ANNEXE VI
Allocution prononcée par Mme Rita Süssmuth,
présidente du Deutsche Bundestag (Parlement allemand)*


Monsieur le Président de la République fédérale, Madame le Premier ministre du Bangladesh, Monsieur le Maire de la Ville libre et hanséatique de Hambourg,

Monsieur le Directeur général de l'UNESCO,

Mesdames, Messieurs les Ministres, Excellences,

Madame la Présidente du Conseil d'administration de l'Institut
de l'UNESCO pour l'éducation,

Mesdames, Messieurs les délégués,

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d'abord vous remercier de l'honneur que vous m'avez fait en m'élisant présidente de cette Conférence.

C'est en effet un grand honneur pour moi de pouvoir présider la cinquième Conférence de l'UNESCO sur l'éducation des adultes. Soyez certains que je mettrai toute mon énergie et toute mon expérience, que ce soit dans le domaine parlementaire ou dans celui de l'éducation des adultes, au service des objectifs qui lui ont été assignés.

Nous devons respecter, me semble-t-il, certaines conditions si nous voulons oeuvrer ensemble à son succès :

1. Nous devons pratiquer une culture du dialogue dans un esprit de discipline et d'efficacité : j'ai besoin, à cette fin, de votre soutien à tous. Je reviendrai sur ce point de manière plus détaillée cet après-midi.

2. Nous ne devons pas perdre de vue les objectifs de cette Conférence. Que voulons-nous faire ?

(a) Nous voulons démontrer l'importance de l'éducation des adultes pour le siècle prochain.

(b) Nous voulons encourager, dans le monde entier, la promotion du droit des adultes à l'éducation.

(c) Nous voulons échanger des expériences sur les structures et les politiques éducatives existantes en vue de les améliorer.

(d) Nous voulons tracer les grandes lignes d'une politique de l'éducation des adultes pour l'avenir dans une Déclaration de la Conférence de Hambourg et un Agenda pour l'avenir.

(e) Enfin, nous voulons améliorer la coopération internationale en matière d'éducation des adultes en lui conférant une assise plus solide et plus large.

3. Outre que nous devons faire preuve de discipline et de pugnacité et garder nos objectifs à l'esprit, nous devons avoir du courage :

Un programme ambitieux en effet nous attend, mais, à mon avis, un programme qui porte sur notre capacité de survie, sur la viabilité future de notre société ne saurait être trop ambitieux. Car l'information, l'éducation et le savoir sont les clés de cette viabilité, les clés du prochain millénaire.

Vous me permettrez, Mesdames, Messieurs, de vous faire part, dans un premier temps, de quelques observations personnelles sur ces points. Elles peuvent apparaître comme l'énoncé d'un programme, mais si l'UNESCO elle-même ne s'était pas située dans la perspective des programmes à mettre en oeuvre dans le domaine de l'éducation des adultes, je ne siégerais pas à cette tribune aujourd'hui.

1. L'éducation permanente - Perspectives et problèmes

A l'approche du prochain millénaire, la société est confrontée à des problèmes que les moyens d'enseignement et de formation traditionnels ne suffisent plus à surmonter. Je n'en citerai que quelques-uns, parmi les plus importants :
- les menaces que font peser sur un développement durable, conçu en fonction de l'avenir, la destruction de l'environnement, l'exclusion sociale et l'exploitation économique,

- l'analphabétisme qui touche près d'un milliard de personnes,

- le chômage croissant enregistré dans de nombreux pays et qui risque encore de s'accroître sous l'effet de la mondialisation de la technologie et de l'économie,

- la discrimination dont les femmes continuent de faire l'objet dans un grand nombre de sociétés,

- le manque d'empressement à contribuer au bien commun et à accepter des responsabilités sociales.

La Conférence devra se montrer à la hauteur de ces difficultés. Elle a pour tâche de préciser le rôle que doit à l'évidence jouer l'éducation des adultes dans le passage de la société de production à la société de l'information et de contribuer ainsi à ouvrir de nouvelles perspectives en matière d'éducation permanente.

