RAPPORT FINAL
CINQUIEME CONFERENCE INTERNATIONALE
SUR L'EDUCATION DES ADULTES
Hambourg, Allemagne
14-18 juillet 1997
UNESCO

ED/MD/101

Le présent rapport a été établi conjointement
par la Section de l'alphabétisation et de l'éducation de l'UNESCO, à Paris
et
l'Institut de l'UNESCO pour l'éducation, à Hambourg
TABLE DES MATIERES
 
PARTIE I Résumé des débats en plénière

A. Introduction 

B. Ouverture de la Conférence 

C. Les travaux de la Conférence

PARTIE II

A. Commissions 

B. Groupes de travail thématiques

C. Tables rondes publiques 

PARTIE III Documents publiés par la Conférence 

A. Rapport de la Conférence présenté par le Rapporteur général

B. La Déclaration de Hambourg sur l'éducation des adultes

C. Agenda pour l'avenir de l'éducation des adultes 

ANNEXES

I Ordre du jour

II Allocution prononcée par M. Henning Voscherau
Maire de la Ville libre et hanséatique de Hambourg

III Allocution de Mme Sheikh Hasina
Premier ministre de la République populaire du Bangladesh

IV Allocution de M. Roman Herzog
Président de la République fédérale d'Allemagne

V Allocution de M. Federico Mayor
Directeur général de l'UNESCO

VI Allocution prononcée par Mme Rita Süssmuth
Présidente du Deutsche Bundestag (Parlement allemand)

VII Allocution de M. Kim Howells
Ministre de l'éducation permanente du Royaume-Uni

VIII Groupes de travail thématiques

IX Liste des participants aux tables rondes publiques

X Liste des participants

XI Secrétariat de la Conférence

PARTIE I
Résumé des débats en plénière

A. Introduction

1. La cinquième Conférence internationale sur l'éducation des adultes (CONFINTEA V) a été convoquée par le Directeur général de l'UNESCO conformément aux résolutions 1.1 (par. 2.A.g) et 1.4 (par. 3) adoptées par la Conférence générale de l'UNESCO à sa 28e session et conformément au plan de travail du Programme et budget pour 1996­1997 (28 C/5 approuvé, par. 01507). A l'invitation du gouvernement de la République fédérale d'Allemagne, la Conférence s'est tenue au Congress Centrum Hamburg du 14 au 18 juillet 1997. Elle était organisée avec le concours des partenaires ci­après : FAO, FNUAP, HCR, OIT, OMS, ONUDI, ONUSIDA, PNUD, UNICEF, Banque mondiale, Conseil de l'Europe, OCDE, Union européenne.

2. La Conférence a réuni au total 1.507 participants au total, parmi lesquels 41 ministres, 15 vice­ministres et 3 sous-ministres : 729 représentants de 130 Etats membres, 2 Membres associés, 2 Etats non membres et la Palestine, 14 représentants d'organisations du système des Nations Unies, 21 représentants d'organisations intergouvernementales, 478 représentants d'ONG et 237 représentants de fondations (annexe X).

3. Tenue à la veille du prochain millénaire, CONFINTEA V faisait suite aux quatre conférences précédemment consacrées au même thème (Elseneur, 1949 ; Montréal, 1960 ; Tokyo, 1972 ; Paris, 1985). Elle a été précédée de toute une série d'activités préparatoires ­ cinq consultations régionales (Barcelone, Le Caire, Dakar, Jomtien, Brasilia), envoi d'un questionnaire à tous les Etats membres et à 12 ONG internationales et un certain nombre de réunions avec différents groupes thématiques.

B. Ouverture de la Conférence

4. La session plénière s'est ouverte sur la présentation des orateurs par Mme Kasama Varavarn, présidente du Conseil d'administration de l'Institut de l'UNESCO pour l'éducation, et l'exécution de danses par des groupes venus de Thaïlande, du Brésil et d'Allemagne.

5. M. Henning Voscherau, maire de la Ville libre et hanséatique de Hambourg, qui a souhaité à tous les participants la bienvenue dans sa ville, a souligné que l'éducation, notamment l'éducation des adultes, est un instrument destiné à cultiver des compétences, des valeurs et des comportements qui permettent de relever les défis de l'avenir et favorisent la coexistence pacifique entre les nations du monde (annexe II).

6. Dans son discours préliminaire, S. Exc. Mme Sheikh Hasina, premier ministre de la République populaire du Bangladesh, a évoqué l'importance de l'alphabétisation des adultes, l'étroite relation existant entre éducation et productivité économique et la nécessité de veiller à la qualité de l'éducation des adultes dans la perspective de l'éducation tout au long de la vie. Elle a souligné que "la coopération internationale donnera naissance à une communauté mondiale prospère ­ où même les nations en développement les plus pauvres pourront accéder aux nouvelles possibilités de croissance offertes par les récentes percées technologiques" (annexe III).

7. Le Président de la République fédérale d'Allemagne, M. Roman Herzog, a fait référence à l'attachement que depuis quarante­six ans son pays marque à l'UNESCO et noté que "l'Institut de l'UNESCO pour l'éducation est la première institution internationale qui ait été établie sur son sol". Faisant référence à CONFINTEA V, il a en outre souligné l'importance d'une nouvelle forme de croissance qui prenne appui sur la connaissance, l'éducation permanente et l'éducation des adultes comme moyen de promouvoir la paix (annexe IV).

8. M. Federico Mayor, directeur général de l'UNESCO, a souhaité la bienvenue à tous les participants à CONFINTEA V et exprimé l'espoir que la Conférence définirait "les rôles que l'éducation des adultes doit jouer désormais pour satisfaire les aspirations des femmes et des hommes de tous les pays dans le monde nouveau qui prend forme autour de nous". Il a ensuite invité les participants à observer une minute de silence à la mémoire de Paulo Freire, qui a "révolutionné" toute la conception que l'on avait de l'éducation en liant alphabétisation et libération. Se demandant quel souvenir la Conférence de Hambourg aura laissé à cinquante ans de sa tenue, M. Mayor a observé : "cela dépendra de notre clairvoyance et des engagements que nous assumerons, maintenant et par la suite". Il a aussi rappelé aux participants que CONFINTEA V diffère des précédentes conférences de la série en ce sens qu'elle se propose de mener ses travaux dans le dialogue et en partenariat étroit avec les ONG. Enfin, M. Mayor a interrompu son discours quelques minutes pour donner la parole à Mme Nonkosinathi Hathuku, de Hanover, dans la province sud-africaine du Cap Nord, ancienne adulte analphabète qui a appris à lire et à écrire dans le cadre du projet d'alphabétisation de Masakhane, afin qu'elle présente son expérience et ses vues personnelles sur l'utilité et l'importance de l'alphabétisation (annexe V).

C. Les travaux de la Conférence

9. A la fin de la cérémonie d'ouverture, la Conférence siégeant en plénière est passée au point 2 de l'ordre du jour provisoire (annexe I) et a élu présidente de la Conférence Mme Rita Süssmuth, présidente du Parlement allemand. Soulignant que "l'éducation permanente est un investissement pour l'avenir", celle­ci a affirmé que l'éducation des adultes "doit faire de ceux à qui elle s'adresse des acteurs qui prennent eux-mêmes les décisions qui les concernent dans le contexte de l'évolution de la société, leur apporter les connaissances dont ils ont besoin à cette fin et les mettre en mesure d'utiliser ces connaissances de manière responsable". Elle a également évoqué les chances aussi bien que le défi que représente l'éducation tout au long de la vie, l'importance d'une éducation permanente sans frontières ainsi que les nouvelles alliances entre l'Etat, la société civile, les ONG et les organismes privés.

10. Après avoir adopté son Règlement intérieur, la Conférence a élu son Bureau, qui était ainsi composé :
 
Présidente :  Mme Rita Süssmuth Présidente du Parlement allemand
Vice-présidents : M. Ashk Sadeque Ministre de l'éducation, Bangladesh
M. Emil Gheorghe Moroianu Directeur général des relations internationales 
Ministère de l'éducation, Roumanie 
Mme Pauline Marois Ministre de l'éducation, Québec, Canada 
M. Abdul-Jabbar Tawfik Muhamad  Ministre de l'éducation, Irak 
Mme Aissata Moumouni  Ministre de l'éducation, Niger
M. Jaime Nino Diez  Ministre de l'éducation, Colombie
M. Fenton Ferguson  Secrétaire parlementaire 
Ministre de l'éducation, de la jeunesse et de la culture, Jamaïque
Président de la Commission I  M. Luis Benavides  Directeur, Centro Internacional Prospectiva y altos Estudios, 
Mexique
Président de la Commission II  M. Dato Haji Annuar Bin Haji Musa Ministre du développement rural, Malaisie 
Rapporteur général Mme Esi Sutherland-Addy, Ghana
 

Il a été constitué un comité de rédaction, composé de représentants des différentes régions, qui a travaillé en étroite collaboration avec le Bureau de la Conférence, afin d'examiner les projets de Déclaration et d'Agenda pour l'avenir et d'y incorporer les amendements proposés. Ce comité comprenait les membres suivants :

M. J. Ellis (président, Namibie) ; M. A. Manouaun (Côte d'Ivoire) ; Mme S. Correa (Brésil) ; M. L.E. Lopez (Pérou) ; Mme M.L. Doronila (Philippines) ; Mme T. Marja (Estonie) ; M. S. Poulsen­Hansen (Danemark) ; Mme Al­Doy (Bahreïn) ; M. Daswani (Inde) ; M. T. Geer (Australie).

11. Après avoir adopté l'organisation de ses travaux et son ordre du jour, la Conférence siégeant en plénière a accueilli M. Kim Howells, ministre de l'éducation permanente, Département de l'éducation et de l'emploi du Royaume­Uni, qui a déclaré : "Le moment que nous vivons s'inscrit dans ce nouveau départ pour le Royaume­Uni : c'est en effet la première fois depuis que nous avons été élus que nous prenons part en tant qu'Etat membre à une grande conférence de l'UNESCO". Exprimant la volonté de son gouvernement de collaborer de près avec l'UNESCO, il a conclu : "Nous avons mis l'éducation au coeur de nos préoccupations nationales. Je suis fier que nous fassions à nouveau partie de l'UNESCO, car elle a elle aussi placé l'éducation au centre de ses priorités" (annexe VII).

12. La plénière a ensuite abordé les rapports oraux sur les résultats des réunions de consultation régionales. Un ou deux ministres des régions ont en outre été invités à prendre la parole devant la plénière, ainsi que des représentants d'organisations régionales.

Les délégués suivants ont pris la parole au nom de leurs régions respectives :
Région Asie et Pacifique  Mme Kasama Varavarn, directeur de l'éducation non formelle, Ministère de l'éducation, Thaïlande ; Mme Maria Lourdes A. Khan, secrétaire générale, ASPBAE ; M. S.R. Bommai, ministre du développement des ressources humaines, Inde 
Région Europe  M. Jürgen Rüttgers, ministre de l'éducation, de la science, de la recherche et de la technologie, Allemagne ; M. Ole Vig Jensen, ministre de l'éducation, Danemark ; M. Antoni Comas, ministre de la protection sociale de la région catalane d'Espagne ; M. Paolo Federighi, Association européenne pour l'éducation des adultes ; M. Mait Klaassen, ministre de l'éducation, Estonie 
Région Afrique  M. Mammadou Ndoye, ministre de l'éducation, Sénégal ; M. Albert Mberio, ministre de l'éducation, République centrafricaine ; M. Arnaldo Valente Nhavoto, ministre de l'éducation, Mozambique 
Région Amérique latine 
et Caraïbes 
M. Jaime Nino Diez, ministre de l'éducation, Colombie ; Mme Celita Eccher, représentante du CEAAL (ONG) ; M. Renford Shirley, président, Conseil régional des Caraïbes pour l'éducation des adultes (CARCAE) ; Mme Josefina Bilbao, ministre de la condition féminine, Chili 
Région arabe  M. Hamed Ammar, Université Ain Shams, Egypte ; Mme Nadia Gamal El Din Yousef, directeur, Centre national de recherche pédagogique et de développement de l'éducation, Egypte ; M. Ibrahim Alsheddi, ministre adjoint, assistant chargé des affaires culturelles et extérieures, Ministère de l'éducation, Arabie saoudite 
13. Les représentants des organisations du système des Nations Unies, des organisations intergouvernementales et des ONG suivantes ont en outre pris la parole :
Banque mondiale  M. John Oxenham, responsable principal de la formation 
CIEA  Mme Lalita Ramdas, présidente 
FNUAP M. O.J. Sikes, chef, Service de l'éducation, de la communication et de la jeunesse 
OCDE  M. Thomas Alexander, directeur, Direction de l'éducation, de l'emploi, du travail et des affaires sociales 
PNUD  M. Richard Jolly, conseiller spécial auprès de l'Administrateur 
UNICEF  Mme Mary Joy Pigozzi, conseiller principal ­ éducation 
Commission européenne M. Tom O'Dwyer, directeur général, Direction générale XXII 
14. La plénière de la Conférence comportait un débat avec les institutions multilatérales et les délégués sur le thème "L'avenir de la coopération en matière d'éducation permanente", auquel ont participé :
Président : M. Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations Unies 
Animateur : M. Wadi Haddad 
A la tribune : 1. Mme Huguette Labelle, présidente, ACDI 
2. M. Ingemar Gustafsson, directeur, ASDI 
3. M. John Lawrence, Education pour tous, PNUD 
4. M. Richard Sack, secrétaire général, Association pour le développement de l'éducation en Afrique 
5. M. Mohammad Ahmed Rasheed, ministre de l'éducation, Arabie saoudite 
6. M. Soedijarto, directeur général, Education extrascolaire, jeunesse et sports, Ministère de l'éducation, Indonésie 
7. M. Johann Galtung, professeur d'études sur la paix, Norvège 
8. M. Rafael Roncagliolo, Association mondiale des radios communautaires, Pérou 
15. Lors de la séance de clôture, Mme Süssmuth, présidente de la Conférence, a déclaré qu'à en juger par la richesse des idées formulées et la force de conviction manifestée par les participants, la Conférence de Hambourg avait été un succès. Celle-ci s'était penchée sur une série de problèmes que nous réserve l'avenir. Le rapport de la Conférence présenté par le Rapporteur général, Mme Esi Sutherland­Addy, la Déclaration et l'Agenda pour l'avenir ont été adoptés. Des représentants de chacun des cinq groupes ont brièvement pris la parole : Mme Gufu Ndbele (directeur du Département de l'éducation et de la formation des adultes, Afrique du Sud), M. Abdulazi Alsunbul (directeur général adjoint de l'ALECSO), M. Abdellatif Fetni (directeur général de l'Office national de l'alphabétisation et de l'éducation des adultes, Algérie), M. Devi Prasad Ojha (ministre de l'éducation, Népal), M. Samuel Lichtensztejn (ministre de l'éducation, Uruguay). Un représentant du Conseil international pour l'éducation des adultes est également intervenu, mettant en lumière la coopération récemment instaurée entre gouvernements et société civile.

M. Mayor, prenant la parole au nom de tous les participants, a remercié le gouvernement de la République fédérale d'Allemagne, la Ville libre et hanséatique de Hambourg, l'Université de Hambourg ainsi que les ONG. Il a conclu sur ces mots : "C'est le moment pour nous de profiter de cette impulsion, de retrouver le chemin de la pratique et de nous mettre au travail. Plutôt que d'élever un mur pour arrêter le vent, construisons un moulin et produisons l'énorme courant d'énergie humaine auquel l'éducation des adultes et l'éducation permanente peuvent donner naissance."

