EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS
 TROISIEME PARTIE: ETUDES DE CAS 
XI. EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS EN CHINE
  Yang Yuguan
  A. Exposé succinct du système éducatif en Chine
            1. Enseignement primaire
            2. Enseignement secondaire
            3. Education professionelle
            4. Enseignement supérieur
            5. Education des adultes
  B. Formes d'éducation de base dans les prisons
            1. Education morale et juridique
            2. Education culturelle et professionnelle
            3. L'action sur le comportement
            4. Autres activités éducatives
  C. Moyens d'enseignement
  D. Administration de l'éducation dans les prisons
  E. Education de la main-d'oeuvre et liens avec le système
       en dehors de la prison
            1. Tests et certificats
            2. Emploi et éducation en vue de la réinsertion sociale
  F. Effets de l'éducation dans les prisons

XI.  EDUCATION DE BASE DANS
LES PRISONS EN CHINE
Yang Yuguan
 
 L'éducation dans les prisons a une grande importance pour le redressement des délinquants.  Les prisons ont pour tâche essentielle la réforme des délinquants.  En Chine, la plupart des délinquants sont jeunes : 45,74 % des prisonniers ont moins de 25 ans et nombreux sont ceux qui ont très peu d'instruction, 14,32 % sont analphabètes ou presque analphabètes, et 37,92 % n'ont qu'une instruction élémentaire ([275], p. 190).

 Par conséquent, la tâche des prisons consiste pour une part importante à aider les prisonniers à avoir plus d'instruction et acquérir davantage de connaissances culturelles, morales et juridiques et aussi à devenir des travailleurs compétents.  Ces objectifs étant à atteindre, les prisons chinoises sont amenées à fonctionner comme un type d'école spéciale, avec instauration d'un système de réforme pénitentiaire aux caractéristiques chinoises.

  Depuis 1981, le Gouvernement chinois fait à l'éducation dans les prisons une place dans son programme éducatif national.  Là où les conditions le permettent, les prisons ont l'obligation de créer des institutions éducatives spéciales en vue de former un système complet pour l'éducation officielle et institutionnelle des prisonniers sur les plans technique, culturel, moral et juridique.

A.  Exposé succinct du système éducatif en Chine
 Quand la République populaire de Chine a été fondée en 1949, un nouveau système éducatif a été créé.  Auparavant, la population chinoise était à 80 % analphabète.  Durant les 45 dernières années, 990 000 écoles de tous les niveaux ont été établies en Chine.  Selon les statistiques, il y avait en 1992 203 808 000 étudiants immatriculés, ce qui signifie que 97,9 % des enfants chinois fréquentaient l'école ([46], p. 96).

 Diverses formes d'éducation sont actuellement accessibles aux étudiants, il s'agit principalement de l'enseignement primaire, secondaire, professionnel, supérieur et pour adultes.  Les renseignements donnés ci-après sont empruntés à China 1993 [46].

1.  Enseignement primaire
 L'enseignement primaire est en tous lieux offert à tous les enfants âgés de plus de six ans et il est obligatoire.  Un programme de six ans est dispensé dans une école primaire fonctionnant à plein temps.  Le programme d'étude porte sur la langue chinoise (il y a des cours de langues étrangères dans certaines écoles), les mathématiques, l'histoire, la géographie, la musique et l'éducation physique.  En 1992, 122 010 000 élèves fréquentaient les écoles.
2.  Enseignement secondaire
 L'enseignement secondaire comprend l'enseignement secondaire ordinaire et l'enseignement secondaire professionnel.  L'école secondaire comporte le premier et le deuxième cycle et la durée des études est de trois ans pour chacun.  Les cours dispensés dans l'école secondaire ordinaire portent sur la littérature chinoise, les mathématiques, les langues étrangères, la politique, l'histoire, la géographie, la physique, la chimie, la biologie, la culture physique, la musique, les arts, la physiologie et des techniques de travail.  Les étudiants particulièrement avancés physiquement, intellectuellement et moralement sont admis sans examen dans des écoles d'un niveau supérieur.  En 1992, les étudiants des écoles secondaires ordinaires étaient au nombre de 40 659 000 pour le premier cycle et de 7 049 000 au second cycle.
3.  Education professionnelle
 L'éducation professionnelle offre un programme spécial : secondaire, technique et professionnel; la durée de ces études est de deux à trois ans ou de trois à quatre ans.  Les écoles secondaires spéciales et les écoles techniques dispensent des cours sur la mécanique, l'agriculture, la sylviculture, la médecine, les finances et l'économie, la formation pédagogique, la culture physique, les arts, la politologie et le droit, la culture, le tourisme, la cuisine et l'art industriel.  Les écoles techniques forment principalement des travailleurs techniques de niveau moyen.  En 1992, il y avait 6 828 000 étudiants dans les écoles secondaires professionnelles des diverses catégories dont 1 556 000 étudiants dans les écoles techniques.
4.  Enseignement supérieur
 La Chine a inauguré un système d'enseignement supérieur à plusieurs niveaux.  Les institutions d'enseignement supérieur de Chine sont des universités et des instituts ou écoles supérieures de formation professionnelle.  Les études des étudiants réguliers dans les institutions d'enseignement supérieur durent quatre années; pour l'étude de certaines matières principales, la durée est de cinq années.  Les écoles supérieures de formation professionnelle requièrent une fréquentation de trois années et certaines de deux années.  Parmi les institutions réputées d'enseignement supérieur, il y a l'Université de Beijing, l'Université de Qinghua et l'Université de Fudan.  En 1992, 2 184 000 étudiants fréquentaient les institutions d'enseignement supérieur.

