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Séance de stratégie I.1

Forum mondial sur l'éducation

Dakar, Senegal 26-28 avril 2000

La technologie pour l'Education de base:
Luxe ou Nécessité ?

Document de présentation

Original : anglais

Cette séance de stratégie est organisée pour le Forum Education pour tous par: Knowledge Enterprise, Inc. en collaboration avec l'UNESCO et le Commonwealth of Learning.

Programme du débat

Les technologies pour l'éducation de base: opportunités et problèmes Remarques préliminaires
Wadi D. Haddad, Président de Knowledge Enterprise, Inc. -Président de séance

La communication hertzienne: Expériences avec une radio interactive de faible coût
G. Dhanarajan, CEO, Commonwealth of Learning David Walker, Commonwealth of Learning, démontrera comment utiliser une radio mobile

La télévision pour l'éducation de base: ce qui a marché et pourquoi
Claudio Castro, Conseiller principal à l'éducation, Banque Interaméricaine de développement

La technologie pour la formation et le soutien des enseignants: l'expérience Sud-Africaine
Claire Brown, Directrice de la ShoMa Education Foundation

Education "High Tech" et éducation "de base"
Jonnie Akakpo, coordinateur du Community Learning Center (CLC), Ghana

Les choix à faire: le cas du Costa Rica
Eduardo Doryan, ex-ministre de l'éducation et actuel vice-président de la Banque Mondiale

Débat Général

FAITS SAILLANTS ET PROBLEMES

1. Opportunités et contraintes

La Conférence Mondiale de l' Education pour Tous, en 1990, a eu un fort impact sur le développement de l'éducation à travers le monde. Dix ans plus tard, en dépit des progrès, nous sommes loin d'avoir atteint l'objectif de l'EPT et il y a encore beaucoup à faire. Le retard pris dans la poursuite des objectifs de l'EPT, ajouté aux nouvelles demandes d'éducation, impose aux pays une charge considérable. Une projection linéaire des progrès passés révèle que les entreprises, comme d'habitude, n'atteindront pas les objectifs poursuivis dans des délais raisonnables. De ce fait certains pays risquent de ne pas être en mesure de développer leur capital humain à un niveau suffisant pour l'atténuation de la pauvreté, et le développement économique et social.

Ce défi crucial soulève des questions importantes pour l'organisation de l'éducation et de la formation et oblige à repenser la manière de percevoir, de diriger et de transmettre l'éducation. La question obsédante est comment fournir une éducation de base de grande qualité à tous les enfants, adolescents et adultes dans le cadre des contraintes courantes: physiques, humaines et financières. Les technologies d'information et de communication peuvent-elles faire la différence?

2. Quelles technologies?

« Techniciser » ou « ne pas techniciser », là n'est PAS la question. La question plus pertinente serait quelle technologie utiliser, dans quel but et sous quelles conditions? Les possibilités et les permutations sont nombreuses, qu'il s'agisse de la radio, de la télévision ou de l'Internet. Cependant, pour une utilisation efficace de ces media, il y a encore de nombreuses questions à résoudre. La radio, la télévision et l'Internet sont en passe de constituer rapidement un seul moyen d'information, et offrent la possibilité d'être utiles non seulement aux utilisateurs locaux mais aussi à des communautés d'utilisateurs à travers le monde. Avec la convergence de ces réseaux d'information, des nations plus petites seront en mesure de s'organiser pour partager les coûts de programmes éducatifs de qualité. Ils pourront aussi importer des programmes de nations riches en information. Avec la globalisation des programmes éducatifs, les normes culturelles des sociétés seront-elles préservées ou transformées? Quel sera l'impact des systèmes de radio et de télévision numérique sur l'éducation et la société? Une nation peut-elle imposer des limitations régulatrices aux réseaux d'information tout en favorisant la compétitivité des savoirs dans la société? Comment la radio et la télévision, en tant que réseaux d'information efficaces mais sous-exploités, peuvent-elles être utilisées pour l'éducation au bénéfice des personnes défavorisées? Serons-nous en mesure de dire dans dix ans que le potentiel de transmission de savoir par la technologie à des millions de personnes de groupes défavorisés a finalement été exploité?

2.1. La communication hertzienne: expériences avec une radio interactive de faible coût

La radio communautaire est une technologie extrèmement puissante pour la transmission du savoir et dont la portée est potentiellement énorme à l'échelle globale. Ouvrir des perspectives pour les personnes visées par le développement pour qu'elles participent à l'exploitation de ce puissant système de communication, permettra aux groupes défavorisés de s'engager dans l'élaboration d'un programme de développement, à même de répondre à leurs besoins et à leurs aspirations de manière satisfaisante et appropriée.

