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Forum mondial sur l'éducation
Dakar, Sénégal 26-28 avril 2000
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| Travailler avec le monde des affaires pour renforcer l'éducation de base |
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Document de présentation
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Original : anglais
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Parmi les nombreux défis auxquels se trouve confronté le secteur de l'éducation dans le monde, on peut citer sa capacité à favoriser le développement, à inspirer de nouvelles idées et à donner du pouvoir aux jeunes et moins jeunes, à vivre librement et pleinement. Une question centrale relative à ces défis est de savoir comment adapter et redéfinir les processus qui engagent les autorités locales de l'éducation, les associations communautaires, les organisations internationales, les ONG, les institutions financières et commerciales dans le monde interdépendant d'aujourd'hui. Il faut également comprendre comment trouver des moyens de tirer avantage des aspects les plus positifs de la mondialisation, aspects qui peuvent ou non s'intégrer harmonieusement au sein de la communauté locale, de sa culture, de ses langues, de ses centres d'intérêt, de ses préoccupations, et dont les défenseurs sont parfois hostiles au changement.
Bien qu'il puisse sembler que l'éducation soit un sujet socio-politique sans intérêt pour le monde des affaires, il y a une importante corrélation entre une société éduquée et l'établissement d'institutions démocratiques et d'économies de marché. Dans les pays en voie de développement, avec aujourd'hui environ 130 million d'enfants en âge d'aller à l'école primaire et ne recevant pas d'éducation, dont 60% de filles, il est évident que cette situation ne contribue pas à créer les conditions nécessaires au bon fonctionnement du gouvernement, du commerce et des sociétés civiles. Que peuvent faire les partenaires extérieurs à un pays (organisations intergouvernementales, bilatérales et non gouvernementales, ainsi que le monde des affaires) pour aider à retourner cette situation tout en soutenant et en complétant les efforts de ces pays en vue de développer et d'améliorer leur système éducatif ?
Cet séance stratégique explorera trois domaines interdépendants et devrait fournir le contexte pour répondre aux questions suivantes:
(i) Matériel et contenu pédagogiques . Qui les fabrique? Qui les finance? Qui peut conduire la coopération entre les partenaires pour produire, financer et fournir ce matériel et ce contenu?
(ii) Stimulation de la part du secteur financier. Quels sont les mécanismes de financement qui fonctionnent et qui pourraient encore mieux fonctionner faisant appel à davantage de créativité et d'engagement, permettant la croissance des infrastructures, la réduction du poids qui pèse sur les fonds publics et fournissant l'assistance technique nécessaire?
(iii) Systèmes de communication. Comment tirer avantage au mieux des technologies de l'information afin d'étayer les efforts pour améliorer l'éducation et pour informer au mieux le public?
Dans chacun de ces trois domaines, les acteurs impliqués se livrent à une concurrence sauvage pour obtenir les marchés, favoriser l'innovation et l'expansion, ils s'engagent dans une rude compétition pour employer et garder les meilleurs. Avec l'avènement quasi quotidien de nouvelles technologies et de nouveaux moyens pour obtenir des fonds, et parallèlement avec l'augmentation des pressions du système sur les communautés locales, il est difficile pour les systèmes éducatifs de s'adapter aux demandes et aux besoins d'apprentissage en constante mutation. Les partenaires extérieurs ont aussi du mal à être à la hauteur, à atteindre la cible mouvante qu'est le "renforcement de l'éducation de base", puisqu'ils sont également pris dans un contexte changeant et que les entreprises ont besoin de profits pour perdurer.
1. La coopération en matière de matériel et de contenu pédagogiques
Que peut on faire pour la première de ces préoccupations, le matériel pédagogique pour l'éducation de base, dont le prix est bien souvent si prohibitif pour les pays en voie de développement? L'une des possibilité serait d'associer changement (inévitable) et pérennité (qui n'est pas inévitable) en finançant l'élaboration et l'échange de matériel pédagogique créé dans les écoles, qui reflètent la réalité et les préoccupations des communautés locales et qui peut également générer des revenus.