Seuls des efforts menés en commun et prenant appui sur des compétences solides permettront de venir à bout des difficultés de notre époque. Pour faire du bon travail, il faut non seulement en avoir la volonté, mais aussi être en possession d'un savoir - savoir qui ne cesse de s'étendre et d'évoluer, ce de plus en plus rapidement, et qui doit donc être acquis, approfondi et adapté tout au long de la vie en un processus d'apprentissage permanent.

Il y a quelques jours, lors d'une conférence de presse sur CONFINTEA V, destinée au public allemand, le ministre fédéral, M. Rüttgers, a déclaré dans ce contexte que l'éducation permanente allait et devait devenir "aussi importante que le pain quotidien".

Investir aujourd'hui dans l'éducation permanente est une question de survie pour chacun.

Nous, responsables politiques, praticiens et théoriciens de l'éducation permanente et de l'éducation des adultes, nous devons réaffirmer le message selon lequel l'éducation permanente est un investissement pour l'avenir. Investir exige un effort financier, mais sans cet effort, l'édifice du développement social risque de se délabrer et, à terme, de s'effondrer. Il faut empêcher l'implosion de la société en situant dans une optique beaucoup plus large et en approfondissant l'éducation permanente, une éducation qui nous accompagne tout au long de la vie. Mesdames, Messieurs, cet objectif doit aussi être atteint dans les sociétés où le passage à la société de l'information revêt encore un caractère abstrait.

2. Education permanente - Apprendre sans frontières

Seule une éducation permanente sans frontières - flexible, diversifiée et accessible - peut nous préparer aux tâches qui nous attendent. Le projet de Déclaration sur l'éducation des adultes préparé pour cette Conférence dit pertinemment :

"L'éducation tout au long de la vie est l'une des clés du XXIe siècle. Elle est à la fois la conséquence d'une citoyenneté active et la condition d'une pleine et entière participation à la vie de la société. Il s'agit d'un concept propre à contribuer puissamment à l'instauration d'un développement durable, à la promotion de la démocratie, de la justice et du développement scientifique et économique et à l'édification d'un monde qui, à la violence et à la guerre, préférera le dialogue et une culture de la paix. La notion d'éducation tout au long de la vie suppose que l'on repense le contenu et la conception de l'éducation à tous les niveaux, y compris l'éducation des adultes, afin d'offrir à chaque individu des possibilités d'apprendre" (Déclaration, par. 1). 


Cela fait longtemps que l'éducation des adultes ne fonctionne plus en circuit fermé. Les adultes apprennent partout et tout le temps. Les phases de travail et d'apprentissage se chevauchent. L'éducation des adultes fait partie intégrante des programmes de développement, des programmes d'auto-assistance, ainsi que des programmes d'éducation sanitaire et environnementale. C'est ainsi que dans les 1.000 centres d'éducation des adultes qui existent ici, en Allemagne, 15 millions de personnes participent tous les ans à des programmes de ce type.

Si l'on donne à des adultes la possibilité de participer aux décisions concernant la conception de ces programmes et la manière de les conduire, si leurs besoins sont ainsi sérieusement pris en considération, leur volonté d'apprendre et de coopérer tout en apprenant ne peut que croître.

Une "société éducative" ne devrait toutefois pas consister uniquement en un RASSEMBLEMENT d'individus, elle devrait aussi être axée sur la communauté, la participation et l'engagement. Cela suppose une éducation globale, une éducation permanente qui soit en même temps une formation générale, politique et professionnelle. Il s'agit de dispenser non pas seulement un savoir, mais une éducation, c'est-à-dire d'apprendre à utiliser de manière responsable les connaissances acquises dans tous les domaines de l'activité humaine.


3. Un accès encore limité

Compte tenu des besoins, et malgré tous les efforts déployés et les perspectives ouvertes par les nouveaux moyens de communication, les possibilités d'accès à l'éducation des adultes restent limitées. Ce n'est pas par manque de crédits, mais plutôt parce que les moyens nécessaires pour dispenser une telle éducation ne sont pas encore suffisamment développés.
De nombreux facteurs doivent être pris en compte dans les programmes d'éducation permanente destinés aux adultes, ainsi qu'on le constate lorsqu'on aborde les questions d'autonomisation, de participation et de responsabilisation.

