de discussion
mais aussi reprises plus tard.Une fois encore,la discussion a
été variée tout en portant essentiellement sur les partenariats
et leur importance capitale dans la progression de l ’EPT. Les
participants ont également souligné à plusieurs reprises qu ’il
était temps de passer à l ’action,de passer de l ’élaboration
des plans et des stratégies à leur mise en œuvre concrète,ce qui
doit être l ’un des aboutissements majeurs de cette réunion du
Groupe de haut niveau.
Prise en charge nationale :les participants ont été unanimes,ce
sont les pays qui doivent conduire leur plan d ’EPT et sa mise
en œuvre.C ’est l ’assise même du partenariat à l ’échelon international
:l ’engagement national motive l ’engagement international. En
Europe centrale et de l ’Est, la prise en charge nationale se
traduit par de nouvelles dispositions législatives pour promouvoir
l ’éducation pour tous :la formation,le statut et la rémunération
des enseignants en sont des éléments capitaux ainsi que le développement
de l ’emploi des TIC à des fins éducatives.Maintenant que l ’on
traduit en actions les plans nationaux d ’EPT, il faut élaborer
des principes directeurs de mise en œuvre.
Nature des relations :l ’une des questions clés est de
trouver comment organiser au mieux la coordination entre les pays
et les instances internationales,autrement dit comment lier l
’échelon mondial à l ’échelon local — domaine où la société civile
a un important rôle à jouer.Quel type d ’interaction doit-il y
avoir entre le mouvement mondial de l ’EPT et les stratégies nationales
de réduction de la pauvreté ?Les approches mondiales doivent toujours
être en prise avec la réalité.Les partenariats doivent également
s ’ancrer sur le terrain,au sein des communautés et dans les institutions
représentées à ce niveau. A l ’échelon national, dans la mesure
où l ’éducation recoupe plusieurs secteurs, les partenariats doivent
associer plusieurs ministères et s ’appuyer par conséquent sur
les structures existantes. A l ’échelon international,quelles
doivent être les relations entre les organismes multilatéraux
et bilatéraux ?A l ’autre extrémité de la chaîne,il ne faut pas
sous-estimer l ’engagement des familles et des communautés les
plus pauvres (elles savent souvent ce qu ’il faut pour rompre
le cercle vicieux de la pauvreté). Tous ces partenariats nécessitent
des dispositifs pour échanger l ’information sur les objectifs,les
interventions,les programmes et les bonnes pratiques — et pour
cela,,il faut une coordination adéquate et un dialogue permanent
entre les partenaires internationaux et les pays.
Approches alternatives :les participants se soucient de
la mise en place,en coopération avec la société civile, d ’alternatives
non formelles à l ’école pour les jeunes non scolarisés,ces initiatives
devant établir des liens avec le système formel.
Qualité :à maintes reprises,l ’accent a été mis sur la
qualité de l ’éducation de base qui demande autant d ’attention
que les objectifs quantitatifs d ’accroissement de l ’accès à
l ’éducation.
Aide extérieure :selon le représentant de la Banque mondiale,les
pays en développement consacrent 300 milliards de dollars à l
’éducation alors que l ’aide internationale ne s ’élève qu ’à
4 milliards de dollars,soit un peu plus de 1 %.La communauté internationale
peut-elle doubler le montant de cette aide ?Bien que dans les
faits peu de choses aient changé sur ce front depuis Dakar,les
initiatives de groupes tels que le G8 et la Campagne mondiale
pour l ’éducation donnent des raisons d ’être optimiste.Il faut
définir les mécanismes du soutien financier des donateurs en s
’inspirant de ceux qui fonctionnent.
Programmes phares :les participants se sont félicités de
l ’adoption du nouveau programme sur les handicaps que l ’UNESCO
s ’est engagée à promouvoir dans ses Etats membres.
Mobiliser des ressources en faveur de l'EPT
L
’engagement : le fondement de l ’action – Royaume-Uni
Reconnaissant l ’ampleur
du défi que constitue la généralisation de l ’éducation primaire,Mme
Clare Short,Secrétaire d ’Etat à la coopération pour le développement
international,a relevé que des pays avaient fait des progrès significatifs
(citant neuf pays d ’Afrique subsaharienne où le taux de scolarisation
a atteint 90 %). L ’engagement de Dakar assurant que «aucun pays
qui a pris un engagement sérieux en faveur de l ’éducation pour
tous ne verra ses efforts contrariés par le manque de ressources
» soulève deux questions :
- A partir de quoi peut-on juger qu ’un pays a pris un engagement
sérieux en faveur de l ’EPT ?
- Comment la communauté internationale va-t-elle répondre à cet
engagement ?
Une forte volonté politique,la détermination nationale et des
politiques éducatives précises liées à un CSLP,sont des indicateurs
d ’engagement que Mme Short a suggéré de compléter par les trois
suivants :
- suppression rapide des frais de scolarité et autres coûts directs
;
- affectation par les gouvernements de moyens significatifs à
l ’éducation de base ;
- efforts concrets pour promouvoir l ’égalité entre les sexes.
Il est capital que les plans d ’EPT fassent partie intégrante
des plans de réduction de la pauvreté.Une fois ces plans au point,l
’UNESCO doit user de son influence sur la communauté internationale
pour qu ’elle apporte le financement adéquat.Il est également
primordial de bien coordonner l ’action des donateurs en matière
d ’éducation, afin de réduire les coûts de transaction et les
frais administratifs des pays en développement.
Evoquant le rôle et la structure du Groupe de haut niveau, Mme
Short s ’est prononcée en faveur d ’un groupe plus restreint mais
tout aussi représentatif,qui se réunirait tous les ans pour examiner
le Rapport de suivi . Ce dernier doit être un outil de premier
plan pour recenser les besoins particuliers,rassembler de nouveaux
efforts et établir des liens avec d ’autres instances comme les
sommets du G8 et les réunions des organisations de Bretton Woods.