 Les universités et écoles supérieures font passer au niveau national des examens unifiés d'entrée.  Les étudiants sont choisis sur la base de leurs résultats de test, de leur condition physique et de leur choix personnel.  A l'heure actuelle, l'Etat est en principe encore chargé de faire avoir des emplois aux diplômés de l'enseignement supérieur.  Il a mis en oeuvre une politique qui fait se rencontrer les unités de production et les écoles pour la coordination de l'offre et de la demande et pour l'élaboration d'un plan praticable en vue de l'emploi des diplômés récents.  Les unités de production peuvent faire sélectionner leurs propres employés et les diplômés peuvent, de leur côté, choisir leurs employeurs.

 5.  Education des adultes
 L'éducation des adultes prospère en Chine du fait de la création de nombreuses universités radiophoniques et télévisuelles, d'écoles supérieures pour les travailleurs, pour les exploitants agricoles, qui dispensent l'enseignement par correspondance, d'universités du soir, d'écoles secondaires professionnelles, d'écoles techniques, de classes d'alphabétisation, de classes du niveau de l'enseignement primaire et de classes techniques.  Les personnes qui suivent des cours d'éducation des adultes le font pour améliorer leurs compétences professionnelles et de métier, pour accroître leurs connaissances sociales et culturelles et pour préparer de nouvelles carrières.
B.  Formes d'éducation de base dans les prisons
1.  Education morale et juridique
 L'éducation morale et juridique dans les prisons met l'accent sur le fait que les
prisonniers doivent se repentir d'avoir commis une infraction en admettant leur culpabilité et en reconnaissant l'incidence de leur infraction sur les victimes, sur la société et sur les délinquants eux-mêmes.  Ils devraient se conformer aux lois, améliorer les valeurs morales et améliorer leur vision de la vie.  Le but est d'aider les prisonniers à connaître, à respecter et accepter la loi et à améliorer leurs normes morales.

 L'éducation juridique des prisonniers consiste principalement à apprendre la Constitution de la Chine, le droit pénal, les procédures pénales, les dispositions générales du droit civil, le Code de procédure civile, etc.  Cela leur permet d'apprendre les droits fondamentaux et les obligations d'un citoyen, les conséquences juridiques d'une exécution d'infraction et les éléments de base du droit pénal, le système de la justice pénale et les textes de base du droit civil.  Se fondant sur ces données, ils devraient être capables de faire une nette distinction entre les actions licites et illicites ou entre les actes qui sont des infractions et qui n'en sont pas et ils devraient aussi devenir pleinement conscients du danger et des conséquences juridiques des infractions, de façon à pouvoir accepter le châtiment et obéir aux lois.

