EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS
 TROISIEME PARTIE:  ETUDES DE CAS 
  XIII. L'EDUCATION DANS LES PRISONS AU BOTSWANA
  Kwane Frimpong
  A. Cadre juridique
  B. Le système d'enseignement au Botswana
  C. L'importance particulière attachée à l'éducation de base
  D. La nature de l'éducation dans les prisons au Botswana
  E. L'apport de ressources
  F. Education de base dans d'autres
      systèmes pénitentiaires africains
  G. Vues des détenus sur l'éducation
       dans les prisons au Botswana
  H. Effets de l'éducation dans les prisons
  I.  Conclusions  
XIII.  L'EDUCATION DANS LES PRISONS AU BOTSWANA
Kwame Frimpong

 Le texte qui suit est un essai d'enquête sur la pratique de l'éducation dans les prisons au Botswana, pour autant que l'on peut disposer des données qui s'y rapportent)(*1).  Au départ, l'intention était de couvrir le plus grand nombre possible de pays africains mais l'absence des éléments pertinents d'information a rendu difficile cette tâche.  Il a cependant été possible de se référer à quelques autres pays africains sur la base d'informations limitées qui sont à la disposition de l'auteur.  Aucune étude antérieure sur le sujet n'a été entreprise au Botswana.

A.  Cadre juridique
 L'éducation obligatoire dans les prisons ne bénéficie apparemment pas d'une disposition statutaire dans d'autres pays africains, si ce n'est au Swaziland )(*2).  Si la disposition devait être appliquée littéralement, le Directeur serait contraint de faire le nécessaire pour que les prisonniers aient accès à l'éducation pendant qu'ils sont en prison bien qu'en pratique cela puisse ne pas toujours être le cas.

 En général, il y a un exposé sur l'éducation dans les prisons dans la plupart des législations qui instaurent des services pénitentiaires sur le continent et ce, dans le cadre de programmes généraux de réadaptation.  Les lois régissant les prisons contiennent des dispositions qui donnent à un détenu la possibilité d'acquérir une éducation pendant qu'il est en prison mais il n'y a habituellement aucune prescription obligatoire qui impose ce genre d'éducation aux détenus et ceux-ci n'ont pas non plus la possibilité d'insister pour l'avoir en vertu d'un droit.  De plus, certains des programmes de réadaptation requièrent des éléments d'alphabétisation qui rendent nécessaire, sinon impératif, pour un détenu, qu'il ait une instruction élémentaire grâce à laquelle il pourra suivre pareils programmes.  A un autre niveau, l'éducation dans les prisons peut être raccordée au programme national général d'alphabétisation.  De la sorte, les autorités pénitentiaires peuvent essayer d'aider les détenus analphabètes à accéder à l'éducation de base.

 Au Botswana, cependant, la loi sur les prisons [33] prévoit, dans sa section 89, les besoins éducatifs et professionnels du détenu.  Il est dit à l'article 1 de cette section :

 "La formation et le traitement des prisonniers condamnés doivent tendre à les encourager et les aider à mener des vies bonnes et utiles."

     C'est cependant à l'article 2 de la même section 89 qu'il est spécifiquement question de l'éducation dans les institutions, à savoir :

 "Tous les prisonniers, qui sont capables de profiter des moyens d'enseignement et de formation professionnelle disponibles dans une prison, doivent être encouragés à le faire."

 On peut déduire de ce libellé qu'il est simplement attendu du détenu qu'il profite de moyens d'éducation ou de formation professionnelle.  Le Service pénitentiaire a pour rôle d'encourager une personne détenue à user des moyens de formation et d'éducation là où ils existent dans les prisons.  Pourvu que ces moyens existent, un détenu a le droit de recevoir des idées et des informations (au titre de la section 12 (I), Constitution du Botswana, septembre 1966, version amendée), et de bénéficier d'une éducation pendant qu'il est en prison.  Pour permettre aux détenus d'accéder à l'éducation, sujet dont il sera question plus loin, le Service pénitentiaire a aussi fait porter ses efforts à l'extérieur des prisons.

 L'éducation dans les prisons a également sa place au Botswana dans le cadre du Programme national d'alphabétisation organisé par le Département d'éducation extrascolaire (DEES), le but étant de faire disparaître l'analphabétisme du pays.  La section 89 (3) de la loi sur les prisons va également à l'appui de ce but.  Jusqu'à un certain point, on peut affirmer que, dans le cas de l'éducation des détenus illettrés, la loi apparaît signaler une certaine forme de coercition de l'administration pénitentiaire, mais sans s'exprimer clairement car elle attend simplement du Service qu'il prête une attention spéciale à l'éducation de ces détenus.  Le texte de la section 89 (3) est le suivant :

 "L'éducation des prisonniers illettrés doit retenir spécialement l'attention et, là où le fonctionnaire responsable juge nécessaire d'agir ainsi, l'enseignement doit leur être dispensé pendant les heures normalement consacrées à du travail."

 B.  Le système d'enseignement au Botswana

 Le système d'enseignement du Botswana est fondé sur une triple structure aux niveaux primaire, secondaire et tertiaire.  Au niveau primaire, il y a un programme de neuf ans pour lequel les langues véhiculaires sont le setswana (langue locale) et l'anglais.  L'ensemble du programme est publiquement patronné.  Il y a quelques écoles primaires privées dont la raison d'être est une assistance à l'importante communauté des gens de l'étranger.  Les classes dans ces écoles portent sur six à sept ans, la langue véhiculaire est l'anglais et elles sont donc classées comme étant des écoles moyennes anglaises.

 Au niveau secondaire, il y a deux stades.  Au premier correspond une école secondaire du premier cycle portant sur deux ans et qui mène à l'attribution d'un Brevet des collèges (Junior Certificate).  La chose est à changer avec un programme de trois ans.  Les personnes qui ont obtenu le Brevet des collèges continuent à étudier pendant trois ans au deuxième cycle de l'école secondaire, lequel mène à l'attribution du Certificat de fin d'études secondaires (CFES), première partie (GCE Ordinary Level) ou du Cambridge Certificate.  L'enseignement secondaire est aussi un enseignement public.  Il y a cependant une école secondaire privée qui prend des étudiants pour le programme de la classe terminale (ou de l'école supérieure du second degré) et qui peut mener à l'attribution du CFES (deuxième partie) (GCE Advanced Level).

