|
Communiqué
de la deuxième réunion du Groupe de haut niveau
sur l'éducation pour tous
Abuja, Nigéria
19-20 novembre 2002
1. Nous, participants à la deuxième réunion
du Groupe de haut niveau sur l'éducation pour tous,
nous sommes réunis à Abuja (Nigeria) les 19
et 20 novembre 2002, à l'invitation du Directeur général
de l'UNESCO. La réunion a été généreusement
accueillie par le Gouvernement du Nigéria. Conformément
à notre mandat, qui est de renforcer la volonté
politique et de mobiliser des ressources techniques et financières,
nous avons examiné les progrès accomplis vers
la réalisation en 2005 et 2015 des six objectifs de
l'éducation pour tous fixés d'un commun accord
au Forum mondial sur l'éducation de Dakar (avril 2000).
2. Nous
avons accueilli avec satisfaction le Rapport de suivi sur
l'EPT dans le monde 2002 ( Education pour tous - Le monde
est-il sur la bonne voie ? ), qui est un moyen utile de placer
les gouvernements et la communauté internationale devant
les responsabilités qu'ils ont prises dans le Cadre
d'action de Dakar et au titre des objectifs de développement
du Millénaire. Nous jugeons alarmant que, selon les
tendances actuelles, 83 pays seulement aient atteint ou aient
de fortes chances d'atteindre d'ici 2015 les trois des six
objectifs de Dakar qui se prêtent actuellement à
un suivi quantitatif - généralisation de l'enseignement
primaire (scolarisation et achèvement des études),
égalité des sexes et alphabétisation
des adultes.
3. Compte
tenu du caractère d'urgence de l'objectif consistant
à éliminer d'ici 2005 les disparités
entre les sexes dans les premier et second degrés,
nous demandons instamment que les pays qui risquent de ne
pas atteindre cet objectif soient aidés à accélérer
les progrès en la matière et s'emploient concrètement
à lever les obstacles d'ordre culturel. Il faut mettre
en uvre des programmes et des stratégies multi-sectoriels
visant à combattre les formes d'exploitation et autres
contraintes qui entravent la fréquentation scolaire
des filles et nuisent à leurs résultats. Il
faut accorder d'urgence une haute priorité à
la production de données ventilées par sexe
concernant l'enseignement secondaire, afin de permettre de
suivre l'évolution à ce niveau.
4. L'élan
donné par le Forum mondial sur l'éducation à
l'élaboration de plans en faveur de l'EPT à
la fois complets, intégrés, orientés
vers les résultats et tenant compte des disparités
entre les sexes, doit être entretenu et concrétisé
d'urgence. Il faut éviter une surcharge de prescriptions
externes, de travaux de planification et d'élaboration
de rapports, et encourager un soutien coordonné des
processus au niveau national. Pour éviter des processus
de planification en parallèle, nous soulignons la nécessité
d'envisager la planification en vue de l'EPT avec souplesse
et en fonction de la situation de chaque pays : ainsi, le
plan pourra être spécifique à l'EPT, ou
être intégré à d'autres plans du
secteur de l'éducation ou au plan de développement
dans son ensemble - les six objectifs de Dakar recevant toute
l'attention voulue. Il faut exploiter les possibilités
offertes par les stratégies de réduction de
la pauvreté et l'initiative accélérée
pour promouvoir l'EPT et les objectifs de développement
du Millénaire qui ont trait à l'éducation.
5. Les
plans nationaux doivent s'insérer dans le contexte
économique des pays et reposer sur une approche holistique
du développement de l'éducation prenant en compte
des enjeux tels que le VIH/sida, les conflits, les situations
de crise et la transition vers la démocratie. Les plans
nationaux qui visent à combattre la pandémie
du VIH/sida doivent permettre au secteur de l'éducation
de mieux prévenir une propagation supplémentaire
du VIH, et engager tout le secteur à faire face à
l'impact du sida sur l'offre et la demande d'une éducation
de qualité.
