EDUCATION DE BASE DAS LES PRISONS Publication de Nation Unies PREMIERE PARTIE: CONCEPT DE BASE I. LE PROJET D'ETUDE DE L'EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS A. Historique
B. La notion d'éducation de base
C. La portée du rapport
I. LE PROJET D'ETUDE DE L'EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS A. Historique Dans toutes les sociétés, il existe, et il y a toujours eu, des groupes qui ne bénéficient pas de certaines des facilités sociales, culturelles et économiques offertes à d'autres. Leur exclusion peut être inconsciente ou semi-consciente, ou peut aussi obéir à une politique délibérée. Les minorités ethniques, les populations autochtones, les femmes et les filles, les paysans sans terre et les handicapés figurent parmi les groupes qui souffrent fréquemment de discrimination sous l'effet de facteurs culturels et qui, bien souvent, vivent dans la pauvreté et le besoin matériel.Les prisonniers sont l'un des groupes marginalisés de la société, mais c'est consciemment et délibérément qu'on en a fait des déshérités placés au ban de la société parce qu'ils ont commis une infraction contre des personnes ou des biens, ont méprisé les valeurs reconnues par la société ou ont enfreint les règles imposées par un régime politique. Cela ne veut pas dire pour autant que leur incarcération temporaire soit une réponse suffisante au phénomène de la criminalité. En fin de compte, presque tous les détenus deviennent d'anciens délinquants qui sont rendus à la société dans laquelle ils ont commis leur infraction. Il est donc tout à fait justifié de chercher à protéger la société contre de nouvelles infractions en améliorant les chances de réinsertion réussie des détenus dans la société. La fréquence de la récidive indique qu'on pourrait faire davantage, même si les effets directs de l'éducation ou de tout autre programme ne sont pas encore démontrés avec précision.
A un niveau différent, il est reconnu aujourd'hui que l'éducation est un droit fondamental de l'être humain qui répond à un besoin élémentaire. On peut donc soutenir que l'incarcération, même si elle est considérée comme une sanction justifiée, ne devrait pas entraîner la privation d'autres droits civils, dont l'un d'eux est l'éducation.
Dans le contexte des droits de l'homme, on s'efforce dans le monde entier d'atteindre les minorités désavantagées en modifiant et en élargissant le système d'éducation classique et en renforçant les formules extra-scolaires pour des groupes déterminés. Les plus désavantagés sont ceux qui ne savent ni lire ni écrire; en effet, dans un monde dominé par les messages codifiés, l'alphabétisme est considéré à juste titre comme la connaissance la plus élémentaire de toutes et la base du progrès dans l'éducation. C'est donc l'un des moyens de combattre l'exclusion sociale. L'article premier de la Déclaration mondiale sur l'éducation pour tous, adoptée par les participants à la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous, tenue à Jomtien (Thaïlande) en 1990 (Année internationale de l'alphabétisation) sous les auspices du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et de la Banque mondiale, commence en ces termes : "Tout être humain - enfant, adolescent et adulte - sera en mesure de mettre à profit les possibilités d'éducation qui doivent répondre à ses besoins fondamentaux d'apprentissage" ([133], p. 43).
Le concept de l'éducation la vie durant n'est pas sans rapport avec le principe des droits de l'homme. Dès le début des années 70, les organisations internationales d'éducation et un grand nombre d'éducateurs ont considéré l'éducation dans une perspective globale, de sorte que chaque activité éducative s'inscrirait dans un processus qui dure toute la vie. Vu sous cet angle, il n'y a aucune raison pour que le processus soit interrompu par l'incarcération.
L'éducation est donc jugée indispensable au développement de la personnalité et à la participation à la société; elle ne consiste pas à apprendre par coeur un condensé de données reçues, mais à aller au-delà de données qui n'ont que valeur d'exemple pour trouver par soi même et mettre en pratique les connaissances élémentaires acquises.
Il est impossible de séparer l'éducation du contexte dans laquelle elle s'inscrit. Dans le milieu contraignant d'une prison, il est particulièrement difficile d'organiser une éducation qui vise à rendre l'individu à même de prendre des décisions et par conséquent de diriger sa vie. On peut mettre en doute la possibilité de modifier le comportement des délinquants par l'éducation en milieu carcéral et de faire prendre conscience au détenu du rôle de divers types de dépendance et de la désintégration sociale dans une vaste gamme d'infractions. Si l'on veut réinsérer les détenus dans la société en suscitant chez eux un changement réel, il faut aussi les rendre plus autonomes et leur donner une meilleure opinion de soi. Pour concilier ces différentes fonctions de l'incarcération, il a été généralement préconisé de modifier la politique carcérale.