Le Royaume-Uni s ’est engagé à contribuer financièrement à un
tel rapport. Mme Short a conclu son exposé sur cette déclaration
retentissante et optimiste :«Nous sommes la première génération
qui a la possibilité d ’éliminer l ’analphabétisme de la condition
humaine.Faisons en sorte d ’être à la hauteur de ce défi.»
| Aucune forme d ’aide au
développement n ’a plus d ’incidence sur les perspectives
d ’un pays que l ’éducation de ses enfants,en particulier
des filles. Clare Short |
Japon :Investir dans les capacités
M.Takao Kawakami,Président de l ’Agence japonaise de coopération
internationale (JICA),s ’est appuyé sur son expérience personnelle
en Indonésie et au Pakistan pour souligner que les populations
expriment une forte demande d ’éducation (au Pakistan,par exemple,les
femmes étaient déterminées à assister aux cours d ’alphabétisation
malgré leur charge de travail).La JICA considère l ’éducation
comme le fondement du développement et s ’est engagée en faveur
du renforcement des capacités dans une approche en deux points
:
- soutien du personnel local pour garantir la prise en charge
locale et la durabilité des actions ;
- partage de l ’expérience japonaise pour aider et motiver les
instances locales à définir leurs objectifs.
Les approches sectorielles sont un moyen de faciliter les accords
entre donateurs,dans la mesure où elles forment un cadre souple
permettant de tirer le meilleur parti des avantages de chaque
organisme.En ce qui concerne la contribution du Japon à l ’éducation,
M.Kawakami a rappelé que son pays s ’était engagé à apporter une
aide financière étalée sur cinq ans au développement social en
Afrique,et il a signalé que grâce à la construction d ’infrastructures
scolaires,les taux de scolarisation avaient augmenté. La prévention
du VIH/sida et la réduction de la fracture numérique sont au cœur
de l ’aide japonaise.Suite à un examen des programmes d ’éducation,
la JICA a renforcé son action en faveur de l ’éducation non formelle
et de la coopération avec les ONG pour la prévention du VIH/sida
à l ’échelon des communautés. Le Japon collaborera étroitement
à l ’Equipe spéciale sur l ’éducation du G8 pour mobiliser les
efforts internationaux en faveur de l ’éducation de base.
| Il faut penser à employer
l ’aide des donateurs dans un cadre souple de façon à tenir
compte des avantages de chacun d ’entre eux.[...] Autre point
important :ce ne sont pas les donateurs qui doivent mettre
en œuvre les actions de coopération pour le développement,mais
les pays eux-mêmes,en renforçant leurs moyens de prise en
charge. Takao Kawakami |
France :Coopérer
pour promouvoir l ’accès,l ’équité et la qualité en matière d
’éducation
M.Charles Josselin,
Ministre délégué à la coopération et à la francophonie,a reconnu
qu ’au Forum de Dakar un grand progrès avait été fait pour confirmer
l ’engagement de la communauté internationale en faveur de l ’éducation,lequel
doit maintenant être mis en œuvre. Les grands objectifs que constituent
l ’accès,l ’équité et la qualité des systèmes éducatifs,sont l
’axe autour duquel toutes les parties prenantes doivent organiser
leur dialogue. Rappelant que le niveau national était primordial,
M.Josselin y a associé les deux principes d ’appropriation et
de participation.L ’appropriation suppose que les gouvernements
définissent eux-mêmes leur politique ;la participation implique
toutes les parties prenantes dans le processus.
Déconseillant d ’investir les ressources supplémentaires dans
des systèmes éducatifs au rendement décroissant,il a appelé à
privilégier des plans nationaux d ’EPT basés sur une analyse pertinente
et conçus selon une approche sectorielle. Ils doivent s ’inscrire
dans le cadre général de stratégies de lutte contre la pauvreté
dans lesquelles l ’allégement de la dette — comme la France s
’y est récemment engagée — doit jouer un rôle clé. L ’engagement
de la France se traduit également par les actions suivantes :soutien
du rôle de l ’UNESCO en Afrique,collaboration à l ’Equipe spéciale
sur l ’éducation du G8, projet d ’investissement dans un travail
contre le VIH/sida avec l ’UNESCO,partenariat avec la Conférence
des ministres de l ’éducation des pays ayant le français en partage
(CONFEMEN)et la Banque mondiale, réorientation de l ’aide de la
France à l ’éducation. En conclusion, M. Josselin a appelé à concilier
la réponse aux besoins immédiats et profonds avec le soutien à
long terme des efforts pour atteindre les objectifs de l ’EPT.
| La France fera un effort
exceptionnel d ’allégement de la dette,évalué à 10 milliards
d ’euros.Nous souhaitons que ces allégements de dette bénéficient
en priorité aux secteurs sociaux,et notamment au secteur éducatif.
Charles Josselin |
G8
:L ’éducation à l ’ordre du jour
S ’exprimant en sa
double qualité de Directeur général pour l ’aide au développement
de l ’Italie,et de Président de l ’Equipe spéciale sur l ’éducation
du G8,M.Giandomenico Magliano a souligné que la création de l
’Equipe spéciale reposait sur la volonté politique de lutter contre
la pauvreté sous tous ses aspects — sociaux, culturels,éthiques,
économiques et financiers.Il s ’agit là,a-t-il fait remarquer,
d ’un changement d ’orientation politique considérable. Contrairement
aux précédents sommets du G8, celui de Gênes était «extraverti
»:le groupe veut désormais se tourner davantage vers l ’extérieur
et prendre des décisions concrètes au titre de sa participation
active au développement international.
