EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS
 TROISIEME PARTIE:  ETUDES DE CAS 
 
 XII. EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS A SRI LANKA
  D.S. Senanayake
  A. Education et niveaux d'alphabétisation
  B. La portée et la méthodologie de l'étude
  C. Profil des délinquants 
            1. Anallyse des types d'infractions
            2. Age et niveau d'éducation
            3. Race, religion et situation matrimoniale
            4. Emploi et revenu mensuel avant la détention
            5. Milieu social et familial

  D. Cours de formation théorique et professionnelle offerts
       dans les prison et dans les établissements pénitentiaires
            1. Classes d'alphabétisation
            2. "Communication" - publication mensuelle
                 des prisonniers
            3. Formation professionnelle
  E. Liens avec le monde extérieur
            1. Contact au niveau de l'établissement
            2. Rapports avec le Sarvodaya Women's Front
            3. La réinsertion
  F. Bibliothèques et loisirs
  G. Education artistique
  H. Education et pratiques religieuses dans les prisons
  I. L'éducation de base et la formation professionnelle
     dans les prisons sri-lankaises
            1.Contraintes
            2. Le cadre juridique
            3. Progrès concernant la mise en oeuvre des programmes
                d'éducation dans les prisons
  J. Conclusions
            1. Alphabétisation
            2. Formation proffessionnelle
            3. Service communautaire
            4. Suivi et assistance postpénale  


XII.  EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS A SRI LANKA
 D. S. Senanayake
 A.  Education et niveaux d'alphabétisation

 Dans la tradition sri-lankaise, l'éducation est un droit que chaque citoyen acquiert à la naissance et, tout au long de l'histoire du Sri Lanka, la population a accordé une grande importance à l'alphabétisation et à l'éducation par le passé.  Les centres consacrés à l'instruction ("pirivenas"), dirigés par les moines bouddhistes, bénéficiaient de la protection de l'Etat et de l'appui de la population.  Un des objectifs de la Constitution sri-lankaise est d'éliminer complètement l'analphabétisme et de garantir à toute personne le même droit d'accéder à tous les niveaux d'éducation.  A la suite de l'introduction du suffrage universel en 1931, l'enseignement de masse est devenu une priorité politique.  Dans son rapport, le Comité spécial sur l'éducation [234] a recommandé la création d'un système éducatif offrant à tous les mêmes possibilités afin que "chacun, même les plus humbles, puisse parvenir aux postes les plus élevés de la vie sociale, économique et politique, pourvu qu'il possède les aptitudes nécessaires".  Pour cela, le Comité spécial a proposé que "l'enseignement soit gratuit à tous les niveaux - de l'école primaire à l'université".  Ces propositions ont été mises en oeuvre progressivement par les gouvernements successifs, ce qui a permis de faire passer le taux d'alphabétisation de 57,8 % en 1946 à 86,5 % en 1981 [235].

 Selon un recensement national et d'autres enquêtes effectuées dans le pays, les taux d'alphabétisation sont relativement élevés pour un pays en développement ayant un faible revenu national par habitant.  Une enquête réalisée en 1990 par la National Association for Total Education, dans laquelle chaque membre du groupe cible - 14 002 personnes âgées de 15 ans et plus venant de huit provinces de Sri Lanka - a été soumis à un test relativement fiable sous la forme d'un exercice pratique de lecture et d'écriture, a montré que le taux d'alphabétisation était de 90 % dans les zones urbaines (92,6 % des hommes et 87,3 % des femmes, respectivement), 81,9 % dans les zones rurales (85,5 % et 78,3 %), et 67,5 % parmi les employés dans les plantations (79,6 % et 54,7 %) avec un taux moyen de 83 %.  La majorité des analphabètes n'avaient jamais été scolarisés et aucun d'entre eux n'avait dépassé la quatrième année scolaire.  Ces résultats ont donc permis de conclure que l'alphabétisme fonctionnel nécessitait plus de quatre ans de scolarité.

 B.  La portée et la méthodologie de l'étude

 La présente étude devait évaluer, dans une ou plusieurs prisons, les besoins en matière d'apprentissage, les activités éducatives et leurs effets démontrables, ainsi que les conditions pratiques nécessaires pour assurer l'éducation de base en l'intégrant éventuellement à l'enseignement professionnel.

 Une équipe de recherche a été formée avec l'entière collaboration du centre de réinsertion de Samodaya Seva)(*1), qui a vu le jour en 1984 en tant que service spécialisé de la Lanka Jatika Sarvodaya Shramadana Sangamaya,  organisation non gouvernementale de développement qui s'occupe de la réinsertion des jeunes délinquants et des personnes condamnées pour des délits mineurs qui lui sont envoyés par divers tribunaux.