 Le Botswana a une université où le nombre courant d'étudiants est d'environ 3 500, dont des étudiants à temps partiel qui suivent les cours du soir.  Elle a un programme spécialisé qui est organisé par la Faculté des sciences sociales, conjointement avec l'Institut de l'éducation des adultes.  L'université a actuellement un programme d'expansion massive selon lequel le nombre prévu des inscriptions devrait atteindre 6 500 en 1996 au titre du Plan VII de développement national.

 Pour être admis à l'université, il faut être titulaire du Cambridge ou du CFES première partie.  Par conséquent, il n'est pas nécessaire d'être titulaire du CFES deuxième partie pour être admis à l'université.  Ceux qui passent par ce programme sont des étrangers qui en ont besoin pour une admission dans les universités de leurs pays.  Quelques personnes locales passent aussi le CFES deuxième partie pour entrer dans des universités en dehors du Botswana, particulièrement au Royaume-Uni.

 L'université organise des programmes d'un à deux ans menant à l'attribution de certificats et des programmes de deux ans menant à l'attribution de diplômes.  Les programmes du soir mentionnés plus haut mènent seulement à l'attribution de certificats et de diplômes.  L'université n'organise pas encore à temps partiel des programmes à grades universitaires.  Dans le cadre de son programme d'expansion, il y aura selon les prévisions un tel service assuré par le Centre d'éducation permanente qui a remplacé l'Institut de l'éducation des adultes.  Les cours à grades universitaires sont fondamentalement d'une durée de quatre ans, excepté pour les cours de droit dont la durée est de cinq ans.  Des programmes peu nombreux qui mènent à une maîtrise ont été introduits par certains départements.

C.  L'importance particulière attachée à l'éducation de base
 Depuis 1980, le Gouvernement du Botswana poursuit une politique d'élimination ou d'abaissement substantiel du niveau d'analphabétisme dans le pays.  Selon une évaluation relevant du Plan III de développement national de 1973 à 1978, il y avait au Botswana jusqu'à 250 000 hommes, femmes et jeunes gens illettrés.  Ce nombre était considéré très élevé car la population entière était évaluée à 600 000 personnes environ.  Alors que ce problème occupait l'esprit, le Département d'éducation extrascolaire (DEES) a été institué en 1978.  L'éducation extrascolaire a été définie dans le Plan V de développement national comme étant "toute acquisition organisée de connaissances en dehors de la structure du système d'éducation de type scolaire, dont le but conscient est de répondre aux besoins d'apprentissage spécifique de sous-groupes particuliers, que ce soient des enfants, des jeunes gens ou des adultes".

 La nécessité d'une éducation extrascolaire au Botswana était suprême car, du point de vue du gouvernement, il y avait des citoyens qui avaient manqué la scolarisation et à qui il était nécessaire de donner un départ plus équitable dans la vie; qui n'avaient pas été capables de mener à son terme leur scolarisation et qui avaient besoin d'aide au niveau secondaire; et qui, en tant qu'adultes, auraient toujours besoin qu'une éducation permanente leur soit fournie, c'est-à-dire qu'ils se voient donner une chance d'apprendre de nouvelles compétences et d'adopter des idées nouvelles.

 Pour répondre aux besoins de ces personnes, le DEES a été chargé des tâches suivantes :

 a) Augmenter les possibilités et les occasions d'apprendre pour tous les citoyens du Botswana;

 b) Donner aux citoyens du Botswana les connaissances et les capacités dont ils avaient besoin lorsqu'ils avaient affaire à l'environnement social et matériel dans lequel ils vivaient;

 c) Faire vivre aux citoyens du Botswana toute une série d'expériences éducatives qui leur permettraient de découvrir leurs propres talents et compétences et aussi d'en mettre en valeur des supplémentaires qui leur seraient utiles pendant toute leur vie.

 L'enseignement dispensé par le DEES est considéré comme une partie intégrale de la politique éducative générale exercée par le gouvernement central.  Dans les deux plans V et VI de développement national, les objectifs généraux de l'éducation dans le contexte plus large ont été formulés comme suit :

 a) Augmenter les possibilités d'enseignement et réduire les inégalités concernant ces possibilités, autant que les ressources le permettent;

 b) Contribuer au développement économique équilibré du pays en cherchant à couvrir les besoins de main-d'oeuvre pour tous les secteurs, l'accent portant particulièrement sur les besoins de développement rural et les créations d'emplois;

 c) Promouvoir des qualités personnelles comme le respect des idéaux nationaux, la volonté d'autonomie et la préoccupation d'autrui et inciter au plein épanouissement des talents individuels.

 Le programme d'alphabétisation sous les auspices du DEES est appliqué par la Section des programmes extrascolaires qui se soucie principalement du développement et de la dissémination de l'alphabétisme dans le pays.  Le programme est axé sur les besoins d'enseignement des personnes qui n'ont pas eu une chance d'aller à l'école ni d'acquérir certaines qualifications nécessaires, la majorité de ces personnes vivant dans les milieux ruraux.

 Le programme a sa justification car une alphabétisation fonctionnelle à grande échelle est nécessaire au Botswana et l'accent a été mis sur sa réalisation dans le Plan III de développement national :

 "La réussite de la promotion du développement, spécialement dans le contexte rural, est grandement tributaire de la capacité de la population à communiquer.  Comme le taux d'analphabétisme est élevé au Botswana, la diffusion de l'information et de la documentation qui sert d'une manière générale à l'éducation est difficile et ceux qui vivent le développement ne peuvent pas faire profiter les autres de leur expérience.  Dans un pays au territoire étendu où la population est dispersée, la diffusion de l'information ne peut pas se faire uniquement par voie orale ...  Comme l'alphabétisation peut améliorer le succès des programmes de développement en améliorant les possibilités de communication et en permettant aux personnes concernées de recevoir des informations économiquement utiles, il est clair que les programmes d'alphabétisation devraient être étroitement intégrés avec d'autres éléments d'un programme de développement rural à large base."

