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Séance de stratégie I.6


Forum mondial sur l'éducation
Dakar, Sénégal 26-28 avril 2000
Définir le contenu de l'éducation de base
pour répondre aux besoins et aux valeurs de la société
Document de présentation
Original : anglais
Quels types de savoirs, de capacités et de valeurs sont requis pour la réussite de la vie en la société en ce début de millénaire? Comment les pays peuvent-ils adapter le contenu des programmes éducatifs de base pour répondre à leurs besoins spécifiques? Quelles sont les mesures que la communauté internationale peut mettre en œuvre pour encourager et soutenir les différents pays?
1. Rappel des faits
"Face à la tendance persistante au brassage des sociétés et à la globalisation de l'économie, nous devons mettre l'accent sur des formes d'apprentissage et de réflexion critique qui permettront à chaque individu de comprendre un environnement en évolution, de créer de nouveaux savoirs et de façonner son propre destin. Nous devons réagir à ces nouveaux défis en encourageant l'apprentissage dans tous les domaines de la vie, par l'intermédiaire de toutes les institutions sociales, c'est-à-dire, en dernière analyse, en créant des conditions telles que la vie elle-même devienne un apprentissage permanent" (Réaffirmation d'Amman, 1996).
2. Nouveaux environnements éducatifs ; nouveaux défis pour l'enseignement
Trois nouvelles dynamiques façonnent les circonstances de l'apprentissage, qui exigent une remise en question radicale du contenu de l'enseignement et de ses objectifs en matière d'acquisition des connaissances, des contextes dans lesquels s'inscrivent l'apprentissage et l'acquisition des nouveaux savoirs, et des capacités requises pour la formation à la fois initiale et tout au long de la vie.
La première est l'évolution vers des sociétés plus ouvertes et démocratiques, des économies soumises au jeu de la concurrence à l'échelle internationale, une citoyenneté plus active et une participation à tous les niveaux. Il convient de trouver de nouvelles approches qui favorisent un apprentissage actif, une réflexion critique et une recherche commune dès les premières années d'études. Le contenu à tous les niveaux doit dépasser le programme scolaire et la connaissance factuelle pour englober l'exploration de l'environnement dans tous ses aspects, les recherches non limitatives et la prise en compte de possibilités multiples pour la conception des tâches, la résolution des problèmes, les choix sociaux et individuels. Outre les savoirs de base et les disciplines individuelles, les capacités d'apprentissage essentielles comprennent la créativité, la curiosité et la faculté de travailler et d'apprendre avec d'autres dans des contextes empreints de respect mutuel et de valeurs partagées. L'environnement pédagogique lui-même devra consacrer du temps et un soutien en faveur de cet apprentissage actif et ouvert, dans des communautés apprenantes de plus en plus diverses, de même qu'il devra assurer une gouvernance et une transparence suffisantes pour fournir un appui durable et encourager la poursuite de la recherche de méthodes plus performantes.
La deuxième est l'essor des technologies de la communication et de l'information, qui augmente considérablement le volume des informations mises à la disposition des apprenants, l'existence de liens parmi les communautés d'apprenants et la capacité de ces derniers à se lancer dans des formes d'apprentissage plus interactives et reposant davantage sur l'exploration. Aider les apprenants à décrypter les informations disponibles deviendra un défi de plus en plus difficile à relever. Anticiper les compétences requises pour évaluer les informations et pour adapter celles-ci au contexte de l'apprenant ne suffit pas ; il convient aussi de les enseigner. Parmi les nouvelles capacités d'apprentissage figureront l'aptitude à accéder à l'information, à partager le savoir et à apprendre avec d'autres par des réseaux institutionnels et des réseaux de communication reliant des apprenants à des communautés plus importantes d'apprentissage et de développement des connaissances.
La troisième est l'évolution permanente dans tous les domaines - social, économique, technologique. Les apprenants, à titre individuel ou en tant que membres de communautés, doivent participer à une formation continue et à la production et à l'acquisition de nouveaux savoirs tout au long de la vie. La plupart des connaissances requises pour que les enfants d'aujourd'hui deviennent des citoyens productifs à vie n'existent pas encore. Parmi les compétences essentielles figurent l'accès à l'information, la collaboration avec autrui, la résolution collective des problèmes et les capacités de communication requises pour continuer d'apprendre au-delà de l'école et tout au long de la vie. Ces compétences ont pour fondement les valeurs de l'apprentissage actif, notamment la curiosité, l'efficacité individuelle et le respect d'autrui.
En outre, il est plus que jamais urgent de garantir que l'enseignement à tous les niveaux et en tous lieux renforce une culture de la paix, droits de l'homme, contribue à la résolution des conflits et à la prévention de la violence, et soutienne l'apparition, dans les sociétés qui sortent d'un conflit, de nouvelles communautés intégratrices, cohérentes et capables d'adaptation. Les Droits de l'Homme doivent à la fois être enseignés en tant que savoir essentiel et appliqués en classe et dans les autres milieux d'apprentissage. Une culture de la paix doit être renforcée grâce à toutes les facettes de l'éducation, notamment par le respect des divergences d'opinion et la reconnaissance de la diversité propre à chaque communauté d'apprenants.