PARTIE II

A. Commissions

16. Deux commissions réunissant tous les participants et observateurs ont siégé simultanément. La Commission I a examiné la Déclaration ainsi que les chapitres I et X et la section consacrée au suivi de l'Agenda pour l'avenir. La Commission II s'est penchée sur les chapitres II à IX (inclus) de l'Agenda pour l'avenir. La Commission I a élu M. Umaru Aji (Nigéria) et Mme Nora Rameka (Nouvelle­Zélande) vice-présidents et Mme Dominique Schalchli (France) rapporteur. La Commission II a élu M. Hussein Al Wad (Tunisie) vice-président et Mme Vida A. Mohorcia Spolar (Slovénie) rapporteur.

B. Groupes de travail thématiques

17. A l'issue des séances plénières, des groupes de travail thématiques mixtes (annexe VIII) auxquels participaient des spécialistes des gouvernements, des OIG, des institutions des Nations Unies, des ONG, des centres de recherche et universités et autres, se sont réunis chacun pendant une demi­journée, afin de discuter des divers aspects ­ notions, problèmes et perspectives ­ des thèmes suivants, axés sur l'éducation des adultes :

- L'alphabétisation dans le monde et ses grandes régions

- Alphabétisation et stratégies éducatives

- Education des femmes : conceptions divergentes et possibilités de changement

- Les transformations du monde du travail et leurs incidences sur l'éducation et la formation des adultes

- Partenariats entre universités et communauté : liens avec le mouvement en faveur de l'éducation des adultes

- Le monitoring de l'éducation des adultes pour une prise de décision éclairée

- Promotion de la coopération et de la solidarité internationales

- Pluralité de la recherche sur "L'éducation pour tous, une clé pour le XXIe siècle"

- Promotion de la santé et éducation sanitaire pour les adultes

- Citoyenneté culturelle au XXIe siècle : éducation des adultes et populations autochtones

- Alphabétisation, éducation et développement social;

- Recherche, évaluation et statistiques sur l'alphabétisation

- Alphabétisation et technologie

- Alphabétisation dans les contextes multilingues et interculturels

- La promotion de la femme dans différents contextes éducatifs

- Education des adultes et problèmes de population depuis la Conférence du Caire

- Musées, bibliothèques et patrimoine culturel : démocratiser la culture, développer le savoir et créer des liens

- Incidence de la transformation du monde du travail sur les programmes d'éducation des adultes

- Une communauté mondiale de l'éducation des adultes par l'information et la documentation : création d'un réseau de réseaux

- Education environnementale pour adultes : savoir pour préserver

- Les détenus et l'éducation des adultes

- Mettre l'éducation des adultes à la portée de toutes les personnes handicapées

- Les politiques de l'éducation des adultes dans une société en complète transformation

- Alphabétisation et compétences de base pour le développement communautaire des pays industrialisés

- Une alphabétisation pour demain

- Education des adultes et coopération entre communautés majoritaires et minoritaires

- Nouvelles technologies de l'information : une clé pour apprendre à l'âge adulte

- Une éducation environnementale pour les adultes

- Incidences politiques et sociales de la transformation du monde du travail

- Les communautés migrantes et l'éducation

- Education des adultes, démocratie et paix

- Les personnes âgées et l'éducation des adultes

- L'université et l'avenir de l'éducation des adultes au XXIe siècle. La fin de la tour d'ivoire

- Aspects économiques de l'éducation des adultes : le rôle de l'Etat

C. Tables rondes publiques

18. Trois tables rondes publiques autofinancées ont eu lieu au cours de la Conférence. Elles avaient respectivement pour thème (annexe IX) :

- Hommes et femmes ­ apprendre l'égalité, pratiquer l'équité

- Cités éducatives

- Conséquences de l'alphabétisation ­ alphabétisation des adultes et développement axé sur l'homme.

PARTIE III
Documents publiés par la Conférence
 

A. Rapport de la Conférence présenté par le Rapporteur général

Madame la Présidente,

Mesdames, Messieurs les membres du Bureau,

Mesdames, Messieurs les délégués,

Mesdames, Messieurs,

C'est un très grand honneur pour moi de vous présenter le rapport oral de la cinquième Conférence internationale sur l'éducation des adultes.

J'ai tenté dans ce rapport, avec l'aide d'une merveilleuse équipe du Secrétariat, de résumer les grands axes de nos délibérations et de saisir l'atmosphère générale de la Conférence. J'assume cependant l'entière responsabilité du présent exposé.

Je profiterai de la grande chance qui m'est offerte pour formuler, très brièvement, quelques réflexions personnelles sur des points qui m'ont profondément frappée au cours de la Conférence.

Rapport oral, partie I

Avec sa tradition d'ouverture, de dialogue, de créativité et d'hospitalité, la Ville libre et hanséatique de Hambourg a été un cadre des plus stimulants pour un échange large et multiforme sur l'éducation des adultes dans la perspective du XXIe siècle.

L'une des ambitions de cette Conférence, qui a réuni environ 1.500 représentants de gouvernements, d'ONG et d'organismes internationaux, était de saisir, de formuler et de promouvoir dans ses multiples aspects le concept d'éducation des adultes à la mise en oeuvre duquel les différents acteurs que sont l'Etat, la société civile et le secteur privé ainsi que les partenaires sociaux, contribuent dans un cadre concerté et négocié.

La devise de la Conférence, L'éducation des adultes : une joie, un moyen, un droit et une responsabilité partagée, traduit fidèlement l'atmosphère qui a prévalu. CONFINTEA V a été une rencontre véritablement formatrice et l'on y a pratiqué la culture de l'apprentissage qui a toujours caractérisé les mouvements d'éducation des adultes. L'apprentissage mutuel, la coopération et l'échange ont caractérisé non seulement les séances officielles, mais aussi les rencontres multiples et variées et les activités organisées avec la participation de médias, qui ont culminé avec le dialogue organisé en téléconférence avec l'Inde. Nous avons aussi trouvé l'occasion d'apprendre avec le débat sur la reconstruction et la revitalisation de deux anciennes villes industrielles, Detroit et Windsor. Plus important encore, ce processus d'apprentissage mutuel a comporté des échanges divers et poussés d'expériences sur l'instauration durable d'une justice à l'égard des femmes dans l'éducation et dans le développement.

Les réunions de femmes, les consultations régionales et sous­régionales, les rencontres informelles de toutes sortes, expositions d'objets d'art pittoresques et symboliques, de livres récemment parus et autres, tout cela a contribué au bon déroulement de la Conférence.

Un hommage émouvant à deux éminents éducateurs d'adultes et citoyens du monde, Dame Nita Barrow et Paulo Freire, a revivifié notre foi dans la durable validité des buts, des méthodes et de l'esprit de l'éducation des adultes.

1. Nous avons assisté à l'émergence d'une vision nouvelle de l'éducation des adultes : un appel au changement

Evoquant la radicale transformation ­ politique, économique et sociale ­ du monde depuis la quatrième Conférence internationale sur l'éducation des adultes tenue en 1985, les orateurs qui se sont exprimés lors de l'ouverture de la Conférence ont invité les participants à définir les rôles nouveaux que doit assumer l'éducation des adultes pour prendre en compte les évolutions en cours.

Ils ont noté que les défis liés au processus actuel de mondialisation, les tensions et les risques de marginalisation qui caractérisent notre époque, pleine à la fois des espérances et des craintes que nous inspire le siècle à venir, appellent des solutions nouvelles et imaginatives. C'est ainsi que de nombreux participants ont considéré et vécu la Conférence comme une caisse de résonance pour une vision nouvelle de l'éducation des adultes qui fasse de celle­ci une partie intégrante d'un processus d'apprentissage couvrant toute la durée aussi bien que tous les domaines de l'existence, qui table sur l'éducation familiale et communautaire ainsi que sur le dialogue entre les cultures, qui respecte les différences et la diversité et contribue par là à une culture de paix. Dans la mesure où les apprenants y sont considérés non pas comme objets mais comme sujets de leur apprentissage, l'éducation des adultes devrait plus précisément contribuer :

- à la lutte pour le développement social et économique, la justice, l'égalité, le respect des cultures traditionnelles et la reconnaissance de la dignité de chaque être humain grâce à l'autonomisation de l'individu et à la transformation sociale ;

- à l'allégement des souffrances humaines dans tous les contextes ­ oppression, pauvreté, travail des enfants, génocide, privation des possibilités d'apprentissage en raison de la classe, du sexe, de la race ou de l'appartenance ethnique ;

- à l'autonomisation de l'individu et à la transformation sociale.

Un appel a été lancé en particulier pour que l'éducation des adultes s'adresse autant aux élites sociales puissantes qu'à ceux que l'on dit marginalisés et analphabètes, car des macropolitiques telles que la mondialisation et l'ajustement structurel, qui affectent si gravement la condition humaine, sont le fait aujourd'hui des classes instruites, des riches et des puissants. Cette nouvelle vision de l'éducation des adultes suppose l'instauration de sociétés éducatives intégratrices qui exploitent le potentiel et les ressources de chacun de même que celles de l'environnement.

2. De CONFINTEA IV à CONFINTEA V

Les rapports des différentes consultations régionales ont révélé que, si certains progrès avaient été accomplis dans le domaine de l'éducation des adultes, le processus engagé depuis CONFINTEA IV (1985) n'a pas déterminé d'évolution majeure s'agissant d'intégrer l'éducation des adultes aux politiques nationales concernant l'éducation de base. Les brefs comptes rendus qui ont été donnés ont fait apparaître certaines tendances ; il a en particulier été fait état, dans les rapports régionaux, des faits suivants :

a. La région Afrique

Depuis 1985, les adultes analphabètes ont été de plus en plus nombreux à bénéficier des programmes d'alphabétisation et des multiples initiatives prises à l'échelle locale ; toutefois, en chiffres absolus, le nombre des analphabètes continue d'augmenter en raison de la rapide croissance démographique.

L'Afrique estime qu'il importe de considérer l'éducation des adultes comme un outil de développement et note la nécessité de politiques intégratrices dans la gestion globale des technologies de l'information et de l'économie mondiale, eu égard en particulier au poids de la dette, le besoin d'une modernisation rapide se faisant sentir sur ce continent tout autant qu'ailleurs dans le monde.

Cependant, l'analphabétisme y est particulièrement répandu et il est difficile de mobiliser des ressources humaines et financières au profit de l'éducation en raison des guerres civiles, de la pauvreté et des programmes d'ajustement structurel. La mobilisation des communautés locales et les efforts qu'elles consacrent à la recherche de solutions collectives à des problèmes individuels ainsi que le désir qu'elles manifestent de participer davantage à la promotion d'un développement durable et d'y assumer davantage de responsabilités éclairent l'avenir d'un rayon d'espoir.

Le moteur de cette transformation se trouve dans l'émergence d'une société civile active par le truchement des associations, des ONG et autres mouvements socioprofessionnels et culturels. Conscients de cela, les gouvernements africains ont entrepris des réformes afin d'accentuer la décentralisation et l'autonomisation à la base et d'encourager ainsi la participation au développement national.

b. La région Asie et Pacifique

- De plus en plus, les politiques mises en oeuvre et les investissements mis à leur service font de l'éducation des adultes un moyen de toucher et de libérer les défavorisés, d'assurer un développement équitable et durable, d'exploiter les ressources potentielles au profit de la compétitivité nationale et de développer les possibilités d'éducation permanente.

- La vision que l'on a de l'éducation des adultes et du champ qui est le sien s'est élargie, conduisant à la formulation de stratégies qui sont le fruit d'une réflexion à laquelle ont participé les établissements éducatifs, les ONG, les associations, les médias et le secteur privé dans son ensemble.

- L'accent a été mis sur les moyens novateurs propres à mobiliser des ressources au profit des campagnes d'alphabétisation massive et à dispenser une éducation aux enfants non scolarisés.

- De nombreux programmes d'alphabétisation fonctionnels se caractérisent par un souci croissant de l'équité entre les sexes, des réactions locales et de la qualité.

- Des liens plus étroits ont été tissés entre l'éducation et le développement durable.

- Des formes nouvelles d'enseignement professionnel et technique et de formation sur les lieux de travail ont vu le jour.

c. La région Amérique latine et Caraïbes

Les partenariats entre ONG et gouvernements, manifestement très répandus dans le domaine de l'éducation des adultes, ont conduit, entre autres, à des innovations au niveau des programmes. Dans plusieurs pays, les femmes sont de plus en plus considérées comme un groupe prioritaire pour l'éducation. Cependant, les politiques éducatives ne correspondent pas encore aux réalités locales et ne dépassent toujours pas le modèle traditionnel de la salle de classe comme mode d'enseignement ; si désirée soit­elle, la coopération multisectorielle et interinstitutionnelle est lente à se mettre en place.

La région fait état d'un accroissement sensible du rôle des médias et de la participation de la société civile, d'une intensification de l'intervention des pouvoirs publics dans le domaine de l'éducation des adultes et de la nécessité de revoir les politiques éducatives nationales dans la perspective de l'éducation tout au long de la vie.

La région recommande surtout que les éducateurs d'adultes s'intéressent aux jeunes adultes, voyant là une stratégie déterminante. L'Amérique latine et les Caraïbes ont elles aussi fortement insisté sur la nécessité d'une gestion inventive de la dette en faveur de programmes clés, tels que les programmes d'éducation des adultes.

d. La région Europe

L'analphabétisme fonctionnel résiduel est également une réalité dans cette région et des efforts ont été entrepris pour suivre et contrôler les facteurs à l'origine du phénomène. Cependant, ce que souhaite l'Europe, c'est parvenir à une vision élargie de l'éducation des adultes envisagée comme partie intégrante de l'éducation tout au long de la vie. On y est conscient des incidences sur l'éducation des différences existant dans la région en matière de développement. L'éducation permanente a vu s'accroître l'importance qui lui est accordée avec la proclamation de 1996 Année européenne de l'éducation et de la formation tout au long de la vie.

L'un des traits qui caractérisent l'éducation des adultes réside dans le fait qu'elle se développe en dehors des systèmes formels à l'initiative de mouvements populaires divers allant des syndicats aux organisations de développement rural et aux mouvements temporaires. L'expérience de l'Europe a mis en lumière la riche diversité qui existe au niveau non seulement des structures, mais aussi des contenus et même des conceptions.

Les auteurs du rapport ont mis en lumière le rôle de l'éducation comme moyen de promouvoir une citoyenneté active reposant sur une aptitude à interpréter l'expérience, prendre ses propres décisions, participer aux processus politiques et assumer sa dignité d'individu.

L'Europe souhaite un changement radical d'attitude de la part des institutions éducatives et des organisations, y compris du système scolaire, des universités, des entreprises et de l'ensemble des partenaires sociaux. Une forme élargie de dialogue entre institutions est donc nécessaire pour permettre la mobilité entre cadres éducatifs différents et promouvoir de nouvelles formes d'apprentissage pour l'acquisition de savoirs nouveaux. Un environnement dynamique où l'éducation dure tout au long de la vie ne saurait être commandé d'en haut, il présuppose au contraire un degré poussé de participation de la part des citoyens adultes.

