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A problèmes africains, solutions africaines
Les
guerres, la dette extérieure et la pandémie de
VIH/SIDA sont parmi les fléaux qui rongent les systèmes
éducatifs africains. Avec la plus forte croissance démographique
du monde (2,6 %) et le taux d'urbanisation le plus rapide (4,3
%), l'Afrique est un problème sérieux pour le
projet d'Education pour tous.
Dix
pays africains seulement sont sur la bonne voie pour atteindre
les objectifs fixés après la Conférence mondiale sur l’éducation
pour tous de 1990. Heureusement, l’Afrique s’attelle énergiquement
à la recherche de ces solutions, avec esprit d’innovation, optimisme
et courage. Comme le reconnaît Kader Asmal, ministre sud-africain
de l’éducation, « nous devons trouver des solutions africaines
aux problèmes éducatifs africains. »
Le
continent a connu certains progrès notables. Des pays comme
le Cap-Vert, le Malawi, Maurice, l’Afrique du sud et le Zimbabwe
ont atteint des taux de scolarisation dans le primaire de 90
% ou plus. En deux ans, grâce à des mesures d’éducation gratuite,
l’Ouganda a plus que doublé le sien. Et si 42 millions d’enfants
d’âge scolaire primaire sont encore privés d’école en Afrique
subsaharienne, il y a tout de même 17 millions de scolarisés
de plus par rapport à 1990. L’écart demeure entre garçons et
filles, mais certains pays mènent des politiques favorisant
celles-ci : dans les zones rurales du Bénin, l’accès à l’éducation
est gratuit pour les filles et l’Erythrée a formé 300 maîtresses
afin de les attirer à l’école.
Un
grand poids grevant les budgets éducatifs africains est celui
de la dette extérieure. Trente des quarante-deux pays les plus
endettés du monde se trouvent en Afrique. Le continent verse
actuellement un service de 13 milliards de dollars EU par an,
quand 3 milliards seulement suffiraient chaque année pour financer
l’éducation primaire pour tous. Certains pays se saignent pour
payer les intérêts de leurs emprunts.
Plus
de 69 % des cas de sida dans le monde se trouvent en Afrique
subsaharienne, selon Peter Piot, directeur exécutif d’ONUSIDA.
Le virus est aujour-d’hui présent chez 23 millions d’Africains.
Des soins novateurs et des programmes de soutien existent, mais
avec 13 millions d’orphelins du sida prévus d’ici la fin de
2000, ces efforts, même ajoutés aux soins tradi-tionnels dispensés
par les communautés, ont de fortes chances d’être submergés.
Il faut des mesures énergiques.
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Zoom
Au moins 17 millions de petits Africains d’âge scolaire primaire supplémentaires sont aujourd’hui scolarisés
par rapport à 1990. Mais, en Afrique subsaharienne,
quelque 42 millions d’enfants ne vont toujours pas
à l’école.
Près
de 60 % des non scolarisés sont des filles : la discrimination
sexuelle n’a donc pas bougé en dix ans.
Deux
tiers des enfants ne reçoivent aucune éducation à
cause des conflits ou des guerres civiles.
Le
nombre moyen d’élèves par enseignant est de 37 dans
la région ; dans les pays d’Afrique centrale et occidentale,
comme le Mali ou le Tchad, il peut aller jusqu’à 70.
Le ratio élève/enseignant a légèrement augmenté en
dix ans.
Plus
de 40 % des adultes africains ne savent ni lire ni
écrire. Les femmes sont les plus touchées : dans certains
pays d’Afrique occidentale, leur taux d’analphabétisme
peut atteindre 80 %.
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Rien
qu’en 1998, 1 300 maîtres sont morts du sida en Zambie et les
décès d’enseignants ne sont plus compensés par l’arrivée de
nouveaux diplômés. L’impact psychologique de la maladie et de
la mort est grand sur les maîtres et les élèves : ses effets
à long-terme sur l’éducation ont de quoi inquiéter.
«
Le plafond est criblé de trous de balles et lorsqu’il pleut,
je ne peux pas faire la classe », se plaint Thea Uwimbabazi,
un enseignant rwandais. Dans cette région, l’escalade de la
guerre depuis dix ans a ravagé l’éducation. Les guerres interna-tionales
ou civiles font rage dans un tiers des quarante-cinq pays de
l’Afrique sub-saharienne. Conséquence, le continent accueille
près d’un tiers des réfugiés du monde. Les pays livrés à la
guerre civile, comme la Somalie, l’Angola et la République centrafricaine, ont vu
se détériorer leurs systèmes d’éducation formelle. Enseignants
et élèves déplacés, bâtiments scolaires endommagés ou détruits,
pillage des matériels et des équipements éducatifs, font partie
du lot quotidien.
Les guerres internationales
ou civiles font rage
dans un tiers
des quarante-cinq pays
de l'Afrique subsaharienne
Mais
tout n’est pas sombre en Afrique. « Grâce au nombre sans précédent
de réformes entreprises ces dix dernières années, l’éducation
est maintenant un sujet de conversation dans les bus et les
cafés, » se félicite Gabriel Mharadze Machinga, ministre de
l’éducation du Zimbabwe.
« L’Afrique n’a plus qu’à montrer sa détermination et passer
à l’action. » Vingt-cinq initiatives récentes et réussies, recensées
par l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique
(ADEA), illustrent cette volonté d’engagement, d’innovation
et d’action. Pour dévelop-per la participation des communautés,
le gouvernement du Burundi a offert des incitations financières
aux communautés pour qu’elles prennent en charge une partie
des coûts de construction des écoles. Devant les mauvais résultats
de l’enseignement francophone, le Niger a lancé un programme
expérimental pour relever la qualité grâce à l’emploi des langues
natio-nales et des méthodes d’apprentissage actif.
La
confiance et la croissance repartent en Afrique, pour plusieurs
raisons, qui vont de meilleures politiques gouvernementales
à la participation active des organisations non gouvernementales
et des communautés locales à l’éducation et au développement.
Les gouvernements africains expriment leur volonté et leur détermination
de surmonter le découragement, d’aller de l’avant et de redorer
les institutions et les programmes visant à améliorer le quotidien
des Africains. C’est sans doute pourquoi on parle d’un nouvel
optimisme africain, voire même d’une renaissance africaine,
selon les termes du président de l’Afrique du sud, Thabo Mbeki
: « Nous sommes en train de nous libérer, et vivons maintenant
dans des univers mentaux que nous avons nous-mêmes créés, pour
notre progrès et notre prospérité. »
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