 Initialement, on espérait que 50 000 personnes seraient mises dans l'enseignement mais ça n'a pas été possible et, à la fin des années 80, le nombre visé a été ramené à 30 000.  Il est cependant important de faire observer que le programme a, dans une large mesure, connu le succès, eu égard au nombre d'analphabètes qui ont été soumis à l'enseignement.  On n'a pas de chiffres exacts au sujet de la période actuelle mais, quand un bilan a été fait en 1986, il est ressorti des estimations que 178 000 personnes avaient été soumises au programme d'alphabétisation.

D.  La nature de l'éducation dans les prisons au Botswana

 Il y a au Botswana deux types d'éducation dans les prisons.  Une de ces éducations fait suivre des programmes par les détenus pour améliorer leur niveau de diplômés de l'enseignement général.  Cette éducation peut mener au Primary school leaving examination (PSLE) (équivalent du Certificat français d'études primaires) ou bien au Junior Certificate (équivalent du BEPC français) dont l'attribution a lieu après deux années d'enseignement dans un établissement du second degré.  Ceux qui sont dans l'impossibilité de mener à son terme leur scolarisation au second degré ont des occasions de continuer leur éducation alors qu'ils sont en prison pour obtenir le Cambridge Certificate ou le Certificat de fin d'études secondaires au premier et au second cycle (habituellement en fin d'enseignement secondaire et d'enseignement secondaire et supérieur).  Il y a des cas où des détenus suivent des cours qui mènent à l'attribution du Teacher Training Certificate (Diplôme d'école normale) mais ce n'est pas très courant car il y a beaucoup moins de détenues que de détenus et le cours de formation d'enseignant est surtout suivi par des étudiantes.  Dans un petit nombre de cas, quelques détenus ont eu la possibilité de suivre des cours universitaires alors qu'ils étaient encore en prison, mais il s'agissait de cours menant seulement à l'attribution de brevets et de diplômes car les programmes qui aboutissent aux grades universitaires sont à suivre uniquement à plein temps.

 Dans tous les programmes qui mènent à l'attribution de brevets, de diplômes et de grades universitaires, les détenus concernés prennent des cours par correspondance organisés par le Département pénitentiaire et le DEES (Département d'éducation extrascolaire).  Un lien officiel est donc essentiel entre le Département pénitentiaire et l'enseignement dispensé en dehors des prisons en vue de l'attribution de brevets appropriés.  Le Département pénitentiaire lui-même ne décerne aucun certificat à ses détenus qui ont réussi à mener à son terme un certain programme éducatif.  Le lien est assuré par le DEES.

 Il y a lieu de signaler que le DEES décerne des brevets quant aux programmes d'enseignement classique.  D'autre part, des brevets relatifs à des programmes d'enseignement professionnel émanent d'un département différent, à savoir le Madirelo Trade and Testing Center (antérieurement Centre d'examen du Botswana), mais le Centre d'examen certifie simplement que le détenu a officiellement reçu une formation dans une profession particulière et, en termes stricts, il ne décerne pas un brevet de compétence.

 Il est cependant à souligner que la règle générale ne veut pas que tous les détenus aient la possibilité de poursuivre une éducation pendant qu'ils sont en prison.  Cela dépendra de la disponibilité d'un programme valable.  La difficulté à laquelle se heurte une personne détenue à propos de son accès à l'enseignement est plus marquée dans les zones rurales où n'existent normalement pas des moyens de mettre sur pied des programmes de ce genre.  Il s'ensuit que les détenus dans les centres urbains, et spécialement dans la capitale Gaborone, ont un avantage par rapport à ceux des zones rurales.

 Si les possibilités d'éducation scolaire se révèlent inexistantes, la personne détenue peut opter pour son transfert dans une institution où elle sera en mesure de recevoir l'éducation requise.  Néanmoins, considérant le surpeuplement dans les prisons et la politique générale de ségrégation des détenus parmi les institutions qui correspondent le mieux à leurs antécédents, à leur comportement et à leur formation, dans la pratique les chances de transfert sont piètres.

 Le Service pénitentiaire tend à consacrer plus d'attention à l'éducation de base dont le but est d'aider les prisonniers sans aucune éducation scolaire.  C'est là le second type d'éducation dans les prisons qui aide les détenus à triompher de leur analphabétisme.  Cette éducation a sa place dans la campagne nationale d'alphabétisation comme on l'a fait observer précédemment.  La section 89 (3) de la loi sur les prisons concerne précisément ce groupe de détenus.  Indépendamment de son objectif national, un tel effort qui vise à éliminer l'analphabétisme peut aussi aider le détenu à s'occuper de la formation professionnelle susceptible d'être proposée dans les prisons car cette formation peut être mieux assimilée si l'intéressé a une éducation de base.  A titre d'exemple, la construction et la charpenterie nécessitent des compétences de base en ce qui concerne la lecture, l'écriture et le calcul.

 L'éducation devient encore plus importante à la fin de la formation professionnelle quand des tests sont organisés en vue des attributions de brevets.  Mais il n'en est pas de même dans le cas d'une autre formation professionnelle qui a trait par exemple à la maçonnerie, à la maréchalerie, à la céramique et au jardinage.  L'éducation dans les prisons peut avoir lieu avec ou sans que la formation professionnelle soit mise à disposition.

E.  L'apport de ressources

 L'enseignement des détenus au Botswana est dispensé par des fonctionnaires qui ont reçu une formation et aussi par d'autres détenus aux qualifications d'enseignants.  Les volontaires de l'extérieur n'y sont pas engagés.  En comparaison, dans un système bien établi comme celui d'Afrique du Sud, le personnel pénitentiaire spécialisé assure l'enseignement.