La région est d'accord sur les propositions d'action suivantes :

- une heure par jour consacrée à l'apprentissage, afin de former une société éducative ;

- la proclamation d'une journée mondiale de l'éducation des adultes.

e. La région arabe

Au cours des douze dernières années, le nombre des adultes alphabétisés s'est accru sensiblement. Actuellement, les deux tiers de la population adulte de la région sont alphabétisés. A part ce résultat général, le taux d'alphabétisation des femmes demeure nettement plus faible que celui des hommes. Il faudra que, dans les années à venir, la région intensifie ses efforts pour remédier à ce déséquilibre.

Dans la région arabe, une nouvelle tendance s'affirme, en ce sens que la priorité accordée à l'alphabétisation des adultes est de plus en plus largement considérée comme partie intégrante d'un objectif plus vaste d'éducation tout au long de la vie de l'adulte. La priorité initiale que représentait l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul se voit redéfinie dans une perspective plus large, celle de l'éducation pour tous tout au long de la vie.

Rapport oral, partie II
GROUPES THEMATIQUES

Permettez-moi à présent de m'attaquer à une tâche ambitieuse, à savoir tenter de vous faire part de l'essentiel des 33 séances de travail des groupes thématiques.

La richesse des débats ne saurait être saisie dans une série de notes brèves et nous attendons tous, j'en suis sûre, la publication des actes et des messages de cette Conférence dès que possible. Quand tu veux parler à Dieu, c'est au vent que tu parles, comme nous disons au Ghana.

Les gouvernements ont été instamment invités à accorder davantage d'attention aux points suivants, soulevés par différents groupes de travail, et à accroître leur effort à cet égard.

La Conférence est parvenue à stimuler le processus de redéfinition de l'alphabétisation en mettant l'accent sur la nécessité de prendre ses distances vis­à­vis de la conception de l'analphabétisme comme phénomène pathologique. L'alphabétisation a pour but l'instauration d'une culture de l'écrit et la participation à ce type de culture aux niveaux individuel, local, national et régional. Outre qu'elle est considérée comme une condition du développement économique, elle contribue dans une très large mesure à faciliter le processus d'éducation permanente chez les adultes et les enfants, mais dans le même temps, elle ne peut être durable que si elle baigne dans un contexte alphabète. L'alphabétisation comporte maints aspects, dont la diversité demande aujourd'hui à être reconnue et exploitée. Comme pratique sociale, elle doit tirer parti du capital que représentent les langues, les cultures et les savoirs locaux, pour servir, inspirer et renforcer ainsi la société civile et la justice sociale.

La relation complexe entre alphabétisation et langue maternelle a été vigoureusement mise en lumière ; de cette relation, il résulte que dans les sociétés multilingues la promotion large et rapide de l'alphabétisation et de l'éducation ne saurait passer par une langue officielle et étrangère ; l'approche participative qui est une des clés de l'éducation des adultes suppose aussi que l'on prenne en considération les langues maternelles. Il s'ensuit que le multilinguisme, loin d'être un obstacle, est un élément favorable à l'alphabétisation.

Depuis quelque temps, le problème de l'alphabétisation se pose aussi dans les pays industrialisés. Ces derniers ont dû reconnaître qu'en dépit des résultats positifs donnés par toute une série de programmes d'alphabétisation et de formation de base faisant appel à des moyens nouveaux, la privation d'accès à l'éducation pour des raisons de race, de sexe ou d'origine sociale reste très répandue. Les approches participatives, la reconnaissance de la diversité culturelle, la constitution de réseaux, le travail en partenariat et la flexibilité, autant d'aspects dans lesquels on a vu des nécessités majeures. C'est ainsi qu'un jeune Inuit canadien a déclaré : "Chacun, que ce soit au Canada ou ailleurs dans le monde, peut contribuer à ce que je garde ma culture et ma langue."

On a beaucoup parlé de l'écart important qui persiste souvent entre ce qui passe pour des succès en matière d'alphabétisation et les résultats effectivement obtenus tels qu'ils sont perçus à la base. Il y a beaucoup à faire pour améliorer la qualité et la transparence de l'information. Une base d'information contenant des données plus fiables sur les méthodes qui donnent des résultats, sur ceux avec qui et les contextes dans lesquels elles sont efficaces, voilà ce qu'il faut avant tout pour élaborer des politiques d'alphabétisation durable et, éventuellement, mobiliser des ressources accrues. Le suivi de l'éducation des adultes est d'une importance essentielle pourvu qu'il ne bride pas la créativité ; un module normalisé de collecte de données sur l'éducation des adultes couvrant les aspects à la fois qualitatifs et quantitatifs pourrait être un outil précieux entre les mains des éducateurs d'adultes et des chercheurs. C'est là un point qu'à mon sens la Conférence souhaiterait voir étudier de plus près.

Il a été souligné que, dans un contexte mondial en pleine mutation, la recherche qualitative s'imposait plus que jamais. Cependant, les politiques publiques évoluent lentement et l'essentiel des financements continue d'aller à la recherche quantitative.

Un réseau de réseaux de services de documentation et d'information s'avère particulièrement nécessaire. En dépit de l'explosion des connaissances et des nouveaux médias, l'équité en ce qui concerne l'accès à l'information et aux connaissances sur l'éducation des adultes reste aujourd'hui encore un rêve pour maints individus et maints groupes.

L'éducation des adultes a toujours été confrontée aux exigences du monde du travail, qui est aujourd'hui en rapide évolution. Il nous faut redéfinir la notion de travail, qui doit aller au­delà de l'idée d'activité rémunérée et rendre justice à tous les domaines dans lesquels sont prises des responsabilités dans l'ordre de la production et de la reproduction, ce qui concerne en particulier les activités des femmes. Ce nouveau modèle de travail devrait informer les politiques relatives à l'éducation des adultes et à la formation continue et inspirer les programmes de formation permanente sur les lieux de travail. Les pays qui n'ont pas intégré l'éducation des adultes à leur politique d'éducation permanente sont instamment invités à le faire en appliquant une démarche participative.

Par ailleurs, le XXIe siècle verra une intensification des mouvements migratoires, qui a toutes chances d'être assortie de conditions de travail et d'existence accablantes. Il faut des efforts conjugués et soutenus pour promouvoir l'éducation des migrants afin de leur permettre de prendre leur sort en main. Le meilleur moyen de parvenir à ce résultat réside dans une démarche à caractère participatif qui intègre la transmission de compétences sociales et d'utilité courante, l'éducation civique, l'éducation relative aux droits de l'homme, la conscientisation ainsi qu'une éducation multiculturelle et antiraciste.

Ce que l'on a coutume d'appeler les minorités sont souvent en butte à la discrimination, qu'elle soit institutionnalisée ou qu'elle ait un caractère plus subtil, et se trouvent par là même privées de nombreux droits, parmi lesquels le droit à l'éducation. Les sentiments de frustration sont à l'origine de tensions qui peuvent aisément dégénérer en conflits armés. Le caractère unique des minorités doit être respecté et apprécié ; en fait, c'est à la majorité de désapprendre les notions discriminatoires, d'apprendre à connaître et à comprendre dans un esprit de sympathie la diversité des cultures ; il est du devoir des responsables de l'éducation de veiller à ce que les méthodes d'enseignement, les démarches éducatives et les programmes d'éducation des adultes et des jeunes tiennent compte de tous ces éléments et les encourage.

On note une évolution positive des directives et des politiques gouvernementales à l'égard des populations autochtones. Considérés du point de vue de ces populations, les quatre "piliers de l'éducation" identifiés par la Commission Delors seraient les suivants :

- apprendre à être ou le droit à l'identité

- apprendre à connaître ou le droit à l'autoconnaissance

- apprendre à faire ou le droit à l'autodéveloppement

- apprendre à vivre ensemble ou le droit à l'autodétermination.

La Conférence a pris acte du vieillissement de la population. Plus de 25 % de la population mondiale a dépassé soixante ans ; cette proportion est appelée à connaître une croissance constante, alors que les sociétés sont encore mal préparées à affronter ces conditions démographiques historiquement nouvelles. L'éducation des adultes peut jouer un rôle en favorisant une nouvelle vision des adultes âgés en tant que personnes autonomes et responsables et en tant que force de production dans la société, en leur donnant accès aux nouvelles connaissances et aux nouveaux apprentissages. 1990, l'Année internationale des personnes âgées, est un puissant symbole de l'évolution du monde et de sa démographie.

Les femmes et les jeunes ont été replacés au centre des questions de population, dans la perspective des droits de l'homme et du développement ; cela oblige à écouter leurs points de vue et à les respecter en tant que sujets actifs, à trouver des méthodes imaginatives et novatrices pour éduquer toute une série de groupes divers dans des situations différentes.

Dans le souci d'une éducation permanente attentive aux considérations de sexe, il a été insisté sur la nécessité de rendre justice aux connaissances et au potentiel propres aux femmes, en particulier dans un environnement où le travail féminin tend à être déprécié. Bien qu'il existe maints textes d'orientation politique excellents, la mise en œuvre laisse à désirer. En tant que femmes, y compris celles d'entre nous qui sont parvenues à des situations haut placées, nous avons le devoir d'utiliser notre pouvoir et nos compétences pour promouvoir l'éducation des jeunes filles et des femmes.

Bien que, dans certains contextes, l'éducation scolaire ait contribué à l'émancipation des femmes, il est vrai aussi qu'elle a aussi abouti à la perpétuation et au renforcement des inégalités entre les sexes et des stéréotypes en la matière. Certains programmes d'éducation non formelle se sont attaqués avec succès à la question de l'autonomisation des femmes en utilisant leur expérience familiale et communautaire, mais beaucoup reste à faire pour réaliser des programmes propres à sensibiliser à la fois les hommes et les femmes aux disparités entre les sexes, afin de réduire les inégalités sociales et économiques actuellement liées au sexe.

A la veille d'une ère high tech caractérisée par un monde enserré par le réseau des réseaux, les nouvelles technologies constituent l'un des sujets les plus brûlants et, s'il est vrai que celles-ci ont un riche potentiel à mettre au service de l'éducation des adultes, pourvu que l'on ait la volonté politique de s'approprier activement ces outils et qu'on fasse le nécessaire pour cela, il est important malgré tout de demeurer vigilant quant aux raisons pour lesquelles on les utilise, à la manière dont on le fait et au profit de qui.

Il faut étudier de plus près les moyens permettant de tirer parti des nouvelles technologies aux fins de l'alphabétisation et de l'apprentissage. La technologie est un outil. Il faut consacrer davantage de temps et d'argent à former les gens, afin qu'ils sachent exploiter cet outil aux fins de leur propre développement et de celui de leur communauté, et les engager dans une réflexion sur ce qu'est la technologie. Cela est sans doute plus important que d'investir dans du matériel ou des programmes informatiques.

Notre monde connaît actuellement de grands bouleversements qui accentuent les processus inégalitaires et élargissent le fossé entre riches et pauvres au sein de la communauté mondiale. L'éducation, où l'éducation des adultes occupe en vérité une place importante, peut aider à affronter ces transformations et à agir sur elles dans l'intérêt général. Maints exemples ont été donnés de stratégies adoptées par les groupes d'apprenants pour surmonter les obstacles actuels, qu'ils soient d'ordre structurel ou fonctionnel ou qu'ils aient trait aux objectifs et au financement de leur éducation. Il a été beaucoup insisté sur le fait que les réseaux nécessaires pour créer des liens entre ces riches expériences et ces initiatives constructives manquent encore.

Le débat sur l'économie de l'éducation des adultes a porté notamment sur les retombées de l'éducation des adultes et sur la question de son financement. L'éducation des adultes doit être considérée comme un investissement productif. Ce type d'investissement doit produire des résultats positifs non seulement en termes de croissance économique, mais aussi du point de vue de la qualité de la vie et du développement général de la société. Il importe que les gouvernements assurent un minimum d'investissements dans l'éducation des adultes, tout en mettant sur pied toute une série de partenariats avec les autres acteurs qui interviennent dans ce domaine. Il a été observé que l'absence de ce type d'investissement a des coûts sociaux cachés. Il est urgent d'accélérer la recherche sur les rapports coût-avantages dans ce domaine, en particulier pour favoriser le passage d'un système d'éducation mû par l'offre à des systèmes d'apprentissage mus par la demande.

La Conférence a soulevé la question de l'éducation des adultes et de l'environnement. Les participants ont vu dans la première un puissant auxiliaire de l'action à mener face aux problèmes écologiques de la planète, puisque les adultes sont ceux qui prennent les décisions dans le monde. L'environnement leur est apparu comme devant occuper au siècle prochain une place déterminante dans l'éducation des adultes, contribuant par là à la bonne utilisation du savoir indigène et au développement des démarches participatives en matière d'apprentissage.

Si elles doivent préserver leur indépendance pour garder leur aptitude à créer et à innover, les universités comme les autres établissements d'enseignement supérieur doivent répondre au besoin qu'ont les sociétés de repenser l'éducation dans un monde où le changement est général, établir des liens entre la recherche et la formation et les services qui s'adressent à la communauté et pratiquer la coopération internationale, notamment en matière de recherche, dans le domaine de l'éducation des adultes.

La culture est d'une suprême importance dans le processus d'apprentissage chez l'adulte, elle est aussi un droit inaliénable. Les institutions culturelles, telles que bibliothèques, musées, théâtres, parcs écologiques et organisations communautaires traditionnelles jouent, avec les ressources qui sont les leurs, un rôle important à cet égard. Ce rôle consiste à contribuer à l'identité et à la créativité personnelle et collective ; c'est pourquoi elles doivent continuer à s'ouvrir de plus en plus largement, à s'organiser en réseaux et à collaborer entre elles.

L'éducation des adultes pour la démocratie et pour la paix doit avoir un caractère critique, créatif et humain afin de développer la capacité de sentir, d'apprendre et d'agir, à l'échelle locale, nationale et mondiale. Dans bien des pays, les éducateurs d'adultes sont confrontés à un réel problème, qui est d'apprendre comment passer d'une politique de la résistance à une politique de la participation, comment évoluer, tout en prenant en charge les espoirs et les rêves en un lent et fragile processus de démocratisation, vers des stratégies de développement économique.

L'éducation sanitaire apparaît pour la première fois à l'ordre du jour d'une conférence internationale sur la formation des adultes. Les débats ont révélé qu'elle devrait faire partie intégrante de l'éducation des adultes et y occuper une place importante, car le niveau d'éducation influe sur l'état de santé, l'éducation des adultes étant un processus qui permet aux gens de maîtriser davantage leurs conditions et leur qualité de vie. Cela est vrai en particulier des femmes, qui peuvent ainsi prendre en main leur santé génésique et leur fécondité : l'économie en matière de santé est donc déterminante en tant que moyen de libération.

J'aimerais conclure ce rapport sur les discussions des groupes de travail en rappelant les nombreuses références faites au dévouement et au savoir­faire des ONG oeuvrant dans le domaine de l'éducation des adultes ; je voudrais aussi souligner la nécessité de renforcer la coopération et la solidarité internationales dans le cadre de partenariats. Les mots clés ici sont partenariat par opposition à assistance, participation, échange mutuel et constitution de réseaux. La coopération et la solidarité internationales doivent viser à mettre au point des programmes de développement humain afin de :

- rendre possible l'éducation des adultes tout au long de la vie à l'échelle sectorielle et multisectorielle ;

- accroître au maximum les possibilités d'éducation des adultes en en intégrant des éléments dans tous les programmes et tous les projets ;

- accroître la capacité de tous les acteurs non traditionnels à profiter activement des possibilités d'éducation des adultes.

