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Séance de stratégie II.5
Forum mondial sur l'éducation
Dakar, Sénégal 26-28 avril 2000
Assurer une éducation de base
dans les situations d'urgence et de crise
Document de présentation
Original : anglais
1. La Conférence Mondiale sur l'éducation pour tous (Jomtien, 1990) fixa des objectifs ambitieux pour que la décennie 90 soit marquée par des progrès rapides de l'éducation fondamentale pour tous (EPT). La Déclaration et le Cadre d'Action approuvés par la Conférence ne mentionnèrent que de façon limitée l'éducation en situations de crise, mais les conflits et les catastrophes naturelles se sont révélées être un obstacle majeur à la réalisation de l'EPT. Les catastrophes naturelles comme les inondations, les ouragans et les tremblements de terre ont levé un lourd tribut en vies humaines, mais aussi en possibilités éducatives, particulièrement lorsqu'elles touchèrent des zones densément peuplées. Les guerres et les conflits internes ont laissé des nations entières ou des parties considérables de certains pays dans la pauvreté et l'insécurité, privant ainsi les enfants, les adolescents et les adultes de toute possibilité d'étude.
2. Une étude spéciale commandée par le comité d'évaluation de l'EFA à l'an 2000 a mis en évidence que les groupes et les communautés de populations déplacées qui sont touchés par des situations d'urgence déploient souvent des efforts importants pour que leurs enfants aient à nouveau accès à l'éducation scolaire. Les réfugiés y parviennent habituellement, puisque les gouvernements des pays hôtes et les organisations humanitaires sont conscients de leurs préoccupations et s'attachent à fournir les ressources nécessaires. La plupart des camps et des villages de réfugiés sont dotés d'écoles, bien qu'on manque de livres scolaires dans certaines zones, et que les enseignants doivent souvent recevoir une formation et un encadrement spécialisés. Les populations qui sont déplacées à l'intérieur de leur propre pays, ou qui par ailleurs sont soumises à une insécurité chronique, sont moins à même de faire bénéficier leurs enfants d'une scolarité. Dans des situations de ce type, une génération entière d'enfants peut être privée de l'apprentissage scolaire fondamental. Dans les situations d'après-guerre, la reconstruction du système éducatif est souvent lente, ce qui affecte l'accès à tous les niveaux d'éducation, y compris à l'enseignement secondaire et supérieur. Ces derniers sont pourtant cruciaux pour assurer la formation d'une main d'oeuvre compétente, dont on a besoin pour mettre en œuvre la reconstruction qui fait suite à la crise et pour promouvoir le développement national.
3. Certaines organisations qui interviennent en faveur des populations victimes de conflits, notamment des ONG, se sont penchées sur certains aspects plus larges du programme de l'EPT, comme le développement de la petite enfance, ou l'éducation fondamentale pour les adultes. Des organisations humanitaires ont lancé des actions d'éducation préscolaire, des classes d'alphabétisation à destination des jeunes et des adultes (en particulier les femmes) et mis en place des structures d'enseignement professionnel lorsqu'elles disposaient des fonds nécessaires. Certaines initiatives remarquables ont aussi visé à offrir une éducation et une formation aux enfants et aux adultes handicapés lors d'un conflit ou touchés plus tard par des mines antipersonnelles. Enfin, la réinsertion des enfants-soldats et des anciens combattants dans la vie civile fit aussi l'objet de certains programmes novateurs.