 Le Département pénitentiaire compte sur ses propres crédits budgétaires pour le financement des parties de l'éducation dans les prisons dont il est directement responsable.  Dans d'autres domaines, le DEES assure le financement, particulièrement en fournissant des livres et d'autres objets qui servent pour l'éducation.

 Les livres pour l'enseignement primaire de la première à la cinquième classe sont fournis par le DEES alors que le Département pénitentiaire fournit des manuels pour les détenus qui se sont inscrits à des cours par correspondance, qui se préparent au Junior Certificate ou Certificat de fin d'études secondaires et à d'autres cours de niveau supérieur.  Les matériels pour l'alphabétisation sont utilisés là où les détenus suivent des programmes d'alphabétisation.  Ces matériels sont produits par le personnel du DEES avec l'aide de spécialistes de l'éducation des adultes travaillant dans les prisons.  Si les détenus suivent des programmes ordinaires comme ceux de l'enseignement primaire, ou ceux qui débouchent sur le Junior Certificate ou le diplôme de fin d'études secondaires, ils utilisent les manuels scolaires de base qui ont cours dans tout le pays.  Cependant, ces manuels tendent à être plus facilement disponibles dans les centres urbains que dans les zones rurales.

F.  Education de base dans d'autres systèmes pénitentiaires africains

  Au Ghana, l'éducation de base dans les prisons tend nettement à la concentration sur les besoins professionnels des détenus.  Il semble que cela résulte des règlements qui régissent les prisons)(*3) et où l'accent porte sur les besoins professionnels et de réadaptation des détenus.  L'existence des moyens qui laissent d'ailleurs à désirer permet à certains détenus d'obtenir une éducation de base.  A cet égard, il apparaît que ce sont seulement des détenus consciencieux et ambitieux, et désireux d'acquérir des connaissances, qui peuvent tirer parti des possibilités.  Le Service pénitentiaire pourvoit des livres à certaines des bibliothèques rattachées aux prisons et l'enseignement est dispensé par du personnel qui a été formé.

 En Afrique du Sud, l'éducation de base sert principalement les intérêts des jeunes délinquants et c'est pourquoi elle est dispensée en premier lieu jusqu'au niveau 1 de l'enseignement, le but étant que tous atteignent ce niveau.  Ainsi donc, et jusqu'à un certain point, il y a un élément d'alphabétisation dans un tel objectif.  C'est spécialement le cas là où le détenu a besoin d'une éducation de base pour se préparer à un type particulier de formation professionnelle, c'est pour cette raison que le programme est gratuit pour tous les participants.  Il est mis à exécution en coopération avec le Département de l'éducation et de la formation et le Département de l'éducation et de la culture, suivant un plan grâce auquel tous les adultes de la population générale qui n'ont pas eu de formation scolaire peuvent avoir une éducation gratuite de base jusqu'au niveau 4 de l'enseignement.

 Dans quelques cas limités, là où des moyens existent, les détenus peuvent être en mesure de continuer à profiter d'une éducation gratuite jusqu'au niveau 10 de l'enseignement.  Toute éducation qui dépasse le niveau 10 ou l'admission à l'université fait l'objet d'un paiement du détenu (en général c'est sa famille qui paie).  La réalisation des programmes de ce genre se fait habituellement avec des cours par correspondance émanant d'institutions reconnues comme l'Université d'Afrique du Sud.

G.  Vues des détenus sur l'éducation dans les prisons au Botswana

 Les autorités pénitentiaires ont eu des entretiens avec 11 prisonniers et trois prisonnières choisis au hasard.  Ce qui en est ressorti est présenté succinctement ci-après sans que soient mentionnés les noms des personnes interrogées.  Chose importante à signaler, il n'a pas été demandé directement aux détenus s'ils auraient opté, en cas de possibilité, pour un différent programme éducatif.  Les réponses ne portent donc que sur leur appréciation des cours qu'ils ont suivis.  Les voici :

 a) Un homme de 22 ans est entré en prison alors que son éducation n'était qu'au niveau 4.  Il a eu la possibilité de continuer son éducation alors qu'il était en prison et il est parvenu au niveau 5.  Il apprend maintenant le métier de tailleur.  Il croit que le fait de continuer son éducation l'a beaucoup aidé dans son métier et il pense également qu'il a profité à la fois de l'éducation et de la formation professionnelle de tailleur;

 b) Un garçon de 19 ans a atteint le niveau 4 d'enseignement avant de venir en prison.  Jusqu'ici il n'a pas eu d'éducation en prison ni de formation professionnelle.  Son problème tient au fait qu'il est détenu pour peu de temps et qu'il n'y a pas de raison de lui dispenser une éducation et une formation professionnelle car il ne mènera à son terme aucun des programmes avant sa mise en liberté;

 c) Un garçon de 21 ans qui parle couramment l'anglais est arrivé en prison alors qu'il avait une solide instruction.  Il est titulaire d'un diplôme de technologue des véhicules à moteur et il suit un cours sud-africain par correspondance sur la mécanique.  En plus du cours par correspondance, il apprend en prison à peindre.  Il trouve que la peinture est utile car elle l'occupe au sein de la prison et il n'y a pas de cours pour lui à suivre dans la prison;

 d) Un homme de 22 ans qui a passé l'examen du Cambridge en 1989 suit un cours par correspondance sur le dessin de construction.  Il a eu seulement trois mois du programme et, pendant ce temps relativement court, il le juge très utile.  Il ne participe encore à aucune formation professionnelle directe;

 e) Un homme de 23 ans qui a fréquenté le collège jusqu'à la deuxième classe n'a eu à se mêler à aucune formation éducative mais il est disposé à faire des études jusqu'au niveau du Cambridge, car il est maintenant conscient de la valeur de l'éducation.  Or, comme il a été incarcéré pour une courte période et va bientôt être remis en liberté, il n'a donc pas abordé un cours en prison.  Il a l'intention de contacter le DEES après sa mise en liberté pour faire pousser son éducation jusqu'au niveau du Cambridge.  Il apprend le métier de menuisier mais il n'a pas pu aller assez loin parce que la durée de sa peine est brève.  Il a l'intention de continuer après sa mise en liberté et il espère arriver à une accréditation émanant du Madirelo Trade and Testing Centre (Centre d'examen et de formation de Madirelo);