Rapport oral, partie III
MISE AU POINT DU TEXTE DE LA DECLARATION
ET DE L'AGENDA POUR L'AVENIR

Les principaux textes d'orientation que la Conférence doit adopter, à savoir la Déclaration et l'Agenda pour l'avenir, ont été répartis entre les deux commissions qui ont été constituées avec pour tâche d'en examiner chacune certaines parties précises.

Nous avons été informés que le comité de rédaction avait reçu environ 400 amendements. Ce nombre important traduit moins des divisions ou des tensions qu'un effort enthousiaste pour améliorer ces textes et saisir dans son actuelle effervescence la pleine et entière réalité de l'éducation des adultes avec toutes ses dimensions ­ politique, socioculturelle et personnelle ­ ainsi que le rôle qu'elle joue dans le développement durable, la justice dans le traitement des hommes et des femmes, la paix, la démocratie, l'autonomisation de l'individu, la croissance économique et la transformation sociale.

Il a été estimé qu'en dépit du sérieux apporté à sa tâche et du travail titanesque accompli par le comité de rédaction, les amendements présentés par certains délégués n'avaient, en raison de l'étroitesse du délai dont celui-ci disposait, pu être fidèlement reflétés dans les documents finaux. Toutefois, de l'avis général, un consensus s'est dégagé touchant certaines questions clés abordées par les commissions et la Conférence dans son ensemble, à savoir :

- la dimension transversale et omniprésente de la question du rôle des hommes et des femmes et la nécessité de tenir compte des décisions et des engagements pris à Beijing, au Caire et à Copenhague, entre autres ;

- les questions des minorités, des personnes handicapées et des populations âgées, ainsi que leurs incidences sur l'ensemble des politiques éducatives ;

- la transformation du monde du travail et ses répercussions sur l'éducation des adultes ;

- le désir de réorienter et de redéfinir l'alphabétisation ;

- la pressante nécessité pour les gouvernements de s'engager en faveur de l'éducation des adultes et de joindre leurs efforts à ceux de la société civile et du secteur privé pour la financer ;

- la nécessité de mobiliser des ressources supplémentaires au profit des PMA, grâce à la conversion de la dette, au transfert de ressources préalablement affectées à des achats d'armements et autres modalités à inventer ;

- le rôle déterminant de la société civile et des gouvernements nationaux dans la surveillance des suites données à la Conférence et des processus de mise en oeuvre ;

- l'idée stimulante formulée par le Ministre danois de l'éducation, qui a proposé de créer une "Académie internationale pour l'éducation et la démocratie", qui aurait essentiellement pour mission de rassembler des personnes venues du monde entier pour leur enseigner comment l'éducation peut favoriser le développement de la démocratie et contribuer à une culture durable de la paix ;

- le lancement d'une Semaine des Nations Unies pour l'éducation des adultes destinée à fêter les apprenants, mobiliser les communautés et favoriser l'avènement d'une culture de l'apprentissage et de l'intégration ;

- la Conférence a également permis de sonder les esprits et d'évaluer la possibilité d'affecter une heure par jour à l'apprentissage afin de promouvoir une culture de l'apprentissage.

Vendredi 18 juillet 1997

SEANCE PLENIERE : MATINEE

Au cours d'une nouvelle séance plénière organisée à notre intention ce matin, les dernières versions modifiées de la Déclaration et de l'Agenda nous ont été présentées. Bien que ces documents aient été accueillis avec satisfaction, il nous est apparu que certaines modifications mineures pouvaient encore y être insérées et nous comptons sur le Secrétariat de l'UNESCO pour intégrer fidèlement ces éléments au document final.

CONCLUSION

Permettez­moi de saisir l'heureuse occasion qui m'est offerte par la fonction que vous m'avez aimablement confiée lors de cette Conférence pour formuler quelques observations sur un certain nombre de points qui m'ont donné à réfléchir et qui m'ont passionnée.

Tout d'abord, je suis frappée tout à la fois par la multitude des informations et des savoirs nouveaux qui existent, l'extrême rapidité du changement et les immenses possibilités offertes par le millénaire, et par le contraste qu'elles offrent avec l'implacable augmentation du nombre de ceux pour qui savoir lire, écrire et compter reste une cruelle illusion. Je retiens de cette Conférence cette idée dégrisante que si tous ceux qui dans le monde décident des politiques en matière d'éducation des adultes et les mettent en oeuvre n'unissent pas résolument leurs forces dans les années qui viennent, l'exclusion et la marginalisation, en faisant sentir tous leurs effets, transformeront la promesse du siècle qui s'approche en une amère déception pour tous. Il importe ­ et c'est une priorité absolue ­ que les organes directeurs des ONG et des organismes multilatéraux confèrent une place de premier rang à l'éducation des adultes et que l'on établisse les liens qui s'imposent entre développement humain et création de richesse.

Certains groupes se sont vu accorder une attention particulière. Il s'agit des enseignants et des handicapés et, parmi ces derniers, les femmes. Peut­être pouvons­nous à notre retour chercher à améliorer la condition et les compétences de ceux qui dispensent l'éducation des adultes, lesquels sont souvent isolés et maigrement rémunérés. En ce qui concerne les handicapés, il est évident à mes yeux, si je me réfère à la situation dans ma région, que si un adulte analphabète est marginalisé et si une femme pauvre et analphabète l'est plus encore, alors que dire d'une femme pauvre, analphabète et handicapée ? Peut­être ces questions devront­elles être reprises systématiquement lors de la prochaine Conférence.

Permettez­moi d'observer en outre que le débat sur les concepts et leur définition n'a pas chômé au cours de la présente Conférence. Beaucoup ont été abordés ou réinterprétés : c'est le cas de l'éducation et de la formation des adultes, de l'alphabétisation, de l'éducation tout au long de la vie et autres. Cette Conférence représente, disons­le, un tournant, c'est une conférence qui est de son temps, d'un temps où redéfinir les concepts est une condition indispensable pour affronter un monde en rapide mutation.

Le sentiment que me laisse cette Conférence n'a rien de mélancolique. Il est effet réconfortant de voir tant d'attachement à la cause de l'éducation des adultes, attachement qu'atteste le fruit qui nous a été présenté des durs efforts consentis dans de nombreuses régions du monde. Dans la mesure où j'appartiens à une société dont l'élite a souvent fait partie des grands détracteurs de l'éducation des adultes, voire des méthodes informelles, non formelles et même formelles propres à ses communautés indigènes, bien qu'elles aient fait leurs preuves, c'est pour moi un grand encouragement de voir que les modèles ne cessent d'évoluer et que l'on va vers la reconnaissance et la préservation des fondements éducatifs des sociétés indigènes. C'est là un progrès qui devrait rendre confiance en soi aux nombreux peuples écrasés par le lourd fardeau d'héritages coloniaux dépassés.

Plus important encore, il y a lieu d'espérer que, grâce à cette évolution, un échantillon plus représentatif des cultures du monde pourra enrichir de sa contribution le monde du savoir.

En ce qui concerne le point que j'aborde à présent, ce que j'ai à dire est, je l'avoue, presque une contradiction dans les termes. Cependant, il s'agit d'un point si important que je me dois de le mentionner sans ambiguïté. Les femmes ont été durant la présente Conférence consciemment et très simplement associées à la décision sans les habituels discours empruntés et sans faux­semblant. Elles ont effectivement été présentes au sein des groupes de discussion et des délégations, ce qui leur a permis de constituer une masse critique et d'influer ainsi sur les travaux de la Conférence. Je dois, me semble­t­il, au nom de toutes les femmes qui sont ici et des millions d'entre elles qui auraient tant besoin de l'éducation des adultes, louer très vivement l'exemple donné par cette Conférence, afin qu'il devienne la référence minimale pour les futures réunions, voire pour notre future éthique de travail.

Madame la Présidente, je songeais en me rendant à la présente réunion aux douze ans qui se sont écoulés depuis celle qui l'a précédée. J'espère vivement que la rareté de ces rencontres et l'énormité de la tâche qui nous attend nous ont tous amenés à nous montrer ouverts à une redéfinition des relations traditionnelles. Nul doute que la Conférence a marqué un tournant en rassemblant les délégations gouvernementales et les ONG. La question que je me pose ici est : avons­nous tiré profit de cette expérience ? Ou avons­nous tourné le dos à la possibilité qui nous était offerte de redéfinir nos relations ? C'est là une pensée qui ne devrait plus nous quitter à l'issue de cette Conférence, non pas parce que nous ignorons quels sont nos faiblesses et nos intérêts de clocher respectifs, mais parce que nous sommes devenus conscients de la puissante synergie créée par nos forces rassemblées.

Je tiens maintenant à remercier tous ceux qui m'ont aidée à rédiger ce rapport. Je remercie la Conférence de l'immense confiance qu'elle a placée en moi et j'espère avoir saisi dans le rapport que je viens de vous présenter les principales tendances qui se sont révélées au cours de la réunion ainsi que les aperçus nouveaux qu'elle a dégagés. Merci encore à tous.

B. La Déclaration de Hambourg sur l'éducation des adultes

1. Nous, participants à la cinquième Conférence internationale sur l'éducation des adultes, réunis dans la Ville libre et hanséatique de Hambourg, réaffirmons que seuls un développement axé sur l'être humain et une société à caractère participatif fondée sur le plein respect des droits de l'homme permettront un développement durable et équitable. Sans une participation véritable et éclairée des hommes et des femmes de tous horizons, l'humanité ne saurait survivre ni relever les défis de l'avenir.

2. L'éducation des adultes devient donc plus qu'un droit ; elle est une clé pour le XXIe siècle. Elle est à la fois la conséquence d'une citoyenneté active et la condition d'une pleine et entière participation à la vie de la société. Il s'agit d'un concept propre à contribuer puissamment à l'instauration d'un développement écologiquement durable, à la promotion de la démocratie, de la justice, de l'équité entre les sexes et du développement scientifique, social et économique, ainsi qu'à l'édification d'un monde qui, à la violence, préférera le dialogue et une culture de la paix fondée sur la justice. L'éducation des adultes peut forger l'identité et donner sens à la vie. La notion d'éducation tout au long de la vie suppose que l'on repense le contenu de l'éducation de manière à prendre en compte des facteurs tels que l'âge, l'égalité des sexes, les handicaps, la langue, la culture et les disparités économiques.

3. L'éducation des adultes désigne l'ensemble des processus d'apprentissage, formels ou autres, grâce auxquels les individus considérés comme adultes dans la société à laquelle ils appartiennent développent leurs aptitudes, enrichissent leurs connaissances et améliorent leurs qualifications techniques ou professionnelles ou les réorientent en fonction de leurs propres besoins et de ceux de la société. Elle englobe à la fois l'éducation formelle et l'éducation permanente, l'éducation non formelle et toute la gamme des possibilités d'apprentissage informel et occasionnel existant dans une société éducative multiculturelle où les démarches fondées sur la théorie et sur la pratique ont leur place.

4. Bien que leur contenu varie en fonction du contexte économique, social, environnemental et culturel et des besoins des membres de la société dans laquelle elles sont dispensées, l'éducation des adultes et celle des enfants et des adolescents sont l'une et l'autre des éléments indispensables d'une conception nouvelle de l'éducation selon laquelle celle-ci est censée s'étendre véritablement à la vie entière. La perspective qui est celle de l'éducation tout au long de la vie requiert pareille complémentarité et pareille continuité. La contribution potentielle de l'éducation des adultes et de l'éducation permanente à l'émergence de citoyens informés et tolérants, au développement économique et social, aux progrès de l'alphabétisation, à l'atténuation de la pauvreté et à la préservation de l'environnement est énorme ; il faut donc l'exploiter.

5. L'éducation des jeunes et des adultes, considérée comme un processus qui dure toute la vie, a pour objectifs de développer l'autonomie et le sens des responsabilités des individus et des communautés, de les mettre mieux en mesure de faire face aux transformations qui affectent l'économie, la culture et la société dans son ensemble, et de promouvoir la coexistence, la tolérance ainsi qu'une participation éclairée et créative des citoyens à la vie de la collectivité, bref, de permettre aux individus et aux communautés de prendre leur sort et celui de la société en main pour pouvoir relever les défis de l'avenir. Il est indispensable que les démarches adoptées en matière d'éducation des adultes soient fondées sur l'héritage, la culture, les valeurs et le vécu antérieur des intéressés et qu'elles soient conduites de manière à faciliter et à stimuler la participation active et l'expression des citoyens.

6. La Conférence prend acte de la diversité des systèmes politiques, économiques et sociaux ainsi que des structures administratives des Etats membres. Compte tenu de cette diversité et pour assurer le plein respect des droits de la personne humaine et des libertés fondamentales, la Conférence reconnaît que la situation particulière des Etats membres déterminera les mesures que leurs gouvernements respectifs peuvent être amenés à prendre pour promouvoir l'esprit qui caractérise nos objectifs.

7. Les représentants des gouvernements et organisations participant à la cinquième Conférence internationale sur l'éducation des adultes ont décidé ensemble d'explorer le potentiel et l'avenir de l'éducation et de la formation des adultes, envisagées dans la dynamique plus générale de l'éducation tout au long de la vie.

8. Au cours de la présente décennie, l'éducation des adultes a beaucoup évolué et sa portée comme le nombre de ceux qu'elle concerne ont considérablement augmenté. Dans les sociétés fondées sur le savoir qui apparaissent aujourd'hui dans le monde entier, l'éducation des adultes et l'éducation permanente sont devenues des impératifs, dans la vie courante comme dans la vie professionnelle. Les exigences nouvelles de la société et du monde du travail suscitent des attentes qui obligent chaque individu, homme ou femme, à renouveler sans cesse ses connaissances et compétences tout au long de sa vie. Au coeur de cette transformation, il y a une évolution du rôle de l'Etat et l'émergence de partenariats plus larges en faveur de l'éducation des adultes au sein de la société civile. L'Etat demeure le rouage essentiel s'agissant de garantir le droit à l'éducation pour tous, notamment pour les groupes sociaux les plus vulnérables, par exemple les minorités et les peuples autochtones, et de définir les grandes lignes de la politique éducative. Mais au sein du nouveau partenariat qui s'établit entre le secteur public, le secteur privé et le secteur associatif, son rôle est en train de changer. Il est non seulement pourvoyeur de services d'éducation des adultes, mais aussi conseiller, bailleur de fonds et instance de contrôle et d'évaluation. Les gouvernements et les partenaires sociaux doivent prendre les mesures nécessaires pour permettre aux individus d'exprimer leurs besoins et leurs aspirations en matière de formation et d'avoir accès à l'éducation tout au long de leur vie. Au sein des gouvernements, l'éducation des adultes n'est pas l'affaire des seuls ministères de l'éducation ; tous les ministères oeuvrent à sa promotion, et la coopération interministérielle est indispensable. De leur côté, les employeurs, les syndicats, les organisations non gouvernementales et communautaires ainsi que les groupements d'autochtones et de femmes y participent et il leur incombe d'interagir et de créer des possibilités d'éducation et de formation permanentes susceptibles d'être reconnues et validées.

