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L'alphabétisation Compte
Introduction Quand Mohammed Yunus a lancé la Banque Grameen au Bangladesh il y a vingt ans, les "experts" pensaient qu'il fallait être fou pour prêter de l'argent, même des sommes minimes, à des indigents. Aujourd'hui, le système de microcrédit a amélioré les revenus et les chances de réussite de plus de 8 millions de personnes - essentiellement des femmes - dans le monde entier et leur a fait comprendre l'importance de l'alphabétisation. Il a suscité une multitude de projets dans des domaines comme l'éducation, l'emploi et la santé. Son succès a été tel dans les pays en développement que ses méthodes ont été adoptées dans les zones pauvres d'Europe et d'Amérique du Nord. Le "Collège des va-nu-pieds" est né d'une étude sur les eaux souterraines dans le village de Tilonia (Inde) et ses alentours. Vingt-cinq ans après, Tilonia suffit à ses propres besoins en eau et en énergie et réalise un large éventail de programmes d'éducation et de développement, dans des domaines qui vont de l'électronique solaire, des soins de santé et de l'élevage des chèvres jusqu'au théâtre communautaire et à l'artisanat. Les crèches, écoles, cours du soir et cours de formation professionnels prospèrent. Les groupes de femmes sont particulièrement actifs. A l'occasion de la Journée internationale de l'alphabétisation de 1998, le présent dossier offre une sélection d'expériences d'apprentissage. Comme celle de la Banque Grameen ou du Collège des va-nu-pieds, même si c'est de façon plus modeste, elles atteignent les populations les plus démunies, se mettent à l'unisson des préoccupations des participants et transforment les existences, au niveau des communautés locales comme dans la rue. Que la population cible soit les femmes rurales, les enfants des villes ou des populations autochtones isolées, l'objectif qu'elles ont en commun est l'émancipation par l'éducation. C’est surtout dans le groupe des femmes et des jeunes filles que les chances de recevoir une éducation sont les plus faibles et les moins bien partagées. Les deux tiers des analphabètes du mondé sont des femmes, et ce taux honteusement élevé augmente avec le temps. Bien qu'elles fournissent 80 % des cultures vivrières du monde, leur contribution économique r este non reconnue, de même que la nécessité de leur apprendre les techniques nécessaires. Le double fardeau qu'elles portent du travail au champ et des tâches domestiques n'est toujours pas pris en compte. L'alphabétisation continue d'occuper une place mineure dans les politiques de développement. Mais les prétendus programmes d'alphabétisation traditionnels ne suffisent plus, pour transformer effectivement l'existence des apprenants. Le souci de la communauté internationale d'émanciper la femme par l'éducation - à la fois en tant que celle-ci est un droit fondamental et un moyen de prendre part au processus de développement - a montré combien. il était urgent de tenir compte de la situation de la femme, de ses besoins et de ses aspirations dans le processus d'apprentissage. Or, les femmes croulent déjà sous les charges. Elles ne resteront pas en classe si elles ne sont pas convaincues que le savoir a une utilité pratique. On a défini l'émancipation comme "la capacité d'orienter et de maîtriser sa propre vie". Les programmes d'alphabétisation qui inspirent à l'apprenant le sentiment de sa valeur personnelle sont ceux qui produisent des résultats sur toute une vie. Nombre d'organisations locales fondent toute leur action sur ce principe. Certains de leurs récits figurent dans le présent dossier, ainsi que les récits de particuliers et des initiatives pour la jeunesse, autre catégorie préoccupante d'apprenants. On ne saurait trop insister sur l'importance de s'intéresser à ce qui se passe sur le terrain. Qui peut prédire quel projet communautaire sera le prochain Collège de va-nu-pieds ou la prochaine Banque Grameen ? Peut-être avez-vous des idées ou des réalisations à faire connaître. N’hésitez pas à nous en informer: votre collaboration et vos avis seront toujours les bienvenus dans le débat en cours sur les meilleurs moyens d'atteindre l'objectif de l'apprentissage tout au long de la vie pour tous. L'alphabétisation
libère : La "trousse de survie" du Saptagram "Toute notre vie, nos mères, grand-mères et tantes nous ont répété que notre place était aux pieds de notre mari", nous dit Lily Begum, membre du Saptagram. Mais grâce au Saptagram, le Mouvement d'autosuffisance féminine des sept villages du Bangladesh, des milliers de femmes sont désormais au côté de leur mari Quand elle a fondé le Saptagram en 1976, l'une des premières initiatives de Rokeya Rahman Kabeer a été de mettre sur pied des cours pour les femmes sans terre. Vingt ans après, elle reconnaît que ce fut un échec complet. "Les femmes n'étaient pas intéressées. Elles nous ont demandé d'enseigner leurs enfants." Ce qui les intéressait en revanche, c'était de pouvoir accéder au crédit. Sur les 125 millions d'habitants que compte le Bangladesh, 80 % vivent dans des zones rurales et près de 1 00 millions sont en-dessous du seuil de pauvreté. De plus en plus de paysans se trouvent sans terre. Le