 f) Un détenu dont l'âge n'est pas précisé n'a eu aucune éducation avant d'arriver en prison et il n'en a pas eu pendant qu'il y était.  Il a cependant appris le métier de menuisier qu'il juge énormément avantageux pour lui.  Il pense pouvoir apprendre suffisamment bien le métier de menuisier sans éducation.  Le fait est qu'il travaille bien.  Cependant, il ne peut être soumis à un examen pour avoir un brevet car il manque de la formation théorique.  Cette chose va à l'encontre de la position adoptée par le Département pénitentiaire selon lequel l'éducation de base est une nécessité pour la formation professionnelle en menuiserie.  Selon toute vraisemblance, cette nécessité est limitée à l'exigence de l'examen;

 g) Un homme de 24 ans qui a atteint le niveau 7 avant de venir en prison n'a pas eu d'éducation scolaire ni de formation professionnelle pendant qu'il était en prison car il y a été mis pour moins de six mois et sa mise en liberté doit avoir lieu prochainement;

 h) Un homme de 21 ans qui ne parle pas l'anglais bien qu'il ait atteint le niveau 7 avant d'être incarcéré a été mis en prison pour huit mois et il ne reçoit pas d'éducation.  Il ne reçoit pas non plus de formation professionnelle.  Il est pourtant dans une section où il assiste à la formation des chiens, formation dont le but est d'empêcher les évasions;

 i) Un homme de 21 ans qui est parvenu au niveau 7 mais qui ne parle pas anglais purge une peine de 10 mois.  Il n'a pas eu de formation éducative ni professionnelle pendant qu'il était en prison.  Il est cependant amené à s'occuper de certaines activités de jardinage;

 j) Un homme de 22 ans qui n'a pas eu d'éducation scolaire et qui ne parle pas anglais est incarcéré pour 10 mois et il n'a participé à aucune forme d'éducation pendant qu'il était en prison.  Il apprend cependant le métier de forgeron, un apprentissage qui ne nécessite, à son avis, aucune éducation de base.  Obtenir une certaine forme d'éducation présente un certain intérêt pour lui;)(*4)

 k) Un homme de 20 ans qui parle très peu l'anglais et qui a eu une éducation scolaire jusqu'au niveau 5 n'a pas eu de formation éducative en prison car il y est pour peu de temps.  Il reçoit actuellement une formation de constructeur.  Il pense que son éducation au niveau 5 n'est pas ce qui convient pour une formation à la profession de constructeur et il veut donc pousser plus loin son éducation même après sa mise en liberté;

 l) Une femme de 24 ans qui purge une peine de quatre ans a déjà passé deux années et neuf mois en prison.  Elle préfère s'exprimer par l'intermédiaire d'un interprète bien qu'elle ait pu essayer de parler anglais puisqu'elle avait poussé ses études jusqu'au niveau 7 avant de venir en prison.  Elle étudie pour se préparer au Junior Certificate et elle pense que le programme d'éducation est bon et sera bénéfique pour elle à l'avenir.  Elle suit également un cours de formation professionnelle relatif à la couture et au tricot.  A son avis, le programme du Junior Certificate est essentiel pour sa formation professionnelle;

 m) Une femme de 26 ans qui parle anglais et qui a déjà passé deux années de sa peine de cinq ans avait atteint le niveau 7 avant de venir en prison.  Elle est parvenue à la seconde classe et elle est par conséquent dans l'obligation de mener à son terme la préparation du Junior Certificate.  Elle souhaite poursuivre sa formation de culture générale et elle veut continuer ses études après le Junior Certificate.  Pour sa formation professionnelle, elle apprend le tricot et l'horticulture.  Elle pense que le programme du Junior Certificate lui facilite son apprentissage du tricot;

 n) Une femme de 25 ans condamnée à trois ans a déjà passé deux ans en prison.  Elle était au niveau 7 quand elle a été mise en prison.  Elle a fini de passer l'examen de sortie d'école au niveau 7 alors qu'elle était en prison; elle ne pense pas qu'il y ait beaucoup de possibilités de formation de culture générale dans la prison.  Elle apprend la couture, pour elle c'est une formation professionnelle.

 Sur les 14 personnes détenues qui ont été interviewées, six participaient à l'éducation de base (y compris les trois femmes) tandis que huit n'étaient inscrites à aucun cours.  Parmi ces huit, il y avait des détenus qui purgeaient des peines de courte durée et qui sont de ce fait normalement exclus des programmes éducatifs.  Compte tenu de cet état de choses, le nombre des détenus engagés dans des programmes éducatifs était raisonnablement élevé.

H.  Effets de l'éducation dans les prisons

 Comme on l'a fait observer précédemment, l'éducation dans les prisons au Botswana n'a pas fait auparavant l'objet d'étude.  Pour déterminer les effets de l'éducation dans les prisons, il y a également eu des entretiens avec quelques membres du Département pénitentiaire du Botswana qui s'occupent du programme d'éducation de base ainsi qu'avec des fonctionnaires du DEES qui couvrent, en liaison avec les autorités pénitentiaires, certains des besoins d'éducation de base dans les prisons.  C'est par ces entretiens que certaines des informations qui précèdent ont été obtenues.

