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Une idylle en trompe l'œil - le défi de la tradition au Bhoutan

Pour l'observateur occasionnel ou le touriste qui passerait par le Bhoutan, ce pays se trouve presque aux portes du paradis. Situé comme un joyau étincelant au beau milieu de la chaîne de montagnes himalayenne, ce royaume éblouissant et isolé est un trompe l'œil. Une approche superficielle de la vie quotidienne peut donner du Bhoutan une image harmonieuse, caractérisée par une relative prospérité et une certaine égalité des sexes.

En y regardant de plus près, cette vision idyllique est vite éclipsée. Lorsque Namtip Aksornkool, de l'UNESCO, se rendit dans les villages de Rukubji et de Phubjika au pied des montagnes de l'Himalaya, elle prit connaissance d'inquiétants rapports concernant la vie quotidienne de la population du Bhoutan, où survivre serait devenu une lutte quotidienne. "C'est encore plus dur pour les femmes ", rapporte Namtip. " A des centaines de kilomètres du médecin le plus proche, trop nombreuses sont les femmes qui meurent lors de leur accouchement ". En ce qui concerne leur travail quotidien, Namtip découvrit que, pour les plus démunis des région rurales du Bhoutan, les corvées quotidiennenes sont une lourde entrave à la santé et au bonheur de la population. " Nous tissons pour toute la famille ", explique une des femmes, Amma Karma Dorji. " Nous n'aimons aucune des tâches que nous faisons. Tout est pénible ". Amma Choden se joignit à la discussion, disant que le travail le plus dur était l'affinage de la laine pour en faire ensuite du fil - une activité qui à la longue provoque des douleurs chroniques aux épaules.

Les tisserandes travaillent sur des métiers à tisser traditionnels qui les obligent à rester assises, les jambes étirées pendant de longues heures. Ce type de métier à tisser, largement répandu au Laos et au sud de la Chine, est responsable de l'augmentation du risque d'accouchements difficiles, souvent fatals. Le jeune ami de Namtip, Tenzin, qui était particulièrement préoccupé par le problème posé par les métier à tisser, questionna longuement les femmes à ce sujet. Le résultat de cette enquête fut rendu public trois mois plus tard sous la forme d'un programme d'enseignement pour les femmes, introduisant ainsi un nouveau type de métier à tisser.

Une autre coutume locale, qui inspira une brochure éducative, concerne une croyance qui préserve les hommes de porter le fumier pour fertiliser leurs champs, de crainte de leur porter malheur. Par conséquent, les femmes sont chargées de porter tout le fumier. Elles se courbent deux fois plus sous le poids des immenses paniers attachés par une sangle à leur dos. Ce partage traditionnel du travail a amené Suman Pradhan, de l'association des femmes Bhoutanes à écrire un livre intitulé, The Enlightened Man, (" L'homme éclairé "), histoire d'une récolte qui échoua du fait que les femmes ne réussirent pas à aller chercher tout le fumier nécessaire. La frustration de Sheer était telle qu'elle força son mari à défier la tradition et à porter le fumier jusqu'au champ. La récolte fut abondante et inspira bien d'autres hommes à aider leurs épouses dans cette astreignante besogne.

Nombreux sont ceux qui ont déjà lu le livre, disponible dans tous les centres d'alphabétisation de Phubjika et Rukubji. Les hommes et les femmes s'en sont inspiré pour discuter, pour la première fois, du problème ensemble. " Le fardeau n'est pas trop lourd pour moi ", commente Rinzin, un jeune instituteur et fermier qui aide désormais son épouse à porter le fumier et les engrais, " et le travail est devenu plus facile pour ma femme ".

Au Bhoutan, deux fois plus de garçons que de filles sont scolarisés. Officiellement le taux d'inscription des garçons en âge d'entrer à l'école primaire est de 20 pour cent. Cela signifie qu'à peine 10 pour cent des jeunes filles ont accès à l'éducation. Cette situation a attiré l'attention de la famille royale du pays. Tandis que le Roi Jigme Wangchuk mettait en place une politique de promotion de l'éducation pour tous, la Princesse Ashi Sonam demandait à ce que des programmes pour les femmes soient mis en oeuvre afin de renforcer leur confiance en elles, leur estime de soi, et en définitive leur statut dans la société.

Le Bhoutan se méfie d'une modernisation aveugle qui menacerait l'intégrité nationale. Sa politique de développement demeure prudente. La question se pose de savoir si elle est à même de faire avancer le pays vers l'amélioration des conditions de vie de sa population et l'égalité des sexes, tout en préservant son paradis.

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