taux d'analphabétisme des femmes - qui se situe à 74 % - est parmi les plus élevés du monde. "Nous aurions pu lier notre programme de crédit à l'apprentissage en spécifiant que les crédits ne seraient accordés qu'à celles qui suivaient des cours. Nous avons plutôt attendu que les femmes comprennent d'elles-mêmes l'importance -de l'éducation". Les choses se sont faites petit à petit. Les femmes qui avaient obtenu des prêts collectifs pour mettre en train des activités rémunératrices avaient besoin de connaître les rudiments de la comptabilité. D'autres ont compris combien il importait de savoir compter quand elles se sont aperçues qu'on ne leur versait pas l'intégralité de leur salaire. Aujourd'hui, le Saptagram ne suffit pas à répondre à la demande d'éducation émanant des femmes. Quelque 3.500 élèves sont actuellement inscrites aux cours, mais elles ne représentent qu'une partie des 22.000 membres de l'organisation, répartis dans 900 villages des régions de Faridpur, Jessore et Kushita. Le Saptagram commence son travail de sensibilisation dans les groupes de villageoises. Le personnel de terrain s'entretient avec les femmes, écoute leurs doléances et gagne leur confiance. Ce procédé n'a guère changé depuis les débuts de l'organisation, même si, à l'époque, il avait bousculé des intérêts locaux séculaires. Lorsque les femmes réfléchissent aux opérations économiques qu'elles pourraient effectuer en coopération, elles se heurtent aux tabous de leur vie quotidienne. Ce que veut Mme Kabeer, c'est que les femmes sachent qu'elles peuvent faire tout ce que font les hommes. Au lieu de retourner elles-mêmes la terre, des femmes dirigent désormais, dans plusieurs villages, des entreprises de motoculture et vendent leurs produits sur le marché local, domaine traditionnellement réservé aux hommes. D'autres femmes ont appris à élever le ver à soie et la vente de soie brute est un des secteurs les plus rémunérateurs du Saptagram. Le programme d'alphabétisation du Saptagram encourage les femmes à remettre en cause les tabous et à agir en nombre pour affirmer leurs droits. Dans un livret qui rassemble 39 mots et phrases clés dans les domaines de la santé, du travail, des coutumes religieuses, des droits sociaux et politiques et de l'environnement, les femmes déchiffrent les lettres qui constituent les mots et s'interrogent sur leur signification. Le livret explique chaque mot, en montre la structure syllabique et l'illustre. Un dessin, intitulé "La réclusion", montre une femme voilée marchant avec son mari et son fils. Il peut amener un débat autour de la tradition de la "purdah" (réclusion). Une illustration d'un livre de lecture de 76 pages, intitulée "L'adresse", montre un facteur qui tend une lettre à une femme. Comme le rappelle Mme Kabeer, "au Bangladesh, les femmes n'avaient pas d'identité. On ne pouvait leur écrire qu'aux bons soins de leur père ou de leur mari. Nous avons amené la société à reconnaître que ces femmes existaient bel et bien". Outre qu'elles reçoivent des lettres, les femmes apprennent à en écrire. Au niveau supérieur, elles développent leurs aptitudes à la lecture et au calcul. En 15 récits, un ouvrage illustré aborde des questions comme la planification familiale, l'importance de l'enregistrement du mariage et les procédures à suivre pour acquérir une terre. Le Saptagram, dont le personnel à tous les niveaux est féminin et qui fonctionne dans une société strictement musulmane, a réussi à susciter un sentiment de solidarité entre ses membres et les aide à sortir de leur isolement traditionnel. Selon un document d'évaluation du projet, "les femmes des groupes Saptagram font preuve de courage en restant dans l'organisation en dépit de l'opposition de membres de leur famille et de leur communauté. Elles ont exigé, et obtenu, que leur situation sociale et économique soit modifiée". Mais si l'éducation des femmes est une des priorités majeures du Saptagram, une autre est de faire contrepoids aux forces politiques et religieuses conservatrices qui leur nient tout droit. Selon Mme Kabeer, "notre programme est une trousse de survie". e livret L'avenir est à nous l'histoire de Saptagram, mouvement defemmes pour l'autosuffisance et l'éducation au Bangladesh (Série innovations n° 2) peut être obtenu sur demande au Progranune mondial d'action pour l'éducation pour tous, UNESCO, 7, place de Fontenoy, 75352 07 SP, France, tél. 33-1 45 68 21 26, fax: 33-1 45 68 59 29 L'alphabétisation enrichit : L'amélioration du niveau de vie des femmes en Chine rurale Selon le dicton chinois, "Les femmes soutiennent la moitié du ciel". Grâce à ce qu'elles ont appris dans le cadre d'un programme d'alphabétisation distingué par un prix, des millions de femmes rurales sont désormais autonomes, comme Ma Xianwei, de la province pauvre du Yunnan Ma Xianwei a 30 ans et elle appartient à l'ethnie Hui, l'une des 25 minorités du comté de Xuan Wei, dans la province montagneuse du Yunnan. Sa vie s'est trouvée transformée il y a cinq ans quand elle a décidé de suivre un cours de formation organisé par la Fédération chinoise des femmes. Elle tire désormais 30.000 yuan par an - soit près de 4.000 dollars - de son demi-hectare de vigne, ce qui représente