6. Nous
sommes gravement préoccupés par les informations
selon lesquelles l'aide publique au développement en
faveur de l'éducation de base aurait décliné
au cours des années 1990. Malgré les engagements
pris dernièrement par certains pays, tout indique qu'il
existe un grave déficit du soutien international à
la réalisation des objectifs de l'EPT, alors même
que les pays déploient les plus grands efforts pour
améliorer la mobilisation interne des ressources et
leur efficacité. Nous demandons instamment à
la communauté internationale d'accélérer
les progrès dans la mise en uvre des engagements
pris à Dakar. Ces engagements ont été
suivis de l'accord de développement conclu à
Monterrey, qui requiert une responsabilité et des obligations
réciproques des gouvernements du Nord et du Sud en
matière de développement global. Nous accueillons
avec satisfaction et soutenons l'initiative accélérée
en tant que moyen parmi d'autres de faciliter la réalisation
d'accords de ce genre au niveau national, en s'appuyant sur
les processus de développement existants et en faisant
correspondre à des plans crédibles les ressources
nécessaires. Cette initiative demande à être
complétée par des instruments alternatifs de
manière à toucher, avec le temps, d'autres pays.
Les organismes internationaux de financement et d'assistance
technique doivent mettre au point des stratégies pour
aider les pays qui ne participent pas à l'initiative
accélérée à réaliser l'EPT.
La coordination et l'harmonisation des procédures et
des mécanismes d'établissement des rapports
doivent être assurées à l'initiative des
pays, avec le soutien des organismes internationaux de financement
et d'assistance technique.
7. Des
mesures concrètes doivent être prises, notamment
aux échelons national et local, pour élargir
et renforcer la participation de la société
civile (en particulier les pauvres, les communautés
religieuses ou confessionnelles et les milieux d'affaires)
à la planification, à la mise en uvre,
au suivi et à l'évaluation de l'EPT. L' information,
notamment celle qui a trait aux résultats obtenus,
doit être partagée ouvertement et dans les meilleurs
délais avec les organisations de la société
civile concernées. Les organismes de financement et
d'assistance technique et les gouvernements doivent soutenir
le renforcement des capacités de la société
civile pour lui permettre de participer efficacement au processus
d'EPT. Des politiques et des textes législatifs reconnaissant
l'importance du rôle de la société civile
devraient être élaborés. Il est nécessaire
de mettre au point des indicateurs du succès des partenariats.
8. Pour
améliorer la formulation et le suivi des politiques
concernant les six objectifs de l'EPT, des données
quantitatives et qualitatives plus précises et à
jour sont nécessaires. Cela suppose un intense effort
en vue de renforcer, aux échelons local, national et
international, les capacités de collecte et d'utilisation
effective des données aux fins de l'élaboration
des politiques et plans nationaux. Nous nous félicitons
de l'annonce, par le Gouvernement canadien, d'une contribution
de 5 millions de dollars, répartie sur 5 ans, en faveur
de l'Institut de statistique de l'UNESCO, et encourageons
les autres partenaires à intensifier leur soutien à
des actions de ce genre. Nous estimons nécessaire de
renforcer les synergies entre les six objectifs de l'EPT et
les deux objectifs de développement du Millénaire
qui ont trait à l'éducation.
9. Nous
décidons d'intensifier nos efforts de sensibilisation
aux échelons mondial, régional et national afin
de dynamiser la volonté politique et la mobilisation
des ressources en vue d'accélérer les progrès
de l'EPT.
10. En
ce qui concerne les prochaines mesures à prendre, nous
recommandons tout particulièrement ce qui suit :
(i)
Les gouvernements du Sud doivent faire de l'enseignement
gratuit et obligatoire un droit consacré par la législation
nationale et respecté dans la pratique. Les stratégies
nationales en vue de la réalisation des objectifs
de l'EPT doivent recevoir la part requise des budgets nationaux
et bénéficier de toutes les sources de financement
possibles, y compris celles liées à l'allégement
de la dette.
