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Alphabétisation
et Sida en Afrique du Sud : Venir à bout des tabous
" De nos jours, les
samedi sont consacrés aux funérailles" raconte Dorothy Little de
la commission nationale du Swaziland auprès de l'UNESCO. Le taux
d'infection du HIV en Afrique du sud est un des plus élevés au monde.
Et malgré la facilité croissante avec laquelle on a accès à l'information
concernant la pandémie du SIDA, il y a peu d'indices qui montrent
que la population ait changé d'attitude.
En février 2001,
la délégation du Swaziland et l'UNESCO ont organisé un atelier sur
le HIV et le SIDA à Mbabane, la capitale du Swaziland. À cet atelier
ont assisté plus d'une trentaine de professionnels de l'éducation,
de la santé et de la communication, venus du Malawi, du Zimbabwe
et du Swaziland. Chaque participant choisissait un thème en rapport
avec une étude ou une recherche qui ciblait des groupes dans son
propre pays susceptibles d'être touchés par le virus, et tous devaient
par la suite préparer des brochures pédagogiques pour les distribuer
directement à ces groupes.
Les thèmes concernant
le SIDA et le sexe restent encore, dans de nombreuses parties de
l'Afrique, des sujets tabou. A Mbabane, l'approche restait très
informelle et très franche, et cela incita les délégués à faire
face à leur propres appréhensions et idées préconçues, pour s'enrichir
des expériences de leurs voisins.
Deux des brochures
qui ont été produites lors de ce séminaire traitent des questions
du droit de " succession des épouses " - une coutume qui favorise
la propagation du SIDA. Dans de nombreux pays d'Afrique, incluant
le Kenya, le Swaziland, et le Zimbabwe, quand un homme meurt son
épouse devient automatiquement la propriété de ses frères, avec
l'ensemble du bétail, la maison et la terre lui appartenant. Peut-être
l'épouse du mari mort du Sida est-elle aussi séropositive, et peut
être son beau-frère déjà infecté. Le frère de son mari a peut-être
déjà une épouse ou plusieurs. Chaque fois qu' " une succession d'épouse
" a lieu, le nombre de personnes qui courent le risque d'être infectées
se multiplie.
Deux autres publications
traitent de ce qu'on appelle les " sugar daddies " ( les "papas-sucre
"), terme que l'on utilise pour décrire ces hommes qui achètent
les faveurs sexuelles de jeunes filles en leur proposant toutes
sortes de cadeaux matériels comme des produits de beauté, des téléphones
portables et des vêtements. Cette attitude ravageuse, bien qu'elle
ne touche pas seulement l'Afrique, signifie que les jeunes adolescentes,
les plus naïves et délaissées, sont encore plus vulnérables face
au HIV et au SIDA.
Cet atelier a aussi
débattu de l'impact de cette pratique qu'on appelle " la hyène ".
Cette coutume symbolise l'image de la femme dans la société, qui
ne devient plus qu'un objet sexuel. Cette tradition veut que les
familles payent un homme pour avoir des rapports sexuels avec leur
fille afin de mettre fin à leur virginité. On lui donne un pagne
blanc pour qu'elle puisse montrer aux femmes de la famille, " comme
preuve ", que la relation sexuelle a bien eu lieu. Dans une des
histoires écrites par Grace Kulupando-Seka du Malawi, la mère d'une
jeune fille qui a été infectée par une maladie sexuellement transmissible
après son rite " d'initiation " se voit moralement contrainte de
reconsidérer la pratique de cette vieille croyance.
Le moment le plus
intense de l'atelier fut lors des témoignages de nombreux séropositifs.
Gcebile, par exemple, qui 14 ans plus tôt avait été diagnostiquée
séropositive et qui est aujourd'hui un modèle de vivacité, faisant
tout son possible pour " vivre et penser avec optimisme ". D'autres
séropositifs, qui étaient interviewés lors de la session, racontèrent
comment ils vivaient désormais leurs vies pleinement et se responsabilisaient
davantage qu'auparavant.
Les organisateurs
de cet atelier avaient aussi consacré une des sessions à démentir
toutes les idées reçues sur le SIDA. Comme celle, par exemple, selon
laquelle 'avoir une relation sexuelle avec une jeune femme vierge
offre une guérison garantie'. Le pire des cauchemars pour n'importe
quel parent est d'imaginer que leur fille puisse devenir la proie
d'un homme séropositif en quête de guérison ", explique Matron Elizabeth
Mndzebele, une professionnelle de la santé formée par le FNUAP,
qui a participé à de nombreuses sessions au sujet de la prise de
conscience des problèmes liés au HIV et au SIDA. Une autre des idées
reçues est de considérer que les personnes biens habillées et propres
n'ont pas le Sida et ne peuvent pas être infectées par le virus.
Les délégués ont
aussi discuté du problème concernant la dénégation des individus,
qui occultent désespérément la maladie et répugnent à admettre leur
infection par le virus. Au Kenya, la maladie est surnommée " slim
", qui en français signifie " mince ", pour symboliser la considérable
perte de poids dont souffrent les malades atteints par la maladie.
Si quelqu'un meurt du SIDA, il est courant d'entendre les proches
l'attribuer à la sorcellerie ou un empoisonnement, même si la cause
officielle du décès est " une longue maladie ", une pneumonie ou
une méningite. Bien qu'une jeune mère puisse savoir qu'elle est
porteuse de la maladie, elle continuera à donner le sein à son enfant.
La peur d'être " découverte " est plus grande que celle d'exposer
son enfant au virus du HIV.
Le fruit du travail
de cet atelier - publications et programmes radio - sera ajouté
à celui déjà effectué dans d'autres ateliers similaires, organisés
par l'UNESCO dans d'autres parties du monde. Certaines de ces publications
ont spécialement pour cibles les plus susceptibles d'être infectées
par le HIV et le SIDA que sont les populations rurales, et tout
particulièrement les femmes et les jeunes filles. Il s'adresse aussi
aux problèmes de ceux qui sont déjà infectés par le virus, pour
leur tendre ainsi la main avec compréhension et compassion. En encourageant
les hommes comme les femmes à opter pour une sexualité à moindres
risques de manière plus raisonnée et plus directe, la documentation
qui a été élaborée aux cours de ce type d'ateliers sauvera en définitive
de nombreuses vies. Mais cela demandera bien plus d'efforts pour
venir à bout du SIDA; sans l'action renforcée de la citoyenneté,
des gouvernements, des ONGs et des agences des Nations Unies, la
maladie continuera sa déferlante sur les pays et les cultures.
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