 D'anciens délinquants, 23 personnes, qui avaient été soumis à l'éducation dans les prisons, ont également fait l'objet d'une enquête avec l'aide de travailleurs sociaux du Département pénitentiaire.  On a fait des entretiens avec eux pour déterminer si l'éducation avait eu une incidence sur leurs vies, particulièrement pour voir ce que l'éducation et la formation qu'ils avaient eues en prison leur ont valu dans la pratique.  Pour des raisons évidentes, il n'y a aucune mention de nom dans les études de cas qui suivent.

 a) M. "A" a été emprisonné le 4 décembre 1986 et mis en liberté le 15 janvier 1993.  Il est maintenant travailleur indépendant et il gère un magasin de détail d'importance moyenne.  Il a achevé ses études au niveau 7 et fait des progrès considérables vers le Junior Certificate.  De toute évidence, il n'a pas tiré directement parti de l'éducation dans les prisons car son activité commerciale ne requiert pas un fond de connaissances spéciales en provenance de l'enseignement.  Ajoutons qu'il ne pratique pas la soudure dont il a fait l'apprentissage en prison.  Il a pourtant du succès dans son activité commerciale.  Impossible d'affirmer avec certitude que l'éducation dans la prison a eu une incidence sur lui.  Il est vraisemblable que pouvoir se stabiliser et mener une vie normale peut être un résultat de programmes généraux de réadaptation et de réformation qui ont lieu dans les prisons et qui comportent l'éducation et la formation qu'il y a acquises.  Il n'y a pas lieu de prétendre que la capacité de gérer un commerce, ce qui nécessite beaucoup de discipline et de connaissances en comptabilité, peut avoir un lien indirect avec l'éducation générale qu'il a acquise en prison;

 b) M. "B" a été incarcéré entre le 19 juin 1987 et le 18 octobre 1991.  Au moment où il a été mis en prison, son niveau d'études scolaires était celui du niveau 5.  Il a réussi à atteindre le niveau 7 pendant qu'il était en prison et il a également appris un métier, celui de garagiste-motoriste.  Quelques mois après sa mise en liberté, il a réussi à obtenir un emploi dans une des principales sociétés nationales du secteur automobile où il est employé à ce jour;

 c) Mme "X" est allée en prison le 24 août 1986 et elle a été remise en liberté le 24 août 1992.  En prison, elle a suivi un cours d'éducation de base car elle était analphabète au moment où elle a été condamnée.  De plus, elle a pris des leçons de couture et, après sa mise en liberté, elle a connu la réussite.  Elle dirige maintenant un atelier de couture qui lui appartient et elle espère le développer et employer quelques personnes à l'avenir.  A l'heure actuelle, elle a l'assistance d'une ancienne collègue;

 d) M. "C" travaille dans une honorable institution financière du pays.  Il a été à l'origine condamné comme délinquant juvénile, incarcéré le 20 décembre 1981 et mis en liberté le 24 avril 1987.  Pendant qu'il était en prison, il est allé jusqu'au Certificat d'études primaires et il a commencé à suivre un cours de comptabilité par correspondance qu'il a mené à son terme après sa mise en liberté.  Etant devenu un comptable qualifié, il a pu avoir un emploi dans une grande institution financière;

 e) Le cas de M. "D" est une triste histoire.  Il n'a jamais bénéficié de l'éducation de base ni d'une forme quelconque de formation en prison.  Semi-analphabète, il a été emprisonné le 19 août 1981 et mis en liberté le 18 avril 1986.  Il n'a pas fait de progrès avec l'éducation en prison, bien qu'il ait appris quelque chose au sujet du soudage.  Après sa mise en liberté, il n'a passé que six mois hors de prison et il y a été ramené pour deux autres années.  A l'heure actuelle, il est à nouveau en train de purger une autre peine de trois ans;

 f) Le cas de Mme "Y" est un cas de réussite.  Elle a été emprisonnée entre le 29 mai 1984 et le 28 mai 1987.  Elle a obtenu en prison son Certificat d'études primaires et, après sa mise en liberté, elle a continué à fréquenter une école secondaire pour obtenir le Certificat de Cambridge et elle l'a obtenu.  Elle est maintenant employée par une station radiophonique du pays;

 g) M. "E" travaille avec une institution d'enseignement.  Il est allé en prison en 1982 alors qu'il était mineur et il a été libéré en 1987.  Pendant qu'il était en prison, il a obtenu son Certificat d'études primaires et il a commencé un cours par correspondance en vue d'arriver au niveau d'études du premier cycle du Certificat de Cambridge.  Après sa mise en liberté, il a continué ses études secondaires et il a passé le diplôme de fin d'études secondaires.  Son succès l'a aidé à assurer son emploi actuel avec une institution d'enseignement;

 h) Mme "Z" n'a pas une réussite à son actif.  Elle a été incarcérée initialement en 1982 et remise en liberté en 1986.  Elle a essayé sans succès d'obtenir son Certificat d'études primaires mais elle a appris quelques règles élémentaires de couture.  Elle est retournée en prison en 1988.  Au moment de sa deuxième peine de prison, elle était enceinte et il n'y avait pas de possibilités de formation éducative sérieuse pour elle.  Elle a été remise en liberté en 1991, mais jusqu'ici elle est sans emploi.  Elle essaie de mettre en train une petite affaire commerciale mais le capital nécessaire lui manque et, avec une bouche supplémentaire à nourrir, elle risque de retourner en prison;

 i) M. "F" est allé en prison le 24 juin 1982 et il a été mis en liberté le 23 juin 1986.  Il était analphabète au moment de son incarcération mais il a réussi à acquérir une certaine éducation de base.  De plus, il a appris le soudage et il a créé sa propre affaire de soudage qui lui apporte un revenu suffisant pour assurer sa subsistance et celle de sa famille de trois personnes.  Il pense que l'emprisonnement a servi à une chose utile car il ne connaissait pas de métier quand il a été condamné.  Cette affaire pose un problème nettement sujet à controverse dans le pays.  Ceux qui ont été des délinquants sont en mesure de trouver des emplois grâce aux compétences acquises en prison alors que les citoyens respectueux des lois restent inemployés, et ce fait suscite des ressentiments, en particulier dans les zones rurales;

 j) M. "G" a purgé cinq ans de prison entre 1982 et 1987.  Au moment où il été incarcéré, il était dans une école normale.  En prison, il s'est inscrit à un cours de correspondance pour obtenir le diplôme de fin d'études secondaires et il l'a mené à son terme après sa mise en liberté.  Par la suite, il est entré à l'université comme titulaire du diplôme de fin d'études secondaires et il a maintenant un poste d'enseignant dans une des écoles secondaires du pays;