M.Magliano a insisté sur le contexte actuel de mondialisation
en soulignant le besoin de «plus de gouvernance mondiale ».A cet
effet,la politique doit porter sur trois points :
- valorisation du capital humain ;
- préservation du capital naturel ;
- distribution équitable du capital financier.
En ce qui concerne l ’éducation,le G8 est conscient de la nécessité
de donner la priorité à l ’éducation dans le cadre des stratégies
de réduction de la pauvreté,de renforcer les stratégies éducatives
en employant les TIC,ainsi que de soutenir le rôle de l ’UNESCO
dans la poursuite des objectifs de l ’EPT.Les buts particuliers
de l ’Equipe spéciale sont de :
- faciliter la coordination entre les gouvernements et les donateurs
;
- mobiliser les ressources supplémentaires nécessaires ;
- répondre aux besoins clairement définis ;
- suivre la réalisation des engagements pris à Dakar,en coopération
avec les autres parties prenantes.
En conclusion, M.Magliano a annoncé que l ’Italie allait apporter
une contribution supplémentaire à l ’UNESCO, et il a demandé à
cette dernière «d ’aider les pays en développement à intégrer
l ’éducation dans leurs politiques de développement,et d ’inciter
les pays développés à mobiliser des ressources supplémentaires
ainsi qu ’à renforcer l ’efficacité et la cohérence en soutenant
des stratégies éducatives prises en charge par les pays eux- mêmes.»
| Lors du Sommet de Gênes,
les chefs d ’Etat et de gouvernement des pays du G8 ont reconnu
le rôle fondamental de l ’éducation en tant que facteur clé
de la croissance et de l ’emploi. Giandomenico Magliano |
Les manques en matière de financement et
de politique relevés par la Banque mondiale
L ’EPT pâtit d ’un manque financier et politique ainsi que l ’a
exposé M.Jozef Ritzen,Vice-président de la Banque mondiale chargé
du développement humain. En introduction,il a fait état du défi
considérable que 14 représente pour certains pays la réalisation
des objectifs d ’égalité entre les sexes et d ’universalisation
de l ’éducation, d ’autant que la pandémie du VIH/sida amplifie
encore les problèmes.Grâce à l ’allégement de la dette,une partie
du manque de fonds va être comblée — environ 40 %%des ressources
ainsi dégagées sont affectées à l ’éducation,a-t-il évalué — mais
à combien s ’élève le reste ?Selon M.Ritzen, nous ne pouvons le
savoir dans la mesure où les évaluations,y compris celles de la
Banque mondiale, reposent sur une seule augmentation des efforts
actuels, ce qui ne suffira certainement pas pour atteindre les
populations les plus pauvres et les plus marginalisées qui n ’ont
pas d ’accès à l ’éducation.De plus,les évaluations ne tiennent
pas compte des frais à couvrir pour que tous les enfants mènent
leur scolarité primaire à terme.Le manque politique tient au fait
que les moyens existants sont insuffisants et inadaptés aux résultats
d ’apprentissage escomptés.La réforme des systèmes éducatifs pose
des problèmes politiques,mais il faut s ’y attaquer.Les réformes
doivent également tenir compte de l ’équipement matériel des écoles
et du nombre d ’heures de cours.
La coopération en faveur de l ’EPT doit reposer sur la prise en
charge nationale de la réforme éducative,un large échange des
connaissances et des expériences,un soutien budgétaire satisfaisant
de l ’éducation et une ouverture vers l ’élaboration de politiques.
Les capacités locales sont primordiales et doivent être renforcées
— dans les ministères,,les groupes de réflexion, la société civile
et les services statistiques.La Banque mondiale,a affirmé M.Ritzen,est
prête à déployer des efforts pour mobiliser des ressources supplémentaires
en faveur de l ’EPT et soutenir des politiques qui s ’attaquent
aux besoins des plus marginalisés :enfants des rues, handicapés,enfants
qui travaillent ou sont en détresse à cause du VIH/sida.
Revenant sur les événements du 11 septembre,M.Ritzen a observé
que la guerre est souvent en germe dans les manuels scolaires
lorsque les pays voisins y sont décrits comme des adversaires.Les
récents événements peuvent avoir une incidence positive sur la
solidarité internationale mais elle sera négative sur la disponibilité
des ressources.
Discussion et réactions
Point capital,la mobilisation des ressources a donné lieu à un
débat riche et animé où l ’accent a été mis sur le besoin de réponses
concrètes et de moyens pratiques pour avancer dans la réalisation
des objectifs de l ’EPT.Malgré les chiffres et les engagements
cités,les participants du Groupe de haut niveau ont reconnu qu
’il faudrait faire beaucoup plus pour redresser la baisse de l
’aide au développement qui a eu lieu dans les années 1990.Faute
de mobiliser une volonté politique internationale plus affirmée
et des moyens financiers plus importants,les objectifs de l ’EPT
ne seront pas atteints en temps,voire pas du tout.
| Il est indispensable que
les efforts déployés pour combler le manque de fonds aillent
de pair avec une volonté nationale affirmée de combler le
manque politique.[...] Il faut combler le manque financier
et le manque politique.C ’est notre devoir envers les enfants
de ce monde. Jozef Ritzen |
Comment tenir l ’engagement
pris à Dakar de combler le déficit de financement ?
L ’engagement pris à Dakar suppose que les pays élaborent des
stratégies pour atteindre les six objectifs du Cadre d ’action
de Dakar.Afin de faciliter le soutien international de la mise
en œuvre de ces stratégies,il a été recommandé de créer un mécanisme
afin de définir des critères précis pour évaluer l ’engagement
politique des pays en faveur des objectifs de l ’EPT.On pourrait
ainsi mesurer la crédibilité des plans nationaux d ’EPT,et les
pays pourraient plus facilement recevoir une aide accrue de la
communauté internationale,comme s ’y engage le Cadre d ’action
de Dakar.
