EDUCATION DE BASE DANS LES PRISONS
 TROISIEME PARTIE:  ETUDES DE CAS 
XIV. LES BESOINS EN MATIERE D'ENSEIGNEMENT DE
  L'ALLEMAND DES DETENUS NON ALLEMANDS DANS
  LES PRISONS DE RHENANIE-DU-NORD-WESTPHALIE
  Martin Drüeke et Manfred Prinz
 A. Le système pénitentiaire en Rhénanie-du-Nord-Westphalie
 B. L'éducation dans les prisons
 C. Les cours d'allemand pour détenus non allemands
 D. Le pourcentage d'étrangers dans la population carcérale
 E. Résultat des entretiens conduits dans les prisons
            1. La situation des enseignements extérieurs
            2. La situation des détenus non allemands
 F. De l'importance d'apprendre l'allemand  
IV.  LES BESOINS EN MATIERE D'ENSEIGNEMENT DE L'ALLEMAND DES DETENUS NON ALLEMANDS DANS LES PRISONS
DE RHENANIE-DU-NORD-WESTPHALIE
 Martin Drüeke et Manfred Prinz

 Dans le cadre du projet sur l'éducation de base dans les prisons de l'Institut pour l'éducation de l'UNESCO, un groupe d'étudiants du Département d'allemand pour étrangers de l'Université de Düsseldorf a entrepris d'étudier la situation des détenus étrangers en Allemagne et d'obtenir leur point de vue sur leurs besoins en matière d'enseignement.  Pour cela, ils ont établi des questionnaires, se sont rendus dans les prisons et ont eu des entretiens avec des enseignants, des élèves, des gardiens de prison, des psychologues, etc.  Petit à petit, les entretiens ont pris davantage d'importance au détriment des réponses aux questionnaires.  Le groupe d'étude a obtenu des informations sur les projets littéraires et les problèmes personnels des détenus, et a pu constater le très fort degré de motivation des enseignants comme l'enthousiasme des élèves.  Des documents et des informations du Ministère de la justice de Rhénanie-du-Nord-Westphalie ont également été analysés.

 Les détenus initialement sélectionnés pour les entretiens suivaient des cours d'allemand pour étrangers.  Le groupe d'étude s'est également entretenu avec des enseignants et des représentants des organismes qui organisaient les cours.

 Le projet de l'Université de Düsseldorf abordait également nombre de problèmes des détenus allemands, notamment la situation des détenues et la littérature en prison.  Le rapport complet sur ces questions est disponible par ailleurs [241].

 Le présent rapport ne traite que des besoins de cours de langues des détenus non allemands.

 A.  Le système pénitentiaire en Rhénanie-du-Nord-Westphalie

 L'Allemagne est une république fédérale composée de 16 Etats appelés Länder.   L'éducation et la justice relèvent de chaque Etat, et peuvent donc varier fortement d'un Etat à l'autre.  Le présent rapport ne concerne que la situation en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

 Avant d'aborder le cas particulier des détenus étrangers, il convient de fournir quelques chiffres concernant la population carcérale en Rhénanie-du-Nord-Westphalie :

 a) Au 31 mars 1992, la population carcérale s'élevait à 15 305 détenus, dont 508 femmes et 32 % d'étrangers;

 b) Sur le chiffre total de 15 305 détenus, un tiers était en détention provisoire;

 c) Un tiers des détenus étaient âgés de 14 à 21 ans;

 d) 59 % des hommes, 61 % des femmes et 94 % des mineurs ne possédaient aucune qualification professionnelle.

B.  L'éducation dans les prisons

 Dans une déclaration officielle, le Ministère de la justice de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a déclaré que l'éducation était l'aspect le plus important de la préparation à la réinsertion sociale.  Cette déclaration s'explique par le fait que la plupart des détenus ont quitté l'école très tôt et que 48 % d'entre eux n'ont pas de certificat de fin d'études, ce que confirme le chiffre ci-dessus concernant l'absence de qualifications professionnelles.

 Afin de renforcer leur confiance en eux-mêmes et leur personnalité, de mieux faire face à des situations conflictuelles et de trouver plus facilement un emploi à la sortie de prison, les détenus peuvent suivre des enseignements généraux et professionnels et obtenir les qualifications correspondantes.  En 1991, 1 431 détenus ont poursuivi des études jusqu'au niveau correspondant au certificat de fin d'études, 2 426 détenus hommes et 199 détenues femmes ont acquis une qualification professionnelle et 102 détenus ont suivi des cours d'alphabétisation.  Le personnel des prisons comprend des enseignants qui dispensent l'enseignement de base et organisent les cours assurés par des organismes sociaux, religieux ou publics ou par les centres locaux d'éducation pour adultes en matière d'enseignement professionnel, pour l'acquisition des compétences nécessaires à la vie en société ou pour résoudre les problèmes liés à l'alcool et à la drogue.

