ANNEXE VII

Allocution de M. Kim Howells,
ministre de l'éducation permanente du Royaume-Uni

Je tiens d'abord à remercier Rita Süssmuth.

Il y a trois mois, je n'aurais jamais imaginé que je prendrais la parole devant vous aujourd'hui. Il y a trois mois, en effet, mon gouvernement n'était pas encore élu et le Royaume-Uni n'était pas membre de l'UNESCO. A présent, je suis fier de faire partie d'un nouveau gouvernement britannique pour lequel les droits et les responsabilités sont en plein à l'ordre du jour, tant national qu'international.

Mon gouvernement a tenu sa promesse de réadhérer à l'UNESCO. Celle-ci implique de notre part un ferme et fidèle attachement à l'ensemble du système des Nations Unies et à son rôle dans le développement à l'échelle mondiale. Nous avons créé au Royaume-Uni un nouveau ministère - le Ministère du développement international - pour mettre davantage l'accent sur les activités et les programmes par lesquels mon gouvernement entend contribuer à l'éradication de la pauvreté dans le monde, les objectifs de l'UNESCO étant au coeur de ce processus de développement. Mon pays veut travailler en étroite collaboration avec le Directeur général, avec les Etats membres de l'UNESCO et avec vous tous ici présents.

Le moment que nous vivons s'inscrit dans ce nouveau départ pour le Royaume-Uni : c'est en effet la première fois depuis que nous avons été élus que nous prenons part en tant qu'Etat membre à une grande conférence de l'UNESCO. C'est un réel bonheur pour moi que d'être à la tête de toute une délégation d'experts et de fonctionnaires. Nous avons, j'en suis persuadé, à offrir une certaine vision et une certaine expérience qui nous sont propres. Parallèlement, je suis impatient de connaître les expériences des autres et d'en tirer profit.

Déclaration de la Conférence et Agenda

Cette semaine, la cinquième Conférence mondiale sur l'éducation des adultes adoptera une Déclaration et un Agenda pour l'avenir. Ce dernier recense les problèmes clés auxquels nous devons tous nous attaquer à notre manière pour promouvoir, partout dans le monde, l'éducation tout au long de la vie. Il y a là bien des points communs avec ce que l'expérience nous enseigne au Royaume-Uni. Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est offerte aujourd'hui pour vous exposer brièvement l'action que nous menons pour créer une société éducative.

Promouvoir l'éducation tout au long de la vie

Première de nos préoccupations, nous sommes convaincus qu'il nous faut engager la population tout entière dans son ensemble dans un processus d'éducation permanente. La Déclaration de la Conférence souligne la nécessité d'instaurer une société où l'éducation soit authentiquement démocratique et nous y souscrivons pleinement.

En effet, l'éducation des adultes revêt une grande importance. Elle change la vie. Pour beaucoup, dans notre société composite, un enseignement scolaire et une éducation des adultes de qualité sont les facteurs clés de l'emploi et conduisent à la prospérité économique. Il y a plus, l'éducation des adultes encourage la créativité, stimule l'imagination, favorise une citoyenneté active. Pourtant, bien trop nombreux sont ceux qui estiment qu'elle n'est pas pour eux. Qu'il n'y a pas ou qu'il n'y a guère d'espoir d'y accéder.

Or, il n'en va nullement ainsi. C'est la raison pour laquelle nous accordons une place si particulière aux perspectives en matière d'éducation des adultes, ainsi qu'à la qualité des études initiales. C'est aussi la raison pour laquelle nous sommes résolus à nous attaquer aux facteurs de marginalisation et d'exclusion pour aider chacun à réaliser son potentiel - grâce à une information et à une orientation judicieuses ainsi qu'à un large éventail de possibilités d'apprentissage. Nous nous rendons compte que, même s'il joue un rôle moteur, le gouvernement ne peut à lui seul instaurer une société éducative. Une organisation nationale non gouvernementale - la NIACE, qui fait partie de notre délégation - a contribué à faire de l'éducation tout au long de la vie une réalité pour beaucoup au Royaume-Uni.