plusieurs fois le revenu d'une famille moyenne du,- comté (environ 600 yuan, soit 75 dollars). "J'étais terrorisée, se souvient-elle, à l'idée d'entrer dans une classe quand des fonctionnaires de la Fédération m'ont convaincue de signer. J'avais peur que personne ne s'occupe de ma famille si j'allais au cours. De plus, j'étais analphabète". Le Programme d'alphabétisation des femmes centré sur l'acquisition d'aptitudes suivi par Ma Xianwei a été lancé en 1990 et est dirigé par la Commission éducative du Yunnan, l'UNESCO, le PNUD, la Fondation Ford et, en particulier, la Fédération des femmes de Chine, qui a reçu en 1995 le prix d'alphabétisation Roi Sejong de 1 UNESCO pour avoir permis d'alphabétiser depuis 1989 plus de 20 millions de femmes rurales en Chine. Le comté de Xuan Wei est pauvre, et 66 % des analphabètes y sont des femmes. Pour les persuader de suivre les cours, qui durent de 15 à 30 jours, la Fédération des femmes de Chine fait du porte-à-porte, crée des équipes qui s'assurent que les femmes suivent régulièrement les cours, fait connaître ses activités dans les médias locaux, distribue des tracts et placarde des journaux sur les murs des villages. A ce jour, 36.000 femmes du comté ont appris à lire, écrire et compter grâce à ce cours, et le taux d'analphabétisme des femmes y est désormais de 29 % inférieur à la moyenne de la province. Plus de 300 sessions de formation technique dans 70 domaines ont été organisées pour donner à 275.000 femmes des compétences nouvelles. Depuis la formation agricole - culture de champignons, de céréales et de tabac, soin des arbres fruitiers, fabrication de tofu ou élevage de poulets et de cailles - jusqu'à la broderie et la gestion des petites entreprises, plus de 85 % des femmes du comté suivent désormais des cours, et plus d'un milliers d'entre elles gagnent au moins 10.000 yuan par an. Selon le Directeur du programme Wang Rongxu, les femmes retombent rarement dans l'analphabétisme car même dans les villages les plus reculés, elles sont au contact du mot écrit, ne serait-ce que par les affiches et les journaux muraux. Ma Xianwei a décidé de suivre les cours avec huit autres femmes de son village tout en continuant de travailler aux champs et de s'occuper de la maison. Les cours ayant lieu le soir, les femmes qui habitent loin reviennent chez elles sous la protection de "gardes" de la communauté. En classe, les femmes, tous âges confondus, sont assises autour de lampes-tempête et apprennent les 1.500 caractères chinois qui constituent le minimum requis pour être considéré comme alphabète. Des illustrations très parlantes servent d'auxiliaires didactiques. Les autorités locales élaborent et publient des documents adaptés aux conditions locales et qui donnent aussi une image positive de la femme. En dehors de l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul, le cours prévoit l'apprentissage des rudiments d'un métier. Les travaux pratiques agricoles ont lieu dans des fermes expérimentales sous la supervision de spécialistes des départements de l'agriculture et de l'élevage. C'est ainsi que Ma Xianwei a appris a cultiver la vigne. L'effet sur le niveau de vie des villageois et sur l'économie du comté a été sensible. Les éleveurs de porcs (le porc étant la viande la moins chère et la plus consommée en Chine) ont enregistré une hausse de production de plus de 30 %. Les récoltes de maïs ont augmenté et les conditions sanitaires se sont améliorées. De nombreuses familles utilisent des poêles qui consomment moins d'énergie tout en conservant davantage de chaleur, ce qui fait que l'air intérieur est moins vicié. Mais, surtout, les femmes ont pris confiance en elles. Dans le comté de Xuan Wei et dans les provinces pauvres du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de la Chine, le temps s'éclaircit sur une moitié du ciel. D'après Sources UNESCO. Pour plus d'informations, veuillez vous adresser à la Section d'alphabétisation et de l’éducation non-formelle, Division de l’éducation de base, UNESCO, 75352 Paris O7 SP, France, .Tél. : (33-1) 45 68 11 32, Fax. : (33-1) 45 65 56 26/27, e-mail : N.Aksorkool@unesco.orgL'alphabétisation transforme : Un
nouveau départ pour les adolescents Rejetés du système formel et risquant d'opter pour une vie de drogue et de délinquance, les 5.000 adolescents déscolarisés qui passent chaque année par les 40 centres de vie de Servol dans les Caraïbes peuvent prendre un nouveau départ dans la vie Il s'agit "d'intervenir respectueusement dans l'existence d'autrui" : c'est ainsi que Soeur Ruth Montrichard, directrice exécutive de Servol (Service Volunteered for All) décrit les programmes à base communautaire qu'elle dirige avec succès dans les Caraïbes. La mission de Servol, qui agit aux deux bouts de la chaine éducative, est à la fois préventive et curative. Les 4.500 jeunes enfants qui fréquentent chaque année ses 148 centres préscolaires sont préparés en vue de l'école primaire. Les 5.000 adolescents déscolarisés qui passent chaque année par les 40 centres de vie de Servol ont l'occasion de repartir dans la vie en développant leur personnalité, en apprenant à lire et à écrire, en acquérant un savoir-faire et une expérience du travail. A ce