 Des discussions ont été organisées avec le directeur adjoint de l'administration pénitentiaire, le commissaire adjoint aux prisons, l'agent d'action sociale de la prison de Welikada, le responsable des services de probation et de soins infantiles de la Province occidentale et un ancien directeur de l'administration pénitentiaire, afin de préparer l'étude.

 Deux séries de questionnaires ont été préparées, l'une pour les entretiens avec les détenus de l'échantillon choisi et l'autre pour la collecte des informations utiles concernant les prisons et les établissements pénitentiaires sélectionnés.

 Le questionnaire destiné au groupe cible a été conçu pour obtenir des informations sur le milieu socio-économique et familial, les niveaux d'alphabétisation et d'instruction, les talents particuliers, les compétences techniques ou professionnelles, les raisons ayant abouti à la détention et certains éléments personnels importants.

 Le questionnaire concernant les établissements recherchait des informations concernant le nombre des détenus hommes et femmes, la nature des programmes d'alphabétisation et des cours de formation professionnelle avec le nombre des participants, l'enseignement artistique, les éducateurs et leurs sources de formation, le matériel utilisé, le financement, les bibliothèques, les centres extérieurs de formation professionnelle, l'instruction et les pratiques religieuses, les événements culturels, l'évaluation des progrès réalisés dans les divers programmes, les services de suivi et d'assistance postpénale ainsi que les facteurs qui empêchent la bonne marche des programmes.

 Les autorités ont examiné de près les questionnaires pour voir si les informations demandées n'empiétaient pas sur les droits des détenus et l'anonymat a été accordé à ceux qui le souhaitaient.  Les autorités n'ont pas cherché à supprimer des informations révélant des insuffisances du système.  Elles considéraient qu'une telle étude pourrait contribuer à une certaine amélioration du système d'éducation de base et y ont apporté à cet effet toute l'assistance possible.

 Les résultats de l'analyse des réponses obtenues grâce aux questionnaires sont présentés ci-dessous.

Choix de l'échantillon

 Le Département pénitentiaire comporte 10 prisons, sept camps de travail forcé, six centres de détention provisoire, trois camps de prisonniers à régime ouvert, deux centres pénitentiaires pour jeunes délinquants, un centre de formation pour jeunes délinquants et un centre de placement à l'extérieur [237].  La prison de Welikada est de loin l'établissement le plus grand, avec plus d'un tiers de tous les condamnés et environ un quart des personnes en détention provisoire.

 L'équipe de recherche a conclu qu'on pouvait obtenir un échantillon assez représentatif de la population carcérale totale à partir de celle de la prison de Welikada, compte tenu du fort pourcentage de condamnés qui y sont détenus.  Un échantillon de 10 % constitué au hasard sur les 650 détenus purgeant une peine de deux ans ou plus a donc été utilisé pour l'enquête.

 Toutefois, étant donné que l'étude porte sur l'éducation de base, il a été jugé utile d'étendre l'enquête aux maisons d'arrêt relevant du Département pénitentiaire et à trois écoles dirigées par le Département chargé de la probation et des services de soins infantiles.  Au total, l'échantillon comportait donc 103 personnes sur 933 détenus dans sept établissements différents.

C.  Profil des délinquants
1.  Analyse des types d'infractions
 Parmi les détenus de l'échantillon, 29,2 % avaient été reconnus coupables de meurtre et d'homicide, 10,7 % d'abus de drogue et de vente illicite de drogues dangereuses, 8,7 % de vols et 1,94 % de prostitution et de délits contre nature.  Les 23,3 % des détenus inculpés de vagabondage et de conduite irréparable étaient incarcérés dans des établissements de redressement ou des maisons d'arrêt.

 Selon le rapport du directeur de l'administration pénitentiaire pour 1990 [237], étaient à l'origine de la majorité des condamnations les délits liés aux stupéfiants (47,1 %) contre 5,3 % seulement en 1981.  Les délits liés aux stupéfiants et à la fraude fiscale (y compris la vente d'alcools illicites) représentaient 70,3 % du total des condamnations en 1991 contre 63 % en 1990.  Il est donc évident qu'il faut renforcer l'éducation préventive contre l'abus de drogues et d'alcool dans le pays.