La radio peut dépasser les frontières culturelles et géographiques. Du fait de sa disponibilité, de son accessibilité, de son bon rapport rendement-prix et de sa puissance, la radio constitue un moyen pratique et créatif de faciliter l'éducation de masse en milieu rural. Cependant, la radio est encore une technologie sous-exploitée dans l'éducation. Ceci est particulièrement surprenant car du point de vue de l'élève la radio est un outil proche de l'utilisateur, accessible et bien ancré. Du point de vue du responsable éducatif il est facile de mettre en place, de produire et de diffuser des programmes. Après presque cent ans d'histoire de radiodiffusion, la plupart des nations du monde ont un niveau de maîtrise technique et de talent de radiodiffusion suffisants pour appliquer cette technologie à l'éducation. Au cours des dix dernières années, la radio a été considérablement améliorée par l'émergence de nouvelles technologies qui ont ouvert de nouvelles perspectives pour diverses formes de communication et d'accès tant pour l'animateur que pour l'auditeur. Par exemple, des stations mobiles peu coûteuses émettant en FM ont été conçues, et des systèmes radio numérique par liaison satellite et/ou cellulaire sont en cours d'installation en plusieurs lieux du globe. Les logiciels de communication audio qui inondent l'Internet sont récemment apparus pour permettre à un auditoire global d'écouter les nouvelles d'un pays éloigné. De plus, le développement de radios à énergie autonome (solaire…) nécessite des sources d'énergie peu coûteuses.

2.2 La télévision pour l'éducation de base: ce qui a marché et pourquoi

La télévision est un autre puissant moyen de communication qui, en un demi-siècle s'est étendu jusqu'aux villages les plus reculés du globe. De nombreux pays, riches et pauvres, ont tenté d'intégrer la télévision à leur salle de classe avec un succès mitigé. Dans certains pays, les programmes mis en place ne sont pas particulièrement novateurs ou attractifs. Cependant, deux pays ont démontré que la télévision peut être un puissant outil d'accès aux élèves les plus éloignés ou les plus difficiles à atteindre: le Mexique et le Brésil. Les expériences de ces pays valent le détour.

Le Mexique et le Brésil utilisent tous deux une technologie dont ils ont acquis la maîtrise. Ils ont aussi maintenu le niveau de qualité des programmes commerciaux lorsqu'ils sont passés au domaine éducatif. Ils ont traité les problèmes de coûts en s'adressant à de grandes quantités d'élèves. Ces modèles peuvent-ils être imités dans des pays n'ayant pas un secteur de télévision commerciale aussi développé? Ou appliqués à des pays plus petits et moins peuplés? Quel serait le coût? Quelle est la viabilité de partenariats établis entre les réseaux de télévision commerciale et le secteur public pour apporter l'éducation à des zones difficiles d'accès?

2.3 La technologie pour la formation des enseignants et le développement: l'expérience sud-africaine

Parmi les technologies d'information et de communication, l'ordinateur et l'Internet ont le potentiel le plus important d'accès à des populations éloignées et permettent une relation en tête à tête entre l'élève et l'enseignant. Cependant les coûts d'installation de ces technologies peuvent être accablants pour les économies fragiles des pays en voie de développement. En Afrique du Sud, le défi pour tous les prestataires de services éducatifs est de mettre en place le principe d'égal accès à l'éducation de qualité pour tous les sud-africains. Ce défi est accru par des inégalités entre différentes provinces et à l'intérieur même des provinces. La technologie est-elle la réponse? Multichoice, une entreprise utilisant la technologie satellite pour la média diffusion et l'accès à l'Internet, a offert son savoir-faire. Ce qui a abouti à la création de la ShoMa Education Foundation.

De nombreux pays sont en train d'établir des partenariats entre les secteurs public et privé pour atteindre les niveaux d'investissement nécessaires, mais des partenariats de ce type ne se font pas sans compensation. Comment les partenaires négocieront-ils leurs priorités et leurs différences? Quel est le rôle des entreprises dans ce processus et leurs rôles vont-ils modeler l'information transmise? Ces nouveaux partenariats vont-ils atténuer la division nette entre l'éducation formelle et l'éducation informelle?