4. Cette étude a aussi examiné certaines des nouvelles orientations de la politique éducative qu'il faudrait mettre en œuvre dans les situations d'urgences et dans celles qui leur font suite. La Convention relative aux droits de l'enfant rédigée en 1989 a conduit à mettre l'accent sur les droits de l'enfant à recevoir une éducation et elle a débouché sur une conscience plus vive de ces droits. Cette prise de conscience a coïncidé avec le constat qu'une réponse éducative rapide aide à satisfaire les besoins psychosociaux des enfants et des communautés déplacées. Ces deux lignes de réflexion ont permis l'émergence de l'idée selon laquelle en situations de crise, les moyens éducatifs et récréatifs doivent être acheminés très rapidement vers les communautés affectées, en quelques semaines, plutôt que plusieurs mois après les événements. Lorsque des populations sont déplacées au-delà de leurs frontières nationales, il est parfois nécessaire d'apporter un soin particulier à l'élaboration des programmes d'enseignement. On a perçu l'importance du concept d'"éducation pour le rapatriement", et on étudie actuellement les moyens qui permettraient de reconnaître les études entreprises par les réfugiés pendant leur exil.
5. Conformément à l'accent mis sur l'éducation des filles et des femmes lors des conférences de Jomtien et Pékin, certaines interventions récentes en situations d'urgence ont tenté de sensibiliser les éducateurs et les parents à l'importance de l'éducation des filles. Dans certains cas, on a cherché à encourager la présence des filles à l'école en proposant diverses formes d'incitations. Ces mesures ont obtenu de bons résultats lorsqu'elles faisaient partie d'une stratégie à facettes multiples qui était adaptée aux préoccupations et à la culture locales. Tandis que certains aspect d'une telle stratégie n'engagent aucunes dépenses, comme par exemple fixer des horaires scolaires qui conviennent aux filles, d'autres aspects peuvent exiger un financement supplémentaire - par exemple fournir des équipements sanitaires et des uniformes scolaires pour les filles plus âgées, ou bien mettre en place des crèches et des établissements préscolaires pour que les filles plus âgées n'aient pas à s'occuper constamment de leurs enfants et puissent assister aux cours.
6. La qualité de l'éducation offerte en situations de crise est très variable. Ce fait révèle que les organisations qui apportent un soutien n'ont pas clairement défini les critères que devraient remplir les matériels éducatifs, la formation des enseignants, l'éducation non formelle, etc. Il faudrait déterminer des critères appropriés qui définissent les ressources qu'on doit fournir, les organisation qui mettent en œuvre les programmes et les organisations qui les financent doivent les respecter, et il faudrait disposer de rapports clairs sur les besoins qui ne sont pas satisfaits.
7. On pourrait faire un usage plus étendu et plus efficace des nouvelles technologies de l'information, particulièrement dans les situations d'instabilité chronique, ou dans les cas où le système éducatif est désorganisé ou en cours de reconstruction. Des programmes de radio novateurs, comme New Home, New Life destiné aux réfugiés afghans, constituent une avancée intéressante dans l'entreprise qui consiste à fournir une éducation aux groupes de populations dispersées. De nouvelles initiatives internationales qui exploitent les technologies de communication électroniques et par satellite pourraient véhiculer les services éducatifs dans des zones affectées par des crises ou qui viennent de subir un conflit.
8. Il est nécessaire que les programmes éducatifs destinés aux populations touchées par des catastrophes naturelles ou des guerres soient adaptés aux besoins spécifiques de ces populations. Le rapport Machel sur l'Impact des conflits armés sur les enfants a permis de mieux prendre conscience des besoins psychosociaux des élèves. Il a insisté sur l'importance que revêt l'éducation sur les mines anti-personnelles et sur les compétences qu'il faut déployer pour construire la paix. Les ravages causés par le VIH/SIDA ont ajouté une nouvelle dimension aux mesures éducatives qu'il faut adopter en situation d'urgence, puisqu'il est presque certain que la maladie est plus répandue au sein des populations dans lesquelles la vie familiale est perturbée et où le viol a pu être utilisé comme arme de guerre.