2.  Age et niveau d'éducation
 Dans les établissements de réinsertion et les maisons d'arrêt, seuls trois des détenus de l'échantillon n'appartenaient pas au groupe d'âge des 16 à 25 ans.  Dans la prison de Welikada, 10 % des détenus étaient âgés de 16 à 25 ans, 25 % de 26 à 35 ans, 18 % de 36 à 45 ans et seulement 5 % de 46 à 55 ans; aucun détenu n'avait plus de 55 ans.

 En ce qui concerne le niveau d'éducation, mesuré en fonction de la fréquentation scolaire, 13,6 % des détenus de l'échantillon n'avaient jamais été scolarisés, 15,5 % auraient fait un à trois ans d'école, et 46,6 % de l'échantillon avaient étudié sept ans ou plus.

3.  Race, religion et situation matrimoniale
 Les Cingalais, les Tamouls et les communautés musulmanes constituaient respectivement 79,9 %, 13,6 % et 6,8 % de l'échantillon, ce qui correspondait à peu près à leur distribution dans le pays.

 Sur le plan de la religion, 72,8 % étaient bouddhistes, 8,7 % hindous, 10,7 % chrétiens (protestants et catholiques) et 5,8 % musulmans.

 Pour ce qui est de l'état civil, 59,2 % étaient célibataires, 33 % étaient mariés et 4,9 % vivaient en union libre.

4.   Emploi et revenu mensuel avant la détention
 Divers emplois ont été indiqués dans l'enquête, dont 24,3 % dans le commerce et l'agriculture.  Les emplois nécessitant une certaine compétence (menuisier, maçon, chauffeur, technicien, etc.) représentaient 14,4 %.  25,2 % ont déclaré un revenu mensuel supérieur à 2 000 roupies, équivalant à 40 dollars des Etats-Unis, qui marque le seuil de pauvreté, mais on ne peut pas être certain de l'exactitude de ces données.
5.  Milieu social et familial
 La majorité des détenus de l'échantillon (63,1 %) venaient de villages, 28,2 % de villes et 4,9 % de bidonvilles; 24,3 % habitaient chez des parents, 8,7 % dans des pensions, 13,6 % chez leurs employeurs en tant que domestiques et seulement 9,7 % avaient leur propre logement.  Une grande proportion (39,8 %) n'a pas voulu fournir de renseignements concernant leur lieu de résidence.  Toutefois, 82,5 % ont affirmé qu'ils savaient déjà où ils pouvaient loger après leur libération.

 Dans 46,6 % des cas, les détenus ont déclaré que leurs deux parents vivaient ou avaient vécu ensemble, ce qui reflète une certaine stabilité dans la famille, et 43,7 % avaient au moins un parent qui était encore en vie.  Dans 46,6 % des cas, la famille ne comportait pas plus de cinq membres et au moins huit dans 24,3 % des cas.

 La capacité de lire et d'écrire de la mère, du père et des autres membres de la famille, d'après les déclarations des détenus de l'échantillon, est évaluée à 76,6 %, 63,1 % et 76,6 %, respectivement.  Il est difficile de déterminer si ces pourcentages concernent le niveau d'alphabétisation fonctionnelle.
 

D.  Cours de formation théorique et professionnelle offerts dans les prisons et dans les établissements pénitentiaires
1.  Classes d'alphabétisation
 Des cours sont régulièrement organisés dans la prison de Welikada, dans les trois établissements de Rammutugala, Makola et Hikkaduwa, et dans les deux maisons d'arrêt de Kottawa et de Baddegama.  En général, il s'agit de cours de trois heures par jour, trois fois par semaine, regroupant 40 élèves en moyenne.  Dans la prison de Welikada, des cours d'alphabétisation sont organisés séparément pour les hommes et pour les femmes par des professeurs bénévoles choisis par le Département de l'éducation.  Le programme actuel a été lancé en 1987 à l'initiative de la Division chargée de l'éducation non classique du Ministère de l'éducation, à la demande des autorités pénitentiaires.

 Sur les 54 femmes suivant les cours, 18 purgeaient des peines de longue durée.  Quarante d'entre elles n'avaient jamais été scolarisées et étaient totalement analphabètes.  Elles ont affirmé qu'elles tenaient à s'instruire estimant que l'analphabétisme et la pauvreté avaient contribué à leur situation.  L'enseignant a constaté que, grâce à leur enthousiasme, ces femmes avaient appris assez vite à lire des listes de noms et à écrire une courte lettre ou un télégramme.