9. L'éducation de base pour tous, c'est la possibilité pour les individus, quel que soit leur âge, de réaliser leur potentiel, individuellement et collectivement. Ce n'est pas seulement un droit, c'est aussi un devoir et une responsabilité à l'égard à la fois des autres et de la société tout entière. Il est essentiel que la reconnaissance du droit à l'éducation tout au long de la vie se traduise par la mise en place des conditions d'exercice de ce droit. Les gouvernements, les organisations ou les institutions ne peuvent seuls relever les défis du XXIe siècle ; il faut que s'y ajoutent l'énergie, l'imagination et le génie des individus ainsi que leur pleine, libre et énergique participation dans tous les domaines de la vie. L'éducation des jeunes et des adultes est l'un des principaux moyens d'accroître sensiblement la créativité et la productivité prises au sens le plus large ­ créativité et productivité sans lesquelles on ne saurait faire face aux problèmes complexes et solidaires d'un monde en proie à des mutations de plus en plus rapides et que caractérisent une complexité et des risques grandissants.

10. La nouvelle conception de l'éducation des jeunes et des adultes remet en cause les pratiques actuelles, dans la mesure où elle appelle une véritable organisation en réseaux au sein des systèmes formels et non formels et où elle exige de l'innovation et davantage de créativité et de flexibilité. Il faudrait relever ces défis en abordant l'éducation des adultes selon de nouvelles approches dans la perspective de l'éducation tout au long de la vie. Il incombe aux pouvoirs publics, aux partenaires sociaux et aux prestataires de promouvoir l'apprentissage par le canal des grands médias ainsi que de la publicité locale et d'offrir une orientation impartiale. L'objectif ultime doit être la création d'une société éducative attachée à la justice sociale et au bien-être général.

11. L'alphabétisation des adultes. L'alphabétisation, conçue dans une acception large comme l'acquisition des connaissances et compétences de base dont chacun a besoin dans un monde en rapide évolution, est un droit fondamental de la personne humaine. Dans toute société, elle est nécessaire en soi et elle constitue l'un des fondements des autres compétences de la vie courante. Des millions d'êtres humains, dont une majorité de femmes, n'ont pas la possibilité d'apprendre ou ne possèdent pas les compétences nécessaires pour faire valoir ce droit. Il s'agit de les mettre en état d'y parvenir. Cela suppose souvent que l'on prépare le terrain à l'apprentissage par un travail de sensibilisation et d'autonomisation. L'alphabétisation a aussi pour effet de stimuler la participation aux activités sociales, culturelles, politiques et économiques et de favoriser l'éducation tout au long de la vie. C'est pourquoi nous nous engageons à faire en sorte que tous aient la possibilité d'acquérir une éducation de base et d'entretenir cet acquis, et à créer dans tous les Etats membres un environnement de l'écrit à l'appui de l'oralité. Offrir la possibilité d'apprendre à tous, y compris aux laissés-pour-compte et aux exclus, voilà le souci le plus pressant. La Conférence accueille avec satisfaction l'idée de lancer en 1998 une décennie de l'alphabétisation en l'honneur de Paulo Freire.

12. Il est plus que jamais nécessaire de reconnaître le droit à l'éducation et le droit d'apprendre tout au long de la vie, c'est-à-dire le droit de lire et d'écrire, le droit d'émettre des critiques et d'analyser, le droit d'accéder aux ressources et de développer et mettre en pratique les aptitudes et compétences individuelles et collectives.

13. L'intégration et l'autonomisation des femmes. Les femmes ont le droit à l'égalité des chances ; de son côté, la société a besoin qu'elles jouent pleinement leur rôle dans tous les domaines, que ce soit au travail ou dans la vie en général. Les politiques d'éducation des jeunes et des adultes doivent être sensibles aux cultures locales et conférer la priorité à l'élargissement des possibilités d'éducation à toutes les femmes, tout en respectant leur différence et en éliminant les préjugés et les stéréotypes qui réduisent à la fois leurs chances d'accès à l'éducation des jeunes et des adultes et les bienfaits qu'elles en retirent. Toute tentative visant à restreindre leur droit à l'alphabétisation, à l'éducation et à la formation doit être considérée comme inacceptable. Il importe que des mesures soient prises pour y parer.

14. La culture de la paix et l'éducation à la citoyenneté et à la démocratie. L'une des toutes premières tâches de notre temps consiste à éliminer la culture de la violence et à édifier une culture de la paix fondée sur la justice et la tolérance, où la violence cède la place au dialogue, à la reconnaissance mutuelle et à la négociation, que ce soit au niveau de la famille ou de la collectivité, au sein des nations ou entre pays.

15. Diversité et égalité. L'éducation des adultes doit refléter la richesse que représente la diversité des cultures et respecter les savoirs et systèmes d'apprentissage traditionnels et des peuples autochtones ; le droit d'apprendre dans sa langue maternelle doit être respecté et mis en oeuvre. L'éducation des adultes est mise rudement au défi de contribuer à la préservation de la sagesse orale des groupes minoritaires, des autochotones et des nomades, et de réunir du matériel documentaire la concernant. De son côté, l'éducation interculturelle devrait encourager la connaissance mutuelle des différentes cultures afin de promouvoir la paix, les droits de la personne humaine et les libertés fondamentales, la démocratie, la justice, la liberté, la coexistence et la diversité.

16. La santé. La santé est un droit fondamental de l'être humain. Investir dans l'éducation, c'est investir dans la santé. L'éducation tout au long de la vie peut jouer un rôle considérable dans la promotion de la santé et la prévention des maladies. L'éducation des adultes offre d'importantes possibilités de donner équitablement et durablement accès à des connaissances utiles en la matière.

17. La viabilité écologique. L'éducation pour la viabilité écologique doit être un processus éducatif permanent ouvert au fait que les problèmes écologiques ont un contexte socio-économique, politique et culturel. Il ne saurait y avoir d'avenir viable si l'on ne prend pas en considération la relation existant entre les problèmes écologiques et les modèles actuels de développement. L'éducation environnementale des adultes peut contribuer considérablement à sensibiliser la collectivité et les décideurs et à les mobiliser dans le sens d'une action soutenue en faveur de l'environnement.

18. Education et culture autochtones. Les peuples autochtones et les peuples nomades ont le droit d'accéder à tous les niveaux et à toutes les formes d'éducation assurés par l'Etat. Le droit de jouir de leur propre culture ou d'utiliser leur propre langue ne saurait leur être refusé. L'éducation qui leur est offerte doit être linguistiquement et culturellement adaptée à leurs besoins et de nature à faciliter la poursuite de leurs études et de leur formation.

19. La transformation de l'économie. La mondialisation, les changements dans les modes de production, la montée du chômage et la difficulté qu'il y a à garantir la sécurité des moyens de subsistance appellent des politiques de l'emploi plus actives et un plus gros investissement dans le développement des compétences dont les hommes et les femmes ont besoin pour s'insérer sur le marché du travail et pratiquer une activité rémunératrice.

20. L'accès à l'information. Le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication est porteur de risques nouveaux d'exclusion sociale et professionnelle pour les groupes d'individus et même les entreprises qui ne sont pas en mesure de s'adapter à ce contexte. L'un des rôles de l'éducation des adultes devrait donc à l'avenir consister à limiter ces risques d'exclusion, de manière à ce que la société de l'information ne perde pas de vue l'être humain.

21. Le vieillissement de la population. Il y a aujourd'hui dans le monde proportionnellement plus de personnes âgées que jamais auparavant et la part de la population que celles-ci représentent continue d'augmenter. Ces adultes âgés ont une précieuse contribution à apporter au développement de la société. Il importe donc qu'ils aient la possibilité d'apprendre dans des conditions d'égalité et par des moyens appropriés. Leurs compétences et leurs capacités doivent être reconnues, appréciées et utilisées.

22. Il convient, conformément à la Déclaration de Salamanque, de promouvoir l'intégration des personnes handicapées et de leur faciliter l'accès à l'éducation. Les handicapés ont droit à des possibilités d'apprentissage qui tiennent équitablement compte de leurs besoins et de leurs aspirations et qui y répondent en faisant appel à des technologies éducatives adaptées aux besoins spéciaux qui sont les leurs.

23. Nous devons agir de toute urgence pour accroître les investissements nationaux et internationaux consacrés à l'éducation des jeunes et des adultes ainsi que les ressources engagées en sa faveur par le secteur privé et associatif, et pour les garantir. L'Agenda pour l'avenir que nous venons d'adopter est conçu à cette fin.

24. Nous invitons l'UNESCO, en sa qualité de chef de file des institutions des Nations Unies dans le domaine de l'éducation, à conduire les efforts visant à promouvoir l'éducation des adultes en tant que partie intégrante du système éducatif et à mobiliser le soutien de tous les partenaires, notamment au sein du système des Nations Unies, afin de donner la priorité à la mise en oeuvre de l'Agenda pour l'avenir et à la mise en place des services nécessaires pour renforcer la coordination et la coopération internationales.

25. Nous demandons instamment à l'UNESCO d'encourager les Etats membres à adopter des politiques et une législation qui soient favorables aux personnes handicapées et prévoient une place pour elles dans les programmes éducatifs, et qui tiennent compte en outre de la diversité culturelle, linguistique et économique ainsi que des sexospécificités.

26. Nous déclarons solennellement que toutes les parties suivront de près la mise en oeuvre de cette Déclaration et de l'Agenda pour l'avenir, en établissant clairement leurs responsabilités respectives, en veillant à la complémentarité de leur action et en coopérant les unes avec les autres. Nous sommes résolus à faire en sorte que l'éducation tout au long de la vie devienne une réalité d'un plus grand poids au début du XXIe siècle. A cette fin, nous nous engageons à promouvoir une culture de l'apprentissage grâce au mouvement "une heure par jour pour apprendre" et à l'instauration d'une semaine des Nations Unies pour l'éducation des adultes.

27. Convaincus de la nécessité de l'éducation des adultes, nous, qui sommes réunis à Hambourg, nous engageons à faire en sorte que tous les hommes et toutes les femmes se voient offrir la possibilité d'apprendre tout au long de leur vie. Dans ce dessein, nous constituerons des alliances plus larges afin de mobiliser et mettre en commun nos ressources pour faire de l'éducation des adultes une joie, un moyen, un droit et une responsabilité partagée.

C. Agenda pour l'avenir de l'éducation des adultes

1. Le présent Agenda pour l'avenir définit de manière détaillée les nouveaux engagements en faveur du développement de l'éducation des adultes préconisés par la Déclaration de Hambourg sur l'éducation des adultes.

2. L'Agenda insiste sur les problèmes auxquels l'humanité tout entière est confrontée à la veille du XXIe siècle et sur le rôle crucial que doit jouer l'éducation des adultes s'agissant de permettre aux femmes et aux hommes de tous âges de relever les défis les plus urgents avec courage, créativité et le savoir nécessaire.

3. Développer l'éducation des adultes exige un partenariat entre les pouvoirs publics dans différents secteurs, les organisations intergouvernementales et non gouvernementales, les employeurs et les syndicats, les universités et centres de recherche, les médias, les associations et les mouvements communautaires, les facilitateurs de l'éducation des adultes et les apprenants eux-mêmes.

4. De profonds changements sont en cours aux niveaux mondial et local. Ils sont visibles dans la mondialisation des systèmes économiques, le développement rapide de la science et de la technologie, la structure par âge et la mobilité des populations et l'émergence d'une société fondée sur l'information et le savoir. Le monde est également travaillé par des transformations profondes de la structure de l'emploi et du chômage, une crise écologique de plus en plus aiguë et des tensions sociales liées aux différences culturelles, ethniques et religieuses, à la répartition des rôles entre les sexes et aux écarts de revenus. Ces tendances se répercutent dans le domaine de l'éducation, où les responsables de systèmes éducatifs complexes s'évertuent à saisir les possibilités et satisfaire les demandes nouvelles alors que leurs ressources sont souvent en diminution.

5. Depuis le début de la décennie, une série de conférences a appelé l'attention mondiale sur des problèmes internationaux cruciaux. Après la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous : répondre aux besoins éducatifs fondamentaux (Jomtien, Thaïlande, 1990), il y a eu la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (Rio de Janeiro, 1992), la Conférence mondiale sur les droits de l'homme (Vienne, 1993), la Conférence internationale sur la population et le développement (Le Caire, 1994), le Sommet mondial pour le développement social (Copenhague, 1995), la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (Beijing, 1995), la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II, Istanbul, 1996) et, pour finir, le Sommet mondial de l'alimentation (Rome, 1996). En toutes ces occasions, les dirigeants mondiaux ont affirmé qu'il appartenait à l'éducation d'offrir aux compétences et à la créativité des citoyens le moyen de s'exprimer. L'éducation est apparue comme un élément indispensable d'une stratégie visant à entretenir les mécanismes du développement durable.

6. Parallèlement, l'éducation a elle aussi enregistré des changements. Dès sa création, l'UNESCO a fait oeuvre de pionnier en concevant l'éducation des adultes comme une composante essentielle de tout système éducatif et d'un développement axé sur l'être humain. De nombreux organismes s'occupent désormais de cette question et beaucoup ont participé à la Conférence de Hambourg.

7. La première Conférence internationale sur l'éducation des adultes (Elseneur, Danemark, 1949) a été suivie des Conférences de Montréal (1960), Tokyo (1972) et Paris (1985). Le rapport de la Commission internationale sur le développement de l'éducation présidée par Edgar Faure, paru en 1972 sous le titre Apprendre à être, et la décisive Recommandation de l'UNESCO de 1976 sur le développement de l'éducation des adultes, qui expose le rôle vital de l'éducation des adultes, considérée comme "s'inscrivant dans la perspective de l'éducation permanente", constituent d'autres étapes importantes.

8. Durant les douze années qui se sont écoulées depuis la Déclaration de Paris, l'humanité a connu de profondes transformations liées au processus de mondialisation et au progrès technologique et a vu apparaître un nouvel ordre international - autant de phénomènes qui ont entraîné des bouleversements dans les domaines politique, culturel et économique.

9. Vingt-cinq ans après Apprendre à être, la Commission internationale sur l'éducation pour le XXIe siècle présidée par Jacques Delors déclarait en 1996 que "le concept d'éducation tout au long de la vie est la clé de l'entrée dans le XXIe siècle. Il dépasse la distinction traditionnelle entre éducation première et éducation permanente. Il rejoint un autre concept [...] celui de la société éducative, où tout peut être une occasion d'apprendre et d'épanouir ses talents". Son rapport, L'éducation : un trésor est caché dedans, soulignait l'importance des quatre piliers de l'éducation : apprendre à connaître, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble et apprendre à être. Comme l'indique la Déclaration de Hambourg, l'éducation des adultes a acquis une ampleur et une portée accrues ; elle est devenue un impératif sur le lieu de travail, à la maison et dans la communauté, à l'heure où hommes et femmes luttent pour influer sur le cours de leur existence à chacune de ses étapes. L'éducation des adultes joue un rôle essentiel et spécifique dans la mesure où elle permet aux femmes et aux hommes de s'adapter efficacement à un monde en constante mutation et leur apporte un savoir qui prend dûment en compte les droits et les responsabilités de l'adulte et de la communauté.

10. A Hambourg, le vaste et complexe domaine de l'éducation des adultes a été abordé dans le cadre de dix thèmes d'étude :

- L'apprentissage à l'âge adulte et la démocratie : les défis du XXIe siècle

- Améliorer les conditions et la qualité de l'éducation des adultes

- Garantir le droit universel à l'alphabétisation et à l'éducation de base

- Education des adultes, égalité et équité entre les sexes et autonomisation des femmes

- L'éducation des adultes face à la transformation du monde du travail

- L'éducation des adultes et les questions d'environnement, de santé et de population

- Education des adultes, culture, médias et nouvelles technologies de l'information

- L'éducation des adultes pour tous : les droits et les aspirations des groupes différents

- Les aspects économiques de l'éducation des adultes

- Promotion de la coopération et de la solidarité internationales.