C.  Les cours d'allemand pour détenus non allemands

 Les cours d'allemand pour non-germanophones sont assurés en Rhénanie-du-Nord-Westphalie par le Internationaler Bund für Sozialarbeit (Fédération internationale pour l'action sociale), dont le siège se trouve à Wuppertal.  Il s'agit d'un organisme indépendant, bénéficiant d'une aide de l'Etat, qui encourage les mesures sociales et éducatives en faveur des jeunes défavorisés, des étrangers et des Allemands de souche arrivés depuis peu en Allemagne.

 Chaque année, cet organisme assure un enseignement à l'intention d'un millier de détenus, dont à peu près les deux tiers sont en détention provisoire.  Ce chiffre représente à peu près un tiers de l'ensemble des détenus étrangers de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

 Les cours d'allemand sont divisés en trois niveaux et, au moment de l'inscription, l'élève doit passer un test afin de déterminer ses connaissances.  Chaque cours dure environ trois mois.  A l'issue des trois niveaux (c'est-à-dire au bout de quarante semaines à peu près pour les débutants), l'élève est en mesure de passer des examens en allemand ou de suivre une formation professionnelle.

D.  Le pourcentage d'étrangers dans la population carcérale

 Les cours d'allemand sont extrêmement importants quand on sait que le pourcentage d'étrangers dans la population carcérale est en augmentation constante.  Chez les suspects, il est passé de 17,7 % en 1987 à 27,7 % en 1992, compte tenu des membres des forces armées étrangères (voir fig. I).  En fonction de leur origine géographique et par ordre d'importance décroissante, ils sont originaires de Turquie, puis de Bosnie, de Croatie, de Macédoine, de Serbie et de Slovénie (dans les statistiques du Ministère, ces derniers pays sont regroupés sous l'appellation d'"ex-Yougoslavie", voir fig. II).  D'après les statistiques du Ministère, plus de la moitié des détenus étrangers sont des travailleurs immigrés venant de pays de l'Union européenne ou de pays d'émigration traditionnelle vers l'Allemagne (Maroc, Philippines, République de Corée, Tunisie, Turquie et "ex-Yougoslavie").  L'autre moitié vient principalement, notamment ces dernières années, de pays d'Europe orientale et d'Europe du Sud-Est ainsi que d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest.

 Dans la majorité des cas, les suspects étrangers sont inculpés et détenus en prison, ce qui signifie que le pourcentage d'étrangers effectivement incarcérés est plus élevé que le pourcentage d'étrangers suspects.  Ce chiffre a également augmenté au cours des dernières années (voir fig. III).  Au 31 janvier 1993, 38 % des détenus étaient des étrangers.

 Il convient toutefois d'établir une distinction d'une part entre les détenus à titre provisoire et les détenus déjà condamnés et, d'autre part, entre les mineurs et les adultes.  Parmi les détenus à titre provisoire, en 1993, 50 % n'étaient pas allemands.  Chez les mineurs, ce chiffre est encore plus important et dépasse 60 % dans les grandes villes pour atteindre le niveau record de plus de 80 % à Düsseldorf (voir fig. IV).


Figure I.  Proportion d'étrangers parmi les suspects
Source : Ministère de l'intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
 
 under construction
UNESCO Institute for Education
Feldbrunnenstr. 58 / 20148 Hamburg
Tel.:+49-40-448041-0 / Fax:+49-40-4107723 / e-mail:uie@unesco.org


 Figure II.  Répartition des suspects d'origine étrangère par nationalité
Source : Ministère de l'intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
under construction



Figure III.  Proportion de détenus étrangers dans les établissements pénitentiaires
de Rhénanie-du-Nord-Westphalie
 Source : Prison de Rhénanie, état au 1er janvier 1993.
 
under construction


Figure IV.  Proportion de détenus étrangers dans le quartier pour mineurs
de la prison de Düsseldorf
 Source : Prison de Düsseldorf. Un tiers des détenus déjà condamnés sont des étrangers.
under construction
UNESCO Institute for Education
Feldbrunnenstr. 58 / 20148 Hamburg
Tel.:+49-40-448041-0 / Fax:+49-40-4107723 / e-mail:uie@unesco.org


 
 Toutefois, dans les prisons de plus haute sécurité (dites prisons de catégorie C), la proportion n'est plus que de 15,6 %.  On peut raisonnablement conclure qu'en raison d'un risque présumé plus important de fuite des suspects, le pourcentage d'étrangers est considérablement plus élevé chez les détenus à titre provisoire que chez les détenus déjà condamnés.  Ce phénomène n'a pas d'intérêt direct pour les auteurs en tant qu'éducateurs.  La question se pose toutefois de savoir si ces détenus seront reconduits ou non aux frontières.  Le pourcentage d'étrangers est élevé, et ils doivent être considérés comme des êtres humains qui ont un droit à l'éducation.
E.  Résultat des entretiens conduits dans les prisons

 Afin de recueillir le maximum d'information possible, le groupe de recherche a contacté la presque totalité des 40 établissements pénitentiaires de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.  Compte tenu de la difficile situation des détenus étrangers, il n'a guère été facile d'obtenir des réponses valides et systématiques aux questions posées concernant les besoins perçus en matière d'éducation et ce qui était fait pour répondre à ces besoins.  Les renseignements recueillis lors des visites ont cependant permis d'obtenir un tableau composite de la situation, comme décrit ci-dessous.

