Monsieur le Directeur général de l'UNESCO,
Mesdames, Messieurs les Ministres, Excellences,
Madame la Présidente du Conseil d'administration de l'Institut
de l'UNESCO pour l'éducation,
Mesdames, Messieurs les délégués,
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais tout d'abord vous remercier de l'honneur que vous m'avez fait en m'élisant présidente de cette Conférence.
C'est en effet un grand honneur pour moi de pouvoir présider la cinquième Conférence de l'UNESCO sur l'éducation des adultes. Soyez certains que je mettrai toute mon énergie et toute mon expérience, que ce soit dans le domaine parlementaire ou dans celui de l'éducation des adultes, au service des objectifs qui lui ont été assignés.
Nous devons respecter, me semble-t-il, certaines conditions si nous voulons oeuvrer ensemble à son succès :
1. Nous devons pratiquer une culture du dialogue dans un esprit de discipline et d'efficacité : j'ai besoin, à cette fin, de votre soutien à tous. Je reviendrai sur ce point de manière plus détaillée cet après-midi.
2. Nous ne devons pas perdre de vue les objectifs de cette Conférence. Que voulons-nous faire ?
(a) Nous voulons démontrer l'importance de l'éducation des adultes pour le siècle prochain.
(b) Nous voulons encourager, dans le monde entier, la promotion du droit des adultes à l'éducation.
(c) Nous voulons échanger des expériences sur les structures et les politiques éducatives existantes en vue de les améliorer.
(d) Nous voulons tracer les grandes lignes d'une politique de l'éducation des adultes pour l'avenir dans une Déclaration de la Conférence de Hambourg et un Agenda pour l'avenir.
(e) Enfin, nous voulons améliorer la coopération internationale en matière d'éducation des adultes en lui conférant une assise plus solide et plus large.
3. Outre que nous devons faire preuve de discipline et de pugnacité et garder nos objectifs à l'esprit, nous devons avoir du courage :
Un programme ambitieux en effet nous attend, mais, à mon avis, un programme qui porte sur notre capacité de survie, sur la viabilité future de notre société ne saurait être trop ambitieux. Car l'information, l'éducation et le savoir sont les clés de cette viabilité, les clés du prochain millénaire.
Vous me permettrez, Mesdames, Messieurs, de vous faire part, dans un premier temps, de quelques observations personnelles sur ces points. Elles peuvent apparaître comme l'énoncé d'un programme, mais si l'UNESCO elle-même ne s'était pas située dans la perspective des programmes à mettre en oeuvre dans le domaine de l'éducation des adultes, je ne siégerais pas à cette tribune aujourd'hui.
1. L'éducation permanente - Perspectives et problèmes
A l'approche du prochain millénaire, la société
est confrontée à des problèmes que les moyens d'enseignement
et de formation traditionnels ne suffisent plus à surmonter. Je
n'en citerai que quelques-uns, parmi les plus importants :
- les menaces que font peser sur un développement durable, conçu
en fonction de l'avenir, la destruction de l'environnement, l'exclusion
sociale et l'exploitation économique,
- l'analphabétisme qui touche près d'un milliard de personnes,
- le chômage croissant enregistré dans de nombreux pays et qui risque encore de s'accroître sous l'effet de la mondialisation de la technologie et de l'économie,
- la discrimination dont les femmes continuent de faire l'objet dans un grand nombre de sociétés,
- le manque d'empressement à contribuer au bien commun et à accepter des responsabilités sociales.
La Conférence devra se montrer à la hauteur de ces difficultés. Elle a pour tâche de préciser le rôle que doit à l'évidence jouer l'éducation des adultes dans le passage de la société de production à la société de l'information et de contribuer ainsi à ouvrir de nouvelles perspectives en matière d'éducation permanente.
Seuls des efforts menés en commun et prenant appui sur des compétences solides permettront de venir à bout des difficultés de notre époque. Pour faire du bon travail, il faut non seulement en avoir la volonté, mais aussi être en possession d'un savoir - savoir qui ne cesse de s'étendre et d'évoluer, ce de plus en plus rapidement, et qui doit donc être acquis, approfondi et adapté tout au long de la vie en un processus d'apprentissage permanent.