 L'éducation concernant la moralité et la perspective de la vie se concentre sur des questions étroitement apparentées aux intérêts immédiats des prisonniers, par exemple à leurs idéaux, leur conscience, leurs plaisirs et leur avenir, elle leur fait comprendre ce qu'est la propre moralité sociale afin qu'ils puissent distinguer clairement l'honneur de l'humiliation, le comportement civilisé et celui qui ne l'est pas, les actions nobles et les actions abjectes, la beauté et la laideur.  Il y a simultanément recours à une éducation spécifique et individuelle qui convient aux cas particuliers et qui assure une coordination avec les leçons tirées de leurs activités criminelles.  Cela s'est révélé efficace pour la réforme de l'état d'esprit des délinquants.

2. Education culturelle et professionnelle
 Eliminer l'analphabétisme et populariser l'éducation secondaire (équivalant à celle des écoles secondaires) sont les principaux objectifs de l'éducation culturelle dans les prisons.  Les prisonniers passés par l'enseignement supérieur sont encouragés à fréquenter les collèges d'enseignement par correspondance, d'enseignement à temps partiel ou télévisuels que la société propose.

 Les détenus sont classés dans différentes catégories et classes selon les niveaux d'instruction indiqués par eux-mêmes dans leurs fiches d'inscription.  Les détenus dont le niveau d'instruction est inférieur à celui du premier cycle de l'enseignement secondaire sont généralement dans l'obligation de fréquenter des classes.

 L'école de prison a aussi un bureau d'enseignant et un programme d'enseignement.  Les prisonniers étudient environ 2 heures par jour ou 12 heures par semaine.  Le personnel enseignant est spécialement sélectionné pour l'école et certains de ses membres sont choisis parmi les prisonniers qui sont cultivés.  Les prisonniers qui ont fréquenté des classes et qui ont été reçus aux tests organisés par le service local d'enseignement se verront attribuer des diplômes équivalant à ceux qui sont délivrés par les institutions d'enseignement de la société dans son ensemble.

 L'éducation professionnelle consiste en cours de formation technique aux divers niveaux et aux divers sujets qui sont fonction des besoins généraux de production dans les prisons et d'emploi à l'extérieur.  L'enseignement professionnel a une place majeure dans les programmes éducatifs pour les prisonniers en Chine.  Le matériel éducatif et les divers ouvrages de références sont remis gratuitement aux prisonniers.  Les enseignants sont généralement recrutés parmi des ingénieurs, des techniciens, des experts agricoles de l'intérieur des prisons et il y a en complément des techniciens et des enseignants d'école ou d'autres institutions de la société.  Les besoins sociaux et les intérêts personnels des prisonniers libérés étant pris en compte, des programmes de brève durée, d'utilité pratique et immédiate, sont au premier plan dans la formation technique et professionnelle.  Les cours sur des sujets comme la réparation des appareils ménagers, le travail des tailleurs et des couturiers, la cuisine, le travail des coiffeurs, l'élevage de la volaille, la charpenterie, la maçonnerie, l'électricité et la réparation de l'outillage agricole font acquérir  aux détenus une ou plusieurs compétences pendant leur séjour en prison et cela les prépare à trouver des emplois après leur mise en liberté.

3.  L'action sur le comportement
 En Chine, le programme de formation pour les prisonniers ne porte pas seulement sur les techniques de production mais aussi sur la correction du comportement.  On pense en Chine qu'en cas de persévérance d'un mauvais comportement, il peut finalement en résulter une évolution psychologique pernicieuse et une perpétration d'infractions.  C'est pour cela que les institutions pénitentiaires de Chine considèrent que l'action sur le comportement est un important moyen de correction des mauvaises habitudes des prisonniers et qu'elle peut aider à s'habituer à un bon comportement.  Les prisons exercent une discipline et des règles strictes.  Les prisonniers sont tenus sous contrôle dans un travail, des études et leur vie quotidienne, car il s'agit de réfréner leurs mauvais comportements, de les aider à se débarrasser de ces mauvaises habitudes et à en adopter de bonnes.  L'intention est d'amener leurs mauvais comportements à s'éliminer progressivement et à céder finalement la place à un bon comportement au fur et à mesure que le temps passe.

 La loi chinoise prévoit que les prisonniers qui adoptent une ou plusieurs des modalités suivantes de bon comportement peuvent passer pour des modèles de bon comportement et être jugés méritants et recevoir des récompenses concrètes :

 a) Se conformer aux règles disciplinaires dans la prison;
 b) Prendre en considération le collectif;
 c) Se repentir d'avoir commis une infraction et être responsable devant les lois;
 d) Prendre une part active et sérieuse à des études techniques, culturelles et politiques;
 e) Respecter le personnel enseignant et obtenir de bonnes notes dans leurs études;
 f) Prendre une part active aux activités de travail, se conformer aux règles de fonctionnement, prendre soin du bien public et faire usage sans gaspillage des matières premières;
 g) Dépasser les objectifs fixés pour la production.