jour, 42.000 jeunes de 16 à 19 ans des deux sexes se sont agrippés à cette bouée de sauvetage. Le programme, qui s'étend sur 15 mois, est divisé en quatre phases. Le programme de développement de l'adolescent est spécialement conçu pour contrecarrer les influences néfastes qui ont marqué la vie des adolescents et qui peuvent si souvent les pousser vers la violence. Dans les garderies et centres de la petite enfance, un autre programme apprend aux parents adolescents à s'occuper de leurs enfants dans l'espoir qu'ils ne répéteront pas les erreurs de leurs propres parents. Un programme de formation professionnelle permet d'apprendre un métier utilisable sur le marché par le biais d'une formation en cours d'emploi. Le programme d'informatique réalisé dans l'un des trois centres de techniques avancées de Servol prépare les stagiaires à se débrouiller dans un environnement technologique. Enfin, Servol aide les adolescents qui viennent de recevoir une formation à trouver un emploi ou à devenir leur propre patron en leur accordant un prêt pour acheter du matériel ou fonder une petite entreprise. C'est en 1970, après une période d'agitation sociale dans le pays, que Servol a défini pour la première fois ses programmes en se mettant à l'écoute des marginalisés des bidonvilles de Laventville (Trinité et Tobago) et en ajustant ses programmes aux besoins qu'ils avaient manifestés. En 1986, à la demande du gouvernement, l'organisation a élargi ses programmes à l'ensemble du pays. A une condition : selon Soeur Ruth, "il fallait que chaque centre soit géré par les communautés intéressées". C'est resté le principe de base des 188 centres Servol de la Trinité et Tobago, qui sont tous gérés par un Conseil villageois d'éducation. "Les communautés présentent des demandes de projets, entretiennent les bâtiments réservés à cet effet, s'organisent en conseils de supervision, désignent les formateurs, collectent les droits d'inscription et consacrent bénévolement du temps pour aider à réaliser les projets", selon ce que nous explique Soeur Ruth. Le conseil verse aux moniteurs un salaire financé grâce à une subvention que le gouvernement accorde à Servol. L'éducation à base communautaire et l'éducation de la petite enfance ont été reconnues comme faisant partie du système éducatif en 1992, lorsque l'organisation a participé aux travaux d'une équipe spéciale nationale sur l'éducation. Servol forme aussi des auxiliaires qui vont de village en village pour éduquer les parents. Ils évoquent devant eux les besoins émotionnels des enfants, les questions d'alimentation et d'hygiène, et leur montrent à quel point une discipline trop dure ou inversement, relâchée, peut causer de tort aux enfants. Les parents adolescents ont particulièrement bien réagi. Dans la plupart des centres préscolaires, les enseignants ont noté que lorsque les parents étaient plus conscients de leurs responsabilités, la propreté, la ponctualité et la régularité des enfants s 'amélioraient et que le repas qu'ils apportaient pour le midi était plus nutritif Outre que Servol administre 188 centres à Trinité et Tobago, il en dirige un nombre égal dans 15 autres territoires des Caraïbes. Tous ses programmes visent à permettre aux gens de prendre leur vie en mains de façon créative. A Servol, on pense que le meilleur moyen d'édifier une nation passe par une autonomisation qui, depuis la base, remonte au sommet. Selon Soeur Ruth,."le manque d'argent n'est pas ce qui fragilise le plus ceux qui sont dans la misère. Le pire, c'est le sentiment d'impuissance qui accable les pauvres et qui fait qu'il leur est pratiquement impossible de s'arracher à la misère". Le livret Partir du bon pied: programmes Servol en faveur de la petite enfance et des adolescents à la Trinité et Tobago (Série Innovations n'° 5) peut être obtenu sur demande au Programme mondial d'action pour l'éducation pour tous, UNESCO, 7, place de Fontenoy, 75352 07 SP, France, Tél. : (33-1) 45 68 21 26, Fax: (33-1) 45 68 56 29 L'alphabétisation intègre : Arracher des peuples autochtones mexicains à l'isolement Par des activités comme l'amélioration des méthodes agricoles et l'apprentissage des techniques de communication et de radiodiffusion, les Indiens mixes du Mexique sortent de siècles d'isolement. Ils sont aussi en train d'élaborer le premier alphabet de la langue mixe "Il faut toujours partir des détails pratiques que les gens connaissent et ressentent, et qui font partie de leur vie, des situations diverses dans lesquelles ils se trouvent, pour ensuite apporter un complément". C'est ce que nous explique Sofia Robles Hernandez, secrétaire générale des Services pour la communauté mixe (SER), organisation non gouvernementale qui travaille à sortir les Indiens mixes du Mexique de leur isolement culturel et économique. Plus de 91.000 personnes habitent dans la région mixe de l'Etat d'Oaxaca au sud du Mexique. Cette zone isolée et accidentée regroupe 140 villages, dont moins de la moitié sont accessibles par la route. Le taux d'analphabétisme y est élevé, la malnutrition infantile répandue et les perspectives économiques inexistantes. Depuis près d'une vingtaine d'années, les SER s'emploient à hausser le niveau d'éducation