Thème 1 : L'apprentissage à l'âge adulte et la démocratie : les défis du XXIe siècle

11. Il est indispensable de faire appel à la créativité et aux compétences des citoyens de tous âges pour relever les défis du XXIe siècle, c'est-à-dire atténuer la pauvreté, consolider les processus démocratiques, renforcer et protéger les droits de l'homme, promouvoir une culture de paix, encourager une citoyenneté active, renforcer le rôle de la société civile, garantir l'équité et l'égalité entre les sexes, favoriser l'autonomisation des femmes, reconnaître la diversité culturelle (notamment dans l'utilisation des langues, et en favorisant la justice et l'égalité pour les minorités et les peuples autochtones), et établir un nouveau partenariat entre l'Etat et la société civile. Pour fortifier la démocratie, il est en effet indispensable de consolider le contexte éducatif, de renforcer la participation des citoyens, de créer des conditions propices à l'amélioration de la productivité et à l'enracinement d'une culture de l'équité et de la paix.

Nous nous engageons à :

12. développer la participation communautaire :

(a) en favorisant une citoyenneté active et en améliorant la démocratie participative afin de créer des communautés éducatives ;

(b) en encourageant et développant l'esprit d'initiative de la population adulte et en particulier des femmes, ce qui leur permettra de participer au fonctionnement des institutions de l'Etat, du marché et de la société civile ;

13. sensibiliser aux préjugés et à la discrimination au sein de la société :

(a) en garantissant le droit légitime de chacun à exercer son libre arbitre et à mener librement le mode de vie qui lui est propre ;

(b) en adoptant des mesures visant à éliminer à tous les niveaux de l'éducation toute discrimination fondée sur le sexe, la race, la langue, la religion, l'origine nationale ou ethnique, l'existence d'un handicap, ou toute autre forme de discrimination ;

(c) en concevant des programmes d'éducation qui permettent aux hommes et aux femmes de comprendre les relations entre les sexes et la sexualité humaine dans toutes leurs dimensions ;

(d) en reconnaissant et en affirmant le droit à l'éducation des femmes, des populations autochtones et des populations nomades ainsi que des minorités, en veillant à ce que celles-ci soient équitablement représentées dans les processus de prise de décision et reçoivent une part équitable des prestations offertes et en soutenant la publication de matériels pédagogiques locaux et autochtones ;

(e) en reconnaissant que toutes les populations autochtones et les populations nomades ont le droit d'accéder à tous les niveaux et à toutes les formes d'enseignement public, de jouir de leur propre culture et d'utiliser leur propre langue. L'éducation qui leur est dispensée devrait être adaptée à leurs besoins linguistiques et culturels et de nature à faciliter la poursuite de leurs études et de leur formation, grâce au travail en commun, au respect et à l'appréciation des différences mutuelles, de façon à assurer un avenir commun à tous les membres de la société ;

14. favoriser une reconnaissance, une participation et une responsabilité accrues des organisations non gouvernementales et des groupes communautaires locaux :

(a) en reconnaissant le rôle que jouent les organisations non gouvernementales dans la sensibilisation et l'autonomisation des populations, qui sont d'une importance vitale pour la démocratie, la paix et le développement ;

(b) en reconnaissant le rôle de plus en plus important des organisations non gouvernementales et des groupes communautaires locaux, qui offrent des possibilités d'éducation aux adultes dans tous les secteurs, atteignent les plus démunis et dynamisent la société civile, et en apportant à ces organisations et groupes le soutien financier voulu ;

15. promouvoir une culture de la paix, le dialogue interculturel et les droits de l'être humain :

(a) en permettant aux citoyens d'adopter une attitude empathique, non violente et créative face aux conflits, notamment par l'importance donnée à la généralisation de l'éducation pour la paix, au journalisme pour la paix et à la culture de la paix ;

(b) en renforçant la dimension éducative des activités relatives aux droits de l'être humain dans les services éducatifs offerts aux adultes dans un cadre formel ou non formel, aux niveaux communautaire, national, régional et mondial.

Thème 2 : Améliorer les conditions et la qualité de l'éducation des adultes

16. Si l'on assiste à une augmentation de la demande d'éducation des adultes et à une explosion de l'information, on voit aussi grandir les disparités entre ceux qui ont accès à celles-ci et ceux qui ne l'ont pas. Il faut donc, pour remédier à cette polarisation, qui renforce les inégalités existantes, créer des structures d'enseignement pour adultes et des cadres d'éducation permanente susceptibles d'aider à contrecarrer cette tendance. Comment peut-on améliorer les conditions d'éducation des adultes ? Comment remédier aux insuffisances des services offerts dans ce domaine ? Quel type de mesures et de réformes faut-il mettre en oeuvre pour en améliorer l'accessibilité, la pertinence et la qualité, mieux respecter la diversité et reconnaître les apprentissages antérieurs ?

Nous nous engageons à :

17. mettre les adultes en mesure d'exprimer leurs besoins en matière d'apprentissage :

(a) en adoptant une législation et en recourant à d'autres moyens appropriés pour reconnaître le droit d'apprendre à tous les adultes, proposer une vision élargie de l'éducation des adultes et faciliter la coordination entre les organismes ;

(b) en facilitant l'expression des besoins d'apprentissage des adultes dans leur propre culture et leur propre langue ;

(c) en ouvrant des services d'information et d'orientation et en mettant au point des méthodes de reconnaissance de l'expérience et des apprentissages antérieurs ;

(d) en élaborant des stratégies pour étendre le bénéfice de l'éducation des adultes à ceux qui en sont actuellement privés et aider les adultes à faire des choix éclairés concernant les voies d'apprentissage qui répondent le mieux à leurs aspirations ;

(e) en favorisant l'instauration d'une culture de l'apprentissage grâce au mouvement "une heure par jour pour apprendre" ;

(f) en insistant sur l'intérêt qu'il y a à célébrer la Journée internationale de la femme (8 mars) ainsi que sur la Journée internationale de l'alphabétisation (8 septembre) et à mettre à profit l'attribution des prix internationaux de l'alphabétisation pour promouvoir l'éducation des adultes, et en instaurant une Semaine des Nations Unies pour l'éducation des adultes ;

18. garantir l'accès à l'éducation et la qualité de celle-ci :

(a) en adoptant une législation, des politiques et des mécanismes de coopération avec tous les partenaires concernés afin de rendre plus aisé l'accès à l'éducation, de faciliter la participation des adultes aux activités éducatives dans l'enseignement formel, sur le lieu de travail et au sein de la communauté, et de promouvoir et mettre en oeuvre des programmes pour les zones rurales et isolées ;

(b) en formulant une politique globale qui tienne compte du rôle décisif du cadre dans lequel se déroule l'apprentissage ;

(c) en améliorant la qualité de l'éducation des adultes et en garantissant sa pertinence par l'association des apprenants à la conception des programmes ;

(d) en facilitant la coopération entre les initiatives d'éducation des adultes prises par des institutions et des secteurs d'activité différents ;

19. ouvrir aux adultes les établissements d'enseignement primaire, secondaire et supérieur :

(a) en demandant aux établissements d'enseignement, à partir du primaire, d'être prêts à s'ouvrir aux adultes, hommes et femmes, et d'adapter les programmes et les conditions de l'apprentissage pour répondre à leurs besoins ;

(b) en élaborant des mécanismes cohérents pour reconnaître les acquis des apprentissages effectués dans différents contextes et faire en sorte que leur validation soit transférable à l'intérieur des établissements, des secteurs et des Etats et entre eux ;

(c) en mettant en place des partenariats de recherche et formation entre l'université et la communauté et en rendant les services des universités accessibles à l'extérieur ;

(d) en effectuant des recherches interdisciplinaires sur tous les aspects de l'éducation et de l'apprentissage des adultes avec la participation des apprenants adultes eux-mêmes ;

(e) en créant à l'intention des adultes des possibilités de s'instruire de manière souple, ouverte et créative, eu égard aux conditions d'existence respectives des femmes et des hommes ;

(f) en offrant aux éducateurs d'adultes des possibilités de formation permanente systématique ;

(g) en invitant la Conférence mondiale sur l'enseignement supérieur (Paris, 1998) à préconiser la transformation des établissements d'enseignement postsecondaire en établissements d'éducation permanente et à redéfinir le rôle des universités en conséquence ;

20. améliorer les conditions de travail et les perspectives de carrière du personnel de l'éducation des adultes (enseignants et facilitateurs) :

(a) en élaborant des politiques et en prenant des mesures pour améliorer le recrutement, la formation initiale et en cours d'emploi, les conditions de travail et la rémunération du personnel employé dans les programmes et activités d'éducation des jeunes et des adultes, afin de garantir la qualité et la durabilité de ces programmes et activités, y compris pour ce qui est du contenu et des méthodes de formation ;

(b) en élaborant dans le domaine de l'éducation permanente des méthodes novatrices d'enseignement et d'apprentissage faisant appel notamment aux technologies interactives et aux méthodes inductives qui supposent une coordination étroite entre l'expérience professionnelle et la formation ;

(c) en favorisant l'existence de services d'information et de documentation qui soient généralement accessibles et tiennent compte de la diversité culturelle ;

21. améliorer la pertinence de l'éducation première dans la perspective de l'éducation permanente :

en éliminant les barrières entre éducation formelle et éducation non formelle et en veillant à ce que les jeunes adultes aient la possibilité de poursuivre leurs études au-delà de leur scolarité formelle initiale ;

22. promouvoir des recherches et études sur l'éducation des adultes qui soient liées aux politiques publiques et orientées vers l'action :

(a) en favorisant la réalisation d'études nationales et transnationales sur les apprenants, les enseignants, les programmes, les méthodes et les établissements d'éducation des adultes et en appuyant l'évaluation des services existants et de leur fréquentation, notamment par rapport aux besoins de toutes les composantes de la société ;

(b) en fournissant régulièrement à l'UNESCO et à d'autres organismes multilatéraux des indicateurs de l'éducation des adultes, en suivant l'évolution de l'ensemble de ce secteur et de sa fréquentation, et en demandant à l'UNESCO d'aider les Etats membres dans ces activités ;

(c) en travaillant à accroître la capacité de recherche et de diffusion des connaissances par la promotion de la mise en commun de l'information, des modèles novateurs et des meilleures pratiques aux niveaux national et international ;

23. reconnaître le rôle nouveau de l'Etat et des partenaires sociaux :

(a) en faisant en sorte que tous les partenaires reconnaissent qu'ils partagent la responsabilité de mettre en place les assises juridiques nécessaires, de garantir accessibilité et équité, d'établir des mécanismes de surveillance et de coordination et de fournir un soutien professionnel aux décideurs, aux chercheurs et aux apprenants par la mise en réseau des ressources ;

(b) en mettant en place le soutien nécessaire sur les plans financier, administratif et de la gestion, en renforçant les mécanismes de liaison entre les différents secteurs et services, et en faisant en sorte, notamment par un appui financier approprié, que les organisations de la société civile mènent des activités complémentaires de l'action gouvernementale ;

(c) en invitant l'UNESCO à poursuivre ses efforts pour instaurer des partenariats entre tous les acteurs intervenant dans le domaine de l'éducation des adultes.

Thème 3 : Garantir le droit universel à l'alphabétisation et à l'éducation de base

24. De nos jours, près d'un milliard de personnes n'ont pas acquis d'instruction élémentaire et, même dans les pays les plus prospères, des millions sont hors d'état d'entretenir cet acquis. Partout dans le monde, l'alphabétisation devrait ouvrir la voie à une participation accrue à la vie sociale, culturelle, politique et économique. Il est impératif qu'elle soit en prise sur la situation socio-économique et culturelle de chacun. L'alphabétisation permet à l'individu d'assumer efficacement sa fonction dans la société à laquelle il appartient et de façonner et modeler celle-ci. Elle est un processus d'autotransformation culturelle et sociale des collectivités. Elle doit répondre aux besoins des femmes comme des hommes afin de leur permettre de comprendre les interconnexions existant entre leur situation personnelle, les réalités locales et les réalités mondiales.

Nous nous engageons à :

25. faire en sorte que l'alphabétisation réponde au désir de promotion sociale, culturelle et économique des apprenants :

(a) en faisant ressortir l'importance de l'alphabétisation pour les droits de la personne humaine, une citoyenneté participative, l'équité sociale, politique et économique et l'identité culturelle ;

(b) en réduisant d'ici à l'an 2000 le taux d'analphabétisme des femmes à au moins la moitié des chiffres de 1990, une attention particulière étant portée aux populations rurales, migrantes, réfugiées et déplacées, aux populations autochtones, aux minorités, aux femmes et aux personnes handicapées ;

(c) en encourageant les utilisations créatives de l'alphabétisme ;

(d) en substituant à la vision étroite de l'alphabétisation celle d'une éducation qui réponde aux besoins sociaux, économiques et politiques et permette l'expression d'une nouvelle forme de citoyenneté ;

(e) en intégrant l'alphabétisation et d'autres formes d'éducation ainsi que l'acquisition de compétences fondamentales dans tous les projets de développement où c'est utile, en particulier ceux relatifs à la santé et à l'environnement, et en encourageant les organisations locales et les mouvements sociaux à promouvoir leurs propres initiatives en matière d'éducation et de développement ;

(f) en lançant, en 1998, la Décennie africaine Paulo Freire de l'alphabétisation pour tous, afin de créer des sociétés alphabètes accueillantes aux différentes traditions culturelles. Il faudrait, à cette fin, que des fonds spéciaux soient mis en place par des sources à la fois publiques et privées ;

26. améliorer la qualité des programmes d'alphabétisation en tissant des liens avec les savoirs et les cultures traditionnels et minoritaires :

(a) en améliorant le processus d'apprentissage par des stratégies axées sur l'apprenant ; une sensibilité à la diversité des langues et des cultures ; l'association des apprenants à l'élaboration des matériels didactiques ; l'échange intergénérations des connaissances ; l'utilisation des langues locales, des savoirs autochtones et des technologies appropriées ;

(b) en améliorant la qualité et l'efficacité des programmes d'alphabétisation par : le resserrement des liens avec d'autres domaines tels que la santé, la justice, l'aménagement urbain et rural ; la recherche fondamentale et appliquée ; l'évaluation ; l'utilisation de technologies appropriées pour aider les enseignants et les apprenants ; la collecte et la diffusion des meilleures pratiques et une communication efficace des résultats de la recherche aux chercheurs travaillant sur l'alphabétisation, aux enseignants et aux décideurs ; et le recours aux centres de documentation existants et/ou à créer ;

(c) en améliorant la formation du personnel d'alphabétisation par les moyens suivants : attention accrue portée à la réussite personnelle, aux conditions de travail et à la situation professionnelle des alphabétiseurs ; soutien continu au perfectionnement individuel ; meilleure sensibilisation et meilleures communications au sein de la communauté des alphabétiseurs ; et attention particulière prêtée à la qualification des femmes qui, dans bien des contextes, sont majoritaires parmi les éducateurs d'adultes ;

(d) en concevant un programme international en vue de la mise au point de systèmes de suivi et d'évaluation de l'alphabétisation ainsi que de systèmes de feedback destinés à promouvoir les contributions locales et la participation de la communauté à l'amélioration du programme aux niveaux international, régional et national et en constituant une base d'information mondiale afin de favoriser l'élaboration de politiques et de faciliter la gestion, ainsi que d'améliorer la qualité, l'efficacité et la durabilité de ces efforts ;

(e) en sensibilisant davantage le public et en obtenant de lui un soutien accru en faveur de l'alphabétisation, en portant davantage d'attention aux obstacles à la généralisation de l'alphabétisation et en cherchant à mieux comprendre la manière dont celle-ci s'ancre dans la pratique sociale ;

(f) en mobilisant des ressources financières et humaines suffisantes grâce à un vigoureux engagement financier des organisations intergouvernementales, des organismes d'aide bilatérale et des autorités publiques nationales, régionales et locales en faveur de l'avancement de l'alphabétisation, et à des partenariats faisant intervenir l'enseignement formel et non formel, des bénévoles, des organisations non gouvernementales et le secteur privé ;

(g) en faisant en sorte que les technologies traditionnelles et modernes soient mises au service de l'alphabétisation dans les pays en développement comme dans les pays industrialisés ;

27. enrichir le contexte de l'alphabétisation :

(a) en favorisant l'utilisation et la rétention des acquis de l'alphabétisation par la production et la diffusion d'imprimés qui présentent un intérêt local, qui rendent justice au rôle spécifique des femmes et soient produits par les apprenants ;

(b) en collaborant activement avec les auteurs et les éditeurs pour qu'ils adaptent les textes et matériels existants (presse, documents juridiques, oeuvres de fiction, etc., par exemple), afin de les rendre accessibles et compréhensibles pour les nouveaux lecteurs ;

(c) en créant des réseaux d'échange et de diffusion de textes produits localement qui reflètent directement le savoir et les pratiques des communautés concernées.