2.4 Education "high tech" et éducation "de base "

Les organisations associatives locales peuvent servir à toucher les groupes les plus éloignés et les plus défavorisés. Community Learning Centers est une tentative d'utilisation des compétences des groupes de base pour améliorer l'éducation de base, former des enseignants, développer les entreprises locales, renforcer l'administration municipale et les organisations de la société civile, et informer les populations des petits villages sur les soins médicaux. Ces centres permettent la connexion et l'accès à des ordinateurs, mais mettent en avant les fonctions éducatives des technologies de communications qui sont disponibles.

Community Learning Centers pourrait bien être un exemple à suivre pour de nombreux pays en voie de développement. La communauté bénéficie d'un meilleur accès à l'information et aux compétences nécessaires à l'entrée dans le monde moderne, dominé par la technologie. Dans le même temps, l'aspect populaire calme les peurs qui accompagnent traditionnellement tout processus de changement. Toutefois, la plupart de ces centres sont mis en place grâce à des fonds internationaux. Comment pourront-ils survivre à la fin du financement initial? Continueront-ils à être des auxiliaires du système éducatif formel, ou pourront-ils établir une relation complémentaire qui donnera autorité aux deux systèmes?

3. Les choix à faire

Le fait est qu'aucune technologie ne peut remédier à une mauvaise philosophie et à une mauvaise pratique éducative. Les décisions quant à quel outil utiliser, comment et quand, sont des décisions éducatives qui doivent être prises avec le duo éducatif -enseignant et élève- comme noyau central. La philosophie éducative est-elle juste? Ceux qui y sont impliqués sont-ils bien orientés et bien formés? La technologie est-elle adaptée à la réalisation des objectifs? A-t-elle été expérimentée au préalable auprès d'une population semblable? Est-elle abordable de manière à assurer sa durabilité? Comment est-elle mise en place? L'intégration de la technologie à l'éducation n'est pas automatique. Elle requiert des choix stratégiques, une planification prudente, et souvent des décisions courageuses.

Le cas du Costa Rica est un bon exemple des compensations auxquelles il faut consentir, et des choix auxquels un pays se trouve confronté lorsqu'il décide d'introduire la technologie dans son système éducatif. L'histoire d'une réussite vieille de douze ans, celle de l'introduction des ordinateurs dans les écoles primaires du Costa Rica, commencée dans les zones pauvres rurales et urbaines, et les compensations offertes à la fin des années 80 aux décideurs constitue un bon indicateur des enjeux en question lorsqu'il s'agit de combler le fossé numérique. Quelles étaient les questions clés dans la définition des caractéristiques d'un programme "d'informatique éducative", et de la combinaison de matériel, logiciel et ressource humaine, lors de sa conception? Quels étaient les types d'approches épistémologiques utilisées pour traiter la technologie de l'apprentissage et de l'éducation? Quelles étaient les différentes alternatives au rôle des enseignants et au rôle des élèves dans le nouveau contexte d'apprentissage? Quels arrangements institutionnels ont été privilégiés et ont-ils été efficaces?

Après plus d'une décennie, la moitié des élèves de l'école primaire et quatre collégiens et lycéens sur cinq participent au programme. Nous pouvons désormais répondre aux questions suivantes: quels sont les principaux résultats, et quels sont les conclusions générales qui peuvent être utiles à la conception de nouveaux programmes?

Le cas du Costa Rica soulève des questions critiques: la technologie dans l'éducation est-elle une proposition coûteuse? Un programme de cette nature devrait-il être enclenché en tant que pilote ou en tant que programme national? Quelles sont les leçons que des pays situés à des niveaux de développement différents peuvent tirer de leurs expériences respectives? Quel rôle la communauté internationale du développement devrait-elle ou pourrait-elle jouer dans la disparition du fossé numérique?

4. Vers le futur...

L'Education pour Tous est d' une importance cruciale. L'atteindre est un besoin humain, un impératif social et une nécessité économique. Avec une exploitation correcte des technologies d'information et de communication, l'objectif de l'éducation de base pour tous, en tous lieux et à tout moment, EST à notre portée. A mesure que nous regardons vers le futur nous devrions garder à l'esprit le fait que ces technologies vont se développer encore plus de manière considérable, et que leur coût va chuter de manière vertigineuse. Elles ne sont pas la panacée pour l'EPT, mais pouvons-nous atteindre l'EPT sans elles? Elles peuvent ne pas être abordables dans les pays pauvres, mais ces pays peuvent-ils se permettre de ne pas en user pleinement?