 Des cours d'alphabétisation en anglais sont également organisés dans la prison de Welikada par la Prisoners' Welfare Association (Association d'aide aux prisonniers).  Il a souvent été difficile de trouver des enseignants qualifiés et un nombre de détenus se sont portés volontaires.  Le dernier d'entre eux, qui avait été officier dans l'armée avant d'être condamné à 20 ans de prison et qui avait un très bon niveau d'anglais, a assuré à lui seul le cours pendant plusieurs années.  Certains de ses étudiants ont passé avec succès des examens officiels et, en reconnaissance de son dévouement, ils ont prélevé une part de leurs rémunérations pour la lui offrir en cadeau au moment de sa sortie.  Il refusa l'argent mais accepta un crucifix en bois portant comme inscription : "Ceux qui rendent service à l'humanité servent Dieu."

2."Communication" - publication mensuelle des prisoners
 Le dixième anniversaire de Communication, publication mensuelle considérée comme étant la première à être publiée par des prisonniers, a été célébré récemment, comme indiqué dans le numéro 113 de juillet 1993.

 Elle contient des poèmes, des articles de fond et un courrier des lecteurs sur diverses questions, y compris la vie en prison.  Les détenus déplorent souvent les actes qui les ont menés en prison.  La revue encourage la liberté d'expression et apporte un réconfort à un grand nombre de ses lecteurs.  La rédaction est assurée par du personnel des prisons et le financement nécessaire a été fourni par un éditeur norvégien.  Elle est tirée à 750 exemplaires environ.

 3.  Formation professionnelle
 Les détenus ayant des dispositions pour des métiers tels que la menuiserie, la maçonnerie, le travail des métaux, la couture, la boulangerie, le tissage, la coiffure et la confection de robes de mariées peuvent obtenir la formation nécessaire.  Une formation est également assurée dans les domaines suivants : fabrication de brosses, tissage de nattes, tissage de tapis de coco, polissage de meubles, etc.  Toutefois, cette formation n'apporte qu'un enrichissement personnel puisqu'elle n'aboutit généralement pas à un niveau de qualification permettant d'accéder à un emploi.  Elle se traduit donc simplement par un travail important en cours de détention.

 Les détenus qui suivent les cours de formation professionnelle et les programmes de travail manuel n'obtiennent pas de diplômes comparables à ceux délivrés à l'extérieur de la prison dans le cadre de l'enseignement classique ou d'un autre type d'enseignement.

 Le personnel du Département pénitentiaire comprend des enseignants dans certaines disciplines professionnelles.  Par ailleurs, il est souvent fait appel à des prisonniers compétents pour assurer une formation aux autres détenus qui le souhaitent.

 Les établissements de redressement et les maisons d'arrêt offrent une formation en maçonnerie, menuiserie, travail du bois, travail des métaux, confection de vêtements, dentellerie, jardinage, confection de fleurs artificielles, etc.  Certains des enseignants sont des bénévoles étrangers (japonais) attachés à un établissement particulier pour une période de deux ans.

 Un projet spécial financé par la Banque mondiale et dirigé par l'Institute for Construction Training and Development (Institut s'occupant de formation et de développement) est en cours depuis 1991 à l'établissement de redressement pour filles de Rammutugala, où 20 détenues suivent des cours de menuiserie et 30 ceux de confection de vêtements.  Un dossier est établi pour chaque participante, dans lequel sont évalués la qualité du travail, l'intérêt, le comportement et l'esprit d'initiative suivant une notation de 1 à 4.  Celles qui suivent assidûment le cours de confection ont la possibilité de poursuivre leur formation sur les machines Juki et d'acquérir une qualification suffisante pour rechercher un emploi à leur sortie de prison.

 Le tableau ci-dessous présente une analyse des différentes activités de formation professionnelle offertes dans les prisons et dans les établissements de redressement de l'échantillon examiné.

 Sur les 103 détenus interrogés, plus de la moitié ont demandé une formation supplémentaire, 24,3 % souhaitant avoir de nouvelles installations pour la formation manuelle et technique, 19,4 % demandant un enseignement artistique et 11,7 % des cours d'alphabétisation.  Les ressources financières étant limitées, ces demandes risquent de ne pas être satisfaites.  Environ 35 % n'ont émis aucun commentaire et 9,7 % se sont déclarés satisfaits.