Dans l ’établissement des critères,une attention particulière
doit être accordée aux efforts accomplis pour généraliser l ’éducation
primaire le plus tôt possible et avant 2015 au plus tard,ainsi
qu ’aux efforts déployés pour éliminer les disparités entre les
sexes d ’ici 2005.Les participants ont aussi estimé que l ’évaluation
du sérieux de l ’engagement envers les objectifs de l ’EPT devait
tenir particulièrement compte du degré d ’achèvement de l ’éducation
primaire gratuite et obligatoire — incluant la gratuité des manuels,,
des uniformes,du transport etc.pour les plus pauvres — et de la
sécurisation de l ’école et de l ’environnement éducatif. Certains
pays vont devoir procéder à une réorientation radicale de leur
politique s ’ils veulent être considérés comme sérieusement engagés
à atteindre les populations plus marginalisées.Il est indispensable
que les efforts déployés pour combler le manque de fonds soient
assortis d ’un engagement politique affirmé des pays.Il a également
été observé à plusieurs reprises qu ’il ne faut pas considérer
les ressources sur un plan exclusivement financier.Rien ne pourra
être réalisé sans ressources humaines ni coopération technique.
Des représentants des ONG ont signalé aux partenaires internationaux
que l ’augmentation des ressources ne doit pas représenter une
augmentation du fardeau de la dette des pays bénéficiaires.L ’accès
aux fonds doit se faire le plus possible sous forme de dons.Une
attention particulière doit 15 être accordée aux pays fortement
endettés.Les ressources ne doivent pas être investies dans des
systèmes qui s ’avèrent peu efficaces mais uniquement dans des
systèmes performants en termes d ’accès,d ’équité et de qualité.
Certains domaines nécessitent une attention particulière
en termes d ’investissement :éducation à la prévention
du VIH/sida,éducation en situation d ’urgence et de crise, équité
entre les sexes et éducation des filles,formation des enseignants
et amélioration de leurs conditions de travail, sécurisation des
écoles et de l ’environnement éducatif,tous ces aspects de l ’éducation
ont été signalés à maintes reprises comme des domaines appelant
une attention particulière en matière d ’investissement.Bien que
le VIH/sida et l ’instabilité générée par les conflits et les
guerres civiles entravent le processus éducatif,il ne faut pas
considérer qu ’ils empêchent tout progrès.Il faut au contraire
traiter ces problèmes avec l ’attention et les moyens nécessaires.
La faiblesse des résultats d ’apprentissage est un autre point
préoccupant.La fourniture durable de manuels et l ’emploi efficient
des TIC dans le processus éducatif offrent des moyens relativement
simples d ’améliorer considérablement la qualité de l ’éducation.
L ’éducation de base et la généralisation de l ’éducation primaire,en
particulier,restent la priorité numéro 1.Il a été demandé à l
’UNESCO de définir clairement les stratégies nécessaires pour
réaliser la généralisation de l ’éducation primaire.Cela étant,plusieurs
participants ont fait remarquer que l ’engagement pris à Dakar
ne doit pas entraver le développement des autres cycles éducatifs,
comme le secondaire et l ’enseignement supérieur.
Renforcer la coordination entre les organismes de développement
aux niveaux international et national : c ’est une condition
préalable,ont souligné les participants, à la réduction de la
charge administrative pesant sur de nombreux pays en développement
qui travaillent avec un grand nombre de partenaires différents
pour réaliser leurs objectifs de développement national.
Il a été rappelé que l ’intégration des plans nationaux d ’EPT
dans un cadre général de développement et des approches sectorielles,des
CSLP en particulier,est une condition préalable capitale au développement
durable et à une bonne coordination entre les partenaires du développement
à l ’échelon national.L ’articulation des plans nationaux d ’EPT
avec les stratégies de lutte contre la pauvreté a également été
soulignée comme un facteur déterminant pour que le soutien à long
terme des partenaires internationaux se poursuive jusqu ’à la
mise en œuvre de ces plans.Définir séparément les plans nationaux
d ’EPT comme des «plans UNESCO-EPT »,c ’est courir le risque de
créer des cloisonnements et des systèmes parallèles ainsi que
de déployer des efforts qui fassent double emploi. Il est donc
essentiel,a-t-il été précisé,de s ’appuyer sur les structures
et l ’expérience existantes pour utiliser au mieux les ressources.De
leur côté,les partenaires de l ’EPT doivent veiller à ce que les
CSLP et autres stratégies nationales accordent suffisamment d
’attention aux six objectifs de l ’EPT.
Une fois encore,les participants ont insisté sur l ’importance
des processus d ’appropriation nationale en matière d ’EPT pour
garantir la pérennité des actions au-delà de l ’intervention des
partenaires internationaux.Les programmes éducatifs ne peuvent
être réellement efficaces sans une large consultation et la participation
de la communauté. Ce sont les pays eux-mêmes qui doivent définir
leurs buts et objectifs de développement,la communauté internationale
n ’étant qu ’un partenaire (financier et technique)dans cette
entreprise.Il faut investir à la fois du temps,des moyens financiers
et des ressources humaines dans le renforcement des capacités
nationales et institutionnelles afin de mettre en place des groupes
de réflexion critiques et analytiques opérationnels à l ’échelon
national.
Plusieurs intervenants ont posé la question de savoir comment
maintenir la dynamique de l ’EPT au fil des ans. Il est urgent
de répondre aux fortes attentes des pays qui ont mis au point
de bons plans d ’EPT et cherchent un financement pour les mettre
en œuvre. La Tanzanie,par exemple,a besoin d ’environ 93 millions
de dollars par an. La communauté internationale doit apporter
une réponse concrète aux pays afin de maintenir la dynamique de
l ’EPT — son intervention ne peut pas attendre un ou deux ans..