(ii) Les gouvernements
doivent s'employer fermement et résolument à
améliorer la situation et les conditions de travail
du personnel enseignant, afin de prévenir les pénuries
prévisibles qui sont signalées dans le rapport.
Les pénuries à prévoir sont actuellement
aggravées par la pandémie du VIH/sida, les
conflits et les situations d'urgence. Une action à
cet égard est d'autant plus importante que, dans
certains pays, la profession enseignante n'attire plus les
jeunes.
(iii) Les réunions
régionales et sous-régionales, à commencer
par celle du Projet régional d'éducation pour
l'Amérique latine et les Caraïbes (PRELAC) (novembre
2002), les conférences des ministres de l'éducation
des Etats membres d'Afrique organisées par l'UNESCO
(MINEDAF) (décembre 2002), et des initiatives régionales
comme le Nouveau partenariat pour le développement
de l'Afrique (NEPAD) et le Forum des éducatrices
africaines (FAWE), qui encouragent la coopération
Sud-Sud, sont d'importantes occasions de mobiliser la volonté
politique et des ressources en faveur de l'EPT.
(iv) La réunion
des organismes de financement et d'assistance technique
qui doit avoir lieu à Bruxelles (novembre 2002) donne
aux institutions d'aide bilatérale et multilatérale
une importante occasion de coordonner leur engagement à
tenir les promesses faites à Dakar et à Monterrey.
(v) La réunion
que le G-8 tiendra à Evian (France) en 2003 offre
à cet influent organisme une occasion cruciale de
poursuivre et d'accélérer l'utile contribution
apportée par l'intermédiaire de son équipe
spéciale sur l'éducation.
(vi) Les institutions
compétentes doivent concevoir et coordonner une stratégie
de promotion de l'EPT afin de répondre à certaines
préoccupations particulières dans différents
pays et régions (l'UNICEF en ce qui concerne l'éducation
des filles et l'UNESCO pour ce qui est de la condition des
enseignants, par exemple).
(vii) Il faut tirer
pleinement parti de la Décennie des Nations Unies
pour l'alphabétisation, qui s'ouvrira prochainement,
et de la décennie proposée de l'éducation
pour le développement durable afin de faire progresser
la cause de l'EPT.
(viii) Il faut mettre
pleinement à profit les possibilités offertes
par le Groupe de haut niveau, le rapport annuel de suivi,
la semaine annuelle de l'EPT et les grands événements
internationaux consacrés à des questions de
développement pour souligner l'importance de l'éducation
pour le développement dans son ensemble.
(ix) L'UNESCO devrait
renforcer d'urgence sa capacité de s'acquitter de
sa fonction de coordination internationale.
(x) L'UNESCO et les
autres institutions clés de l'EPT doivent concevoir
et mettre en uvre une stratégie pour que les
réunions à venir du Groupe de haut niveau
bénéficient d'une représentation d'un
niveau plus élevé et d'une capacité
accrue de mobiliser la volonté politique au service
des objectifs de l'EPT.
11. Nous
reconnaissons que de nombreux pays ont réalisé
d'importants progrès qui n'étaient pas reflétés
dans les données mises à la disposition de l'équipe
chargée du Rapport de suivi. Nous encourageons cette
équipe à faire figurer dans la partie analytique
des rapports futurs des études de cas qui illustrent
les meilleures pratiques et rendent compte de succès
exemplaires obtenus dans la réalisation des objectifs
de l'EPT et de la gratuité de l'enseignement. Les rapports
futurs devraient également contribuer à clarifier
les concepts et les indicateurs nécessaires pour suivre
les progrès accomplis sur la voie des trois objectifs
concernant la protection et l'éducation de la petite
enfance, l'alphabétisation des adultes et la prise
en compte des besoins d'apprentissage des jeunes et des adultes
par le développement des compétences pratiques.
12. Nous
sommes reconnaissants au Gouvernement de l'Inde de s'être
offert à accueillir la prochaine réunion du
Groupe de haut niveau en novembre 2003.
|