 Les personnes qui font des efforts positifs pour se rectifier et témoignent de leur repentir dans leurs actions et les personnes qui ont fait des inventions ou des innovations techniques majeures dans le système de production peuvent voir leurs peines de prison commuer ou se voir mis en liberté conditionnelle par les services judiciaires.  Qui plus est, les prisonniers qui ont inventé des innovations techniques dans le système de production devraient recevoir une prime ou des subventions techniques en application des règlements de l'Etat.

 Pour guider les délinquants et les aider à adopter un bon comportement dans leur vie quotidienne, l'Etat exige de tout le personnel pénitentiaire et des enseignants qu'ils soient moralement sains et se comportent bien.  Le personnel pénitentiaire qui a en charge les délinquants juvéniles doit se consacrer ardemment à l'éducation et adopter le sérieux, la patience et la sincérité des parents à l'égard de leurs enfants, des médecins à l'égard des malades et des enseignants à l'égard des étudiants [275].

4.  Autres activités éducatives
 Indépendamment de l'enseignement en classe, il y a beaucoup d'autres activités éducatives, par exemple des séminaires, des échanges de propos, des déplacements à l'extérieur de la prison.  Le personnel pénitentiaire peut inviter des gens à faire des discours en prison, passer avec des entités pertinentes et des membres de familles des prisonniers des accords pour une assistance au sujet de l'éducation de certains prisonniers et prendre des dispositions pour que des prisonniers passent divers examens à l'extérieur, par exemple les examens d'universités qui enseignent par correspondance et des universités où est pratiquée l'auto-instruction.

 Toutes les prisons ont pour les détenus des bibliothèques et des salles de lecture avec des livres sur la politique, la culture, la littérature, la science et les techniques ainsi qu'une variété de journaux et de magazines.  Les prisonniers peuvent aussi commander des journaux et des périodiques à leurs propres frais.  Les prisons offrent souvent aux prisonniers remplissant les conditions requises l'occasion de s'adonner à des activités comme la création artistique, la rédaction d'actualités, la lecture, les conférences et des concours de rédaction d'essais.

 Beaucoup de prisons mettent à la disposition des prisonniers des enseignants spéciaux, des moyens matériels, des outils et des éléments de travail pour des classes de calligraphie, de peinture et d'autres classes d'art en vue de leurs loisirs.  Quelques prisons invitent aussi des enseignants de la société à faire des conférences à la prison.  C'est ainsi que la prison municipale de Shangai organise une exposition chaque année depuis 1983 pour y présenter 200 à 300 objets d'art réalisés par des prisonniers.  A l'automne 1990, un musée de Beijing a présenté une exposition artistique et artisanale qui a reçu un accueil favorable du public et où il y avait plus de 700 objets de prisonniers, ces objets relevaient de la calligraphie, de la fabrication de sceaux, du croquis, de la peinture à l'huile, de la peinture chinoise traditionnelle, de la gouache, du modelage, d'argile, de la sculpture de pierre, de la sculpture de jade, de la sculpture de bois, de la sculpture de racine, de la soie, de la broderie, du tissage, de la découpe du papier, etc.  Les coûts de ces programmes étaient pris en charge par les autorités des prisons.

 Beaucoup de prisons ont des troupes de spectacle composées de prisonniers qui organisent des représentations émanant des détenus eux-mêmes.

 Dans le cadre de l'effort pour éduquer et réformer les délinquants et pour animer leur vie quotidienne, les prisons de Chine publient trois journaux : Reform-through-Labour News, Blackboard News et Wall news.  Il incombe aux autorités des prisons d'indiquer ce qu'il doit y avoir dans les journaux et les prisonniers eux-mêmes procèdent à la rédaction et à la mise au point des textes, à leur reproduction et à leur édition.  A l'heure actuelle, il y a 224 000 exemplaires de Reform-through-Labour News au sein des prisons.  Ces journaux sont intéressants et pleins de renseignements, et les prisonniers en ont fait l'éloge, disant qu'ils sont de "bons enseignants et des amis serviables sur la voie de la réforme" ([47], p. 20).