des adultes mixes. Leurs projets portent aussi bien sur l'amélioration des rendements agricoles que sur la communication et la radiodiffusion. Du fait de la géographie de la ré-Ion et du mode de vie des habitants, tout changement est difficile, aussi les activités suivent-elles toutes le rythme de la vie communautaire et partent-elles de la base : ce sont les communautés qui décident de ce qu'elles ont besoin de savoir, des moyens de le leur enseigner et du rythme à suivre. Selon Mme Robles, "les stratégies qui ont été adaptées visent au fond à répondre au besoin de survie de la population mixe". On s'efforce surtout d'encourager les débats sur les problèmes communs, à les étudier et à chercher des solutions réalistes. Cela se fait par le biais des assemblées communautaires qui sont le principal outil éducatif des SER. Selon Mme Robles, "l'avantage d'une assemblée, c'est que tout le monde peut donner son avis, qu'il sache lire et écrire ou pas. Néanmoins, les gens sont au contact de la chose écrite parce que, au cours des assemblées, on utilise des lettres aussi bien que des dessins". En s'appuyant sur ces assemblées, les SER ont lancé une série de "semaines de vie et de langue mixe" pour encourager la lecture et l'écriture en langue mixe. C'est là un des éléments fondamentaux du programme. Bien que des linguistes aient prêté leur concours, la mise au point d'un alphabet mixe a surtout été le fait des populations elles-mêmes. Le processus est long et difficile étant donné que la langue compte plusieurs dialectes. Selon Mme Robles, " nous n'avons pas encore retenu un alphabet unique mais l'usage nous aidera à choisir celui que nous devons adopter. Les choses doivent suivre leur cours. Nous discutons des avantages des différents systèmes d'écritures et les proposons aux communautés. Ce que nous promouvons de la sorte, c'est non seulement l'utilisation de l'alphabet mais son caractère social et son élaboration". Grâce aux "semaines" qui sont organisées dans les différentes communautés, davantage de gens peuvent participer au programme, ce qui permet, selon Mme Robles, "d'organiser des groupes de niveau. Au bout de quelques semaines, les élèves avancés enseignent aux débutants". Les mathématiques sont introduites lors de ces semaines, en même temps que la culture mixe. "Dans chaque communauté, nous demandons à des hommes ou à des femmes plus âgés de dire ce qu'ils savent de l'histoire ou des légendes régionales". Grâce à la formation juridique qui leur est donnée, des populations marginalisées peuvent se défendre. Les assemblées étudient les articles du Statut des communes dans leur propre langue. Pour Mme Robles, "c'est là un élément essentiel si nous voulons protéger les terres communales. Ce type de formation est important étant donné que de nombreuses communautés sont sans contact avec ce qui se passe à l'échelle nationale. Les informations diffusées par la presse et la radio n'atteignent pas notre communauté ou, si elles l'atteignent, elles ne sont pas bien comprises". Récemment, des assemblées ont été consacrées au droit autochtone et aux droits des populations autochtones à une communauté, à une culture et à la terre. Des questions relevant de domaines comme l'anthropologie, l'alphabétisation et la linguistique sont aussi abordées. "Nous n'apprenons pas aux gens à fournir des institutions, conclut Mme Robles. Ce que nous voulons, c'est former des populations dotées d'esprit critique et créatif et capables de réfléchir ensemble à leurs problèmes quotidiens". D'après Sources UNESCO L'alphabétisation motive : Des ouvriers brésiliens apprennent à se faire entendre Des ouvriers qui ont suivi des cours du soir sur les chantiers de la ville de Joao Pessoa ont appris à lire et à écrire et défendent maintenant leurs droits Nombre des ouvriers du bâtiment au Brésil sont originaires de l'Etat de Paraiba, où plus de la moitié de la population est analphabète. Ces ouvriers échouent dans les villes où ils font de longues journées de travail épuisantes, leurs employeurs ne s'intéressant guère, le plus souvent, à leur bien-être personnel. Constatant que des ouvriers alphabétisés étaient mieux à même d'affirmer leurs besoins et leurs droits, le syndicat du bâtiment de la ville de Joao Pessoa et l'Université fédérale de Paraiba ont mis sur pied des "écoles d'ouvriers" sur les chantiers de l'ensemble de la ville en 1991. Des assistants d'université et des étudiants ont dispensé des cours, qui allaient des rudiments de l'alphabétisation aux enseignements scientifiques. Malgré leur fatigue physique et la nécessité où ils se trouvaient de faire des heures supplémentaires, les ouvriers se sont rendus après leur travail aux cours organisés du lundi au jeudi. Le renouvellement des effectifs étant fréquent, la composition des classes se modifiait constamment. Toutefois, les résultats se sont révélés tangibles lorsque des ouvriers-élèves ont commencé à assister régulièrement aux réunions syndicales et ont moins hésité à faire valoir leurs droits sur leur lieu de travail. A la différence de nombreuses campagnes d'alphabétisation, le programme de Joao Pessoa a été une action à la fois urbaine et locale. Les écoles d'ouvriers ont accompli leur mission avec un financement public minimalal, mais sans bénéficier du soutien du gouvernement central ni faire appel à des bénévoles à l'échelle de la nation. En mobilisant une population de travailleurs manuels souvent négligée, le syndicat et l'université ont montré que la détermination était un facteur décisif de réussite des actions d'alphabétisation des adultes. La publication L'éducation des adultes dans un monde