Il y a quelques jours, lors d'une conférence de presse sur CONFINTEA V, destinée au public allemand, le ministre fédéral, M. Rüttgers, a déclaré dans ce contexte que l'éducation permanente allait et devait devenir "aussi importante que le pain quotidien".
Investir aujourd'hui dans l'éducation permanente est une question de survie pour chacun.
Nous, responsables politiques, praticiens et théoriciens de l'éducation permanente et de l'éducation des adultes, nous devons réaffirmer le message selon lequel l'éducation permanente est un investissement pour l'avenir. Investir exige un effort financier, mais sans cet effort, l'édifice du développement social risque de se délabrer et, à terme, de s'effondrer. Il faut empêcher l'implosion de la société en situant dans une optique beaucoup plus large et en approfondissant l'éducation permanente, une éducation qui nous accompagne tout au long de la vie. Mesdames, Messieurs, cet objectif doit aussi être atteint dans les sociétés où le passage à la société de l'information revêt encore un caractère abstrait.
2. Education permanente - Apprendre sans frontières
Seule une éducation permanente sans frontières - flexible, diversifiée et accessible - peut nous préparer aux tâches qui nous attendent. Le projet de Déclaration sur l'éducation des adultes préparé pour cette Conférence dit pertinemment :
"L'éducation tout au long de la vie est l'une des clés
du XXIe siècle. Elle est à la fois la conséquence
d'une citoyenneté active et la condition d'une pleine et entière
participation à la vie de la société. Il s'agit d'un
concept propre à contribuer puissamment à l'instauration
d'un développement durable, à la promotion de la démocratie,
de la justice et du développement scientifique et économique
et à l'édification d'un monde qui, à la violence et
à la guerre, préférera le dialogue et une culture
de la paix. La notion d'éducation tout au long de la vie suppose
que l'on repense le contenu et la conception de l'éducation à
tous les niveaux, y compris l'éducation des adultes, afin d'offrir
à chaque individu des possibilités d'apprendre" (Déclaration,
par. 1).
Cela fait longtemps que l'éducation des adultes ne fonctionne
plus en circuit fermé. Les adultes apprennent partout et tout le
temps. Les phases de travail et d'apprentissage se chevauchent. L'éducation
des adultes fait partie intégrante des programmes de développement,
des programmes d'auto-assistance, ainsi que des programmes d'éducation
sanitaire et environnementale. C'est ainsi que dans les 1.000 centres d'éducation
des adultes qui existent ici, en Allemagne, 15 millions de personnes participent
tous les ans à des programmes de ce type.
Si l'on donne à des adultes la possibilité de participer
aux décisions concernant la conception de ces programmes et la manière
de les conduire, si leurs besoins sont ainsi sérieusement pris en
considération, leur volonté d'apprendre et de coopérer
tout en apprenant ne peut que croître.
Une "société éducative" ne devrait toutefois pas consister
uniquement en un RASSEMBLEMENT d'individus, elle devrait aussi être
axée sur la communauté, la participation et l'engagement.
Cela suppose une éducation globale, une éducation permanente
qui soit en même temps une formation générale, politique
et professionnelle. Il s'agit de dispenser non pas seulement un savoir,
mais une éducation, c'est-à-dire d'apprendre à utiliser
de manière responsable les connaissances acquises dans tous les
domaines de l'activité humaine.
3. Un accès encore limité
Compte tenu des besoins, et malgré tous les efforts déployés
et les perspectives ouvertes par les nouveaux moyens de communication,
les possibilités d'accès à l'éducation des
adultes restent limitées. Ce n'est pas par manque de crédits,
mais plutôt parce que les moyens nécessaires pour dispenser
une telle éducation ne sont pas encore suffisamment développés.
De nombreux facteurs doivent être pris en compte dans les programmes
d'éducation permanente destinés aux adultes, ainsi qu'on
le constate lorsqu'on aborde les questions d'autonomisation, de participation
et de responsabilisation.