Depuis six ans qu'elle organise la semaine des apprenants adultes (avec le concours de la BBC et l'appui du gouvernement britannique), cette organisation est parvenue, en conjuguant émissions de télévision, services téléphoniques d'information et des milliers de manifestations, à amener de nombreux adultes à l'éducation. Une de mes compatriotes, Siwla Mills, a bien exprimé l'enthousiasme qui anime les organisateurs de cette Semaine lorsqu'elle a déclaré : "N'attendez pas que le vent vous pousse, ramez". Voilà, je pense, qui pourrait être une bonne devise pour la promotion de l'éducation tout au long de la vie, où que ce soit dans le monde.

Il existe maintenant des semaines des apprenants adultes, entre autres en Afrique du Sud, en Slovénie, en Suisse, en Australie, dans la République tchèque et à la Jamaïque. J'aime à penser qu'il s'agit là d'une exportation plutôt utile du Royaume-Uni. Chacune de ces manifestations a son caractère propre, mais prises dans leur ensemble, elles livrent une seule et même leçon, à savoir qu'il est vital de promouvoir l'éducation des adultes à travers le monde.

Elargir la participation

Pour réaliser nos objectifs communs en ce qui concerne l'éducation tout au long de la vie, il a été à juste titre souligné dans les documents de la Conférence que nous devons supprimer les obstacles qui s'opposent à la participation.

Un important rapport sur l'élargissement de la participation vient d'être publié dans mon pays. Il porte le titre approprié de "Learning Works" (l'éducation, ça marche) et présente toute une série d'idées visant à faire de l'apprenant qui ne participe pas une cible privilégiée de nos efforts. Ce que nous voulons, c'est ménager des voies d'accès à l'éducation qui incitent les adultes à se mettre à apprendre et à continuer tout au long de leur vie. Promouvoir l'éducation familiale et communautaire. Promouvoir des possibilités d'éducation de qualité qui mettent l'excellence à la portée de chacun. Etudier les moyens de rendre plus raisonnable le coût de l'éducation.

Le gouvernement britannique a créé un groupe d'experts chargé de l'aider à réaliser son objectif d'une éducation pour tous tout au long de la vie. Deux des délégués britanniques à la présente Conférence - M. Bob Fryer et M. Alan Tacet - sont à la tête de ce groupe et pourront vous en dire plus à ce sujet au cours de la semaine. Il ne s'agit pas là seulement de faire montre de bonnes intentions, il s'agit de jeter les bases de ce que sera la politique du gouvernement.

Assurer l'égalité des chances

J'ai noté en particulier l'importance que l'UNESCO attache à la participation des femmes. L'équité sera l'un de nos mots d'ordre, vis-à-vis des femmes et des hommes, de ceux qui sont issus des différents groupes ethniques et des handicapés.

Notre nouveau programme d'aide aux parents isolés, spécialement les femmes, qui veulent se remettre à travailler n'est qu'un exemple parmi d'autres de cette volonté. Le projet de "New Deal" que nous lançons offrira à tous les chômeurs de 18 à 25 ans une chance sérieuse d'apprendre et de trouver du travail. Pour certains, il s'agira en priorité d'améliorer les connaissances de base, à savoir la lecture, l'écriture et le calcul ; pour d'autres, de leur offrir la possibilité d'acquérir de nouvelles compétences, entre autres, d'apprendre à se servir des technologies de l'information afin d'améliorer leurs perspectives d'emploi.

Université de l'industrie

Il ressort également de l'Agenda pour l'avenir qu'il nous faut tenir compte des embûches et des atouts de la technologie de l'information. Je suis convaincu que, si l'on sait s'y prendre, la technologie peut être en tout lieu utile aux apprenants adultes.