C.  Moyens d'enseignement
 Les moyens d'enseignement pour les prisonniers incluent des documents politiques, culturels et techniques.

 En ce qui concerne la politique, il y a des éléments de base et des éléments d'actualité.  La documentation politique de base se reporte à des documents sur les principes fondamentaux du système politique chinois, sur les lois, la moralité, les politiques et mesures pénitentiaires.  Cette documentation est compilée par l'administration pénitentiaire nationale ou par des administrations pénitentiaires provinciales.

 En ce qui concerne la culture, la documentation varie pour répondre aux différents besoins des différents prisonniers.  Pour les prisonniers dont le niveau culturel est inférieur au niveau du premier cycle de l'enseignement secondaire sont utilisés des manuels scolaires de base composés par le Département d'Etat de l'enseignement.  Pour les prisonniers dont le niveau culturel est inférieur au niveau du deuxième cycle de l'enseignement secondaire mais supérieur à celui du premier cycle, sont utilisés des manuels de plus haut niveau composés par le Département d'Etat de l'enseignement.  Les personnes dont le niveau culturel est supérieur à celui du deuxième cycle peuvent pratiquer l'autodidaxie pour leurs études.  Ils peuvent faire un choix de documents d'études composés par le Département d'Etat de l'enseignement sur des sujets opportuns.  Les délinquants juvéniles des institutions pénitentiaires pour mineurs peuvent utiliser des manuels scolaires de base ou de niveau moyen.

 En ce qui concerne la technique, le choix des documents vise à assurer que leurs utilisateurs deviendront des membres productifs et utiles de la société.  Ces documents sont les principaux moyens d'enseignement des écoles techniques des communautés et des écoles pour travailleurs, bien que certains d'entre eux aient été composés par des sections techniques de prisons.

D.  Administration de l'éducation dans les prisons
 Le Département de l'administration pénitentiaire met en place des offices spéciaux responsables de l'éducation dans les prisons.  Ils peuvent être classés en diverses catégories selon les différents niveaux du département pénitentiaire.

 Au niveau central, il y a une section responsable, au Bureau de réforme par le travail du Ministère de la justice, de l'éducation dans les prisons.  Cette section d'éducation au niveau central est chargée de définir les politiques à suivre et les directives concernant l'éducation dans les prisons, de procéder à une coordination avec d'autres départements gouvernementaux et à assurer, au niveau national, l'orientation et la surveillance de la situation de l'éducation dans les prisons.

 Au niveau provincial, une section de l'éducation a été créée dans le bureau pénitentiaire.  Cette section est principalement chargée d'élaborer des plans d'éducation dans les prisons, d'étudier, surveiller et orienter leur mise à exécution, d'organiser la coordination avec le département de la main-d'oeuvre et le département de l'éducation et de traiter les questions qui se posent dans la province au sujet de l'éducation dans les prisons.

 Des sous-sections d'éducation sont créées dans chaque prison.  Leurs fonctions consistent à mettre à exécution le plan d'éducation, à organiser des programmes d'études qui tiennent compte des conditions réelles dans la prison et à instruire les groupes responsables de différents cours.  Les groupes qui s'occupent de cours, dirigés par la section et la sous-section de l'éducation, prennent des dispositions avec les enseignants, planifient temporellement les conférences et organisent des examens et des tests sur la base des plans d'éducation.

 Les règlements qui régissent l'éducation dans les prisons sont nombreux; ce sont par exemple les Directives sur l'administration des prisons et la Note sur le renforcement de l'éducation technique et culturelle dans les prisons.  En application de ces règlements, on a institué une série de systèmes pour avoir l'assurance que l'éducation dans les prisons est bien organisée; ces systèmes concernent notamment le personnel enseignant dans les prisons et l'administration de l'éducation dans les prisons.  Les mesures détaillées qui ont trait à l'administration de l'éducation dans les prisons se présentent comme suit :