Thème 4 : Education des adultes, égalité des sexes et équité et autonomisation des femmes

28. L'égalité des chances dans tous les aspects de l'éducation est indispensable pour permettre aux femmes de tous âges de participer pleinement à la vie de la société et à la résolution des multiples problèmes auxquels l'humanité est confrontée. Lorsqu'elles sont isolées socialement et n'ont pas accès à la connaissance et à l'information, les femmes sont exclues de la prise de décision au sein de la famille, de la communauté et de la société en général et ne sont que très partiellement maîtresses de leur corps et de leur destin. Pour les femmes pauvres, la simple nécessité de survivre devient un obstacle à l'éducation. Les systèmes éducatifs devraient donc, en s'attaquant aux obstacles qui les empêchent d'accéder aux ressources intellectuelles, donner aux femmes les moyens de participer pleinement aux transformations sociales. Le message de la parité et de l'égalité d'accès ne doit pas être limité aux programmes destinés aux femmes. L'éducation doit faire prendre conscience aux femmes qu'il leur faut s'organiser afin de changer les choses, et développer leurs capacités pour les mettre en mesure d'accéder aux structures officielles du pouvoir et à la prise de décision, dans la sphère tant privée que publique.

Nous nous engageons à :

29. promouvoir l'autonomisation des femmes et l'équité entre les sexes par l'éducation des adultes :

(a) en prêtant attention et en portant remède à la marginalisation et à l'inégalité d'accès à une éducation de qualité dont les filles et les femmes continuent d'être victimes à tous les niveaux ;

(b) en veillant à ce que tous les hommes et femmes reçoivent l'éducation qui leur est nécessaire pour satisfaire leurs besoins fondamentaux et exercer leurs droits ;

(c) en sensibilisant davantage les filles et les garçons, les hommes et les femmes aux inégalités entre les sexes et à la nécessité de modifier ces relations inégalitaires ;

(d) en éliminant les disparités entre les sexes en matière d'accès à tous les domaines et niveaux d'éducation ;

(e) en veillant à ce que les politiques et pratiques respectent le principe de la représentation équitable de l'un et l'autre sexe, en particulier au niveau de la gestion des programmes éducatifs et de la prise de décision ;

(f) en combattant la violence familiale et sexuelle avec la participation des hommes à ces efforts éducatifs et en offrant des services d'information et d'assistance en conseils pour mettre les femmes mieux à même de se protéger de ce type de violence ;

(g) en levant les obstacles qui empêchent les adolescentes enceintes et les jeunes mères d'accéder à l'éducation formelle et non formelle ;

(h) en favorisant une pédagogie participative qui tienne compte des sexospécificités et qui reconnaisse l'expérience quotidienne des femmes et ce qu'elle leur apporte sur les plans affectif aussi bien que cognitif ;

(i) en apprenant aux hommes et aux femmes à reconnaître les effets néfastes que la mondialisation et les politiques d'ajustement structurel ont dans toutes les régions du monde, et surtout sur les femmes ;

(j) en prenant des mesures législatives, financières et économiques adéquates et en mettant en oeuvre des politiques sociales afin de permettre aux femmes de participer avec succès aux activités d'éducation des adultes par la levée des obstacles auxquels elles se heurtent et la création d'un climat propice à l'apprentissage ;

(k) en éduquant femmes et hommes de manière à favoriser le partage de leurs multiples tâches et responsabilités ;

(l) en encourageant les femmes à créer des organisations féminines pour promouvoir leur identité collective et susciter le changement ;

(m) en favorisant la participation des femmes aux processus de prise de décision et leur présence dans les structures officielles.

Thème 5 : L'éducation des adultes face à la transformation du monde du travail

30. La transformation du monde du travail est une question qui présente des aspects multiples, d'une énorme importance pour l'éducation des adultes. La mondialisation et les nouvelles technologies ont un impact considérable, et qui ne cesse de croître, sur toutes les dimensions de la vie individuelle et collective des femmes et des hommes. La précarité de l'emploi et la montée du chômage suscitent une inquiétude grandissante. Dans les pays en développement, il s'agit de garantir, outre l'emploi, la sécurité des moyens de subsistance pour tous. La nécessaire amélioration de la production et de la distribution dans l'industrie, l'agriculture et les services requiert un accroissement des compétences, le développement de nouvelles aptitudes et la capacité de s'adapter constructivement, et tout au long de sa vie active, aux exigences en constante évolution du monde du travail. Le droit au travail, l'accès à l'emploi et la contribution qu'il nous incombe, à tous les âges de la vie, d'apporter au développement et au bien-être de la société qui est la nôtre sont des exigences dont l'éducation des adultes doit se préoccuper.

Nous nous engageons à :

31. promouvoir le droit au travail et le droit à l'éducation des adultes à visée professionnelle :

(a) en reconnaissant le droit de tous au travail et à des moyens durables de subsistance et en favorisant, par de nouvelles solidarités, la diversification des modèles d'emploi et des activités productives reconnues ;

(b) en faisant en sorte que l'éducation des adultes à visée professionnelle donne des compétences et des aptitudes spécifiques qui permettent l'insertion et la mobilité professionnelles et améliore la capacité des individus à s'adapter à des modèles diversifiés d'emplois ;

(c) en encourageant les partenariats entre employeurs et salariés ;

(d) en faisant en sorte que les connaissances et les aptitudes acquises par des voies informelles soient pleinement reconnues ;

(e) en insistant sur le rôle capital que l'éducation professionnelle des adultes joue dans le processus d'apprentissage tout au long de la vie ;

(f) en intégrant aux processus informels et non formels d'éducation des adultes une perspective analytique et critique par rapport au monde économique et à son fonctionnement ;

32. garantir à différents groupes cibles l'accès à l'éducation des adultes à visée professionnelle :

(a) en encourageant les employeurs à appuyer et à promouvoir l'organisation de cours d'alphabétisation sur le lieu de travail ;

(b) en faisant en sorte que les politiques relatives à l'éducation des adultes à visée professionnelle répondent aux besoins des travailleurs indépendants et des travailleurs du secteur informel de l'économie et facilitent l'accès des femmes et des travailleurs migrants à la formation à des emplois et dans des secteurs non traditionnels ;

(c) en veillant à ce que les programmes d'éducation des adultes à visée professionnelle tiennent compte de l'égalité entre les sexes, de l'âge et des différences culturelles et traitent de la sécurité sur le lieu de travail, de la protection de la santé des travailleurs et de leur défense contre les traitements injustes et les harcèlements, ainsi que de la préservation de l'environnement et de la gestion rationnelle des ressources naturelles ;

(d) en enrichissant l'environnement d'apprentissage sur les lieux de travail et en offrant aux travailleurs des moyens souples d'apprentissage individuel et collectif et des services adaptés ;

33. diversifier le contenu de l'éducation des adultes à visée professionnelle :

(a) en abordant les questions intéressant l'agriculture, la gestion des ressources naturelles et la sécurité alimentaire ;

(b) en y incluant des éléments de vulgarisation agricole, l'étude des droits du citoyen, de la création d'organisations et de la gestion des ressources naturelles ainsi qu'une éducation en matière de sécurité alimentaire et de santé génésique ;

(c) en stimulant l'esprit d'entreprise par l'éducation des adultes ;

(d) en favorisant, dans les services de vulgarisation, des approches qui tiennent compte des facteurs de sexe, en répondant aux besoins des femmes qui travaillent dans l'agriculture, l'industrie et les services et en améliorant leur capacité de propager les connaissances relatives à tous ces domaines et questions.
 

Thème 6 : L'éducation des adultes et les questions d'environnement, de santé et de population

34. Les questions d'environnement, de santé, de population, de nutrition et de sécurité alimentaire interviennent de manière étroitement liée dans le développement durable. Chacune d'elles représente une problématique complexe. Protéger l'environnement en luttant contre la pollution, en prévenant l'érosion des sols et en gérant avec prudence les ressources naturelles, c'est influer directement sur la santé, la nutrition et le bien-être de la population, lesquels ont à leur tour des incidences sur la croissance démographique et la nourriture disponible. Toutes ces questions s'inscrivent dans le cadre plus vaste de la recherche du développement durable, auquel on ne saurait parvenir si l'éducation n'accorde pas une large place aux problèmes de la famille et du cycle génésique et à des questions de population comme le vieillissement, les migrations, l'urbanisation et les relations entre les générations et au sein de la famille.

Nous nous engageons à :

35. promouvoir l'aptitude de la société civile à répondre aux problèmes d'environnement et de développement et sa participation à la résolution
de ces problèmes :

(a) en recourant à l'éducation des adultes pour mettre les citoyens de différents secteurs de la société mieux à même de prendre des initiatives novatrices et de concevoir des programmes tendant à un développement durable du point de vue écologique et social ;

(b) en soutenant et en mettant en oeuvre des programmes d'éducation des adultes afin de donner aux gens la possibilité de s'instruire et de dialoguer avec les décideurs au sujet des problèmes d'environnement et de développement, et en particulier de la nécessité de modifier les modes de production et de consommation ;

(c) en incorporant dans les programmes d'éducation des adultes les savoirs autochtones et traditionnels concernant les rapports entre les êtres humains et la nature, et en reconnaissant que les minorités et communautés autochtones disposent d'une autorité et de compétences particulières s'agissant de protéger leur environnement ;

(d) en veillant à ce que les décideurs aient à rendre des comptes pour ce qui est des politiques suivies en matière d'environnement, de population et de développement ;

(e) en intégrant les questions d'environnement et de développement à toutes les branches de l'éducation des adultes et en adoptant une approche écologique en matière d'éducation permanente ;

36. encourager l'éducation des adultes en matière de population et de vie familiale :

en mettant les individus en mesure d'exercer leurs droits fondamentaux, y compris leurs droits en matière d'hygiène sexuelle et de santé génésique, et d'acquérir des attitudes responsables et attentives ;

37. reconnaître le rôle décisif de l'éducation en matière de population et
de la promotion sanitaire dans la préservation et l'amélioration de la santé publique et individuelle :

(a) en élaborant des programmes participatifs d'éducation et de promotion sanitaires et en renforçant les programmes existants afin de mettre les gens à même d'assainir leur environnement et de militer pour la création de services de santé améliorés et accessibles ;

(b) en rendant accessible une éducation qui permette de faire des choix en matière de procréation, donnant ainsi aux femmes les moyens de surmonter les obstacles qui les empêchent de profiter pleinement et en toute égalité des possibilités de développement personnel, social et économique ;

(c) en développant les contenus éducatifs intéressant la santé, et en particulier la prévention du sida et d'autres maladies, la nutrition, l'hygiène et la santé mentale ;

(d) en utilisant les approches propres à l'éducation des adultes pour enrichir les stratégies d'éducation-information-communication et offrir aux gens l'occasion de faire appel à leur expérience et à leurs connaissances pour établir des diagnostics et voir quels moyens d'action adopter ;

38. veiller à l'existence de programmes d'éducation tenant compte
des particularités culturelles et des facteurs de sexe :

(a) en développant l'éducation sanitaire destinée aux femmes et aux hommes, afin qu'il y ait partage des responsabilités et élargissement du débat en matière de santé génésique et de soins à donner aux enfants ;

(b) en éliminant les pratiques culturelles dangereuses et cruelles qui aboutissent à violer les droits des femmes en matière sexuelle et en matière de procréation.

Thème 7 : Education des adultes, culture, médias et nouvelles technologies de l'information

39. L'éducation des adultes donne aux apprenants adultes une occasion essentielle de profiter de toutes les institutions culturelles, des médias et des nouvelles technologies de l'information pour établir une véritable communication interactive et contribuer à la compréhension et à la coopération entre les peuples et les cultures. Le respect des individus, de leur culture et de leur communauté est le fondement du dialogue et de la confiance, ainsi que d'une éducation et d'une formation utiles et durables. Des efforts doivent être faits pour que toutes les cultures et tous les groupes sociaux aient plus largement accès aux moyens de communication et les utilisent, de manière à pouvoir mettre en commun leurs conceptions, créations culturelles et modes de vie particuliers, et non pas seulement recevoir les messages d'autres cultures.

Nous nous engageons à :

40. établir une meilleure synergie entre les médias, les nouvelles technologies de l'information et l'éducation des adultes :

(a) en contribuant à renforcer la fonction éducative des médias ;

(b) en faisant en sorte que les médias s'ouvrent davantage à l'éducation des adultes et en encourageant une plus large participation à leur développement et à leur évaluation ;

(c) en reconnaissant que les médias contribuent de manière décisive à amener à l'éducation des adultes des groupes qui en sont exclus, grâce aux campagnes de promotion destinées à encourager la participation ;

(d) en faisant le point du degré de développement et de diffusion des nouvelles technologies dans une optique régionale, locale et culturelle, compte tenu des disparités existant au niveau des infrastructures et des matériels disponibles ;

(e) en garantissant l'égalité d'accès aux systèmes d'apprentissage ouvert et de téléenseignement, aux médias et aux nouvelles technologies de l'information et de la communication ainsi que la durabilité de ces moyens, et en faisant servir les nouvelles technologies à l'exploration de modes nouveaux d'apprentissage ;

(f) en encourageant une éducation aux médias et des contenus de nature à aider les utilisateurs à faire preuve de sens critique et de discernement face aux médias ;

(g) en formant les éducateurs et agents culturels, de manière à stimuler la mise au point et l'utilisation de ressources adaptées aux besoins de l'éducation des adultes ;

(h) en travaillant à promouvoir la diffusion de matériels didactiques à tous les niveaux, à l'échelle à la fois régionale et mondiale ;

41. promouvoir un usage loyal de la propriété intellectuelle :

en révisant la réglementation sur le droit d'auteur et les brevets pour favoriser la diffusion des matériels d'apprentissage tout en protégeant les droits des auteurs ;

42. renforcer les bibliothèques et les institutions culturelles :

(a) en continuant à financer les musées, les bibliothèques, les théâtres, les parcs écologiques et autres institutions culturelles et en les considérant comme des centres et ressources d'éducation des adultes ;

(b) en favorisant la conservation et l'utilisation du patrimoine culturel en tant que moyen d'apprentissage tout au long de la vie et en appuyant l'élaboration de méthodes et de techniques visant à renforcer la connaissance du patrimoine et l'éducation culturelle.

