Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture  
 
 
  Journée internationale de l'alphabétisation - 8 septembre 2000  
 

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J’avais 18 ans, il y a bien longtemps aujourd’hui, et mon jeune militantisme étudiant était engagé contre la guerre d’Algérie ; mais il me fallait plus que participer à des discussions et des manifestations, et c’est dans des cours d’alphabétisation avec ensuite l’animation d’un club d’adultes algériens organisés par la CIMADE, ONG française, que j’ai trouvé alors la possibilité et la satisfaction d’une participation concrète à un grand mouvement de société. Aujourd’hui, mon périple professionnel se boucle au Siège de l’UNESCO où je dirige les programmes d’alphabétisation et d’éducation non formelle après de longues années de service international, en Afrique surtout et un peu en Asie, jusqu’à ce que bientôt la retraite me permette de retourner dans un volontariat auprès de la CIMADE.

En se retournant sur le chemin d’une existence professionnelle, sans doute est-il fréquent d’y trouver une cohérence, sinon un sens, imprévisible au départ ; toujours est-il qu’une trentaine d’années sous la bannière de l’UNESCO et au service de l’éducation de base me donne la conviction d’avoir eu la chance d’avoir été à de nombreux " carrefours du donner et du recevoir " ; j’ai certainement beaucoup reçu et il ne me reste qu’à espérer que ce que l’on appelait autrefois mon " expertise " a pu aider beaucoup d’individus dans leur accès à une éducation de base par la grande porte qu’est l’alphabétisation.

Car ce n’est pas dans des livres que j’ai trouvé ce parallèle entre l’éducation et la lumière, mais dans des villages et des bidonvilles, auprès de jeunes et de vieux, hommes et femmes, cela par delà les continents et les cultures ; il y avait peu de choses en commun entre cette femme déjà âgée de la montagne laotienne, dans les années 90, et ce jeune noir sud africain avec qui je discutais en cachette au cours des plus durs moments de l’apartheid, sinon la soif d’apprendre, de savoir, de s’ouvrir … à la lumière ! Ce n’est pas qu’eux ou moi ayons pu croire que l’éducation soit la garantie d’un monde meilleur, mais pour le moins nous avons su que l’alphabétisation est un outil nécessaire dans un monde qui, aujourd’hui, reste essentiellement écrit quelle que soit l’influence de la radio et de la télévision ; l’accès à l’écriture ouvre plus que jamais les portes à la connaissance, à ce symbole premier qu’est la lumière. Les esprits chagrins nous rappelleront que c’est en mordant dans cette pomme-là que l’humanité est devenue souffrante … mais c’est sans doute aussi ce qui a fait son humanité !

J’ai appris aussi au long de cette quête pour le partage du savoir, que les problèmes de l’analphabétisme n’étaient pas simplement les problèmes des " autres ", mais plus gravement des questions de solidarité tout autant internationales que nationales. Les débuts de ma carrière se sont trouvés au " soleil des indépendances " parmi les espoirs de développement du Tiers Monde, quelles qu'aient été les Cassandres du temps qui, comme mon vieux professeur René Dumont vaticinait, que tout cela était bien " mal parti " ! Les années 70 ont commencé à apporter leur lot de désillusions, en même temps que l’on identifiait à l’intérieur des sociétés les plus riches ce nouveau concept qu’est le Quart Monde où l’alphabétisation est aussi rare que précieuse ; il est intéressant de noter au passage que c’est en France, terre de culture et de tradition sociale, qu’a été découvert ce nouveau monde. Quelles que soient les qualifications que l’on puisse donner à l’analphabétisme, de retour, primaire, illettrisme, etc., il est avant tout une souffrance ou simplement un manque pour des populations qui n’ont pas la maîtrise minimale de l’écrit afin de simplement vivre au quotidien ; même après quelques générations d’éducation de base gratuite et obligatoire, son fondement, qui est l’accès à l’écriture, reste précaire chez des individus et des groupes de population, en difficulté pour une raison ou une autre. L’éducation n’est pas une donnée acquise ; elle est fragile, comme le savent tous ceux qui ont appris puis oublié une langue faute de la pratiquer ; l’alphabétisation plus encore, qui en est la racine et a besoin d’entretien, de stimulant pour rester fonctionnelle et à flot devant la montée de besoins en connaissances. On a beaucoup parlé de la déchirure sociale en France, et il me semble que le tissu éducationnel à l’occasion s’effiloche.

La répétition symbolique et régulière de la Journée internationale de l’alphabétisation n’est ainsi pas un radotage international et bureaucratique ; car, d’une part, il s’agit toujours de combler les trous encore existants sur la carte mondiale de l’éducation en assurant un service minimum à des population exclues et, d’autre part, de rappeler à la vigilance les sociétés qui ont réalisé leur scolarisation fondamentale universelle. Pour citer le Directeur général de l’UNESCO "  le combat de l’UNESCO est en premier lieu celui de l’éducation pour tous. L’éducation est un bien fragile et encore très inégalement distribué. L’alphabétisation en est la porte d'accès principale ".

Mark Gilmer

 
 
 

"L'alphabétisation. Sans elle ... les mots ne veulent rien dire ."