 E.  Liens avec le monde extérieur
 1.  Contact au niveau de l'établissement
 Dans l'établissement de redressement pour garçons de Makola, deux cours de formation en matière d'installation électrique et de soudure admettent également 10 filles du quartier (non détenues) à titre expérimental.  Parallèlement, cinq détenus sont envoyés dans des écoles du quartier pour poursuivre leurs études secondaires.  L'établissement de Hikkaduwa procède de la même manière.  Outre les détenus, neuf personnes venant de l'extérieur et appartenant au même groupe d'âge suivent le cours de travail des métaux et 24 celui d'électricien.  Ces contacts avec l'extérieur préparent les détenus à se réinsérer dans la société et à trouver plus facilement un emploi à la sortie.
2. Rapports avec le Sarvodaya Women's Front
 Les autorités de la maison d'arrêt de Baddegama ont établi des liens étroits avec le Centre de formation du Sarvodaya Women's Front situé à Heenatigala pas loin de la maison d'arrêt, afin d'offrir une formation intégrée à certaines détenues.  Ce programme fonctionne depuis 1991 et chaque groupe doit suivre un cours de six mois tout en internat à Heenatigala, puis passer une période d'essai en cours d'emploi, également de six mois.  Les personnes sélectionnées répondent à plusieurs critères : moins de 25 ans; célibataires; sans parents; pas plus de trois récidives; capables de lire et d'écrire; ayant si possible déjà terminé la cinquième année d'études scolaires; en bonne santé physique et mentale et une conduite satisfaisante dans la maison d'arrêt.  Celles qui ont des aptitudes ou un penchant pour la couture, la cuisine, la coiffure ou le jardinage ont la priorité.  Les jeunes filles venant d'établissements de redressement sont également admises; il n'existe aucune distinction fondée sur le milieu social d'origine, la race ou la croyance.  Outre les sujets de base, une formation est assurée en matière d'éducation sanitaire, d'alphabétisation, de danse orientale et de travail manuel.
 
Cours de formation professionnelle offerts dans les prisons et les établissements de redressement: 
 Nombre de participants
Prison de Welikada Etablissement de redressement de Rammutugala Etablissement de redressement de Makola  Etablissement de redressement de Hikkaduwa  Maison d'arrêt de Rammutugala Maison d'arrêt de Kottawa  Maison d'arrêt de Baddegama 
Cours H/F H/F H/F H/F H/F H/F H/F
Boulangerie 30/  - - - - - -
Blanchisserie  22/ - - 6/ - - -
Imprimeri 28/ - - - - - -
Travail desmétaux 105/ - - 10/ - - -
Menuiserie 136/ 20/ 16/ - - - -
Confection de vêtements 98/ /30 - - /8 - /41
Mécanique 5/ - - - - - -
Fabrication de brosses 118/ - - - - - -
Fabrication des Savon 23/ - - - - - -
Tissage de nattes 37/ - - - - - -
Tissage de tapis de coco 11/ - - - - - -
Maçonnerie 18/ - 20/ - - - -
Vernissage de meubles 10/ - - - - - -
Travail du rotin 8/ - - - /5 - -
Elevage - /4 - - - - -
Agriculture et jardinage - /50 - - - 25/ -
Plomberie 6/ - - - - - -
Electricité 4/ - - /4 - - -
Installations électriques - - 15/ - - - -
Soudure - - 10/ - - - -
Dentellerie - - - - /4 - /5 
Confection 
de fleurs artificielles
- - - - - -  /8 
 Note : Données fondées sur des informations fournies par les établissements.  Certains détenus suivent plus d'un cours à la fois.
A la fin des six mois de formation en établissement, une évaluation est effectuée, à laquelle assiste un fonctionnaire du Département responsable des services de probation et de soins infantiles.  Celles qui ont terminé le cours de formation ont manifesté des changements indéniables dans leur attitude envers la société.  Sur un total de 28 personnes, 25 ont déjà un travail indépendant ou salarié.  Le coût total des six mois de formation a été évalué à 8000 roupies (180 dollars des Etats-Unis) par personne, y compris les salaires des formateurs.

 L'agent de probation chargé de la maison d'arrêt de Baddegama, en service depuis plus de 25 ans, a fait l'éloge de cette expérience en matière de formation qu'il considère comme étant une des rares expériences réussies.  Elle pourrait être facilement reproduite dans d'autres établissements de redressement ou par des organisations non gouvernementales dotées des moyens et de l'expérience nécessaires.