Thème 8 : L'éducation des adultes pour tous : les droits et aspirations des groupes différents

43. Le droit à l'éducation est un droit universel qui appartient à tous. Bien que l'on s'accorde à penser que l'éducation des adultes doit être ouverte à tous, il est de fait que bien des groupes en sont encore exclus : personnes âgées, migrants, tsiganes et autres peuples non fixés sur un territoire et/ou nomades, réfugiés, personnes handicapées et détenus, par exemple. Ces groupes devraient avoir accès à des programmes éducatifs qui puissent, par une pédagogie axée sur la personne, répondre à leurs besoins et faciliter leur pleine intégration à la société. Il faudrait inciter tous les membres de la société à mettre à profit l'éducation des adultes et, le cas échéant, les y aider - ce qui suppose la satisfaction de besoins éducatifs très divers.

A cette fin, nous nous engageons à :

44. créer un environnement éducatif favorable à toutes les formes d'apprentissage pour les personnes âgées :

(a) en assurant aux personnes âgées l'accès à tous les services et toutes les facilités qui concourent à l'éducation et à la formation des adultes et qui sont de ce fait susceptibles de faciliter leur participation active à la vie de la société ;

(b) en profitant de 1999, dont les Nations Unies ont fait l'Année internationale des personnes âgées, pour organiser des activités de nature à illustrer la manière dont l'éducation des adultes peut renforcer le rôle des personnes âgées dans l'édification de nos sociétés ;

45. garantir aux migrants, aux populations déplacées, aux réfugiés et aux personnes handicapées l'exercice de leur droit à l'éducation des adultes :
(a) en offrant aux migrants et aux réfugiés d'amples possibilités d'éducation et de formation qui favorisent leur intégration politique, économique et sociale, améliorent leurs compétences et renforcent leur assise culturelle ;

(b) en élaborant et mettant en oeuvre, à l'intention de la population d'accueil, des programmes visant à faire connaître et comprendre, en particulier aux responsables politiques, aux professionnels des médias, aux agents de la force publique, aux éducateurs et aux travailleurs sociaux, les droits et la situation des migrants et des réfugiés ;

(c) en faisant en sorte que les tsiganes adultes et autres groupes nomades, compte tenu de leur mode de vie et de leur langue, puissent reprendre leurs études et poursuivre leur formation dans les institutions existantes ;

(d) en veillant à ce que les adultes handicapés aient librement accès aux programmes et possibilités diverses d'éducation des adultes, en engageant l'UNESCO et les autres organismes des Nations Unies à assurer, lors de chacune de leurs réunions et conférences, l'interprétation en langue des signes et la parfaite accessibilité des lieux, et en invitant l'UNESCO, en sa qualité de chef de file, à organiser une conférence sur l'éducation des adultes pour les handicapés en 1999, à la veille du prochain millénaire ;

46. offrir des chances durables aux personnes handicapées et promouvoir leur intégration :

(a) en rendant toutes les formes d'éducation et de formation accessibles aux personnes handicapées et en veillant à ce que les services ainsi fournis répondent à leurs besoins et objectifs éducatifs ;

(b) en favorisant, au niveau des établissements, la mise en oeuvre de politiques qui garantissent l'égalité d'accès, des services et des possibilités de formation professionnelle et d'emploi aux personnes handicapées, en adaptant la technologie éducative à leurs besoins éducatifs spéciaux ;

47. reconnaître le droit d'apprendre de tous les détenus :

(a) en renseignant les détenus sur l'enseignement et la formation existant à différents niveaux et en leur permettant d'y accéder ;

(b) en élaborant et en mettant en place dans les prisons de vastes programmes d'enseignement, avec la participation des détenus, afin de répondre à leurs besoins et à leurs aspirations en matière d'éducation ;

(c) en facilitant l'activité des organisations non gouvernementales, des enseignants et autres personnels éducatifs dans les prisons, permettant ainsi aux détenus d'avoir accès aux institutions éducatives, et en encourageant les initiatives visant à relier les cours donnés en prison à ceux qui sont offerts à l'extérieur.

Thème 9 : Les aspects économiques de l'éducation des adultes

48. Un financement insuffisant dans le passé, la reconnaissance croissante des avantages à long terme de l'investissement dans l'éducation des adultes, la diversification des modes de financement et le nombre des contributeurs, le rôle des organisations multilatérales, l'impact des programmes d'ajustement structurel et l'entrée de l'éducation des adultes dans les circuits commerciaux, comptent parmi les aspects économiques cruciaux de ce type d'éducation. Le coût de celle-ci doit être évalué par rapport aux avantages qu'elle apporte en améliorant les compétences des adultes. Les méthodes utilisées dans les analyses coût-avantages et coût-efficacité devraient rendre justice à la multiplicité de ses effets sur la société. L'éducation des adultes contribue à leur autosuffisance et à leur autonomie personnelle, à l'exercice des droits fondamentaux et à l'amélioration de la productivité et de l'efficacité du travail. Elle comporte en outre des retombées positives pour les générations suivantes qui sont plus éduquées et plus prospères. Dans la mesure où elle est un investissement productif et favorable au développement humain, l'éducation des adultes devrait être tenue à l'écart des contraintes de l'ajustement structurel.

Nous nous engageons à :

49. améliorer le financement de l'éducation des adultes :

(a) en y associant des organismes de financement bilatéraux et multilatéraux dans le cadre de partenariats entre les différents ministères, d'autres organismes publics, les organisations non gouvernementales, le secteur privé, la collectivité et les apprenants ;

(b) en cherchant à investir, comme l'a proposé la Commission internationale sur l'éducation pour le XXIe siècle, au moins 6 % du produit national brut (PNB) des Etats membres dans l'éducation et en allouant une part équitable du budget de l'éducation à l'éducation des adultes ;

(c) en proposant que chaque secteur de développement (par exemple l'agriculture, la santé ou l'environnement) réserve une part de son budget à l'éducation des adultes, que chaque programme de développement dans les domaines de l'agriculture, de la santé et de l'environnement comprenne une composante éducation des adultes et que, dans chaque entreprise, le coût de l'éducation et de la formation des adultes soit considéré comme un investissement dans l'amélioration de la productivité ;

(d) en investissant une part équitable des ressources dans l'éducation des femmes pour assurer leur participation pleine et entière dans tous les domaines de l'apprentissage et du savoir ;

(e) en favorisant la ratification et la mise en oeuvre de la Convention n° 140 de l'Organisation internationale du travail sur le congé-éducation payé (1974) ;

(f) en incitant les partenaires sociaux à mettre sur pied, dans les entreprises, des activités d'éducation des adultes, auxquelles celles-ci pourraient par exemple consacrer une part de leur budget total ;

(g) en favorisant l'éducation des adultes par toutes sortes d'initiatives collectives à caractère créatif qui fassent appel à l'énergie et aux capacités de tous les membres de la société ;

(h) en étudiant la possibilité de convertir, sur la base de propositions d'annulation de créances, les dettes actuelles des pays les moins avancés et des pays en développement en investissements dans le développement humain ;

(i) en étudiant la proposition d'instituer un "droit à l'apprentissage permanent", formulée dans le rapport L'éducation : un trésor est caché dedans.

Thème 10 : Promotion de la coopération et de la solidarité internationales

50. La coopération et la solidarité internationales doivent renforcer une nouvelle conception de l'éducation des adultes qui est à la fois holistique, de manière à couvrir tous les aspects de la vie, et transsectorielle, de manière à englober tous les domaines de l'activité culturelle, sociale et économique. C'est essentiellement de la Déclaration universelle des droits de l'homme que doit s'inspirer l'action visant à promouvoir la coopération et la solidarité internationales ainsi que la culture de la paix. Dialogue, partage, consultation et volonté de s'instruire par une écoute mutuelle, telles sont les bases de cette coopération qui doit passer par le respect de la diversité.

Nous nous engageons à :

51. faire de l'éducation des adultes un outil de développement et mobiliser des ressources à cette fin :

(a) en évaluant tous les projets de coopération du point de vue de leur contribution à l'éducation des adultes et au développement humain ainsi que de la priorité qu'ils confèrent au renforcement des savoir-faire locaux ;

(b) en augmentant, dans les pays en développement, les ressources mises directement à la disposition de l'éducation des adultes dans le cadre du budget du Secteur de l'éducation ;

52. renforcer la coopération, les organisations et les réseaux nationaux, régionaux et mondiaux dans le domaine de l'éducation des adultes :

(a) en encourageant et en renforçant la coopération interinstitutions et intersectorielle ;

(b) en soutenant les réseaux nationaux, régionaux et mondiaux existants d'éducation des adultes, en mettant en commun information, compétences et capacités et en favorisant le dialogue à tous les niveaux ;

(c) en encourageant les organismes donateurs à soutenir financièrement les réseaux en vue d'une coopération locale, régionale et mondiale entre éducateurs d'adultes ;

(d) en veillant et en agissant de manière à éviter que les programmes d'ajustement structurel et autres politiques (concernant la fiscalité, l'industrie et le commerce, l'emploi, la santé) aient une incidence négative sur les ressources affectées au secteur de l'éducation, et plus particulièrement à l'éducation des adultes ;

(e) en établissant des rapports nationaux et régionaux et en les diffusant auprès des institutions publiques et privées qui participent à l'éducation des adultes ;

(f) en associant les organismes de financement multilatéraux au débat sur l'éducation des adultes et plus particulièrement sur les politiques éducatives, compte tenu de l'incidence négative des programmes d'ajustement structurel sur l'éducation ;

53. créer un environnement propice à la coopération internationale :

(a) en facilitant les rencontres de groupes d'agents locaux et d'apprenants, ces groupes étant composés sur une base Sud-Sud et Nord-Sud ; de même, en renforçant les réseaux transrégionaux de formation pour qu'ils contribuent à améliorer la qualité de l'éducation des adultes ;

(b) en renforçant les réseaux internationaux représentant divers acteurs et partenaires sociaux et en les chargeant d'évaluer et de suivre les principales politiques d'éducation des adultes ;

(c) en facilitant la création d'un mécanisme de promotion et de défense des droits individuels et collectifs en matière d'éducation des adultes.

SUIVI

Stratégie

54. L'Agenda pour l'avenir adopté par la cinquième Conférence internationale sur l'éducation des adultes doit suivre les recommandations adoptées par toutes les grandes conférences des Nations Unies, notamment en ce qui concerne les femmes.

55. Etant donné le caractère extrêmement décentralisé de l'éducation des adultes, sa diversité croissante et la prolifération des partenaires de tous types qui y participent, les stratégies et mécanismes utilisés pour assurer le suivi de la cinquième Conférence internationale sur l'éducation des adultes doivent être extrêmement souples. Pour des raisons à la fois d'économie et d'efficacité, il faudrait que, dans toute la mesure possible, ils reposent sur les institutions, structures et réseaux existants. Il s'agit d'accroître l'efficacité des mécanismes existants d'action, de coordination et de suivi, non d'en créer d'autres qui feraient double emploi avec eux.

56.     Il est indispensable que tous les partenaires présents à la cinquième Conférence s'emploient activement dans leurs domaines de compétence respectifs, par les voies qui leur sont propres, à faire en sorte que le potentiel de l'éducation des adultes soit exploité et que les programmes soient conçus et exécutés de manière à contribuer à la promotion de la démocratie, de la justice, de la paix et de la compréhension mutuelle. La Conférence a pris note de l'initiative du Danemark visant à établir une Académie internationale pour la démocratie et l'éducation, en coopération avec l'UNESCO et les partenaires nationaux intéressés.

57.     Au niveau international, l'UNESCO devrait jouer un rôle moteur et prospectif en faveur de l'éducation des adultes, à la fois dans ses domaines pertinents de compétence et en interaction avec d'autres organisations, réseaux et organismes, y compris les organisations de femmes et autres acteurs concernés. Pour sa part, l'Institut de l'UNESCO pour l'éducation (IUE), à Hambourg, devrait être renforcé, de manière à devenir un centre de référence international en matière d'éducation permanente et d'éducation des adultes. L'UNESCO devrait également prendre les mesures nécessaires pour actualiser la Recommandation de 1976 sur le développement de l'éducation des adultes. D'autres organisations intergouvernementales et non gouvernementales, internationales et régionales pourraient jouer de même un rôle moteur dans leurs domaines de compétence respectifs.

58. Il existe déjà des structures et des réseaux de promotion de l'éducation des adultes aux niveaux international et régional. Dans certains cas, en particulier dans les régions en développement, il importerait malgré tout de renforcer ces structures et réseaux, y compris les programmes régionaux de l'UNESCO pour l'éducation de base, et d'en étoffer les ressources pour leur permettre d'oeuvrer plus efficacement et à plus grande échelle.

Promouvoir une consultation plus étroite entre partenaires

59. Si la Conférence est d'avis que la mise en place de structures permanentes nouvelles qui coûteraient cher est à éviter, il lui paraît utile de prévoir un moyen ou un mécanisme de communication et de consultation régulière entre les principaux partenaires présents à la cinquième Conférence internationale et les autres organisations qui oeuvrent en faveur de l'éducation des adultes. Ce mécanisme aurait pour but d'intensifier les consultations et la coordination entre les principaux partenaires et de servir de cadre à des discussions périodiques sur les progrès et les difficultés de l'éducation des adultes ainsi que de moyen de suivi de la mise en oeuvre de la politique et des recommandations formulées dans le présent Agenda.

60. Un espace de discussion et un mécanisme de consultation devraient être constitués afin d'assurer la mise en oeuvre des recommandations et conclusions de la présente Conférence. En tant que chef de file des institutions des Nations Unies dans le domaine de l'éducation, l'UNESCO devrait, avec ceux de ses services, instituts et bureaux hors Siège qui sont compétents en la matière, jouer un rôle moteur en prenant l'initiative et la responsabilité de promouvoir l'éducation des adultes en tant que partie intégrante d'un système d'éducation tout au long de la vie et de mobiliser le soutien de tous les partenaires, non seulement au sein du système des Nations Unies et autres systèmes multilatéraux, mais aussi les organisations non gouvernementales et autres organisations de la société civile, pour donner la priorité à la mise en oeuvre de l'Agenda pour l'avenir et faciliter la mise en place des services nécessaires au renforcement de la coordination et de la coopération internationales.

61. Enfin, la Conférence invite l'UNESCO à diffuser largement la Déclaration de Hambourg sur l'éducation des adultes et le présent Agenda pour l'avenir dans un maximum de langues. L'UNESCO devrait étudier la possibilité d'organiser à mi-parcours, en attendant la prochaine conférence internationale sur l'éducation des adultes, un examen interinstitutions de la situation au regard de l'Agenda.