Cette approche implique la conception et la mise en œuvre de solutions locales à des problèmes locaux. Au lieu de penser en termes de transfert de technologies et de savoir-faire entre les écoles du "Nord" et les écoles du "Sud", cette autre approche favoriserait l'échange efficace d'expériences et de matériels pédagogiques entre les établissements scolaires au sein d'une même région ou au delà des frontières, grâce à une coopération " Sud-Sud". De cette manière les établissements participants pourraient réduire les coûts et éviter la duplication des efforts, mais cela nécessiterait une coopération entre les autorités responsables de l'éducation, qui pourrait être activement soutenue par les divers partenaires extérieurs.
Afin de répondre aux besoins d'apprentissage de base de façon plus efficace et plus productive il faudrait, à ce stade, faire appel à des acteurs spécifiques - des "metteurs en scène" ou des "promoteurs de projets" - pour diriger la mise au point d'objectifs communs, superviser la production dans son ensemble ainsi que l'évaluation et les activités promotionnelles, créant ainsi les conditions de travail nécessaires pour que chaque partenaire réalise ce qu'il sait le mieux faire.
Un "promoteur de projet" idéal posséderait quatre qualités:
(i) des compétences pluri-culturelles, et notamment une excellente connaissance de la langue utilisée par les partenaires et dans les écoles;
(ii) des compétences techniques et une expertise dans le domaine de l'édition, des documents multimédia ou de la communication par internet
(iii) un savoir-faire promotionnel, une capacité à travailler en collaboration avec des services de la communication ou des services commerciaux dans les secteurs publique et privés, une capacité d'inspirer la confiance mutuelle; et
(iv) savoir travailler en équipe et déléguer le travail, valoriser la diversité, l'intégration, et le partage du pouvoir.
Le pré-requis pour un tel projet est que l'école ne soit plus un simple récepteur du contenu pédagogique; elle devrait plutôt participer à la création de nouvelles idées et de nouveaux contenus, obtenir le soutien de nombreux partenaires qui pourraient bénéficier de la mise en œuvre des programmes éducatifs. Le rôle du promoteur de projet serait de construire et de maintenir la "communauté" des parties intéressées, de créer une "plate-forme de coopération" qui fournirait aux établissements scolaires le contenu pédagogique venant de l'extérieur et redistribuerait la contribution de chaque école vers l'extérieur.
Ces dernières années, plusieurs initiatives innovantes, qui illustrent les types de coopération possibles entre le monde des affaires, les sociétés civiles et les autorités locales de l'éducation, ont vu le jour. Certaines d'entre elles font appel aux nouvelles technologies et à internet, comme le "World Links for Development Program" de la banque mondiale, les projets au sein du programme I*EARN et celles créées et mises en œuvre par des organisations à but non lucratif comme le Consortium Concord du Massachusetts, Etats-Unis, qui développe des programmes scientifiques, mathématiques et de lutte contre l'illettrisme par le biais de divers logiciels et technologies de la communication.
D'autres initiatives sont plus franchement orientées vers le côté "low-tech", comme "l'école locale pour filles" du HCR au Pakistan, qui se concentre sur le développement d'un matériel pédagogique pour un groupe spécifique d'élèves - dans ce cas des filles qui ne peuvent pas aller à l'école - avec le soutien de Save the Children.
Que les initiatives soient high-tech ou low-tech, un moyen de permettre aux établissements scolaires de travailler sur des thèmes qui intéressent leur communauté est la création de "matériel local d'enseignement". Earth Action, une ONG, utilise le plaidoyer pour faire cela, alors que le World Wide Fund for Nature, en partenariat avec la Banque Mondiale, travaille avec les gouvernements, avec le secteur privé et les sociétés civiles pour produire le matériel pédagogique destiné à l'éducation des élèves et aux professeurs avec pour but de réduire la perte et la dégradation de tous les types de forêt dans le monde.
Le fait que le matériel pédagogique soit produit et rendu accessible de cette manière - par le biais de la coopération entre les ONG, les institutions financières et les autorités publiques - met en évidence les bénéfices qui peuvent retomber sur la communauté, lorsque toutes les parties reconnaissent la valeur pédagogique et la valeur ajoutée engendrée par la création d'un tel matériel pédagogique.