Au Royaume-Uni, nous nous sommes lancés dans une entreprise hardie : l'Université de l'industrie. Celle-ci associera le gouvernement, les entreprises et le monde de l'éducation en un partenariat public/privé, en vue d'utiliser les nouvelles technologies pour développer les possibilités d'apprentissage sur le lieu de travail, dans la communauté et chez soi. Il s'agit de mettre les nouvelles technologies au service de notre objectif, à savoir créer des possibilités d'éducation accessibles à tous.

Technologie

Si j'exalte avec tant d'enthousiasme les vertus de cette université, c'est entre autres parce que mon portefeuille ministériel comprend la technologie, et en particulier les technologies de l'information ; je dois en outre avouer mon très vif intérêt pour les ordinateurs, l'Internet et tout ce qui touche à la technologie. Tout cela me passionne pour bien des raisons, mais avant tout parce que nous sommes, maintenant même, au seuil d'une société technologique.

Nous devons vraiment, à l'UNESCO, exploiter ce moyen et le mettre à notre service. "Atteindre les laissés-pour-compte" : voilà une formule que j'ai relevée en parcourant les documents de la Conférence et d'autres textes de l'UNESCO. Nous pouvons atteindre tout le monde si nous choisissons la bonne stratégie. Une stratégie telle que la technologie ne devienne pas un instrument de division et d'exclusion de plus.

Partenariats

Mais nous n'y parviendrons pas, pas plus que nous ne ferons de réels progrès sur la voie de l'éducation pour tous tout au long de la vie sans partenariats - c'est là un point que souligne l'Agenda pour l'avenir, et auquel je souscris sans réserve.

Je sais qu'aucun gouvernement ne peut oeuvrer seul. Les éducateurs et les employeurs pas davantage. Le nouveau gouvernement britannique travaillera avec ses partenaires. A l'intérieur, nous tirerons parti de l'expérience des organisations non gouvernementales, des experts et d'autres encore. Et nous nous emploierons à établir des partenariats à l'échelle internationale par le canal de l'UNESCO ou d'autres instances.

Conclusion

Je suis fier de ce que nous faisons au Royaume-Uni. Nous avons mis l'éducation au coeur de nos préoccupations nationales. Je suis fier que nous fassions à nouveau partie de l'UNESCO, parce qu'elle a elle aussi placé l'éducation au centre de ses priorités.

Federico Mayor a lancé voici dix ans un important processus de réforme à l'UNESCO. Le changement n'est pas toujours facile, mais il nous offre la possibilité de prendre une nouvelle direction, de nous affermir, de donner corps à des espoirs. La volonté de mon pays est d'aider à chaque fois que cela lui est possible, d'aider à faire fructifier les initiatives de l'UNESCO et à accroître au maximum l'efficacité et l'impact de l'Organisation.

C'est pourquoi j'espère que vous appuierez notre proposition visant à lancer une Semaine des Nations Unies pour l'éducation des adultes. Nous pensons que cette semaine ­ qui pourrait comprendre une Journée internationale de l'alphabétisation - serait mise à profit partout dans le monde pour promouvoir une éducation des adultes qui s'adresse à chacun, à laquelle les gens n'auront pas peur de participer, quels que soient leurs origines ou leur âge. J'espère ardemment que notre proposition recueillera votre adhésion. Quel meilleur moyen y aurait-il de signaler au monde notre ferme intention d'instaurer à l'échelle mondiale l'éducation pour tous tout au long de la vie ?

Car au fond ce qui doit nous animer cette semaine et de retour chez nous, c'est, me semble-t-il, la volonté de travailler à l'avènement d'une société éducative vraiment intégratrice. De promouvoir l'éducation, d'offrir des possibilités d'éducation qui soient accessibles et de contribuer à réduire les obstacles à l'éducation, afin que chacun puisse influer sur son propre avenir et sur celui de sa communauté. Telle est en effet la tâche qui nous incombe au seuil du nouveau millénaire.