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Nouvelle-Zélande : cibler les besoins des populations Maoris

En Nouvelle-Zélande au début du 20ème siècle, la communauté indigène Maori possédait un taux d'alphabétisation supérieur à celui des colons britanniques. Un siècle plus tard, le ministre de l'éducation faisait le triste constat que " plus d'un million d'adultes sont sous le seuil de compétence minimum requise pour les besoins de la vie quotidienne ". Une vue plus détaillée de ce rapport, du point de vue ethnique, nous montre que plus de 70 pour cent des Maoris font partie de cette catégorie. Bien que cette étude n'ait pris en compte que le taux d'alphabétisation en anglais, le ministre estime qu'à peine 10 pour cent de la population adulte Maoris a les compétences de base en " Te Reo Maori " (langue maternelle des Maoris).

Un rapport publié en 1960 est devenu une référence concernant le standard de vie de la population Maori pour ce qui est de la santé, de l'éducation, du logement et des différents niveaux de salaires. Ce même rapport a mis en évidence que la population autochtone devait s'attendre à affronter bien plus de problèmes au cours de son existence que son homologue blanc. Mais la réponse à ce rapport était peu judicieuse et inefficace, car il était basé sur le principe d'une idée à priori : la marginalisation sociale est la seule faute des exclus. De nombreuses tentatives d'assimiler les Maoris au modèle occidental ont été intensifiées à travers tout le pays, entraînant une dislocation culturelle et un effet négatif sur le taux d'alphabétisation au sein de la communauté indigène.

Avant l'arrivée des Britanniques, la culture orale était la forme de communication prédominante et traditionnelle de la population Maori. Mais les colons utilisaient, comme un moyen de transformer la société Maori, l'écriture pour les campagnes d'alphabétisation. Auparavant, le pouvoir était dans les mains de ceux qui pouvaient lire et écrire. L'écriture comme base pour l'alphabétisation est devenue un puissant outil avec lequel les colons commencèrent peu à peu à éroder et éventuellement à détruire la culture oral traditionnelle Maori.

Le mouvement pour l'alphabétisation des adultes en Nouvelle-Zélande débuta il y a plus de 30 ans. Des groupes avaient été constitués et travaillaient séparément jusqu'en 1982, avec l'établissement du mouvement d'alphabétisation Aotearoa (connu en tant que fédération pour l'assistance des adultes à la lecture et à l'écriture, appelée aussi ARLA). De 1989 jusqu'à 1999, et en réponse à une demande passée lors de la conférence générale de 1989, ce mouvement a fourni un effort considérable pour changer sa structure et ainsi devenir une organisation digne du traité qui avait été signé. C'est désormais une organisation dotée d'autant de représentants Maori que Tauiwi, les deux groupes sont représentés à nombre égal dans la gestion administrative et au niveau de l'adhésion des membres. L'organisation s'est promis de faire honneur au " Te Tiriti o Waitangi " - nom Maori du traité " Waitangi " de 1840.

Les centres d'alphabétisation Aotearoa proposent un service d'alphabétisation pour adultes basé au sein de la communauté. Ce service est délivré à travers tout le pays par des enseignants très bien formés. Chacun des 63 Poupous (groupe de membres), qui doit être constitué d'au moins six personnes et de six formateurs, propose des sessions de formation à deux (cours particulier) - un tuteur pour un élève - soit en anglais, et/ou en Te Reo Maori. Ces sessions sont adaptées aux objectifs des étudiants et à des circonstances particulières. Cette organisation travaille activement à la reconnaissance et l'implantation des méthodes des deux langues, Maori et Tauiwi (non-Maori) en tant que normes légitimes d'alphabétisation. Le mouvement Aotearoa a vu une hausse considérable de la participation des Maoris à son programme, passant de 8% de participants en 1992 à 29,5%t en 1999. On a aussi assisté, en Nouvelle-Zélande, à une augmentation considérable du nombre de femmes et d'adolescents bénéficiant de cours d'alphabétisation.

Une des réussites les plus significatives de la dernière décennie est que désormais les cours d'alphabétisation pour Maoris sont souvent administrés et délivrés par les maoris eux-mêmes.

Des critiques internes au mouvement à la fin des années 1980 ont incité ARLA à inclure des représentants Maori dans son comité national, et à les employer comme personnel pour le travail d'alphabétisation dans les campagnes. La participation Maori à tous les niveaux de prise de décision et de pouvoir, aux politiques de développement des programmes et de leur mise en œuvre, a été un facteur décisif dans la révision structurelle de l'organisation et dans le succès définitif du mouvement pour l'alphabétisation en Nouvelle-Zélande.

Ce succès est devenu de plus en plus évident. Le message a été reçu. Les centres d'alphabétisation Aotearoa reçoivent régulièrement les autorités de la communauté indigène et des groupes Maoris locaux, qui viennent s'informer des cours proposés, car nombre d'entre eux souhaitent adhérer à l'organisation. Les différents programmes et projets continuent à être un exemple d'apprentissage pour toutes les personnes impliquées. Cela a pris beaucoup de temps, mais au cours des dernières décennies les descendants des colons de Nouvelle-Zélande se sont interrogés, non pas pour savoir ce qu'ils pourraient enseigner à la population Maori, mais plutôt sur ce qu'ils pourraient apprendre d'elle.

Hutia te rito o te harakeke. Kei hea to komako e ko?
Whakatae rangitea, rere ki uta, rere ki tae.
Maau e ki mai e ahau, he aha te mea nui o te ao?
Maaku e ki atu, he Tangata, he Tangata, he Tangata.

Si tu arraches le coeur du buisson de lin, où ira se réfugier l'oiseau-clochette ?
Il regardera vers la mer et au-delà des terres (en quête de nourriture), il ne trouvera rien.
Tu me demandes à moi, ce qui importe le plus au monde ?
Ma réponse sera, les gens, les gens, les gens

 

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