Mais nous savons aussi que l'éducation peut être sélective et ne pas être accessible à tous. Les défavorisés sont fréquemment des êtres qui ont vécu des expériences négatives dans ce domaine au cours de leur enfance et de leur adolescence et qui en ont conservé des séquelles. Il faut élaborer à leur intention des programmes qui ravivent leur curiosité perdue, qui leur fassent connaître la joie d'apprendre et qui les encouragent à prendre un nouveau départ dans la vie. De nombreux programmes d'alphabétisation des adultes sont, de fait, orientés en ce sens et représentent, pour des millions de personnes, un premier pas dans le monde de l'éducation.


4. Les nouvelles alliances

L'Etat continuera de jouer un rôle prépondérant, auquel il ne doit pas renoncer, mais il ne pourra se dispenser d'entrer en synergie et de former des partenariats avec les organismes privés. 

La société civile, les organisations non gouvernementales et d'autres intervenants privés seront amenés à assumer des fonctions de plus en plus importantes dans l'élaboration et l'exécution de programmes axés sur les besoins. Ils sont en effet souvent mieux à même d'organiser l'apprentissage dans un environnement social donné car ils sont plus proches des sources de créativité sociale et d'idées nouvelles.


5. Enjeux et perspectives de la Conférence

Cent trente-cinq pays participent à la Conférence, et 1.507 représentants de gouvernements, de fondations, d'universités et d'organismes multinationaux ainsi que plus d'un millier d'éducateurs d'adultes appartenant à de nombreuses organisations non gouvernementales sont aujourd'hui réunis dans cette salle.

Nous sommes tous rassemblés dans le but d'unir nos efforts en faveur de l'éducation et de la formation. Les représentants des gouvernements entendront les suggestions et les critiques des praticiens. Les responsables politiques et les représentants des gouvernements exposeront aux praticiens les limites de ce qui est politiquement et financièrement possible. Des données d'expérience seront échangées à l'échelle du monde, des contacts professionnels seront pris et intensifiés. Un gigantesque marché de l'information nous permettra d'apprendre qui fournit quoi, qui a besoin de quoi, quelles sont les formules qui se sont révélées efficaces, dans quelles circonstances, et quelles sont celles qui ne l'ont pas été, et, enfin, quelle forme la coopération pourrait prendre à l'avenir, en termes de participation et de partenariats.

La Conférence de Hambourg s'appuiera sur les débats des grandes conférences de l'ONU organisées ces dernières années et mettra en lumière l'importance de l'éducation des adultes aux fins du développement durable, de la sauvegarde de l'environnement, de la protection des droits de l'homme, de l'égalité des femmes, de la coexistence pacifique dans la diversité culturelle et de l'épanouissement des peuples.

La Conférence délivrera également un message essentiel : l'éducation des adultes ne peut être uniquement une question d'initiative individuelle. Elle doit faire de ceux à qui elle s'adresse des acteurs qui prennent eux-mêmes les décisions qui les concernent dans le contexte d'évolution de la société, leur apporter les connaissances dont ils ont besoin à cette fin et les mettre en mesure d'utiliser ces connaissances de manière responsable.

Avant de conclure, je voudrais insister sur un dernier point :
Pour assurer un développement durable, un développement d'avenir, à notre monde, nous avons besoin de l'éducation. Il faut créer, en adoptant les mesures nécessaires, un cadre favorable au développement de la créativité et de la productivité ainsi qu'à l'instauration d'une culture de la coexistence pacifique.

Saisissons la chance qui nous est offerte et ayons des échanges aussi nombreux et aussi concrets que possible !

Nous n'avons pas besoin d'un Agenda qui reste lettre morte, nous avons besoin d'un Agenda qui nous donne du courage et qui nous guide dans notre action afin que s'instaure une société éducative viable, un monde où l'apprentissage soit roi.

Mesdames, Messieurs, je vous remercie de votre attention.

* L'oratrice s'est exprimée en allemand