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Le Gouvernement envisage d'introduire de nouvelles réformes au Maroc
Par Nizar Al-Aly

RABAT, mars 24 (IPS) - Le Maroc prévoit finalement d'opérer des changements radicaux pour moderniser son système éducatif.

Le Roi Mohamed VI s'efforce de propulser son pays en première ligne depuis son accession au trône en juillet dernier. Il a récemment demandé au Parlement marocain de se réunir en session extraordinaire pour débattre et avaliser une stratégie d'éducation nationale.

La stratégie a été imaginée par un groupe d'experts indépendants et gouvernementaux nommés l'année dernière par feu Roi Hassan II. Elle vise à moderniser le système éducatif actuel.

Le secteur éducatif marocain a fait l'objet de nombreuses critiques pendant longtemps. Ses détracteurs l'ont qualifié de système démodé, incapable de répondre aux exigences des réalités modernes. Les forts taux de chômage et d'analphabétisme qui sont enregistrés au Maroc traduisent la situation critique du pays.

Le chômage frappe presque tout le monde au Maroc, depuis les simples dockers jusqu'aux médecins. Son taux est supérieur à 54 pour cent parmi les spécialistes en ingénierie, alors que le taux national est de 20 pour cent.

Les médecins, ingénieurs et détenteurs de doctorat d'Etat sans emploi, organisent régulièrement des marches de protestation devant les bureaux de l'Assemblée sur l'avenue principale de Rabat pour réclamer leur droit constitutionnel au travail.

Le Maroc compte 28 millions d'habitants. 55 pour cent de cette population sont analphabètes. Selon une classification du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Maroc est moins bien loti que ses voisins de l'Union du Maghreb arabe comme l'Algérie et la Tunisie.

Des réformes seront mises en oeuvre à partir de la nouvelle année académique qui commence en septembre prochain. Ces réformes prévoient notamment l'extension de l'éducation, en particulier dans les zones rurales.

Il est également prévu la consolidation de la recherche scientifique, ainsi que le changement des programmes d'enseignement dans les lycées et collèges.

Tous ces changements visent à répondre aux exigences du marché de l'emploi et à instituer un système payant pour les classes aisées de la société.

Le Premier Ministre socialiste du Maroc, Abderrahmane Youssoufi, a déclaré récemment devant les députés que "l'éducation obligatoire garantit à tous les citoyens le droit à la connaissance. Ce principe est en accord avec les prescriptions de l'Islam et la Convention des Nations Unies relative aux droits des enfants".

Youssoufi a promis que son Gouvernement n'épargnerait aucun effort pour s'assurer que l'éducation est accessible à tous les enfants marocains âgés de 6 à 15 ans.

Les chiffres fournis par le Ministre de l'Education Nationale du Maroc, Smail Alaoui, au début de l'année scolaire 1999-2000, indiquent que quelques 3.637.000 enfants sont inscrits à l'école. Ces enfants ont moins de 7 ans, et un peu moins de la moitié d'entre eux vivent des zones rurales.

Des dizaines de milliers d'autres enfants ne jouissent pas du droit à l'instruction, en raison de la pauvreté et du manque d'infrastructures de base, en particulier dans les zones éloignées.

"Beaucoup de ménages marocains préfèrent faire travailler leurs enfants plutôt que de les envoyer à l'école, pour contribuer aux revenus de la famille", affirme Najim Hilmi, un sociologue de Rabat.

Les enseignants travaillant dans les zones rurales éloignées se plaignent de la grande distance qui sépare les écoles des domiciles. Selon eux, cet éloignement n'encourage pas les parents à inscrire leurs enfants à l'école.

Ceux qui désirent être instruits doivent parcourir de longues distances, souvent à travers les montagnes.

Le ministère de l'Education a annoncé qu'il construirait 2.714 écoles dans les zones rurales avant la fin de l'été prochain.

L'introduction de nouvelles technologies comme l'Internet au cours primaire et dans les lycées, et l'assistance financière des riches, sont des changements majeurs dans la politique du Maroc en matière d'éducation.

Le plan prévoit d'équiper chaque école marocaine en matériel informatique. Pour Smail Alaoui, "le mouvement a pour but d'améliorer les connaissances des élèves et de leur ouvrir de nouveaux horizons".

Le Maroc a passé un accord de financement de 800 millions de dollars avec l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID), pour équiper plusieurs écoles en matériel informatique et former les enseignants à utiliser la technologie moderne dans le domaine de l'éducation.

Le sociologue Hilmi croit que ces innovations sont "positives", mais il souhaite que le Gouvernement investisse davantage dans le secteur éducatif.

Youssoufi a annoncé devant le Parlement que le Gouvernement allouera à partir de l'année prochaine 5 pour cent du Produit Intérieur Brut(PIB) à l'éducation. Cette allocation sera annuelle.

Pendant la session extraordinaire, le Parlement finalisera les plans destinés à faire payer aux personnes nanties les frais qu'occasionne l'éducation secondaire et universitaire.

Une étude conduite par l'ancien Ministre de l'Education, Rachid Belmokhtar, montre que les riches ont bénéficié de 65 pour cent des dépenses de l'éducation, comparés à 5,5 pour cent pour les pauvres.

Dorénavant, les bourses universitaires seront attribuées seulement aux étudiants doués venant de familles pauvres. Cette mesure fait partie des nouveaux plans du Gouvernement, qui visent à relever les niveaux de l'enseignement et des diplômes au Maroc.

Jusqu'ici, chaque étudiant d'université perçoit 130 dollars par trimestre.

Selon Hilmi, la réforme de l'éducation "est une bataille que les Marocains doivent gagner, s'ils veulent survivre dans le nouvel environnement mondial et amener leur pays dans le nouveau siècle".