3.  La réinsertion
 Un grand nombre d'insurgés, jeunes pour la plupart, étaient gardés dans des maisons d'arrêt spéciales pendant qu'on enquêtait sur leurs activités criminelles.  Le degré de responsabilité de certains d'entre eux était minime.  Un département spécial a été créé pour offrir aux détenus une variété de programmes de formation théorique, professionnelle et spirituelle, durant la longue période de détention provisoire.  A l'exception de ceux qui étaient inculpés par des tribunaux pour diverses infractions, les détenus étaient envoyés par groupes dans des temples, bouddhistes en particulier, passer les trois derniers mois de détention à effectuer des travaux communautaires, à suivre des programmes d'orientation et à se livrer à des activités spirituelles.  Leurs progrès après la sortie étaient suivis de près par des fonctionnaires formés, dont plusieurs travaillaient dans le domaine de l'orientation.
 F.  Bibliothèques et loisirs

 Les prisons sont dotées d'une bibliothèque et la lecture est encouragée.  La bibliothèque mobile du conseil municipal de Colombo fournit des livres à celle de la prison de Welikada.  Des journaux et des périodiques sont également distribués.

 Deux clubs de l'UNESCO fonctionnent dans les prisons de Welikada et de Bogambara.  Les responsables sont choisis parmi les détenus.  Les postes de télévision et de radio reçus en cadeau sont utilisés par les membres, qui participent à l'organisation des activités religieuses, sociales et culturelles dans les prisons ainsi qu'aux campagnes de don de sang et de bienfaisance.

 G.  Education artistique

 Dans la prison de Welikada, des possibilités sont offertes à ceux qui manifestent l'intérêt et le talent nécessaires pour poursuivre des études d'art, de danse orientale et d'art dramatique.  De même, certains établissements de redressement disposent de possibilités limitées utilisées par quelques détenus.

 La prison de Welikada a une troupe de danseurs kandyens (constituée de 20 membres) qui a donné des spectacles à plusieurs occasions nationales et à titre privé.  Outre l'intérêt suscité, ces représentations ont constitué une source de revenu pour le Département pénitentiaire.

 Une sélection d'oeuvres artistiques (tableaux) réalisée par des détenus a été présentée dans le cadre d'expositions organisées sur différents thèmes.  Pendant le festival annuel de Wesak, où des peintures murales illuminées illustrant certains aspects des "Jataka" (naissances antérieures de Bouddha) sont exposées dans diverses parties de la ville de Colombo, la peinture qui se trouve près de la prison de Welikada et qui est réalisée par les détenus attire les foules.  Cette exposition annuelle exige plusieurs mois de travail d'équipe pendant lesquels les autorités pénitentiaires apportent l'encouragement et l'appui nécessaires.

 H.  Education et pratiques religieuses dans les prisons

 Le développement moral, mental et spirituel des détenus bénéficie de beaucoup d'attention et d'appui de la part des autorités pénitentiaires ainsi que de nombreuses organisations religieuses et de bénévoles.

 Sermons Dhamma (bouddhistes), activités du jour de la pleine lune (campagnes Sil, offrandes religieuses), aumônes, services chrétiens, écoles du dimanche et classes de méditation font partie des divers programmes organisés pour l'épanouissement spirituel.  Des lieux de culte sont assurés pour toutes les confessions dans la prison de Welikada.  Les sermons délivrés par des prêtres ou des laïcs de renommée sont souvent écoutés par des détenus de diverses croyances, favorisant l'harmonie religieuse.

 Les autorités pénitentiaires autorisent des bénévoles à donner des cours de Dhamma aux détenus bouddhistes, permettant à certains d'entre eux de participer avec succès à des examens publics organisés par l'Association des jeunes bouddhistes.  De telles possibilités sont également offertes aux prisonniers ayant d'autres croyances.

 Ces activités permettent aux détenus de maintenir les pratiques qu'ils exerçaient avant leur détention.  Selon les informations recueillies, 85,4 % d'entre eux se rendaient régulièrement à un lieu de culte (temples, églises ou mosquées).  Le fait de leur offrir la possibilité de poursuivre dans une certaine mesure leurs pratiques religieuses a un effet thérapeutique et facilite leur réinsertion.

 Cela est conforme au rapport de 1981 du Comité de réforme pénitentiaire selon lequel les établissements pénitentiaires devraient chercher à minimiser toute différence entre la vie en prison et la vie en liberté qui tend à réduire le degré de responsabilité des prisonniers ou le respect qu'on leur doit en tant qu'êtres humains.

I.  L'éducation de base et la formation professionnelle dans les prisons sri-lankaises
1.  Contraintes
 L'encombrement excessif des prisons dû au nombre considérable de personnes en détention provisoire a une incidence sur de nombreux programmes.  Pour imaginer l'ampleur du problème, il suffit de savoir que pour 4 195 personnes condamnées il y avait dans les prisons, en moyenne journalière, 6 287 détenus à titre provisoire durant la période 1982 à 1991 [238].