 a) Il convient de faire assumer par un ou plusieurs membres dirigeants du personnel la responsabilité de l'éducation dans chaque prison;
 b) Parmi les enseignants, il faut qu'il y ait quelques enseignants professionnels;
 c) Des prisonniers peuvent être choisis comme enseignants techniques et culturels dans la prison;
 d) Il convient que les enseignants préparent leurs conférences;
 e) L'éducation et la recherche sont à focaliser sur la situation effective des prisonniers;
 f) Le personnel pénitentiaire devrait connaître les progrès des prisonniers dans le domaine de l'éducation en inspectant les classes et en assistant aux échanges de propos des prisonniers;
 g) Le personnel pénitentiaire devrait prendre des dispositions pour que les prisonniers se rendent dans d'autres classes et pour évaluer les progrès des prisonniers dans leur apprentissage;
 h) Il convient qu'il y ait de la discipline à la fois dans l'organisation des conférences et dans l'assistance à ces conférences et aussi qu'il y ait de l'ordre dans la salle de classe;
 i) Il faut des tests pour déterminer si un prisonnier passe au niveau de la classe supérieure ou n'y réussit pas;
 j) Il convient de prévoir des récompenses et des sanctions pour les prisonniers à propos de leurs études, etc. [212].

E.  Education de la main-d'oeuvre et liens
avec le système en dehors de la prison
 Pour que les prisonniers aient des emplois après leur mise en liberté, l'éducation dans les prisons a attaché une grande importance à la formation technique.  Divers tests sont organisés en prison au sujet des capacités de la main-d'oeuvre.  Les prisonniers qui passent avec succès les tests peuvent obtenir des certificats qui sont reconnus en société.
1.  Tests et certificats
 Les administrations pénitentiaires organisent pour les détenus des tests techniques et leur octroient les certificats correspondants.  Conformément à la Directive de la gestion administrative pénitentiaire et aux Notes sur l'amélioration de l'éducation culturelle et technique des prisonniers, deux genres de tests techniques sont à la disposition des prisonniers : le test du niveau technique et le test de promotion d'agents de maîtrise techniques.  Les prisonniers qui ont travaillé en prison pendant plus de deux ans peuvent passer le test de niveau technique.  Ceux qui ont réussi à l'examen peuvent obtenir un certificat.  Les prisonniers qui ont reçu antérieurement des certificats techniques en société ou en prison peuvent ensuite passer le test de promotion.

 Dans les organes administratifs pénitentiaires de chaque province, il y a un centre de tests.  Le centre a à s'occuper des tests techniques, par exemple à mettre au point les écrits qui servent pour les tests et il inspecte les tests au niveau provincial.

 L'éducation professionnelle est une partie majeure du programme d'éducation pour les prisonniers en Chine.  Il ressort des statistiques que plus de 561 000 prisonniers ont pris, en 1991, part à des cours de formation à diverses techniques professionnelles ([47], p. 17).  En 1993, un total de 741 000 certificats de cours de formation technique relatifs à divers niveaux de compétence technique avaient été délivrés à des prisonniers ([275], p. 192).

 Ladite formation technique et la pratique des tests ont eu un bon effet sur les dispositions pour les emplois des prisonniers après leur mise en liberté et leur retour dans la société.  Selon une enquête sur 720 ex-détenus qui avaient obtenu leurs certificats relatifs au niveau technique, 96 % d'entre eux s'étaient vus attribuer des emplois par les autorités locales peu de temps après leur mise en liberté ([47], p. 18).  Certains étaient retournés à leurs précédentes unités de production; d'autres avaient été employés par des entreprises en qualité d'experts techniques; certains autres qui s'occupaient de production ménagère, industrielle et secondaire, de construction ou d'autres métiers de service, sont devenus des travailleurs indépendants respectueux de la légalité et ils ont ainsi apporté leur contribution à la construction de la Chine.  De tels résultats sont fortement appréciés par la société qui estime que la prison est devenue "une voie spéciale pour fournir des travailleurs qualifiés à la société" ([275], p. 192).