9. Cette étude fonde ses recommandations sur la nécessité absolue de reconnaître le droit à l'éducation même dans des conditions d'urgence. Il faut produire un effort systématique pour défendre l'idée que les textes qui définissent les droits de l'homme et la loi humanitaire exigent à la fois la protection des enfants contre les mauvais traitements et contre un enrôlement prématuré dans des groupes militaires. Ils exigent qu'on garantissent leurs droits à l'éducation en temps de guerre, ce qui ce qui suppose qu'on organise la protection des écoles. On doit encore une fois reconnaître, comme ce fut le cas dans le Cadre d'action de Jomtien, que les ressources allouées à l'éducation en situations de d'urgence et dans celle qui font suite aux crises est 'une responsabilité internationale reconnue'.
10. Une des recommandations clé de cette étude est qu'il faut planifier l'éducation en situation d'urgence depuis le tout premier jour, et qu'il faut la considérer comme une partie intégrante du processus de développement du pays, et non comme un simple 'effort d'assistance'. Il faut que les donateurs évitent de compartimenter le financement, car cette mesure peut avoir pour effet de produire une génération amère et sous-éduquée, parce que l'éducation n'était pas prioritaire - ou était même exclue - d'un budget 'humanitaire' inadéquat. En outre, il faut considérer la restauration de l'apprentissage scolaire dans les situations d'après-guerre comme une priorité de financement. Il faut mettre en place une coordination entre les organisations pour assurer la continuité des efforts entre la phase de première urgence et la phase de reconstruction. La tâche qui consiste à construire une 'culture de la paix' pour soutenir le développement futur des nations et des communautés divisées par des conflits ethniques ou d'un autre type doit commencer dès la phase d'urgence, et se poursuivre par la construction d'une société civile dans les situations d'après-guerre.
11. Il faut développer des normes et des critères qui définissent les réponses éducatives à apporter en cas de catastrophes naturelles et de catastrophes causées par l'homme. Il faut pour cela s'appuyer sur des études de terrains approfondies des interventions éducatives. De telles études doivent passer en revue et évaluer les modalités de réponse rapide, et les critères qui définissent l'éducation qu'on doit offrir dans des situations de réfugiés ou de crise prolongée, et dans les phases de reconstruction d'après-guerre. Il faut inventorier et partager le matériel éducatif et les manuels des maîtres que les organisations qui interviennent dans les situations d'urgence humanitaire ont élaborés, et il faut aussi déterminer quels sont les autres matériels qui serait adaptés à de telles situations. Il faut développer des modules de formation à l'éducation en situation d'urgence et d'après-guerre à l'usage du personnel des organisations humanitaires. Ces modules devraient aussi faire partie des cours de planification éducative.
12. Il faut renforcer la coopération et la coordination entre les différentes organisations qui sont actives dans le domaine de l'éducation d'urgence, et il faut davantage utiliser les nouveaux moyens de communication électroniques pour que les intervenant de terrain aient accès aux sources d'information et qu'ils puissent participer au dialogue entre les organisations.
13. Cette session de stratégie réfléchira sur les leçons qu'on peut tirer des expériences récentes en s'attachant particulièrement à identifier les priorités que la communauté internationale doit privilégier si elle veut pouvoir améliorer sa capacité à soutenir et à fournir des activités d'éducation fondamentale en situations d'urgence et de crise et à soutenir cet effort. Les trois questions suivantes sont proposées pour orienter la discussion.
Qu'a-t-on appris au cours de la dernière décennie sur la façon dont le droit à l'éducation est affecté par les situations d'urgences, et comment la loi et l'assistance humanitaires peuvent-elles servir à protéger et à garantir l'exercice des droits de l'homme, y compris le droit à l'éducation ?

Comment peut-on garantir que l'assistance humanitaire et les interventions éducatives rapides s'appuient sur une capacité disponible et soient efficacement articulées aux efforts de reconstruction qui succèdent à une crise ou à un conflit, et à la planification du développement à long terme, y compris à celui du système éducatif ?

Quelles sont les stratégies les plus efficaces pour garantir que les interventions éducatives en situations d'urgence et de crise contribuent à la reconstruction des conditions de la paix ?