1.  La situation des enseignants extérieurs

 Il est difficile de trouver des enseignants parce que nombre d'entre eux imaginent les prisons comme un univers violent, envahi par la drogue et par des gardes lourdement armés.  Or ce n'est pas le cas.  Certes, le travail dans une prison n'est pas facile et exige beaucoup du personnel enseignant.  Les conditions matérielles sont peu satisfaisantes, notamment dans les prisons les plus anciennes : les salles de classe sont souvent délabrées et il n'y a ni magnétophones à cassette, ni rétroprojecteurs, mais seulement un tableau noir.  Dans certaines prisons, les enseignants n'ont pas le droit d'avoir leurs propres clefs et doivent donc s'adresser aux gardiens pour entrer et sortir.  L'atmosphère générale est psychologiquement très pénible (ni fleurs, ni tableaux aux murs, simplement de l'acier, du béton et des barreaux), notamment au début.  L'intérêt pour les enseignants est qu'ils ne sont pas là simplement pour enseigner, mais également  pour servir de partenaires de conversation, de travailleur social ou tout simplement pour écouter, étant donné qu'en raison de leur méconnaissance de la langue, les détenus étrangers ne peuvent parler avec le psychologue, le travailleur social ou l'aumônier.

2.  La situation des détenus non allemands

 Les pressions psychologiques sur les étudiants étrangers sont très fortes, notamment dans le cas de ceux qui se trouvent en détention provisoire.  Le fait de ne pas savoir quel sort les attend pousse nombre d'entre eux vers le désespoir.  De plus, de nombreux étudiants sont gravement préoccupés par leur prochain passage devant le tribunal ou s'inquiètent de la situation de leur famille restée chez eux.

 De nombreux jeunes détenus avaient été précédemment placés en foyer soit en raison de l'absence de parents, soit à la suite de délits.  De ce fait, ils sont davantage susceptibles de mentir et de voler et de connaître des problèmes liés à la drogue ou au contact avec des sous-cultures institutionnelles.  Ils doivent donc commencer par apprendre à adopter un comportement socialement  acceptable.  Pour la plupart d'entre eux, l'école a été un échec.  Toutefois, ils sont réellement motivés par l'apprentissage de l'allemand et, dans de nombreuses prisons, les listes d'attente sont longues avec des délais pouvant atteindre deux mois.  Ce n'est qu'en prison que de nombreux détenus réalisent qu'ils n'ont aucun espoir de trouver un travail s'ils ne maîtrisent pas la langue et que la plupart d'entre eux prennent conscience que c'est parce qu'ils n'ont aucune qualification qu'ils ont abouti derrière les barreaux.  Le fait de passer vingt et une heures par jour tout seul dans une cellule de 8 mètres carrés contribue également certainement à cette prise de conscience.

 Certains détenus étrangers ont acquis une qualification professionnelle dans leur pays d'origine, mais celle-ci n'est pas reconnue en Allemagne et ils sont donc dans l'incapacité d'occuper un emploi en rapport avec leur formation ou leur qualification.

 La situation des détenus étrangers est plus difficile que celle des détenus allemands.  Les difficultés d'adaptation sont exacerbées par l'environnement carcéral.  De plus, leurs familles sont fréquemment restées au pays, de sorte que leur isolement est encore renforcé par l'absence de visites.

 Pour les étrangers, la connaissance de l'allemand est indispensable pour pouvoir survivre en prison étant donné que seuls ceux qui parviennent à se faire comprendre peuvent mener une vie quotidienne normale.  Tout acte, qu'il s'agisse simplement d'obtenir du savon ou du papier à lettre ou de questions plus importantes comme l'organisation d'un rendez-vous avec un travailleur social, exige de remplir un formulaire.

F.  De l'importance d'apprendre l'allemand

 L'objectif déclaré de l'incarcération est d'empêcher qu'un délinquant ne retombe dans la criminalité ou de réduire le risque que cela ne se produise, en lui permettant d'acquérir les compétences professionnelles et sociales nécessaires à sa réintégration dans la société.  C'est pourquoi les prisons de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, comme partout ailleurs, offrent aux détenus autant de possibilités d'apprentissage.  Toutefois, les étrangers qui ne parlent pas l'allemand doivent d'abord apprendre la langue, ce qui signifie qu'ils devront attendre un certain temps avant de pouvoir profiter de l'ensemble des possibilités offertes aux autres.

 On peut donc raisonnablement conclure que dans les années à venir il y aura un besoin considérable d'enseignement de l'allemand pour ceux dont ce n'est pas la langue maternelle ou la langue habituelle.



© United Nations and UNESCO-Institute for Education
 
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 A. Le système pénitentiaire en Rhénanie-du-Nord-Westphalie
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 C. Les cours d'allemand pour détenus non allemands
 D. Le pourcentage d'étrangers dans la population carcérale
 E. Résultat des entretiens conduits dans les prisons
            1. La situation des enseignements extérieurs
            2. La situation des détenus non allemands
 F. De l'importance d'apprendre l'allemand