2.  Emploi et éducation en vue de la réinsertion sociale
 Le Gouvernement chinois prête beaucoup d'attention à s'assurer que les détenus reçoivent une éducation préalable à leur mise en liberté.  Les prisonniers qui ont fait la quasi-totalité de leur temps de prison sont envoyés dans l'équipe de libération qui prend alors en charge le prisonnier et l'éducation préalable à la mise en liberté.  Les intéressés purgent le reste de leur peine de prison dans cette équipe.  Ladite équipe fait un bilan général de la prestation des prisonniers au cours de leur réforme en prison et, tenant compte de la situation effective de chacun, elle dispense une éducation supplémentaire qui est nécessaire pour consolider l'acquis de la réforme.  Les membres dirigeants du personnel des organes locaux d'administration, les autorités fiscales et les départements commerciaux et industriels ainsi que ceux de la main-d'oeuvre et de l'emploi sont invités à parler aux prisonniers.  Ils expliquent systématiquement les progrès sociaux récents, les lois et les politiques en vigueur, les tendances de l'emploi, etc., et ils apprennent aux prisonniers comment respecter les lois et se comporter correctement, les meilleurs moyens de traiter les problèmes pratiques qu'ils sont susceptibles d'avoir et les façons de s'occuper des situations dans la vie quotidienne, par exemple vivre seuls ou avec les membres de leur famille, s'occuper de relations conjugales et chercher un emploi.

 Les prisons invitent souvent des prisonniers modèles réformés qui ont retourné leur vie à parler de leur propre expérience.  Cette action concourt de façon très positive à renforcer la confiance des prisonniers dans la réforme.  Si les conditions le permettent, les autorités pénitentiaires peuvent prendre des dispositions pour faire aller les prisonniers, dont le comportement est bon, s'instruire dans des endroits ou des entreprises qui les intéressent ou leur octroyer des congés spéciaux afin qu'ils puissent vivre avec leur famille pendant les congés.  Cela leur permet de voir comment progresse la société et d'avoir le sentiment qu'ils sont encore membres de la société et devraient y retourner dès que possible pour participer à la campagne de modernisation du pays.  Les prisonniers libérés, après avoir purgé leur peine, retournent principalement là où ils avaient l'habitude de vivre avant d'être emprisonnés ou bien aux endroits où vivent leurs familles.  Ceux qui étaient à l'école quand ils ont été arrêtés sont autorisés à retourner à l'école ou à passer dans une école d'un niveau supérieur.

 Pour assurer la réussite de la réadaptation des prisonniers mis en liberté et pour les empêcher de commettre à nouveau une infraction, les gouvernements locaux coordonnent les efforts des départements concernés, de la société dans son ensemble ainsi que des membres de leur famille afin d'apporter en permanence une assistance pour leur éducation.  Pour ceux qui ont un travail, les firmes qui les emploient devraient prendre contact avec les syndicats et les ligues de la jeunesse pour créer un groupe d'assistance qui les aide.  Ceux qui n'ont pas d'emploi peuvent obtenir une aide des comités et des départements pertinents du voisinage.  Les autorités citadines ou villageoises sont notamment chargées de s'occuper d'une éducation permanente des gens mis en liberté qui s'installent sur leur territoire.  Des conseillers sont par exemple désignés pour eux.  Ceux qui se conduisent bien sont rapidement félicités et encouragés à continuer à faire des progrès; ceux qui ont fait des erreurs se voient adresser des critiques sincères et une assistance pour les corriger.  Ceux qui sont susceptibles de commettre à nouveau des infractions sont mis en garde contre les graves conséquences de la criminalité qui fait du tort aux victimes, à la société ainsi qu'à eux-mêmes.

F.  Effets de l'éducation dans les prisons
 En ce qui concerne la réforme des prisonniers, la Chine s'appuie dans son action sur ce principe que l'éducation est très importante.  L'autorité pénitentiaire compétente attache une grande importance au travail corporel en plus de l'éducation technique, culturelle, morale et juridique, le but étant d'encourager les prisonniers à réfléchir en termes de réforme de conscience, à renoncer à l'idée d'obtenir des avantages personnels par des moyens qui relèvent de la criminalité, à apprendre à respecter autrui et la société en général et à acquérir les capacités professionnelles nécessaires pour être ensuite employés afin qu'ils puissent devenir des citoyens respectueux des lois.  De l'autorité centrale administrative du secteur pénitentiaire jusqu'aux prisons locales, il y a beaucoup d'instituts ou de services de recherche qui se spécialisent dans des questions concernant le redressement des prisonniers et notamment l'éducation dans les prisons.  Des statistiques comme celles qui sont présentées ci-après ont montré que l'application dans la pratique des principes mentionnés ci-dessus a eu pour résultat de faire bénéficier la Chine d'un grand succès dans la réforme pénale.