 k) M. "H" a été incarcéré le 3 septembre 1983 et remis en liberté le 20 septembre 1988.  Analphabète lors de son incarcération, il a été inscrit au programme d'alphabétisation qui a aidé à le faire pourvoir d'une base d'enseignement général.  Ceci l'a beaucoup aidé dans sa formation de charpentier-menuisier.  Depuis sa mise en liberté, il gère une petite entreprise de menuiserie qui lui apporte un revenu suffisant pour assurer sa subsistance et celle de sa famille de quatre personnes;

 l) M. "I" a passé trois ans en prison entre 1989 et 1992.  Il a obtenu en prison son Certificat d'études primaires et il a eu une formation de tailleur.  Il est cependant sans emploi.  Il déplore ce fait qu'il pense être dû à ce que personne ne l'a aidé à acquérir une machine à coudre.  Il admet cependant qu'il n'a pas eu assez de formation de tailleur pour pouvoir se débrouiller tout seul.  Il affirme que l'éducation qu'il a eue en prison, associée à la base d'enseignement qu'il avait eue antérieurement, a rendu un peu plus facile sa formation de tailleur;

 m) M. "J" a passé trois ans en prison entre 1987 et 1990.  En prison, il n'a acquis qu'une éducation de base limitée, le niveau atteint étant au plus le niveau 3.  Cela n'a pu l'aider d'aucune façon en ce qui concerne les possibilités d'emploi.  De plus, l'effort qu'il a fait pour apprendre le métier de tailleur n'a pas été poussé assez loin.  Depuis qu'il est remis en liberté, il n'a trouvé aucun emploi.  Il vit avec son frère plus âgé dans une zone rurale où il aide à soigner le bétail;

 n) Mme "XX" est en train d'apprendre à devenir couturière.  En prison, elle a appris à confectionner des robes.  Elle a été incarcérée le 26 mai 1988 et remise en liberté le 20 août 1992.  Pendant qu'elle était en prison, elle a réussi à achever les études correspondant au niveau 7 et elle a obtenu le Certificat d'études primaires.  Après sa mise en liberté, grâce à l'assistance d'un travailleur social, elle a commencé à recevoir d'une personne particulière des leçons supplémentaires sur la confection des robes.  Elle pense qu'elle a fait des progrès considérables et qu'elle est maintenant capable de faire démarrer une petite entreprise de confection de robes à son compte;

 o) Mme "XY" assiste à l'enseignement dans une école maternelle.  Elle est allée en prison en 1987 et a été remise en liberté en 1990.  Elle avait passé le Certificat d'études primaires avant d'être condamnée.  Pendant qu'elle était en prison, elle s'est fait inscrire à un cours par correspondance mais elle n'a pas été capable de beaucoup se promouvoir vers le diplôme de fin d'études secondaires.  Après sa mise en liberté, elle a essayé sans succès de poursuivre ses études.  Par la suite, elle a été aidée par un agent social à obtenir un emploi de professeur adjoint dans une école maternelle.  Son niveau d'éducation est très avancé pour l'école maternelle mais elle pense que cette occupation vaut mieux que l'oisiveté.  De toute façon, comme elle n'est pas en possession du diplôme de fin d'études secondaires, elle ne se voit pas de perspectives d'obtenir un autre emploi;

 p) M. "K" dirige un magasin de vins et spiritueux.  Il a quitté la prison après quatre années (1986-1990).  Il prétend avoir acquis en prison une certaine éducation de base qui l'aide à tenir sa comptabilité.  Il a reçu en prison une formation de soudeur, mais n'a pas trouvé d'employeur dans ce secteur.  En fin de compte, il a mis en marche un petit magasin de détail en 1991 et il en a fait ensuite un magasin de vins et spiritueux;

 q) Mme "XZ" n'a pas d'emploi et vit dans une zone rurale.  Elle a été en prison pendant deux années, de 1989 à 1991.  Elle travaillait dans une institution financière quand elle a été condamnée.  Elle a essayé de suivre un cours par correspondance de comptabilité mais la période de son incarcération a été trop courte pour qu'elle puisse faire des progrès réels.  Semblablement, elle n'a pas pu acquérir des compétences différentes en prison, bien qu'elle ait suivi un cours de tricot.  Même si elle veut le mettre en pratique, elle ne peut pas le faire maintenant car elle prend soin d'un bébé de six mois.  Elle espère être à même de faire quelque chose comme couturière dans l'avenir;

 r) Mme "XXX" a obtenu le Certificat d'études primaires et elle était aide-soignante quand elle a été incarcérée pour une période de trois années.  En prison, elle a commencé à suivre un cours par correspondance pour se préparer au Junior Certificate mais elle n'a pas été capable d'en aller au terme.  Après sa mise en liberté, elle a poursuivi ses études et elle a réussi à obtenir en deux ans le Junior Certificate.  Elle envisage d'entrer à l'université à l'avenir, quand elle aura obtenu le diplôme de fin d'études secondaires.  Pour le moment, elle travaille à temps partiel comme vendeuse dans un petit magasin de détaillant.  Bien qu'elle ait appris le jardinage, elle ne veut pas en faire sa profession;

 s) M. "L" étudie maintenant l'informatique dans une institution privée.  Il est allé en prison en 1990 et il a été remis en liberté en 1992.  Il se préparait à passer l'examen du Certificat d'études primaires quand il a été incarcéré.  Il a été prêt à le passer quand il était en prison et, après sa mise en liberté, il a passé une année à essayer de trouver un emploi.  Comme il n'y parvenait pas, il a décidé d'améliorer ses qualifications.  Ce qui l'a conduit à se faire inscrire au programme d'informatique;