C ’est maintenant qu ’il faut agir pour répondre aux engagements
pris à Dakar et obtenir des résultats sur le plan de l ’enseignement
et des performances scolaires.
Pour réaliser les objectifs de l ’EPT et soutenir les efforts,
les moyens de financement traditionnels de l ’éducation ne suffiront
pas,il faut aller plus loin.La plupart des intervenants ont souligné
le rôle capital de la participation de la société civile et de
la gouvernance locale ,ainsi que de la gestion locale,pour répondre
aux besoins éducatifs.On ne pourra maintenir la dynamique à long
terme que si la base même de la société participe au processus.Les
participants ont souligné la nécessité de rompre avec les moyens
conventionnels de financement de l ’éducation.La prise en charge
locale de l ’aide elle-même a été suggérée comme une stratégie
innovante.
Participation
de la société civile
Le
rôle unique et capital de la société civile – Oxfam Grande-Bretagne
Directrice d ’Oxfam Grande-Bretagne,Mme Barbara Stocking a commencé
par énumérer ce que la société civile et les ONG apportent au
processus de l ’EPT :un lien étroit avec ce qui se passe sur le
terrain et un sens aigu de ce qui peut fonctionner et de ce qui
est voué à l ’échec.Sur le plan international,la société civile
œuvre pour que l ’éducation reste une des grandes priorités mondiales,pour
suivre les progrès,promouvoir des changements et mobiliser l ’aide
du public.Au niveau national,la société civile doit participer
à l ’élaboration des plans d ’EPT et au suivi de leur mise en
œuvre.A l ’échelon local,niveau privilégié de la société civile,les
ONG agissent en matière d ’expérimentation,d ’innovation et de
promotion de la responsabilité des communautés. Au sujet de l
’initiative mondiale, Mme Stocking a mis l ’accent sur l ’objectif
de l ’universalisation de l ’éducation de base gratuite, sans
aucun frais indirect.Le suivi national,avec des rapports à la
disposition du public,doit être l ’une des composantes essentielles
de l ’initiative mondiale,qui doit aussi prévoir un mécanisme
viable pour combler les déficits financiers.
En ce qui concerne la mission du Groupe de haut niveau, la directrice
d ’Oxfam a appelé à prendre des mesures d ’urgence pour recenser
les manques financiers dans chaque pays — cela doit être fait
avant mars 2002 pour la Séance spéciale des Nations Unies qui
a été reportée et le Sommet du G8 au Canada.Il faut organiser
le soutien de la mise en œuvre des plans nationaux,surtout dans
les pays où il y a un manque en matière de politique et de pratique.
Le Groupe de haut niveau pourrait être plus efficace s ’il était
plus restreint,avec une rotation de ses membres. On pourrait ainsi
obtenir plus rapidement les progrès urgents qui s ’imposent.L
’UNESCO a pour tâche de canaliser l ’engagement affirmé du Groupe
de haut niveau,et elle doit y parvenir si l ’on veut que cette
réunion fasse changer les choses.
| Ce que la société civile
apporte,c ’est souvent un sens aigu de ce qui va concrètement
fonctionner, de ce qu ’est réellement la situation,et de la
façon dont les populations veulent que leur système éducatif
fonctionne. Barbara Stocking |
L ’éducation :un droit de l ’homme – Marche
mondiale contre le travail des enfants
S ’appuyant sur l ’expérience qu ’il a acquise en travaillant
avec des enfants victimes de l ’esclavage et de la prostitution,M.Kailash
Satyarthi,Président de la Marche mondiale contre le travail des
enfants,a déclaré que l ’éducation est la clef de leur libération.
Il a cité des exemples en Inde,aux Philippines et au Brésil pour
montrer comment l ’éducation peut donner leur autonomie aux enfants
et à leurs parents,et leur permettre d ’échapper à l ’indignité
de l ’esclavage,du travail forcé et d ’une dette impossible à
rembourser.Bien que l ’éducation soit un droit inaliénable de
l ’être humain,elle n ’est souvent pas respectée ni mise en œuvre
comme tel.Pour y parvenir, M.Satyarthi a présenté sept points
clés sur lesquels axer l ’action :
- appropriation locale employant activement les média locaux et
les institutions pour obtenir davantage d ’engagement politique
;
- participation de toutes les parties prenantes,y compris de la
société civile — ce qui demande un soutien particulier là où les
gouvernements considèrent les organisations de la société civile
comme des détracteurs ;
- un financement approprié et en temps utile,de source interne
et externe ;
- engagement envers l ’abolition du travail des enfants,avec la
conviction que l ’éducation en est la plus puissante mesure préventive
;
- des mécanismes de suivi efficaces aux niveaux local, national
et international,reposant sur une large participation et une parfaite
transparence ;
- des systèmes de recours et de réparation :là où les parents
ont besoin de faire valoir le droit à l ’éducation de leurs enfants,des
institutions doivent être dotées des moyens de leur offrir un
recours rapide ;
- coordination entre les ministères et les services ainsi qu ’avec
les organisations de la société civile travaillant dans divers
domaines.L ’éducation est un lien avec l ’équité entre les sexes,l
’emploi,le handicap,le VIH/sida,les minorités et de nombreux autres
domaines.
| Hier,on ne pouvait pas
dormir en paix en sachant que près de nous,des gens avaient
faim,mais aujourd ’hui,on ne peut même plus vivre ni travailler
en paix en sachant que près de nous,des gens restent sans
éducation. Kailash Satyarthi |
M.Satyarthi a vigoureusement recommandé
que,de la même façon que l ’on défend d ’autres droits de l ’être
humain,des mécanismes nationaux et infranationaux suivent la mise
en œuvre de l ’éducation en tant que droit de l ’homme.Ce sont
souvent les commissions pour les droits de l ’homme qui remplissent
cette fonction au niveau national,mais il devrait aussi y avoir
des comités de surveillance au niveau des districts,a-t-il proposé.