 La proportion de délinquants condamnés à des périodes de moins de six mois ou d'un an était de 27,38 % et de 51,52 % respectivement, pendant la période 1987-1991 [238].  Même s'il est planifié de manière systématique, un cours d'alphabétisation ne peut pas aboutir à d'importants résultats au bout de six mois, encore moins un programme de formation professionnelle.

 Le manque de ressources était un des facteurs ayant abouti à la détention.  Le pourcentage de condamnés à des peines de six mois maximum pour non-paiement d'amende pour des infractions relativement mineures est passé de 24,54 % à 83,80 % de 1983 à 1991.  La ventilation indiquée par types d'infractions concerne l'infraction pour laquelle l'amende initiale était imposée.

 Les observations suivantes faites par le directeur de l'administration pénitentiaire dans son rapport pour 1990 [237] méritent d'être signalées : "La tendance générale dans le monde d'aujourd'hui est le traitement par l'intermédiaire de la communauté.  Cela signifie qu'on utilise la communauté et ses ressources aux fins de la réinsertion.  Ainsi, la communauté est chargée de surveiller ses délinquants et de les aider à devenir des citoyens respectueux des lois.  Toutefois, Sri Lanka n'a pas suivi cette tendance, comme en témoigne le nombre considérable (plus de 80 % ces dernières années) de personnes détenues pour ne pas avoir payé une amende.  Il s'agit d'une caractéristique et d'une tendance propres au Sri Lanka.  Les pénologues du monde entier préconisent que l'emprisonnement ne devrait intervenir qu'en dernier ressort, lorsque toutes les autres mesures ont échoué.  Malheureusement, le système sri-lankais semble préférer l'emprisonnement aux autres méthodes.  Preuve en est le grand nombre de personnes en détention provisoire."

2.  Le cadre juridique
 Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté par l'Assemblée générale le 16 décembre 1966 dans le cadre de la résolution 2200 A (XXI), est entré en vigueur le 3 janvier 1976.  Il a été ratifié par Sri Lanka le 28 mai 1980.  L'article 10 de ce Pacte établit ainsi les droits des prisonniers :

 "1. Toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec le respect de la dignité inhérente à la personne humaine.

 2. a) Les prévenus sont, sauf dans des circonstances exceptionnelles, séparés des condamnés et sont soumis à un régime distinct, approprié à leur condition de personnes non condamnées;

  b) Les jeunes prévenus sont séparés des adultes et il est décidé de leur cas aussi rapidement que possible.

 3. Le régime pénitentiaire comporte un traitement des condamnés dont le but essentiel est leur amendement et leur reclassement social.  Les jeunes délinquants sont séparés des adultes et soumis à un régime approprié à leur âge et à leur statut légal."

 3.  Progrès concernant la mise en oeuvre des programmes
 d'éducation dans les prisons
 En dépit de conditions défavorables, certains progrès ont été réalisés au cours des dernières années dans le sens prévu par le Pacte susmentionné.

 L'enseignement dans les prisons n'est pas exigé par la loi et les prisonniers n'ont pas de droits à cet égard.  Toutefois, le processus de réinsertion dans la société nécessite un certain degré d'alphabétisation et de compétences professionnelles, et les autorités des différentes prisons assurent des programmes à cet effet avec l'aide notamment de la Prisoners' Welfare Association (association apportant une aide sociale aux détenus).

J.  Conclusions
 1.  Alphabétisation
 On pourrait effectuer périodiquement une enquête d'évaluation des besoins, du moins dans les principales prisons, et planifier les cours d'alphabétisation fonctionnelle en conséquence.  Cette initiative pourrait être prise par le Ministère de l'éducation avec la participation active d'organisations non gouvernementales travaillant dans ce domaine.

 Une formation en cours d'emploi devrait être régulièrement assurée aux enseignants, personnels pénitentiaires et travailleurs bénévoles, leur permettant de se recycler et de préparer le matériel didactique.  Une certaine compensation financière les aidant au moins à couvrir les frais de transport de plus en plus élevés est fortement souhaitable.  Un salaire mensuel calculé sur la base du nombre total d'heures de travail faciliterait grandement le recrutement d'un personnel compétent.