à deux vitesses, UNESCO, 1997, peut être obtenue sur demande au
secrétariat du Forum consultatif international sur l'éducation pour
tous. L'alphababétisation établit les liens : Des Africains qui ont une histoire à raconter Le traumatisme du mariage des enfants, le fardeau des corvées d'eau et l'exploitation des jeunes domestiques ont récemment inspiré des recueils et émissions de radio populaires. Créés par des Africains et pour des Africains, ils sensibilisent l'opinion et permettent de réfléchir aux solutions Pour des millions de femmes d'Afrique, la vie tourne autour de la corvée d'eau et de bois, de la préparation des repas, du ménage, des soins à porter aux petits et aux vieux et des longues heures passées à travailler aux champs. Un homme qui aide -sa femme à faire "un il de femme" risque d'être ridiculisé par les autres hommes au motif que "sa femme le mène par le bout du nez". Les programmes d'alphabétisation ne peuvent aboutir que s'ils abordent de front ces questions, comme l'ont fait 25 agents d'alphabétisation et producteurs d'émissions de radio d'Afrique anglophone lors d'un atelier qui s'est tenu en Tanzanie en 1997 et qui était organisé dans le cadre du projet DANIDA-UNESCO de promotion de l'éducation des jeunes filles et femmes en Afrique. A partir des récits entendus en commun, le groupe a élaboré des albums illustrés - composés d'histoires simples, pleines d'anecdotes et d'humour - et un nombre égal d'émissions de radio, pour aider les populations à se pencher sur des problèmes proches de leur vie quotidienne. Priscilla Nyingi, la Kényenne, a revécu une expérience d'enfance. Elle se souvient encore combien elle avait peur d'être battue si, lorsqu'elle revenait du puits, sa cruche d'eau basculait et l'eau se renversait. Elle n'avait que cinq ans. Dans le récit de Priscilla, intitulé And The Women Had A Break (Les femmes ont fait une pause), l'enfant s'écrie "Maman, je n'en peux plus. La cruche est trop lourde. Pourquoi faut-il que je la porte tout le temps ? Au contraire, c'est moi qu'on devrait porter". Dans cette histoire, Priscilla n'appelle pas seulement l'attention sur ce que la corvée d'eau représente pour les femmes et jeunes filles, elle décrit aussi une solution qu'elle a découverte lors d'une visite dans une communauté voisine, qui se cotisait pour que ce soit une mule qui transporte l'eau de tout le monde. Amy Joof, la Gambienne, a choisi d'aborder le mariage des enfants, sujet qui a gêné certaines personnes en dépit des effets physiques et psychologiques notoirement néfastes que; cette coutume exerce sur les jeunes filles. Abordant de front ce tabou, Amy déclare qu'elle a été elle-même mariée lorsqu'elle était enfant et affirme que son histoire est véridique. Ses parents l'avaient obligée à épouser un riche cousin en raison du profit que la famille espérait en tirer. Après des années de détresse, elle a quitté son cousin pour mener une vie indépendante, épousant par la suite en secondes noces l'homme de son choix. Les autres n'ont plus su quelles questions lui poser. Un autre récit porte sur l'exploitation des jeunes domestiques ; l'héroïne, Yaba, suit d'autres villageoises et se rend en ville pour se louer comme domestique. Elle vit dans la crainte que son patron ne la maltraite et que son épouse refuse de lui payer les gages qui lui sont dus. Yaba subit les insultes et, accablée de travail, est toujours fatiguée. Il n'y a pas de réponse toute faite aux dilemmes comme celui de Yaba, mais ces récits aideront peut-être les communautés à trouver des solutions qui leur soient propres en même temps qu'elles donneront aux néoalphabètes des textes de lecture fort utiles. Après l'atelier, les participants sont retournés dans leur pays avec les manuscrits des récits. Ceux-ci sont actuellement testés et adaptés pour être publiés sous la forme de petits livres illustrés qui seront diffusés aux centres d'apprentissage. Pour compléter ces récits, l'atelier a préparé et enregistré dix émissions de radio sur les mêmes questions mais sous des configurations différentes : documentaires, interviews ou pièces radiophoniques. Les participants tanzaniens, sous la direction de la productrice Maria Shaaba, ont enregistré une pièce radiophonique sur les jeunes domestiques. Intitulée Organize, Don’t Agonize (Ne vous rongez pas les sangs : organisez-vous !), elle a remporté un grand succès lors de sa diffusion sur Radio Tanzania. D'autres pays comme j'Afrique du Sud et la Zambie ont aussi diffusé ces émissions avec des résultats encourageants. Les auditeurs ont été très nombreux à réclamer davantage d'émissions et à proposer des questions à traiter. Les émissions de radio et les matériels d'alphabétisation se complètent très bien, comme l'ont montré plusieurs projets. Depuis, dix récits et émissions