Reprenant les propos d ’un petit Indien au Président Clinton,
M.Satyarthi a conclu en déclarant que nous devons tous, quels
que soient nos moyens,travailler en faveur de l ’éducation pour
tous.
Discussion et réactions
En réponse aux interventions,les participants ont fait état d
’autres voies d ’engagement de la société civile en faveur de
l ’EPT.Ils ont souligné que dans de nombreux endroits,la coopération
avec la société civile prend une place croissante dans les processus
d ’EPT,même si ce n ’est pas encore partout le cas. Il faut poursuivre
les efforts à tous les niveaux pour intégrer la société civile
dans le processus. Les gouvernements ne peuvent pas réaliser l
’EPT à eux seuls, ils ont besoin de coopérer avec la société civile
et doivent aussi faire appel au secteur privé. A l ’échelon local,l
’EPT demande une coopération harmonieuse entre autorités et communautés.
L ’éveil de la petite enfance nécessite également que les communautés
locales se mobilisent. La société civile joue un rôle capital
en matière d ’accroissement de la scolarisation, en particulier
des filles. L ’école ne peut pas tout résoudre à elle seule,il
faut sensibiliser les communautés à la nécessité d ’envoyer leurs
enfants à l ’école,dans les quartiers pauvres,par exemple, et
la société civile peut être une force mobilisatrice à cet égard.
Elle est aussi un relais important pour transmettre le message
de l ’EPT sur le terrain,une action qui se heurte à des problèmes
de distance,de diversité des populations et de langue.Dans certains
contextes,la société civile peut assurer une meilleure continuité
que les gouvernements.
La participation de la société civile doit inclure les enseignants
et leurs organisations,en prêtant l ’attention nécessaire à la
formation des enseignants ainsi qu ’à leur rôle et à leur statut.
Les représentants de la société civile ont appelé à un meilleur
partage entre les régions des façons dont la société civile est
engagée dans le processus de l ’EPT,et ils ont déploré que des
ressources servent à acheter des armes plutôt qu ’à financer l
’EPT. Alors que la société civile renforce ses liens avec les
institutions du système des Nations Unies, il doit aussi y avoir
une communication transparente des plans et des stratégies pour
garantir une pleine coopération.
Les participants ont saisi l ’occasion pour attirer l ’attention
sur les pays à risque qui,faute d ’efforts particuliers, n ’ont
aucune chance d ’atteindre les objectifs de Dakar. Il faut cibler
l ’action sur les groupes les plus défavorisés, «les plus déshérités
des déshérités ».L ’éducation de base est un droit de l ’homme
et un facteur d ’évolution sociale — comment apporter réellement
des ressources pour le développement humain dans les pays où l
’analphabétisme est important ?
Plusieurs participants ont parlé d ’une approche holistique de
l ’éducation — garantissant le maximum de liens et connexions
pertinents.Cela suppose de considérer les différents niveaux de
l ’éducation de façon cohérente, de mettre l ’accent sur les valeurs
qui soutiennent la qualité de l ’éducation,de reconnaître que
l ’éducation est une question de relations humaines,et d ’établir
des liens entre les approches formelles et non formelles à l ’échelon
local.
Suivi
des progrès de l ’EPT :perfectionnement du rapport annuel
Le Rapport de suivi a été accueilli comme un précieux instrument
d ’évaluation des progrès accomplis.Le Directeur général de l
’UNESCO a fait observer que ce n ’était qu ’un premier essai et
il a chargé l ’UNESCO de produire dans les années à venir un rapport
de haute qualité pour alimenter le travail du Groupe de haut niveau.
Les participants ont demandé que le rapport soit un outil instructif
pour tous les acteurs de l ’EPT.Ses prochaines éditions devraient
examiner les expériences d ’EPT en en dégageant les problématiques,rendre
compte de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas,indiquer
quels sont les pays qui risquent de ne pas atteindre les objectifs
de Dakar,et citer des exemples modèles et des réussites, en présentant
une analyse des raisons des différentes situations et en tirant
les leçons à retenir.
Pour y parvenir,le rapport doit être un instrument concret de
suivi.L ’une des conditions du suivi des progrès étant la précision
des données,le rapport devra fournir des statistiques précises
sur les résultats obtenus au niveau national,en indiquant clairement
quels sont les pays qui progressent,et quels sont ceux qui rencontrent
de graves problèmes dans la mise en œuvre de leurs stratégies
pour atteindre les objectifs de l ’EPT.Il devra également présenter
des données qualitatives et quantitatives précises pour chaque
pays. Le rapport sera ainsi un outil pratique pour aider le Groupe
de haut niveau à maintenir l ’engagement à long terme nécessaire
pour que la mobilisation des ressources soit stable.Il permettra
au Groupe de suivre les avancées concrètes et à la communauté
internationale de réagir à ces résultats.
Le Groupe de haut niveau a reconnu le rôle essentiel de l ’Institut
de statistique de l ’UNESCO (ISU)dans l ’élaboration d ’un rapport
de qualité doté de données précises.L ’ISU fournira les données
clés actualisées et l ’UNESCO aura la charge de rédiger le rapport
en mettant les informations en contexte.
Le rapport annuel de suivi doit également rendre compte des avancées
obtenues par d ’autres organismes et instances, comme l ’Equipe
spéciale sur l ’éducation du G8,en renforçant la coopération et
la mobilisation internationales en faveur de l ’EPT.Il doit rendre
compte des changements d ’orientation et de priorité opérés par
les organismes internationaux pour soutenir l ’EPT.