 Le nombre des détenus qui ont un niveau d'éducation inférieur à celui de l'école primaire est tombé de 65 à 5,3 % et le nombre de ceux qui ont une éducation égale ou supérieure à celle du premier cycle de l'enseignement secondaire a sensiblement augmenté.  Selon le droit pénal chinois, les personnes qui commettent une infraction et qui ont à purger une peine de moins de trois ans de prison avant leur mise en liberté et celles qui se rendent coupables d'activités contre-révolutionnaires à tout moment après avoir purgé leur peine motivée par de telles activités doivent être considérées comme des récidivistes ([47], p. 17).  Selon une enquête par sondage faite dans plusieurs grandes villes, il y a eu en moyenne 83,4 % des prisonniers mis en liberté qui se sont installés à Beijing entre 1983 et 1990, et ce pourcentage est monté jusqu'à 90,2 % en 1988.  Le taux moyen correspondant a été de 79 % à Shangai entre 1982 et 1986 et de 85 % à Tianjin ces dernières années ([47], p. 32).

 Au cours des 40 dernières années, la Chine a acquis une grande quantité d'expériences précieuses en s'occupant de réformer les délinquants par le moyen du travail.  Beaucoup de prisonniers se sont débarrassés de leurs mauvaises habitudes grâce à la réforme carcérale, ils ont élaboré une meilleure vision de la vie et ils ont appris à respecter les autres gens et la société ainsi qu'à assurer leur propre contrôle et à se conformer à la loi.  Beaucoup d'entre eux ont eu leur peine réduite et ils ont été mis en liberté sous condition parce que leur comportement pendant leur séjour en prison était excellent.  Certains de ceux qui sont revenus dans la société après avoir purgé leur peine sont devenus des ingénieurs, des directeurs d'usine et des dirigeants.  Un petit nombre de ces gens sont même devenus des travailleurs modèles.

 Un jeune de la ville de Shenyang était condamné à une peine de prison parce qu'il avait pris part à un vol de bande organisée.  Or, tout en purgeant sa peine, il a positivement accepté la réforme et participé de façon active aux classes organisées par la prison.  Après avoir été remis en liberté, il a passé son examen d'entrée à l'école supérieure et, par la suite, il a même été admis en qualité de diplômé à l'Université industrielle de Harbin où il a obtenu un diplôme de titulaire d'une maîtrise es lettres.

 Un autre prisonnier, qui était à la prison de Guizhou et qui a pris au sérieux l'éducation morale et juridique, a maîtrisé ses mauvaises habitudes pendant son incarcération.  Depuis qu'il a fini de purger sa peine, il est devenu un homme bien élevé et respectueux des lois.  Il a durement travaillé et il a gagné la confiance des masses qui l'ont élu à la tête d'un village modèle et comme député au Congrès populaire municipal et comme membre du Comité de comté de la Conférence consultative politique.

 Les faits ont montré que l'éducation dans les prisons peut réduire le taux de récidivité et, par voie de conséquence, le taux de criminalité.  Le taux de récidivité en Chine est un des plus bas du monde.  Depuis de nombreuses années, il a été de 6 à 8 %.  Dans la population chinoise, il y a environ deux habitants sur 1 000 qui commettent des infractions en cours d'année et cette incidence est une des plus basses du monde ([47], p. 3).

 En conclusion, l'éducation dans les prisons a joué un rôle positif dans le redressement des prisonniers et dans la stabilité sociale de la Chine.  C'est une partie indispensable de l'éducation nationale et un des droits fondamentaux des prisonniers.  C'est également une des mesures utiles prises par les autorités pénitentiaires pour aider les prisonniers à se réformer.



© United Nations and UNESCO-Institute for Education
 
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   A. Exposé succinct du système éducatif en Chine
            1. Enseignement primaire
            2. Enseignement secondaire
            3. Education professionelle
            4. Enseignement supérieur
            5. Education des adultes
  B. Formes d'éducation de base dans les prisons
            1. Education morale et juridique
            2. Education culturelle et professionnelle
            3. L'action sur le comportement
            4. Autres activités éducatives
  C. Moyens d'enseignement
  D. Administration de l'éducation dans les prisons
  E. Education de la main-d'oeuvre et liens avec le système
       en dehors de la prison
            1. Tests et certificats
            2. Emploi et éducation en vue de la réinsertion sociale
  F. Effets de l'éducation dans les prisons