de radio de ce type pour l'Afrique francophone ont été élaborés lors d'un atelier semblable qui s'est tenu en Côte d'Ivoire à la fin de 1997. Les producteurs de radio et agents d'alphabétisation prennent conscience du fait qu'ils ont en commun le même public des Africains qui ne se lassent pas des récits dont les héros sont des gens comme eux. Pour plus de renseignements, veuillez prendre contact avec la Section d'alphabétisation et de l'éducation non-formelle, Division de l'éducation de base, UNESCO, 75352 Paris 07 SP, France, Tél. : (33-1) 45 68 11 32, Fax: : (33-1) 45 68 56 26/27, e-mail: N.Aksornkool@unesco.org L'alphabétisation éveille : Des enfants de Dakar reçoivent une éducation - dans la rue Les orphelins, les enfants de la rue ou les élèves des écoles coraniques sont tous les bienvenus à l'école de la rue d'Amouyacar Mbaye à Dakar. Et, le soir venu, c'est le tour des adultes Ecole de la rue au service des enfants" : c'est ce qu'annonce la pancarte fixée à un poteau électrique. A quelques mètres de là, sur des bancs disposés au beau milieu du trottoir, des enfants répètent avec attention une phrase que le maître vient d'écrire de sa belle écriture arrondie. Le tableau noir, accroché sur un bout de mur libre à côté d'une boutique, indique la leçon du jour. Rue Tolbiac, à 10 minutes du quartier d'affaires et des ministères de Dakar, les élèves des quatre "classes" de l'école d'Amouyacar Mbaye sont exposés au vacarme de la rue, aux intempéries et à la poussière. Ils tournent le dos au flot ininterrompu des voitures, essayent de s'abstraire des klaxons des taxis et bus déglingués, du va-et-vient des gens et de l'odeur des brochettes. "Nous faisons même cours quand il pleut", explique Amouyacar Mbaye, fondateur et responsable de l'école. Malheureusement, en cas de mauvais temps, il ne peut offrir à ses élèves qu'un abri de fortune fait de quelques bâches. La police ferme les yeux sur cette occupation sauvage de la rue Tolbiac pour elle, ce sont autant de jeunes qui ne trament pas dans les rues. C'est en 1983, que M. Mbaye, ancien marin et agriculteur, a eu l'idée de créer une école pour les enfants pauvres déscolarisés. Après une première initiative dans une banlieue de Dakar - trois de ses anciens élèves sont maintenant à l'université -, il s'installe en 1990 rue Tolbiac. La rue longe le dernier bidonville du centre de Dakar. Chez M. Mbaye, l'enseignement tient du sacerdoce. Sans formation supérieure et sans titre d'enseignant, mais brûlant de mettre le savoir à la portée des pauvres, il s'est transformé en croisé de l'éducation, comblant les lacunes d'un système scolaire qui ne peut offrir une éducation à tous. "Dans le système officiel, nombre d'élèves ne savent même pas écrire une lettre quand ils sortent de l'école primaire, dit M. Mbaye. Avant de pouvoir bénéficier de l'enseignement public, j'ai fréquenté l'école coranique pendant huit ans. Je connaissais toutes les sourates par coeur mais je ne savais ni lire ni écrire l'arabe". M. Mbaye est d'avis qu'il faut accueillir tous les élèves, qu'ils soient scolarisés ou pas. Pendant l'année scolaire 1996-97, 150 enfants et jeunes adultes ont fréquenté l'école de la rue Tolbiac sous la férule de M. Mbaye et de six bénévoles, diplômés au chômage. L'école assure les six niveaux du cycle primaire. De 17 heures à 19 h.30, elle accueille aussi les enfants inscrits dans les cinq établissements publics du quartier. Puis, à la faible lueur de cinq ampoules électriques, c'est, de 20 heures à 22 heures, le tour des adultes, et l'on voit bonnes, mécaniciens, cireurs de chaussures et marchands ambulants apprendre à lire et à écrire. L'école de M. Mbaye obtient des résultats appréciables puisque, selon son responsable, 12 de ses élèves ont été présentés au certificat d'études primaires en 1997. Jusqu'en 1994, l'école a fonctionné sur la base du pur bénévolat Mais, avec l'aggravation des conditions de vie qu'à entraînée la dévaluation du franc CFA, les bénévoles n'ont plus été en mesure d'assurer leur propre survie tout en continuant d'enseigner. De surcroît, les apprenants adultes ont commencé à demander que l'on fournisse des- bancs supplémentaires et que l'éclairage soit amélioré. Désormais, l'école demande donc - une modeste cotisation, qui dépend des revenus de chacun. Cette somme permet de régler la facture d'électricité, d'acheter de la craie et de subvenir au petit déjeuner des élèves. Mais les cotisations couvrent juste les frais de fonctionnement. Les six moniteurs se partagent une allocation mensuelle de 60.000 francs CFA, qui leur rembourse leurs frais de déplacement; cette somme est allouée par l'organisation non gouvernementale internationale ENDA (Environnement et développement du tiers monde), dans le cadre de son programme de soutien aux nombreuses "initiatives populaires de formation" et autres "formations de coin de rue" qui fleurissent à Dakar. L'avenir ? Pour Amouyacar Mbaye, il faut multiplier ce type d'initiative partout où c'est nécessaire. Quant à sa propre école, en dépit de plusieurs articles dans les journaux, les bonnes volontés ne se sont guère manifestées pour venir à son aide. Il y a quelque espoir que des locaux - de véritables locaux - puissent