Etant donné l'incertitude qui entoure la possibilité de donner une éducation en milieu pénitentiaire et les meilleurs moyens de le faire, l'Institut de l'UNESCO pour l'éducation (IUE) a lancé en 1991 un projet d'étude de l'éducation de base dans les prisons dans le cadre de ses attributions en tant que centre spécialisé de l'UNESCO pour la recherche sur l'éducation des adultes et l'éducation permanente. Ce projet devait déboucher sur une analyse qui montrerait comment l'éducation de base est dispensée dans les prisons et avec quelle efficacité, qui présenterait des éléments de programmes de cours pris comme échantillon, exposerait succinctement certaines structures possibles et permettrait d'évaluer les progrès réalisés dans le monde pour atteindre les objectifs fixés dans les résolutions de l'ONU et dans des déclarations analogues sur le droit d'accès à l'éducation et sur l'éducation dans les prisons en particulier. La présente publication vise à apporter une contribution pratique à l'éducation pour tous. Pour ce faire, l'IUE a pu s'appuyer sur ses autres travaux de recherche en matière d'éducation de base, d'alphabétisation et de post-alphabétisation, d'éducation de type non classique et d'éducation des adultes.
B. La notion d'éducation de base On donne parfois à l'expression "éducation de base" le sens restreint d'apprentissage de la lecture, du calcul et d'éléments d'une instruction générale d'un niveau inférieur à celui de l'enseignement professionnel. Souvent aussi, on la met en gros sur le même plan que l'enseignement primaire donné aux enfants. Dans le contexte des adultes en particulier, elle concerne bien plus les compétences nécessaires à la vie en société et les applications courantes des connaissances dans la vie quotidienne. On tient pour acquis que l'éducation de base est indispensable à la poursuite des études ou de la formation, au développement des aptitudes de chacun et à l'exercice d'une profession dans des sociétés de plus en plus complexes. L'article premier de la Déclaration mondiale sur l'éducation pour tous est libellé comme suit :"[Les besoins fondamentaux d'apprentissage] comprennent à la fois les instruments essentiels de l'apprentissage (alphabétisme, expression orale, calcul, solution des problèmes) et le contenu fondamental de l'apprentissage (connaissances, compétences, valeurs et attitudes) dont l'être humain a besoin pour survivre, développer pleinement ses capacités, vivre et travailler dans la dignité, participer pleinement au développement, améliorer la qualité de sa vie, prendre des décisions en connaissance de cause et continuer d'apprendre. Le champ des besoins fondamentaux d'apprentissage et la façon d'y répondre varient selon les pays et les cultures et évoluent forcément avec le temps" ([133], p. 43).
Dans le présent document, l'éducation de base est entendue dans ce sens et peut donc être considérée comme d'une importance cruciale pour la réinsertion sociale des délinquants. Dans le contexte spécial de l'éducation dans les prisons, on y ajoutera un élément représenté par l'enseignement des valeurs en vue d'un redressement et d'une éducation qui veut conduire à un changement d'attitude, bien que ce résultat puisse être obtenu indirectement.Les résultats des recherches et les constatations des praticiens, comme les déclarations des anciens délinquants, confirment l'idée que l'éducation peut faciliter le processus de réinsertion dans la société (voir chap. VI ci-après). Elle peut, en particulier, mettre la formation professionnelle et l'emploi à la portée des personnes non qualifiées et renforcer ainsi la stabilité des délinquants et leur donner une meilleure opinion de soi.
En mettant l'accent sur l'éducation de base dans le présent projet, l'IUE a voulu aider ceux qui ont été désavantagés plus que d'autres sur le plan de l'éducation à développer leurs aptitudes. On a donc cherché plus spécialement à déterminer les stratégies d'éducation de base en milieu carcéral qui ont été jugées efficaces par les praticiens et les élèves et à diffuser aussi largement que possible l'information à leur sujet.
C. La portée du rapport Dans l'élaboration de ce projet conjoint, l'ONU et l'IUE ont collaboré avec un nombre aussi élevé que possible d'organismes qui s'intéressent à l'éducation dans les prisons. Le présent rapport est le fruit de cette collaboration, mais les coauteurs ne se dissimulent pas qu'il présente de nombreuses lacunes et insuffisances.Comme c'est le cas pour beaucoup d'autres travaux internationaux en matière d'éducation, nous avons utilisé principalement les sources écrites d'Europe occidentale, d'Amérique du Nord et, dans le cas présent, d'Australie. Pour les autres régions, nous nous sommes fondés essentiellement sur des renseignements extraits de documents écrits en anglais. Cela tient en partie à la représentation géographique des participants aux conférences internationales récentes sur l'éducation dans les prisons. Toutefois, cela reflète très probablement aussi la situation réelle des recherches menées dans le monde sur l'éducation de base en milieu carcéral. En effet, ce thème n'est pas considéré comme très prioritaire par les gouvernements aux prises avec de grosses difficultés ni par les organismes de recherche.