 t) M. "M" est un enseignant dans une des "Institutions aux brigades" du pays.  Les Brigades ont été créées pour dispenser une formation professionnelle à ceux qui sont incapables de faire plus de progrès avec leur formation de culture classique.  Il a été incarcéré entre 1982 et 1989.  Durant cette période, il s'est arrangé pour obtenir le Junior Certificate et il a commencé à suivre un cours par correspondance en vue d'obtenir le diplôme de fin d'études secondaires.  Après sa mise en liberté, il a décidé d'entrer dans une école normale où il a mené ses études à leur terme en 1992.  Depuis lors, il a trouvé l'emploi avec la Brigade;

 u) M. "N" est sorti de prison en mars 1993 après y avoir passé deux ans et sept mois.  Il a fait des études pour le Junior Certificate mais il a été incapable de les mener à leur terme et il n'a pas été capable de continuer depuis qu'il a été mis en liberté.  Il n'a pas pu non plus trouver un emploi, sa mise en liberté étant très récente.  De plus, la formation professionnelle relative à la mécanique des automobiles qu'il a eue n'est pas allée assez loin pour lui permettre de trouver un emploi dans ce domaine;

 v) Mme "XXY" vend des fleurs à des sociétés et des églises dans la capitale.  Elle a été remise en liberté en 1991 après avoir passé trois années en prison.  Elle était analphabète au moment où elle a été incarcérée et elle a pris une formation professionnelle en jardinage.  Elle a également porté un vif intérêt au programme d'alphabétisation.  Elle poursuit actuellement sa carrière de jardinière avec enthousiasme;

 w) M. "O" est allé en prison après avoir fini d'étudier pour son diplôme de fin d'études secondaires.  En prison, il a continué ses études en suivant un cours par correspondance relatif au niveau supérieur du diplôme de fins d'études secondaires.  Il a passé trois ans en prison entre 1989 et 1992.  Il a été inscrit pour l'examen au niveau supérieur qu'il a passé en mai et juin 1993 au sujet de deux disciplines.  Il a l'intention d'entrer à l'université pendant l'année universitaire 1994/95.

 Il ressort clairement des précédents exemples que l'éducation dans les prisons a aidé, dans la plupart des cas, les détenus dans leur future vie sociale.  Ils peuvent, cependant, induire en erreur parce qu'il s'agit principalement d'histoires de réussite qui ont été rendues accessibles par les travailleurs sociaux du Département pénitentiaire.  Il y a d'autres cas de détenus, en particulier de ceux qui n'ont pas pris part à l'éducation et traînent encore dans les rues, soit parce que la société les a rejetés, soit parce qu'ils n'ont pas de compétences qui leur permettent de trouver un emploi.  De tels cas correspondent à la voie qui mène le plus sûrement à la récidive.

I.  Conclusions

 Le texte qui précède porte sur l'éducation dans les prisons telle qu'elle a sa pratique dans un pays africain.  On a essayé de présenter quelques références aux pratiques dans d'autres pays africains.  L'éducation dans les prisons est prise sérieusement par le Service pénitentiaire du Botswana, mais l'étude révèle des insuffisances dont il est nécessaire de s'occuper.  Par exemple, les personnes qui purgent de courtes peines de prison pourraient encore avoir une certaine forme d'éducation, même s'il n'y a pas à en attendre qu'elles mènent leurs programmes à leur terme en prison.  Dans de pareils cas, il conviendrait de les encourager et, quand les circonstances s'y prêtent, de les aider à continuer les études relatives à leurs programmes après leur mise en liberté.  En majorité, les détenus qui ont été interviewés ont déclaré qu'ils pensaient que l'éducation les aiderait à faire progresser leurs intérêts, à acquérir des compétences utilisables et à s'établir après leur mise en liberté.

 Dans le domaine de la vocation professionnelle, il ressort apparemment de l'étude que la plupart des ex-délinquants interviewés ont réussi à tirer parti en pratique des compétences professionnelles qu'ils ont acquises en prison.  Mais comme on l'a fait observer, la situation n'est peut-être pas aussi satisfaisante que semble la rendre apparente la nature de l'échantillon dont il a été possible de disposer. 



*1 En plus des données mises à la disposition de l'auteur, il ya eu des informations empruntées à la Loi di Botswanaet á ses Règlements concernant les prisons ([33], Cap.21:03) ainsi qu'aux Rapports annuels sur les prisons au Botswana de 1981 à 1992[34].
*2 Dans la verson amendée des Règlements de 1965 du Swasiland relatifs aux prisons, le Règlement 53 stipule ce qui suit:
"1. Le directuer doit:
a) Prendre desmesures qu'il judge practicables pour que soient organisées des classes d'enseignemet à l'intention des prisionniers, une attention particulière étant prêtée à l'èducation des prisionners illetrés;
b) Permettre aus prisonniers de faire des études pentant leur temps libre en suivant des cours pédagogiques qu' il lui est loisible d'approuver et d'organiser.
2.Là où C'est possible, le Directuer doit prendre des dispositions pour un bibliotèque de prison à laquelle le fonctionnaire responsable dot autoriser les prisionniers à emprunter des livres dams des conditions que le Directuer peut prèciser..."
*3 Au titre u Décret relatif au Service pénitentiaire du ghana [115]. Voir ègalement les Rapports annuels de 1989 et 1990 du Service pénitentiaire du Ghana: Département des ealtions publiques et Département du casier judiciaire, Siège du Système pénitentiaire du Ghana a Accra.
*4 Aucun d´tenu dont la peine dure moins de six mois n'est inscrit dans uncours et le cas h) et par conséquent un cas limite. Il n'y avait pas d'explication évidente au sujet du manque de soumission á uneèducation dans les cas i) et j). 

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  A. Cadre juridique
  B. Le système d'enseignement au Botswana
  C. L'importance particulière attachée à l'éducation de base
  D. La nature de l'éducation dans les prisons au Botswana
  E. L'apport de ressources
  F. Education de base dans d'autres
      systèmes pénitentiaires africains
  G. Vues des détenus sur l'éducation
       dans les prisons au Botswana
  H. Effets de l'éducation dans les prisons
  I.  Conclusions