lui être octroyés à l'occasion de l'opération de réhabilitation du bidonville voisin. Le livret Créative Afrique, l'art de la débrouille (Innovations jeunesse, n' 1) est disponible sur demande au Programme mondial d'action pour l'éducation pour tous, UNESCO, 7, place de Fontenoy, 75352 07 SP, France, Tél : (33-1) 45 68 21 26, Fax : (33-1) 45 68 56 29 L'alphabétisation inspire: Une ancienne analphabète devient auteur dramatiquePendant 38 ans, Sue Torr avait caché qu'elle était analphabète dans une société alphabète. Quand elle a fini par apprendre à lire et à écrire, elle a écrit une pièce, Shout it Out Le sujet en est l'analphabétisme. Elle dirige maintenant un projet didactique à Plymouth (Angleterre) "A l'école, j'étais excellente en gymnastique, mais dès qu'il s'agissait de lire un livre ou de noter quelque chose, ça ne m'intéressait plus, explique Sue Torr. Je ne voulais pas embêter le mettre. Quand j'ai quitté l'école à 15 ans, je ne savais ni lire ni écrire." Gênée, Sue avait gardé son analphabétisme secret, le cachant même à son mari, un marin, pendant leurs 16 années de mariage. "Au début, il m'écrivait des lettres. Quand il était à terre, il me demandait pourquoi je ne lui écrivais jamais. Je lui fournissais une excuse ou une autre. Je ne voulais pas qu'il me croie ignare." "Un soir, ma belle-mère m'a demandé ce qu'il y avait au programme de télévision. Elle m'a priée de regarder dans le journal. Je l'ai pris et ai fait semblant de lire. "Pas grand-chose, ai-je répondu. - Et sur la deuxième chaîne ?, a insisté ma belle-mère. - Rien que des bêtises, ai-je dit. En fin de compte, je suis sortie de la pièce et me suis précipitée à l'étage." Selon une étude de 1996 effectuée par la Basic Skills Agency du Royaume-Uni, 19 % des personnes âgées de 37 ans sont peu, voire très peu, alphabètes et 23 % ont des difficultés de calcul. Sue résume ainsi ce qu'elle ressentait : "Vous vivez dans la crainte. Vous avez l'estomac qui se serre à chaque fois qu'on vous parle de lire". En fin de compte, Sue a dévoilé son secret. "J'étais avec des enfants. Ils lisaient un livre et connaissaient tous les mots. Une fillette m'a demandé de l'aider et je me suis assise à côté d'elle, m'évertuant de mon mieux. Elle m'a dit: "Vous ne savez pas lire ce mot, Madame ? - Non - Mais vous êtes vieille, dit-elle, pourquoi ne savez-vous pas lire ?" Je me suis sentie affreusement mal." Sue s'est inscrite à des cours d'alphabétisation pour adultes qu'elle a suivis pendant trois ans. C'est alors qu'est venu le moment décisif Un jour, son professeur lui a demandé d'établir une liste de ce que l'on peut faire et de ce que l'on ne peut pas faire si l'on est analphabète. "Je me suis mise à écrire et n'ai pas pu m'arrêter. Mon professeur a compris ce que j'avais écrit et l'a emporté chez elle pour le dactylographier". Ensuite, elle a présenté le manuscrit typographie à un groupe d'écrivains de la région. C'est ainsi qu'avec leur aide Sue a pu composer sa première pièce. Shout It Out a été jouée au Théâtre royal de Plymouth et diffusée sur les ondes de la radio locale. Le prix Sony Radio lui a été décerné. Sue a ensuite obtenu 35.000 livres sterling pour produire une version vidéo de Shout It Out. Celle-ci a gagné en 1997 la Royal Television Society Award. A 44 ans, Sue a maintenant cessé de travailler comme serveuse dans une cantine scolaire. Elle a son propre bureau où elle administre le projet d'apprentissage Shout It Out. Elle se rend dans les écoles et collèges où elle organise à elle seule un spectacle sur l'alphabétisation des adultes, se rend dans les clubs d'écrivains et dirige un projet d'encouragement à la lecture chez les enfants. Son activité lui a valu de nombreuses récompenses et elle a été récemment nommée Member of the British Empire. "J'ai fait des conférences sur l'alphabétisation des adultes dans les universités, devant les étudiants et les professeurs. J'ai reçu une lettre du Reader’s Digest m'invitant à donner une conférence à Londres. J'y suis allée. On voulait savoir ce que c'était que d'apprendre à lire sur le tard". Sue a écrit deux autres pièces. The Playground, fondée sur son expérience du travail dans les cantines scolaires, a été représentée au Barbican Theatre de Plymouth. Sa dernière pièce s'intitule The Pub. Mais en ce moment, c'est au projet d'apprentissage Shout It Out qu'elle consacre l'essentiel de son temps. Dans ce cadre, elle a établi des liens avec le Plymouith College of Further Education et le University College of St Mark and St John. Sue est bien décidée à appeler l'attention du public sur les difficultés que connaissent les analphabètes dans une société alphabète. "Je sais qu'il y a des milliers de gens qui se battent. Je veux que l'on me montre du doigt et que l'on dise "C'est elle qui ne savait pas lire"". Elle-même suit encore des cours d'alphabétisation. Bien qu'elle soit désormais auteur dramatique, elle affirme qu'elle a encore à apprendre en lecture comme en écriture. D'après un article de Martin Whittaker dans le Times Educational Supplement. Pour obtenir des copies de la version vidéo de Shout It Out, veuillez téléphoner au (44) 01752 607277. |
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