Ces valeurs doivent être appliquées non seulement dans les études théoriques et les discussions abstraites, mais aussi dans les arts, le sport, la gestion des activités pédagogiques et toutes les interactions entre les membres de chaque communauté d'apprenants. Les choix relatifs à la langue de l'enseignement, à l'intégration ou à l'exclusion des minorités, aux mesures en faveur de l'éducation effective des filles, à la bonne gestion et à la transparence appliquées aux écoles, et aux autres décisions fondées sur les valeurs en matière d'éducation, font réellement partie du programme. Ils enseignent et renforcent les connaissances et les valeurs qui aboutissent soit à des communautés saines, cohérentes, capables d'adaptation et respecteuses, soit à des communautés en conflit, incapables de travailler et de vivre ensemble et gaspillant des moyens et des opportunités pour l'avenir commun. Ce sont des préoccupations permanentes et des choix d'éthique pour tous les pays et toutes les communautés qui sortent d'un conflit ou qui sont exposées à un risque de conflit civil.
3. Les choix
Ces défis appellent de nouvelles orientations dans les contenus de l'enseignement et de nouvelles méthodes pédagogiques, et soulèvent des problèmes fondamentaux quant au mode d'évaluation des progrès réalisés en matière d'éducation par rapport à des attentes et à des objectifs nouveaux, et quant à la façon de traduire ces évaluations dans les programmes, les politiques et les budgets de l'éducation. En même temps, on continue de s'interroger sur la façon de répondre aux attentes et aux objectifs existants en matière d'éducation de base. Les communautés doivent aussi commencer à résoudre les problèmes posés par les nouveaux environnements d'apprentissage, tout en continuant de se concentrer sur les besoins éducatifs de base auxquels elles doivent répondre, notamment les savoirs de base et les compétences, les connaissances et les valeurs qui soutiennent l'identité individuelle et collective dans chaque contexte.
Ces choix se posent pour tous les pays. Aucun ne peut prétendre à réussir à l'avenir avec des systèmes éducatifs rigides et fermés sans procéder à un nouvel examen des programmes et sans réfléchir aux valeurs ancrées dans les méthodes éducatives. Il demeure urgent pour tous les pays et toutes les communautés de répondre de façon permanente aux besoins éducatifs fondamentaux, mais dans le cadre d'un processus inexorable d'informations nouvelles, de mutations d'ordre technologique et de sociétés en évolution. La question essentielle est de savoir comment progresser pour atteindre ces deux séries d'objectifs par des approches ayant un bon rapport coût-efficacité, réalisables à pleine échelle et gérables dans les limites imposées par la gestion, la gouvernance et les capacités en matière de soutien pédagogique du système (par ex., formation et soutien des enseignants, perfectionnement des matériels, aide technique), au niveau de chaque communauté. Les moyens essentiels pour y parvenir continueront d'être les qualités d'initiative, une forme d'esprit, le courage et la volonté d'explorer de nouvelles possibilités.
4. Points à débattre :
Comment peut-on répondre aux deux séries de défis par de nouvelles méthodes qui utilisent l'intégration des contenus et l'apprentissage par l'exploration dans des environnements plus ouverts, appliquant la technologie de façon à soutenir les nouvelles approches et à faciliter l'apprentissage à vie?
L'évolution en faveur d'une plus grande diversité, d'une plus grande ouverture et d'un apprentissage davantage fondé sur l'exploration se traduit-elle par une transparence moindre? Ou existe-t-il des moyens pratiques d'établir des normes et des mesures nouvelles en matière d'éducation, assortis de nouvelles façons pour les apprenants de démontrer leur compétences et de voir leurs résultats évalués?
Les disparités observées dans la technologie des moyens d'information et de communication sont-elles le principal obstacle à un enseignement plus engagé et interactif? Ou bien les difficultés posées par l'adaptation de la salle de classe, le soutien aux enseignants face à de nouveaux modes d'enseignement et la gestion du passage à un apprentissage interactif dans des environnements plus ouverts représentent-elles l'entrave majeure?
L'évolution en faveur de systèmes plus intégrateurs, l'incitation à une réflexion plus critique et le respect des opinions et des cultures différentes crée-t-elle des entraves rendant le status quo inacceptable? Ou bien ces mutations dans les valeurs et la culture scolaires sont-elles essentielles pour l'émergence de communautés fortes, soudées, dotées des capacités d'adaptation nécessaires à la gestion des changements, pour le développement de sociétés civiles durables et pour la préparation de nouvelles générations d'apprenants et de citoyens actifs?
Les nouvelles méthodes d'apprentissage sont-elles nécessairement plus coûteuses et plus difficiles à gérer et à mettre en œuvre?