UNESCO 2001 Journée Internationale de L'Alphabétisation
UNESCO
Vivre l'alphabétisation
Message du Directeur général
L'alphabétisation en fête
Prix d'alphabétisation
L'histoire des prix
Vivre l'alphabétisation
Regard sur l'alphabétisation
Galerie de photos
Liens
Contact
English

El Salvador : l'essence même du rôle que doit jouer l'alphabétisation

Erik - la plupart des gens le connaissaient par ce prénom - disparu subitement lors d'un accident de voiture en octobre 1999. La nouvelle de sa mort provoqua une sorte d'onde de choc dans toute la région de Usulutan au Salvador où Erik travaillait comme directeur du COMUS - Union des Communautés de Usulutan.

Pour David Archer, à la tête de l'organisation "Aide et Action" dans la région et chargé plus particulièrement de l'éducation internationale, Eric personnifiait l'Amérique centrale. Il était commandant guerillero du mouvement de libération Farabundo Martí - FMLN - pendant la guerre civile au Salvador. Il prit part au combat non-violent qui suivit les accords de paix en tant que directeur du mouvement populaire COMUS. En inversant la structure hiérarchique militaire en vigueur, Erik travaillait à l'élaboration d'une organisation qui pourrait fonctionner de bas en haut. Guidé par sa vision de justice et d'égalité, le processus qu'avait initié Erik était la base fondamentale pour un processus d'alphabétisation.

Lorsque Erik et David se rencontrèrent, l'un et l'autre étaient déçus par leurs expériences passées dans le secteur de l'alphabétisation des adultes. Tous deux ne se faisaient plus guère d'illusions. David avait développé un nouveau concept concernant l'approche de l'alphabétisation des adultes. " En moins de quelques minutes " rapporte Archer, " Erik anticipa ma proposition mieux que je ne le faisais moi-même ".

Aux yeux d'Archer, bien que les programmes traditionnels d'alphabétisation adoptent en général des idées radicales, la plupart échouent dans la pratique. Au cours des 30 dernières années, la plupart de ces programmes étaient basés sur des manuels scolaires ou "des manuels de cours élémentaires", conçus par des experts de la capitale et diffusés dans les zones rurales. Ils proposaient une approche alternative, qui était à l'époque mise à l'essai dans des pays comme l'Ouganda et le Bangladesh. Erik donna son accord pour établir un troisième projet pilote au Salvador sur la base des propositions d'Archer. Reconnu désormais comme REFLECT, cette approche est utilisée sous diverses formes par plus de 250 organisations dans une quarantaine de pays.

La première étape impliquait de faire table rase des vieux livres de cours élémentaires, non seulement à Usulutan mais à travers tout le pays. L 'objectif était de déplacer le pouvoir des "experts" de la capitale en matière de programmes d'alphabétisation pour le mettre entre les mains des vrais "experts", ceux des communautés où les projets allaient être mis en place. Au lieu de considérer les "campesinos " comme de simples bénéficiaires passifs ils devenaient des protagonistes actifs. Plutôt que de commencer par leur enseigner d'un point de vue condescendant ce qu'ils ne connaissaient pas, il s'agissait de cultiver le fonds de savoir des plus pauvres.

Les principes de cette idée firent souche. Erik mobilisa des promoteurs d'éducation auprès du COMUS à Usulutan et s'assura le soutien d'autres ONG. Il désigna comme coordinateur principal du projet Abdon, un campesino du pays, qui n'avait lui-même jamais été à l'école et n'avait appris à lire qu'à l'âge de 23 ans.

Conformément à un programme développé entre 1993 et 1995, chaque communauté était chargée d'élaborer ses propres matériels d'apprentissage. Connu sous le nom de "cercles d'alphabétisation", ce groupe agissait comme un forum démocratique permettant aux gens de s'associer et dresser ainsi une étude détaillée de leur environnement local.

Par exemple, les participants établirent une carte de leur village en utilisant des bâtons, des pierres, des semis et des fèves de haricots, pour illustrer les différentes caractéristiques. Cette idée fut étendue à la production de cartes détaillées concernant l'histoire locale, les transformations naturelles de l'environnement, l'utilisation des terres et leur distribution.

La population était encouragée à établir des calendriers devant recenser les charges de travail saisonnières, les gains et les dépenses, les diverses maladies et à préparer des diagrammes représentant les structures du pouvoir au niveau local et au niveau national. Ayant d'abord pris la forme de modèles tridimensionnels sur le terrain, les informations furent par la suite transférées sur papier de manière définitive pour les registres officiels. Chaque communauté avait ainsi élaboré des archives claires et compréhensibles de sa localité - qui étaient, dans bon nombre de cas, les premières du genre.

La dernière fois que David rendit visite à Erik au COMUS en juillet 1999, il avait développé un sens encore plus aigu de la relation structurelle entre alphabétisation, pouvoir et organisation. On a assisté, ces dernières années au Salvador à une prolifération d'ONG, comme sans doute, dans de nombreuses autres régions du monde. Erik considérait ce processus comme une privatisation effective de la pauvreté. Alors qu'il est relativement facile de mettre sur pied une ONG, ses objectifs ne répondent de leurs actes que très rarement auprès des populations directement concernées. Ces organisations peuvent potentiellement amasser des fonds substantiels, mais trop souvent les plus démunis sont exclus du processus de décision de ceux-là même qui allouent les fonds.

Il voulait donner aux populations les moyens de s'emparer du pouvoir de l'alphabétisation, leur garantissant un droit de regard critique sur tous les programmes et budgets rédigés en leur nom par des ONG et des agences gouvernementales, et la possibilité de rédiger eux même leurs propositions et leur budget afin de mettre en place leurs propres projets d'études. Voilà ce qu'envisageait Erik comme prochaine étape du projet REFLECT à Usulutan. Pour lui, la lutte pour l'alphabétisation devait permettre de replacer les populations les plus démunies au centre, et non plus aux marges, de la société.

© 2001 - UNESCO - Contact