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Engagement communautaire en Haïti

"Si je suis capable, à la fin du projet, de signer mon nom ou de comprendre ce qui se passe quand on vient me chercher pour les élections, je sais que j'aurai vécu pour quelque chose", dit un apprenant de 86 ans du projet Alfabonit. Les élèves en alphabétisation de la zone rurale et défavorisée de Saint Marc, en Haïti, sont des adultes de tous les âges, des femmes pour la plupart.

Le but du projet est d'améliorer les conditions de vie de la population par le biais de l'alphabétisation. La tâche à accomplir est énorme. Haïti est l'un des pays les plus pauvres du globe, dont près de la moitié de la population est analphabète. Deux tiers des enfants qui commencent l'école primaire ne terminent jamais et finissent par grossir les rangs des analphabètes.

Pour assurer l'implication totale des élèves, la Fondation Paul Gerin-Lajoie, basée au Canada, qui a lancé le projet avec le gouvernement haïtien en 1998 a un partenariat unique auprès des communautés. La fondation fournit le matériel d'apprentissage et gère le projet; les communautés mettent à disposition les bâtiments et le mobilier.

Un autre trait unique est que les apprenants peuvent choisir leur éducateur - une personne locale spécialement formée pour les enseigner. Ceci assure le plein engagement des enseignants et des élèves. Les centres d'alphabétisation n'offrent aucun confort. Les élèves sont assis sur des bancs qu'ils fabriquent eux-mêmes ou sur un tas de paille disposé sur le sol.

Cette initiative haïtienne vient de se voir attribuer l'un des deux prix annuels d'alphabétisation de l'UNESCO "Roi Séjong". Le projet relie la lecture, l'écriture et le calcul à des micro projets et à la connaissance des problèmes d'environnement, des droits civiques et de la santé.

La dégradation de l'environnement se fait à une allure désastreuse. Selon l'Agence des Nations Unies pour le Développement international (USAID), l'île de Haïti est déboisée à plus de 98 pour cent et chaque année 15.000 acres de terres fertiles disparaissent. Le projet décourage les gens d'abattre les arbres restants et les participants apprennent à faire ce qu'ils appellent le "charbon miracle", une briquette de sciure et de papier récupéré des banques ou d'autres sociétés et mélangé à de l'eau. Un plan de plantation d'arbres à petite échelle a aussi été mis en oeuvre.

"Connaître ses droits et ses devoirs en tant que citoyens est fondamental", dit Marie-Michelle Fournier, de la Fondation Paul Gerin-Lajoie. Elle explique que, comme 85% des Haïtiens n'ont ni carte d'identité ni certificat de naissance, ils ne peuvent participer au processus démocratique. Grâce au projet, 1.500 d'entre eux ont pu obtenir ces documents. De fait, certains n'ont pas perdu de temps à exercer leurs droits: six ont été élus aux dernières élections locales.

Les apprenants sont encouragés à créer des petites boutiques pour y vendre des articles usuels à la communauté, tels que l'huile produite localement, du riz ou des briquettes. Chacun d'eux contribue pour une petite somme (moins d'un dollar), que la Fondation complète pour faire marcher l'affaire. Quelque quarante micro projets ont recu ce type d'assistance. La santé est spécialement orientée sur des thèmes comme les premiers secours, l'allaitement, la limitation des naissances et les maladies sexuellement transmissibles, en particulier le Sida.

"Nous devons constamment motiver les élèves à assister aux cours", dit Michelle Fournier, qui voit en la Journée des Femmes une occasion d'accroître la conscience de l'importance d'éduquer les filles. Sous le slogan: "Des Filles aujourd'hui, demain des Femmes", 2.000 personnes ont participé à la première marche organisée lors de la Journée des Femmes. La seconde marche a drainé 15.000 personnes.

Le manque de matériel de lecture pour les nouveaux alphabétisés est un problème. "Nous ne trouvons pas même un journal en français ou en créole ici", dit M. Fournier. "Pour maintenir leurs nouvelles capacités en éveil, nous invitons les élèves à écrire sur les évènements locaux. Ces textes sont ensuite distribués dans tous les centres d'alphabétisation. "

Depuis que le projet a été lancé, quelque 5.000 personnes ont été alphabétisées et près de 6.000 suivent normalement les cours; 800 éducateurs ont été formés et 120 centres d'alphabétisation ainsi que 10 dispensaires communautaires ont été ouverts.

Le projet est financé par la Fondation Paul Gerin-Lajoie et le Ministère québécois pour les Relations internationales à raison de 630.000 dollars canadiens.

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