Le projet a été exécuté en deux phases. La première consistait à réunir et à analyser la documentation écrite et à élaborer un schéma d'enquête à mener grâce à des entretiens avec un grand nombre d'institutions et de praticiens et chercheurs, notamment le Conseil international d'éducation des adultes. A ce stade, on a établi un rapport intérimaire qui a été diffusé en 350 exemplaires pour avis. Ce rapport intérimaire a également été communiqué pour information et observations à la Commission pour la prévention du crime et la justice pénale, qui est un organe technique du Conseil économique et social de l'ONU, à sa seconde session. La seconde était formée des rapports établis par les auteurs représentés ici. Cette deuxième phase s'est terminée par un séminaire tenu à Hambourg en janvier 1994 et au cours duquel les auteurs se sont réunis pour établir la version finale du rapport. Cette version finale a été soumise au neuvième Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants, qui a eu lieu au Caire (Egypte) du 29 avril au 8 mai 1995.
La première partie du rapport n'est pas le fruit de recherches originales. On a plutôt cherché à y montrer les éléments communs à un grand nombre de rapports différents, tirés de sources primaires comme de sources secondaires, de manière à dégager une vision cohérente de la situation et des possibilités de l'éducation dans les prisons. Une grande attention a été accordée aux vues exprimées par ceux qui dispensent cette éducation et, dans la mesure du possible, à celles des détenus.Les chapitres du rédacteur du Criminal Justice Newsletter du Conseil international d'éducation des adultes, Bill Cosman, et de Tessa West, de la même organisation, constituent la deuxième partie; l'analyse de Cosman donne à penser que les exemples de méthodes d'éducation donnés dans la troisième partie ne sont peut-être pas représentatifs de la plupart des systèmes pénitentiaires. L'auteur invite ces systèmes à reconnaître la contradiction inhérente entre éducation et sanction et à se prononcer clairement en faveur de l'éducation. L'article de West s'attache à démontrer deux choses : que le personnel des prisons n'a pas l'intention délibérée de punir ceux dont il a la charge et que tout l'environnement peut être éducatif au sens large si le personnel des prisons encourage les attitudes positives comme il en a le devoir.
Cet aperçu général qu'offrent les première et deuxième parties est complété dans la troisième partie par des monographies sur l'éducation en milieu carcéral en Allemagne, au Botswana, en Chine, au Costa Rica, en Egypte, aux Etats-Unis d'Amérique, en Finlande, aux Pays-Bas, à Sri Lanka, qui apportent un grand nombre de sources primaires nouvelles et intéressantes.
Les monographies ont été choisies de manière à présenter divers aspects de l'éducation de base dans les prisons plutôt qu'une comparaison internationale établie à l'aide d'instruments normalisés ou de règles standards. Sans déborder du cadre tracé, on a voulu donner des exemples de systèmes nationaux existants, recueillir les vues des détenus sur ce qu'ils attendent de l'éducation et donner des exemples de projets novateurs. Les monographies de la Finlande et de la Chine présentées en premier, décrivent des systèmes nationaux : alors que la Finlande revoit actuellement son éducation de base en fonction d'évaluations récentes des niveaux d'alphabétisation et des besoins en apprentissage des détenus, la Chine fait déjà bénéficier la quasi-totalité de ses détenus de programmes d'éducation visant à leur réinsertion sociale. Les études de Sri Lanka et du Botswana mettent en lumière la possibilité d'associer des organisations non gouvernementales à l'éducation dans les prisons et ce que l'on peut faire dans les pays en développement aux ressources limitées. Dans certains cas, les études reposent sur les opinions données par les détenus au cours d'interviews. Cette approche est également suivie dans l'étude de l'Allemagne, qui s'attache principalement à la situation d'un groupe qui forme une proportion croissante de la population carcérale, celle des immigrants.
L'étude des Etats-Unis montre qu'il existe un lien entre la participation à des programmes éducatifs et le comportement ultérieur des détenus (question qui est déjà traitée de façon moins formelle dans l'étude du Botswana). Elle est suivie de l'exposé de deux projets aux origines très différentes : l'introduction d'un programme de réhabilitation sociale dans une prison agricole en Egypte et le programme d'éducation artistique aux Pays-Bas. Ces études offrent des exemples d'éducation de base qui vont au-delà de l'apprentissage de la lecture et du calcul ainsi que de la préparation à un métier pour construire une personnalité équilibrée chez les délinquants, qui peuvent alors être véritablement réinsérés dans la société une fois libérés.
L'étude finale rend compte du plan d'éducation dans les prisons lancé au début de 1994 au Costa Rica, qui repose sur l'hypothèse que la réhabilitation se heurte à des difficultés et qui cherche par conséquent à inscrire l'éducation de base dans une perspective élargie.
Les derniers chapitres de la première partie sont en grande partie inspirés d'un rapport intérimaire établi par l'IUE, les renseignements et commentaires reçus y ayant été incorporés.
© United Nations and UNESCO-Institute for Education
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