Des indicateurs spécifiques doivent être mis au point pour mesurer
les flux de financement et en suivre convenablement l ’évolution,chaque
partie devant s ’engager à rendre des comptes. En résumé,le rapport
annuel de suivi doit :
- fournir tous les ans un moyen d ’évaluer les progrès ;
- servir d ’instrument clé au Groupe de haut niveau pour remplir
sa mission de suivi ;
- employer des indicateurs qui soient pertinents et soutiennent
le travail de suivi du Groupe de haut niveau ;
- mener une analyse approfondie ;
- présenter des données précises de qualité ,à partir des informations
fournies par les pays ;
- présenter des données ventilées par pays et agrégées ;
- recenser les manques et les faiblesses des actions d ’EPT ;
- montrer quels sont les pays qui réussissent et pourquoi, et
recenser les meilleures pratiques ;
- examiner les expériences d ’EPT de façon instructive. L ’UNESCO
coordonnera le rapport,assurant sa rédaction en recensant et en
mettant en lumière les sujets ou les pays/régions qui posent problème
(incidence du VIH/sida, pays ayant besoin d ’aide pour leur plan
national,etc.). L ’ISU en sera un des piliers en fournissant des
données précises et de grande qualité.
Rôle et nature
du Groupe de haut niveau
Dès le début de la réunion,les participants ont posé des questions
sur la nature et le rôle du Groupe.La dernière séance a donné
lieu à un large échange de vues sur ce sujet. Pour ce qui est
de cette première réunion,elle a permis de rassembler,à l ’initiative
de l ’UNESCO,un éventail représentatif des acteurs de l ’EPT (pays
en développement, société civile,organismes bilatéraux et multilatéraux)et
de montrer le large consensus sur l ’EPT et les objectifs de Dakar.
Elle a également permis de réitérer l ’engagement collectif envers
l ’EPT et de maintenir ainsi la volonté politique et la dynamique.Enfin,elle
a donné aux bailleurs de fonds l ’occasion d ’exprimer et de définir,face
au représentants des gouvernements des pays en développement,leur
engagement en faveur de l ’EPT.
La discussion sur le rôle du Groupe a soulevé des questions fondamentales
de gouvernance mondiale auxquelles a répondu le Sous-Directeur
général pour l ’éducation,M.John Daniel. Faisant la distinction
entre gouvernance (mobilisation de la volonté politique et dynamique)et
gestion (organisation concrète du travail),il a demandé si un
dispositif de gouvernance mondiale était nécessaire ou souhaitable
pour l ’éducation.Un tel dispositif risquerait de limiter les
organismes multilatéraux et bilatéraux existants dans leurs priorités
d ’action.Il n ’en reste pas moins que les dispositifs de gestion
font progresser le travail de l ’EPT avec cohérence,surtout s
’ils sont bien connectés avec les instances des gouvernements
et des organismes.Le Groupe de haut niveau et le Groupe de travail
sur l ’EPT sont des dispositifs de gestion formels,tandis que
les dispositifs informels recouvrent les groupes ad hoc qui examinent
divers aspects de l ’EPT.Le fonctionnement de ces différents dispositifs
reposant sur la volonté de coopérer des partenaires,la question
qui se pose est :comment améliorer la gestion de l ’EPT ?
Compte tenu de l ’importance d ’impliquer le secteur privé dans
le soutien du mouvement de l ’EPT,il a été recommandé de redoubler
d ’efforts pour inviter des acteurs du secteur privé à participer
au Groupe de haut niveau.
En ce qui concerne le rôle et la fonction du Groupe,ainsi que
sa structure et son mode de fonctionnement,les participants ont
fait les suggestions suivantes :
En matière de fonction et de rôle,le Groupe de haut niveau doit
:
- susciter l ’engagement politique aux plus hauts niveaux ;
- veiller à ce que les objectifs de Dakar soient dotés de moyens
opératoires ;
- servir de catalyseur de la mobilisation des ressources pour
l ’EPT ;
- guider les efforts de tous les partenaires et suivre leurs contributions
;
- user de la légitimité qu ’il a au nom de l ’UNESCO et en tant
qu ’instrument du système des Nations Unies pour appeler les autres
acteurs, donateurs et autres organismes internationaux et régionaux,par
exemple,à rendre compte de leur participation à l ’EPT ;
- examiner l ’analyse des progrès de l ’EPT à l ’aide du Rapport
de suivi ;
- recenser et traiter les problèmes rencontrés dans la réalisation
des objectifs de l ’EPT ;
- viser à résoudre les problèmes et à tirer les leçons de ce qui
a été fait ;
- fixer des objectifs assortis d ’échéances et définir des actions
pour hâter la réalisation efficiente des buts de l ’EPT.
En matière de structure et de mode de fonctionnement,le Groupe
de haut niveau :
- pourrait être plus restreint,une quinzaine de membres, par exemple,afin
de permettre un débat plus ciblé,tout en conservant sa représentativité
;
- doit,quelle que soit sa taille,adopter un mode de travail et
de fonctionnement propice à un dialogue réel et ouvert ;
- doit être un lieu de discussion interactive où les exposés et
discours écrits seront distribués et non présentés oralement ;
- doit se réunir une fois par an pour examiner le Rapport de suivi
et y réagir ;
- doit être souple ;
- doit assurer une continuité dans sa composition tout en permettant
un renouvellement de ses membres au fil du temps.
| La discussion sur le rôle
du Groupe a soulevé des questions fondamentales de gouvernance
mondiale auxquelles a répondu le Sous-Directeur général pour
l ’éducation,M.John Daniel. |
Point de vue
d'un observateur
Le présent rapport ne serait pas
complet s ’il n ’essayait pas de rendre le ton et l ’esprit de
la réunion.C ’est ce à quoi s ’emploie ce chapitre à l ’appui
des observations de diverses personnes qui n ’ont pas participé
directement au débat.