Le problème fondamental, à ce niveau, est d'aider les communautés locales à prendre davantage le contrôle de ses écoles, à mieux assumer la responsabilité et la qualité de son éducation. Pour cela, il est nécessaire de trouver des moyens pour que la communauté locale contribue à pourvoir et à financer ses propres services d'éducation et son propre matériel pédagogique.
Les évaluations de l'EPT au niveau national, qui ont précédé le Forum mondial sur l'éducation, illustrent la nécessité d'une coopération plus étroite entre les secteurs privés et publiques afin d'atteindre plus rapidement les objectifs fixés par l'EPT.
2. Le financement de l'éducation
Bien qu'il y ait pour l'éducation de base un lien étroit entre le montant du soutien financier et les performances, les possibilités d'augmenter les dépenses publiques pour l'éducation sont limitées et fluctuent en fonction des conditions économiques. Néanmoins, il existe des opportunités pour les gouvernements, les agences de développement et les institutions financières, de concevoir des plans et des pratiques pour protéger les investissements destinés au développement social, dans des domaines tels que l'éducation, contre les fluctuations des marchés et la volatilité des économies nationales. Les ressources peuvent également être utilisées de façon créative ce qui donne une valeur ajoutée au secteur privé impliqué dans des opérations éducatives en collaboration avec le secteur public.
Il est possible d'organiser des marchés de capitaux nationaux pour servir les investissements à long terme destinés à l'éducation, ou que les municipalités émettent des obligations pour attirer l'argent du secteur privé vers les projets éducatifs. Le principal changement dans le domaine financier se produira lorsque les villes, les états et les gouvernements nationaux émettront des obligations ciblées, et notamment pour l'éducation. Bien que cela semble être une façon idéale pour de nombreuses économies de réunir des fonds en vue de l'expansion des capitaux destinés aux systèmes scolaires et aux universités publiques, il faut toutefois émettre quelques réserves.
L'une d'entre elles concerne le zèle, avec lequel les emprunteurs s'organisent pour examiner attentivement les marchés financiers, ce qui oblige la communauté financière et les autorités publiques à s'assurer que des plans et des pratiques de management solides sont établis. Un autre concerne la dette extérieure : l'accord du G-7 de Cologne (1999) accroît encore la possibilité de réduire la dette en relation avec une augmentation des ressources éducatives nationales, mais la réduction de la dette dans ces termes, pourrait se faire sous conditions.
Quelles sont alors les implications pour les autorités nationales de l'éducation et pour leurs partenaires extérieurs? Alors que les autorités publiques se doivent de considérer la communauté financière privée comme un allié potentiel et d'anticiper la part croissante des financements privés ou du secteur privé dans l'éducation, les partenaires extérieurs se doivent de travailler avec les partenaires nationaux pour établir un planning commun qui permet de s'assurer que les investissements étrangers contribuent de façon positive au développement de l'éducation.
Actuellement, l'intérêt et l'activité des principaux donateurs pour le patronage des marchés de la dette nationale est à un niveau inacceptablement bas. La banque mondiale devrait encourager tout autant l'aide des investisseurs privés au secteur publique des pays en voie de développement, qu'elle favorise l'aide au secteur privé, qui se porte plutôt mieux. Bien que le premier objectif des donateurs soit de travailler à la réduction de la pauvreté, l'éducation est clairement le facteur le plus important pouvant aider à réduire la pauvreté et à augmenter le bien-être.
Des banques de développement multilatérales pourraient aider à obtenir des obligations garanties par nantissement (CBO) pour le développement social, et notamment pour l'éducation, en utilisant en partie leurs propres réserves substantielles. Une organisation humanitaire, ou un consortium d'organisations humanitaires pourrait également fournir des fonds, par exemple le capital de départ, pour le garantir par nantissement et se protéger contre les incertitudes liées aux mouvements de trésorerie sur le remboursement des emprunts. En d'autres termes, la dette peut être placée sur le marché soutenu par des futurs projets financés par ces obligations et fonds.
