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Israel
: Intégration des immigrés juifs Ethiopiens
Plus de 65.000 juifs
éthiopiens vivent aujourd'hui en Israel, la plupart d'entre eux
viennent de régions rurales d'où ils se sont rendus tout d'abord
dans les camps de réfugiés d'Addis- Abbeba, en attendant d'obtenir
leur " aliyah " pour émigrer vers Israel. La plupart des immigrés
juifs éthiopiens n'ont pas suivi de scolarité, et sont donc dans
l'incapacité de lire et d'écrire dans leur langue maternelle, l'Amharic.
Les difficultés du
choc culturel ne peuvent être sous-estimées. Dans certains cas,
les immigrés éthiopiens doivent combler un déficit de connaissances
embrassant plusieurs centaines d'années. À cela s'ajoute les difficultés
d'adaptation à la vie moderne et aux avancées technologiques de
la société. De plus ils doivent faire face à un nouveau climat,
une nouvelle langue, et à des rituels religieux qui ne leur sont
pas familiers ainsi qu'à un statut de la femme dans la société,
très différent. Plus de 92 pour cent des hommes des villages gagnaient
leur vie comme fermiers indépendants, les autres travaillaient comme
tisserands, charpentiers, forgerons, ou dans d'autres activités
commerciales. Parmi eux une minorité travaillait dans les grandes
agglomérations du pays, comme chauffeurs, instituteurs, ou encore
comme soldats. Moins de 10 pour cent d'entre eux ont pu suivre cinq
à douze ans de scolarité.
Avant de fermer ses
portes en 1999, le centre Hatzerot Yassaf proposait à beaucoup de
juifs éthiopiens des cours d'hébreu. Ce centre s'était fixé pour
but d'aider ces immigrés à se sentir plus à l'aise pendant la période
de transition, entre le début de leur séjour jusqu'au moment où
un logement permanent leur serait attribué dans un lieu quelconque
du pays. Ils y passaient en moyenne entre 12 et 18 mois. C'est dans
ce lieu que pour la première fois une nouvelle méthode d'enseignement
pour les juifs éthiopiens a été mise en œuvre.
Les méthodes utilisées
par le passé laissaient beaucoup à désirer. Dans bien nombre de
cas, les résidents du pays d'accueil avaient une vision précise
de leur rôle d'éducateurs et d'enseignants, selon laquelle le bagage
culturel des immigrés était absolument inexistant. Leur perception
de ce qui devait être un processus d'intégration ne laissait en
aucun cas place aux connaissances de base, passées et existantes,
de ces immigrés. Cette situation était poussée à son paroxysme du
fait que bon nombre d'immigrés éthiopiens, en arrivant en Israël,
étaient illettrés.
Comment pouvaient-ils
prétendre apprendre l'hébreu alors qu'ils ne pouvaient même pas
maîtriser tous les aspects de leur propre langue maternelle, l'Amharic
? Les méthodes appliquées en Occident s'adressent à des immigrés
lettrés dont la culture est basée sur la tradition orale et écrite.
Ce type de stratégie et d'expérience sont inutiles et complètement
dénuées de sens aux yeux des cultures dont la communication prédominante
est exclusivement orale. Les Éthiopiens sont typiquement des auditeurs
et non des orateurs, leur processus d'enseignement se fait autour
de l'écoute, assimilant et transmettant les histoires de leurs aînés.
Alors qu'un étudiant
occidental, lui, a acquis certaines compétences telles que les notions
de classification, sélection et mise en oeuvre, ce genre d'outils
pédagogiques ne faisait pas partie du cursus de formation des élèves
éthiopiens. Cela ne pouvait que mener, de part et d'autre, enseignants
comme élèves, à une certaine confusion et frustration en classe.
La structure de ce
nouveau concept, mise en œuvre pour la première fois au centre Hatzerot
Yassaf en 1997, était élaborée par le Dr. Meir Peretz, directeur
du secteur pour l'éducation des adultes. La décision était prise
: les seules personnes pouvant postuler pour ces postes d'enseignement
ou de formation des immigrés éthiopiens devaient être des jeunes
-hommes et femmes d'origine éthiopienne qui disposaient d'une formation
universitaire, de préférence dans une université Israélienne. Ces
nouvelles recrues devaient posséder au moins deux des outils essentiels
pour le bon fonctionnement de ce poste : avoir une bonne maîtrise
de l'hébreu et de très bonnes connaissances de l'Amharic, parlées
comme écrites.
Le ministère Israélien
de l'éducation avait, auparavant, essayé de remédier à cette situation
peu favorable en doublant la durée du programme de 5 à 10 mois,
et en réduisant l'étendue du vocabulaire que les élèves éthiopiens
devaient assimiler. Mais l'objectif restait le même, et ces corrections
superficielles ne venaient pas à bout du problème. Le nouveau programme
s'était fixé pour but de supprimer les barrières culturelles entre
élèves et enseignants : enseigner à des immigrants dans leur langue
maternelle est une mesure qui donne de l'assurance ; utiliser des
thèmes essentiels à la vie quotidienne des élèves, en incorporant
leurs expériences passées et leurs connaissances comme source d'enseignement
; et encourager les élèves à jouer un rôle actif dans l'élaboration
et la réalisation du programme, de façon à créer une communauté
cohérente pour faciliter l'apprentissage scolaire.
Cette nouvelle approche
prit en compte la tradition orale éthiopienne, reconnaissant ainsi
que la société de l'immigré est de celles qui tendent à développer
des capacités orales supérieures et à maîtriser les règles sociolinguistiques
telles que : à qui s'adresse-t-on? comment et pourquoi? quand est-il
nécessaire de se taire? qui est habilité à présenter un problème
et comment?
Ce programme est
en cours depuis 1998. Les cours sont donnés dans des institutions
spéciales à travers tout le pays. L'enseignement est intensif :
étant donné leurs besoins, les immigrés éthiopiens reçoivent plus
de mille heures de cours pendant plus de dix mois. La première évaluation
eut lieu six mois après que le projet ait été instauré, et les résultats
furent très largement positifs. La mise en place de cette nouvelle
stratégie a été un modèle d'enseignement mutuel pour toutes les
personnes concernées. Les diplômés de ce programme scolaires revu
et modifié, étaient d'avis qu'il était plus facile de s'intégrer
s'ils n'étaient contraints pour autant de renoncer à ce qu'ils sont,
et à leurs origines éthiopiennes. Et cela ne peut que bénéficier
à la société dans laquelle ils vivent désormais.
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