Message
du Directeur-Général
à l'occasion de la journée internationale de l'alphabétisation
(8 Septembre 2001)
Nous
célébrons aujourd'hui la première Journée internationale de l'alphabétisation
de ce troisième millénaire. N'oublions jamais que l'alphabétisation
est effectivement, pour l'individu lui-même, pour sa famille et
pour la société tout entière, un motif de célébration. L' humanité
a accompli des avancées spectaculaires en la matière, puisque
le monde compte aujourd'hui près de 4 milliards d'alphabètes.
De plus, les progrès accélérés de la technologie sont largement
centrés sur l'information et la communication, qui sont au cœur
de la pratique de la lecture et de l'écriture, et ouvrent dans
le même temps aux personnes alphabétisées des perspectives nouvelles
et fascinantes.
Rien
d'étonnant, compte tenu des satisfactions et des avantages apportés
par l'alphabétisation, à ce que les images qui y sont associées
soient celles de portes ou de fenêtres qui s'ouvrent, de lumière
et d'espace, d'infini. L'aptitude à lire et à écrire repousse
les limites de l'horizon et libère : elle est à la fois libération
de l'ignorance, de l'opression et de la pauvreté, et liberté de
faire des choses nouvelles, d'opérer des choix, d'apprendre.
Impossible
cependant de ne pas reconnaître, en cette Journée internationale
de l'alphabétisation, que cette aptitude est encore inégalement
répartie entre les sociétés et à l'intérieur de chacune d'elles.
Ses bienfaits sont donc encore refusés aux centaines de millions
de personnes qui sont victimes d'une pauvreté, d'une exclusion
et d'une marginalisation croissantes et pour qui la société éducative
n'est qu'un rêve lointain, voire inimaginable. Cette situation
est d'autant plus intolérable que nous disposons aujourd'hui de
la technologie, du savoir-faire, de l'expérience et des ressources
nécessaires pour bâtir un monde alphabétisé. Certes, réaliser
l'alphabétisation pour tous est une tâche d'une magnitude et d'une
complexité impressionnantes. Mais l'enjeu est trop important pour
que nous nous laissions aller au découragement. Nous devons cultiver
activement et affermir la détermination, l'engagement et la solidarité
nécessaires pour nous acquitter de cette mission vitale, encouragés
par la certitude de rendre ainsi le monde meilleur.
Dans
quelques semaines, l'Assemblée générale des Nations Unies aura
à se prononcer sur le lancement d'une Décennie de l'alphabétisation
pour tous (2001-2010); l'UNESCO en sera probablement le chef de
file au sein du système des Nations Unies. Cette Décennie des
Nations Unies sera l'occasion d'accélérer la dynamique de l'alphabétisation
pour tous et de développer une conception de l'alphabétisation
qui prenne en compte non seulement les besoins d'apprentissage
des adultes mais aussi ceux des enfants et des jeunes. Elle devra
clairement reconnaître que les solutions des différents problèmes
éducatifs sont liées entre elles. En particulier, l'instruction
des adultes, et notamment des femmes et des jeunes filles, est
essentielle pour généraliser l'accès à l'enseignement primaire
et en améliorer la qualité et la pertinence. Ainsi, l'"éducation
pour tous" et l'"alphabétisation pour tous", l'"enseignement primaire
universel" et l'"apprentissage tout au long de la vie" ne sont
pas autant de formules entre lesquelles il faut choisir, mais
des processus dont les objectifs doivent être pousuivis simultanément
et dont les dynamiques sont étroitement liées.
De
même, on ne saurait s'attendre à progresser sensiblement sur la
voie de l'élimination de la pauvreté sans avancées majeures dans
le domaine de l'alphabétisation. Cela est évident dès lors que
l'on reconnaît que l'alphabétisation, loin de se limiter à l'acquisition
des mécanismes de la lecture et de l'écriture, est source de dignité
personnelle, conditionne l'exercice du droit de participer, donne
aux exclus et aux personnes marginalisées les moyens de prendre
leur destinée en mains, et permet d'acquérir des savoirs par différentes
voies et dans divers cadres, institutionnels ou informels. Elle
est déterminante pour l'acquisition de l'adaptabilité et de l'ingéniosité
nécessaires au développement humain durable ; en témoignent, par
exemple, les initiatives prises pour mettre en place des modes
de subsistance associés à la protection de l'environnement, ainsi
que les programmes d'éducation préventive dans le domaine de la
santé, et notamment de la lutte contre le VIH/sida.
Nous
célébrons donc aujourd'hui l'alphabétisation en tant que valeur
intrinsèque, étroitement liée, pour l'être humain, à la jouissance
de sa dignité fondamentale et à l'exercice de son rôle de citoyen
de son pays et du monde. L'alphabétisation est aussi un moyen
crucial de s'assurer d'autres avantages et d'atteindre d'autres
objectifs. Parce qu'elle touche à tous les aspects de notre existence
et de celle de notre entourage, elle a véritablement le pouvoir
de transformer la réalité que nous vivons.
Lors
de la Journée internationale de l'alphabétisation, l'UNESCO décerne
traditionnellement des prix à des personnes et des organisations
qui ont apporté une contribution exceptionnelle à la lutte contre
l'analphabétisme. Nous savons bien, cependant, que cette lutte
est menée par des centaines de milliers d'éducateurs, professionnels
aussi bien que bénévoles, dont le travail silencieux mais persévérant
est indipensable. Nous dédions cette journée à leurs efforts et
à leurs réalisations.
L'UNESCO
invite chacun, responsable politique ou simple citoyen, à apporter
un soutien ferme et accru à l'effort d'alphabétisation pour tous.
Développons l'alphabétisation, et notre vie à tous, sous tous
ses aspects, s'en trouvera enrichie.
Koïchiro
Matsuura