 Il faudrait motiver les détenus en ne limitant pas leur participation aux cours aux heures de loisirs et en cherchant à atteindre un certain niveau de résultats sanctionné par un examen passé à l'extérieur.  Une certaine forme d'attestation des résultats constituerait une incitation considérable, en particulier pour ceux qui n'ont jamais été à l'école.

2.  Formation professionnelle
 Plusieurs institutions s'occupent de formation professionnelle à Sri Lanka.  Les collèges techniques relevant du Ministère de l'enseignement supérieur, l'autorité nationale responsable de la formation industrielle et de l'apprentissage, les centres de formation du Département du travail et plusieurs institutions non gouvernementales offrent des cours aboutissant aux niveaux d'ouvrier et de technicien.  Certains centres ou institutions sont situés à proximité des prisons.

 Il serait donc utile de continuer à faire appel au personnel et au matériel disponibles pour permettre à quelques prisonniers d'acquérir ou d'améliorer des compétences dans des domaines de leur choix, s'ils possèdent les capacités nécessaires, et s'ils le souhaitent.  On pourrait même équiper certains ateliers de façon à suivre plus facilement le programme prévu pour un certificat ou un diplôme donné.  Si la peine s'achève avant la fin du cours, on pourrait encourager les détenus concernés à poursuivre leur formation à l'extérieur.

 En ce qui concerne la formation utile pour la réinsertion dans la société, il existe plusieurs organisations non gouvernementales capables de fournir des services à certains types de prisonniers.  Le centre de formation du Sarvodaya Women's Front (voir sect. 2) en est un exemple.  Une telle formation pourrait être considérée comme un prolongement du modèle de placement à l'extérieur actuellement en vogue.

3.  Service communautaire
 Les travaux communautaires (voir sect. 3) pourraient contribuer à la réinsertion de certains des 80 % de détenus pour non-paiement de contraventions et réduire ainsi l'encombrement des prisons.  Si des programmes similaires existent dans d'autres pays, on pourrait s'en inspirer pour améliorer la méthode utilisée.
4.  Suivi et assistance postpénale
 On pourrait identifier un échantillon d'une centaine de détenus suivant des cours d'alphabétisation et divers programmes de formation professionnelle afin de suivre les progrès réalisés après la libération, pendant une période d'environ un an.  Une telle étude pourrait rendre compte de l'efficacité de la formation reçue pendant la détention et aider à modifier les programmes existants.



*1 L'auteur tient à exprimer sa sincère gratitude aux personnes suivantes pour leurs conseil et l'appui qu'ils lui ont apporté: K. Bodhananda, directeur résident, centre de réunsertion Samodaya Seva;H.G. Dharmadasa, directeur de l'administration pénitentiaire; E.P.Amarasinqhe, directeur adjoint de l'administration pénitentiaire; Ananda Seneviratna, commissaire adjoint aux prisons; Rahal Bulathsinhala, agent d' agent d'action sociale, prison de Welikada; W.P.N.K. Gamage, responsable des services de probation et de soins infantiles (Province occidentale); et C.T. Jansz, ancien directeur de l'administarion pénitentiaire. Il remercie particulièrement l'équipe d'asistance qui ont aidé à réaliser les entretiens avec les prisonniers ainsi que Cressida Senanayake qui a émis de nombreuses suggestions utiles en ce qui concerne la rédaction. 

© United Nations and UNESCO-Institute for Education
 

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  A. Education et niveaux d'alphabétisation
  B. La portée et la méthodologie de l'étude
  C. Profil des délinquants 
            1. Anallyse des types d'infractions
            2. Age et niveau d'éducation
            3. Race, religion et situation matrimoniale
            4. Emploi et revenu mensuel avant la détention
            5. Milieu social et familial

  D. Cours de formation théorique et professionnelle offerts
       dans les prison et dans les établissements pénitentiaires
            1. Classes d'alphabétisation
            2. "Communication" - publication mensuelle
                 des prisonniers
            3. Formation professionnelle
  E. Liens avec le monde extérieur
            1. Contact au niveau de l'établissement
            2. Rapports avec le Sarvodaya Women's Front
            3. La réinsertion
  F. Bibliothèques et loisirs
  G. Education artistique
  H. Education et pratiques religieuses dans les prisons
  I. L'éducation de base et la formation professionnelle
     dans les prisons sri-lankaises
            1.Contraintes
            2. Le cadre juridique
            3. Progrès concernant la mise en oeuvre des programmes
                d'éducation dans les prisons
  J. Conclusions
            1. Alphabétisation
            2. Formation proffessionnelle
            3. Service communautaire
            4. Suivi et assistance postpénale