Mais nous savons aussi que l'éducation peut être sélective
et ne pas être accessible à tous. Les défavorisés
sont fréquemment des êtres qui ont vécu des expériences
négatives dans ce domaine au cours de leur enfance et de leur adolescence
et qui en ont conservé des séquelles. Il faut élaborer
à leur intention des programmes qui ravivent leur curiosité
perdue, qui leur fassent connaître la joie d'apprendre et qui les
encouragent à prendre un nouveau départ dans la vie. De nombreux
programmes d'alphabétisation des adultes sont, de fait, orientés
en ce sens et représentent, pour des millions de personnes, un premier
pas dans le monde de l'éducation.
4. Les nouvelles alliances
L'Etat continuera de jouer un rôle prépondérant,
auquel il ne doit pas renoncer, mais il ne pourra se dispenser d'entrer
en synergie et de former des partenariats avec les organismes privés.
La société civile, les organisations non gouvernementales
et d'autres intervenants privés seront amenés à
assumer des fonctions de plus en plus importantes dans l'élaboration
et l'exécution de programmes axés sur les besoins. Ils sont
en effet souvent mieux à même d'organiser l'apprentissage
dans un environnement social donné car ils sont plus proches des
sources de créativité sociale et d'idées nouvelles.
5. Enjeux et perspectives de la Conférence
Cent trente-cinq pays participent à la Conférence, et
1.507 représentants de gouvernements, de fondations, d'universités
et d'organismes multinationaux ainsi que plus d'un millier d'éducateurs
d'adultes appartenant à de nombreuses organisations non gouvernementales
sont aujourd'hui réunis dans cette salle.
Nous sommes tous rassemblés dans le but d'unir nos efforts en faveur
de l'éducation et de la formation. Les représentants des
gouvernements entendront les suggestions et les critiques des praticiens.
Les responsables politiques et les représentants des gouvernements
exposeront aux praticiens les limites de ce qui est politiquement et financièrement
possible. Des données d'expérience seront échangées
à l'échelle du monde, des contacts professionnels seront
pris et intensifiés. Un gigantesque marché de l'information
nous permettra d'apprendre qui fournit quoi, qui a besoin de quoi, quelles
sont les formules qui se sont révélées efficaces,
dans quelles circonstances, et quelles sont celles qui ne l'ont pas été,
et, enfin, quelle forme la coopération pourrait prendre à
l'avenir, en termes de participation et de partenariats.
La Conférence de Hambourg s'appuiera sur les débats des grandes
conférences de l'ONU organisées ces dernières années
et mettra en lumière l'importance de l'éducation des adultes
aux fins du développement durable, de la sauvegarde de l'environnement,
de la protection des droits de l'homme, de l'égalité des
femmes, de la coexistence pacifique dans la diversité culturelle
et de l'épanouissement des peuples.
La Conférence délivrera également un message essentiel
: l'éducation des adultes ne peut être uniquement une question
d'initiative individuelle. Elle doit faire de ceux à qui elle s'adresse
des acteurs qui prennent eux-mêmes les décisions qui les concernent
dans le contexte d'évolution de la société, leur apporter
les connaissances dont ils ont besoin à cette fin et les mettre
en mesure d'utiliser ces connaissances de manière responsable.
Avant de conclure, je voudrais insister sur un dernier point :
Pour assurer un développement durable, un développement
d'avenir, à notre monde, nous avons besoin de l'éducation.
Il faut créer, en adoptant les mesures nécessaires, un cadre
favorable au développement de la créativité et de
la productivité ainsi qu'à l'instauration d'une culture de
la coexistence pacifique.
Saisissons la chance qui nous est offerte et ayons des échanges aussi nombreux et aussi concrets que possible !
Nous n'avons pas besoin d'un Agenda qui reste lettre morte, nous avons besoin d'un Agenda qui nous donne du courage et qui nous guide dans notre action afin que s'instaure une société éducative viable, un monde où l'apprentissage soit roi.
Mesdames, Messieurs, je vous remercie de votre attention.
* L'oratrice s'est exprimée en allemand