Un encouragement :les participants sont prêts à agir !Ils
l ’ont exprimé par l ’esprit de coopération qui a régné sur les
deux jours de réunion.La participation active de tous les différents
acteurs a nourri un esprit de respect mutuel et de dialogue.La
société civile a été reconnue comme un partenaire à part entière
des instances d ’EPT pour la planification,l ’élaboration des
politiques,la mise en œuvre et le suivi,même s ’il faut encore
encourager certains pays à ne pas restreindre l ’engagement de
la société civile, ni à s ’y opposer.De leur côté,les organisations
de la société civile se sont engagées à travailler avec les gouvernements
et les organismes multilatéraux pour trouver des solutions et
suivre les progrès.Plusieurs donateurs bilatéraux et multilatéraux
ont également pris des engagements concrets en promettant publiquement,au
cours de la réunion,d ’accroître leur financement de différents
volets de l ’EPT.
Une ambivalence :deux des objectifs de Dakar portent sur
l ’alphabétisation des adultes,point sur lequel le Directeur général
de l ’UNESCO a rappelé l ’attention pendant la réunion.On a pu
remarquer que l ’éducation non formelle et l ’alphabétisation
ont été évoquées dans les exposés ou les interventions de huit
participants au moins des pays du Sud.En revanche,les organismes
multilatéraux et bilatéraux en ont à peine parlé.L ’éducation
non formelle et l ’alphabétisation semblent être une priorité
des pays en développement mais les donateurs ne paraissent pas
y accorder autant d ’intérêt.
Une affirmation (et un défi …):les participants ont clairement
reconnu l ’importance de l ’UNESCO dans la coordination des efforts.Cela
recouvre aussi bien la coordination des partenariats,au travers
du Groupe de haut niveau et du Groupe de travail,par exemple,que
l ’usage de sa position pour faire en sorte que les partenaires
multilatéraux et bilatéraux répondent à leurs engagements financiers.Il
est nettement ressorti de la réunion que le groupe compte également
sur l ’UNESCO pour conduire les opérations intellectuelles,et
notamment l ’élaboration des concepts de l ’EPT et la formulation
des stratégies.Les participants ont appelé l ’UNESCO à être une
source d ’inspiration ainsi qu ’à communiquer ses plans de façon
claire et transparente.Contrairement à l ’année dernière,les efforts
déployés par l ’UNESCO en matière de coordination ont été plus
que reconnus :des questions ont été posées — et des propositions
ont été faites — sur les moyens humains,, techniques et financiers
dont l ’UNESCO a besoin pour effectuer ce travail.Ces réactions
ont montré d ’une part, l ’importance capitale du rôle de coordination
de l ’EPT et les grandes espérances placées dans l ’UNESCO,et
d ’autre part, une nouvelle confiance dans la capacité de l ’UNESCO
de relever le défi.
| L ’éducation non formelle
et l ’alphabétisation semblent être une priorité des pays
en développement mais les donateurs ne paraissent pas y accorder
autant d ’intérêt. |
Conclusion
Au cours de la séance finale,le Sous-Directeur général pour l
’éducation a énoncé cinq points d ’action pour l ’UNESCO et les
Etats membres que la réunion a mis en lumière :
1- La préparation de plans nationaux d ’EPT est le moyen de hâter
les progrès dans la réalisation des objectifs de Dakar.
2 -En s ’appuyant sur les structures existantes,les partenaires
à l ’échelon national doivent définir des critères d ’évaluation
des progrès.
3 - Une stratégie d ’ensemble sera élaborée d ’ici mars 2002 pour
rendre le Cadre d ’action de Dakar opérationnel. Elle fixera des
échéanciers, intégrera les programmes phares, montrera les liens
entre les activités,et présentera la version finale de l ’initiative
mondiale.
4- L ’UNESCO préparera un Rapport de suivi faisant autorité,après
avoir fixé des principes directeurs pour sa gestion et sa réalisation.
5- L ’UNESCO poursuivra le dialogue sur la structure et la forme
du Groupe de haut niveau,en tenant compte de cette première expérience
et des remarques qui ont été faites.
La réunion a eu pour principal résultat de produire le Communiqué
final (cf.Annexe 2 pour son texte intégral) qui a été adopté à
l ’unanimité au terme d ’une discussion. En dehors de questions
de clarification des termes et d ’harmonisation des versions anglaise
et française, l ’essentiel de la discussion a porté sur la nature
et la composition de l ’Equipe spéciale évoquée dans la troisième
recommandation du Communiqué :qui en seront les membres et à qui
rendra-t-elle des comptes ?Le Directeur de l ’Unité du suivi de
Dakar a précisé que l ’Equipe spéciale serait composée de moins
de quinze personnes issues des différentes instances représentées
dans le Groupe de haut niveau,à savoir les pays en développement,
les pays industrialisés, les organismes internationaux et la société
civile,et que dans la mesure du possible, elle se réunirait de
façon virtuelle en s ’appuyant sur le travail lancé à cet égard
par le deuxième Groupe de travail sur l ’EPT lors de sa réunion
de septembre 2001. Le Sous-Directeur général pour l ’éducation
a ajouté qu ’elle rendrait compte au Directeur général de l ’UNESCO,au
titre du mandat qu ’il a reçu de coordonner les efforts de l ’EPT.
Le Groupe de haut niveau a approuvé ces précisions et accepté
d ’examiner les progrès accomplis par l ’Equipe spéciale à l ’occasion
de sa prochaine réunion.Cette décision a été consignée dans le
Communiqué.
Le Directeur général de l ’UNESCO a ensuite conclu la séance,en
présence des Présidents de la Conférence générale et du Conseil
exécutif de l ’UNESCO,en remerciant tous les participants pour
leur contribution à la réunion et leur engagement en faveur de
l ’Education pour tous.
| La réunion a eu pour principal
résultat de produire le Communiqué final qui a été adopté
à l ’unanimité au terme d ’une discussion. |