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Cap sur Rodrigues - Les programmes d'alphabétisation de l'archipel de l'île Maurice

Six jeunes filles sont assisses sur une simple rangée de pierres. A quelques mètres à leur droite, une feuille de plastique noire fait office de tableau noir improvisé accroché aux ruines d'un bâtiment condamné. En contrebas du chemin, les vagues de l'océan indien s'écrasent contre les récifs de corail. Le lagon un peu plus loin est d'un bleu de miroir sans faille. Une douce brise ballote les feuilles d'un cocotier.

Une cinquantaine de centres d'enseignement de ce type ont vu le jour au cours des deux dernières années dans les villages de l'île Rodrigues, à huit heures de bateau de l'île principale de l'archipel mauricien. Les équipements sont plus que limités et sont loin d'atteindre les standards en la matière, mais les jeunes élèves font de grand progrès. Pour la plupart d'entre eux, ce sera pour ainsi dire la dernière chance d'accéder aux compétences de base qui seraient dans un autre contexte considérées comme allant de soi, la lecture et l'écriture.

A 83% le taux global d'alphabétisation de l'île Maurice est le plus élevé d'Afrique. Une majorité de la population - dont 60% est d'origine indienne - habite l'île la plus importante de l'archipel. Les rodriguais vivent presque exclusivement des ressources de la terre et des fruits de la mer. Ils cultivent des pommes de terres, des ignames, du maïs et d'autres produits, et complétent leur nourriture de base avec du poisson. Parmi les résidents de l'île certains travaillent pour les autorités gouvernementales. Cela pourrait être une situation idyllique, mais du point de vue de l'enseignement, l'île Rodrigues est en crise.

Parmi les enfants scolarisés à l'école primaire sur l'île, plus de 50 pour cent abandonnent avant d'avoir atteint la quatrième année de scolarité. Les raisons en sont évidentes : la rigueur économique contraint les jeunes filles à travailler dans les jardins maraîchers et les garçons sont censés prendre la mer et ramener le fruit de leur pêche pour nourrir leurs familles. Pour les parents, la préoccupation majeure n'est pas que leurs enfants sachent lire et écrire, mais de savoir d'où viendra leur prochain repas.

Les enfants abandonnent l'école et un simple coup d'oeil aux manuels scolaires suffit à l'expliquer. Les illustrations de garçons et de filles réunis autour d'un gâteau d'anniversaire couvert de bougies n'ont rien à voir avec la vie quotidienne de ces élèves-là. Les scénarios, les noms et les coutumes montrés dans les livres viennent d'un tout autre univers que la réalité de Rodrigues et sont incapables d'apporter à ces jeunes le moindre support dans leur quête de connaissance et d'identité, ni de leur mettre le pied à l'étrier pour apprendre à lire et à écrire.

Les experts considèrent qu'à la pauvreté et au manque de modèle charismatique avec lequel les élèves pourraient s'identifier, des manuels d'apprentissage hors de propos contribuent au taux élevé d'abandon. Les statistiques officielles indiquent que le nombre d'enfants qui ne se rendent plus à l'école ne cesse de croître annuellement. Dans quelques années, ils rejoindront les rangs des adultes illettrés.

Un projet intitulé " Education de base pour jeunes adolescents " (BEFA), géré par l'UNICEF et doté du support technique de l'UNESCO, propose une solution partielle au problème. Ce projet offre aux enfants qui avaient arrêté leur scolarité la possibilité d'un nouveau départ, mais cette fois dans un centre d'enseignement adapté. Les modules contiennent des textes de lecture et exercices de compréhension qui traitent de sujets utiles, se rapportant à la vie d'un jeune Rodriguais: problèmes agricoles, environnement, questions d'hygiène et de santé, questions financières et de comptabilité. On attend des élèves qu'ils se rendent deux heures par jour aux cours qui leur sont proposés. Le programme s'appuie aussi sur l'engagement d' instituteurs volontaires, eux-mêmes souvent venus du secondaire, motivés par le désir, jeune et altruiste, de vouloir aider leurs voisins les moins chanceux.

L'équipe commune de l'UNESCO et de l'UNICEF chargée des évaluations s'est alarmée du fait que les élèves n'avaient pas à leur disposition un service d'emprunt de livres ou de matériel pédagogique pour la lecture à l'extérieur de l'école. Ils demandèrent aux autorités locales de prendre des mesures immédiates afin de remédier au problème. En novembre 1997, un groupe de parlementaires rodriguais se réunit à Port Mathurin - principale ville de l'île - quotidiennement pendant deux semaines. Ce fut l'occasion de discuter des problèmes les plus pressants et de préparer une série de brochures illustrées pour le projet BEFA.

Les publications qui ont été produites couvrent une panoplie très large de thèmes essentiels de la vie quotidienne de la population de l'île Rodrigues, parmi lesquels sont traités des sujets tels que les disputes familiales, la consommation abusive de drogue, l'éducation sexuelle et le tabou du SIDA, les techniques de l'agriculture traditionnelle et enfin la discrimination qui frappe les femmes. Entre temps ces publications n'ont pas seulement été publiées et utilisées comme matériel de base pour l'alphabétisation, mais aussi pour d'autres programmes de développement s'adressant aux jeunes. Une nouvelle série est déjà prévue. Bien que ses auteurs admettent qu'il reste de nombreuses améliorations à effectuer, les jeunes Rodriguais ont été très réceptifs aux nouveaux livres de lecture.

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