En résumé, une vision plus agressive pourrait et devrait être adoptée pour accroître les ressources destinées aux systèmes éducatifs, où des responsables financiers élaboreraient des moyens pour que l'éducation devienne une priorité grandissante au sein du développement social dans son ensemble. En accord avec cette idée, il faut des apports audacieux du monde des affaires dans les domaines de l'information, puisque l'accès au savoir et la possibilité de prendre de bonnes décisions reposant sur cette connaissance sont à la base des démocraties saines et des économies de marché florissantes.
3. Utiliser les nouvelles technologies de l'information
Heureusement, pour l'essentiel, il est vrai que le monde des affaires et leurs fondations philanthropiques sont de plus en plus conscient de la responsabilité sociale et environnementale de leurs actions. Pour de nombreuses raisons, ils voient l'intérêt de partager leurs valeurs avec leurs employés, avec leurs clients et avec les communauté locales; mais aussi de chercher à explorer de nouveaux moyens de transmettre leurs messages pour créer une opinion publique favorable, et de faire partager leur engagement pour la société où ils travaillent. L'industrie des télécommunications n'est pas une exception. Elle construit des réseaux pour enseigner et apprendre, crée des plates-formes pour élaborer le contenu pédagogique et le distribuer aux écoles et universités.
Toutefois, au delà de la distribution des contenus pédagogiques, une question essentielle est de savoir comment les entreprises de télécommunication et leurs fondations peuvent fournir une aide efficace et assurer un accès non discriminatoire aux possibilités d'apprentissage sans aliéner le système d'éducation publique? Comment peuvent-ils venir en complément des efforts publiques pour améliorer la qualité de l'enseignement ? Certaines des options les plus répandues sont les programmes de télé-enseignement soutenus par les autorités publiques, la formation aux technologies de l'information, l'encouragement de partenariats entre des acteurs de différents secteurs, le parrainage et le financement des écoles, l'octroi de bourses, et l'aide au développement professionnel des enseignants.
On peut soutenir qu'il faut davantage d'anticipation, qu'il faut prêter plus d'attention aux interactions entre les différents cultures d'entreprise lors de l'élaboration des standards et de l'évaluation des avantages sociaux suite aux investissements et activités des entreprises pour l'éducation. Il est possible que l'on fasse toujours trop appel aux approches et solutions traditionnelles anglo-saxonnes, alors que des efforts pourraient être consentis pour prendre davantage en considération les méthodes de communication et les approches des pays d'Amérique Latine, des Emirats Arabes Unis, de la ceinture Pacifique, des pays d'Europe centrale et d'Europe de l'Est, des pays Asiatiques et Africains.
Ce qu'il faut souligner est que d'autres modèles doivent être encouragés, ce qui requiert non seulement une meilleure compréhension mutuelle des intérêts commerciaux et éducatifs, mais aussi une approche recourant davantage à l'anticipation en ce qui concerne le financement et les initiatives dont les pays en voie de développement auront besoin.
Pour aider à réaliser ce type de changement, les partenaires extérieurs peuvent servir de catalyseurs d'idées et d'actions, en travaillant avec un large éventail d'acteurs locaux publiques et privés, avec des universités, avec des "groupes de réflexion", avec des ONG et des agences humanitaires, afin de mener une recherche impartiale et de faciliter un débat sain et tellement nécessaire sur le changement et ses conséquences.
Les fondations devraient être l'un des principaux acteurs de ce type de réflexion et d'action. Par exemple, grâce à leur parrainage, une interaction plus importante entre les entreprises de télécommunication et le système éducatif pourrait se développer, qui pourrait s'attaquer à des problèmes allant des lois sur la propriété intellectuelle aux lois fiscales pour encourager la philanthropie. Grâce à leur soutien à de telles pollinisations croisées d'idées et de pratiques entre les communautés des affaires et de l'éducation, le fardeau financier et intellectuel pesant sur les gouvernements pourrait être partiellement allégé.
Il est clair que le gouvernement a la principale responsabilité dans le financement de l'éducation de base, mais d'autres acteurs dans chaque pays doivent s'impliquer davantage, à la fois concernant l'apport de ressources financières additionnelles et en proposant diverses approches, expériences et innovations pour améliorer et renforcer le financement de l'éducation de base.
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