| L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays | ||
| Algérie |
Si lon répond aux instructions contenues dans les directives du FCIEPT qui considère seulement le taux de survie jusquen 5eme AF, on peut dire que 95% des élèves parviennent jusquau niveau détudes considéré ; cependant, il faut dire que ce taux de 95% se subdivise en moins de 62% qui y parviennent de manière normale, cest à dire sans avoir jamais redoublé, et de moins de 34% qui y parviennent après avoir redoublé une ou plusieurs fois. En outre, 3% des élèves entrés en 1ere AF auront abandonné lécole avant de parvenir à ce niveau détudes. Autrement dit, on peut considérer que 3% des élèves qui composent chaque cohorte délèves qui entrent pour la première fois à lécole quitteront le système éducatif sans posséder de prérequis pour un niveau dalphabétisation durable.
Près de 94% des filles entrées en 1ere année fondamentale parviendront jusquen 5eme année ; près de 68% dentre elles atteindront ce niveau sans avoir jamais redoublé et le reste, soit environ 26% après avoir redoublé une ou plusieurs fois. Plus de 4% dentre elles retomberont dans lanalphabètisme puisquelles quitteront lécole avant davoir atteint ce niveau scolaire.
Plus de 96% des garçons entrés en 1ere année fondamentale parviendront jusquen 5eme année, plus de 56% dentre eux y parviendront sans avoir jamais redoublé et près de 40% après avoir redoublé une ou plusieurs fois. Environ 2% dentre eux constitueront des analphabètes de retour en puissance dans la mesure où ils auront quitté lécole avant datteindre le niveau de la 5eme année scolaire.
Le comportement de la scolarité des filles diffère de celui des garçons. En effet, même si le nombre dabandon chez les filles est supérieur à celui des garçons, cette différence ne peut être considérée comme très significative si lon tient compte des us et coutumes au niveau de certains milieux socio-culturels. Plus de 67% des filles parviennent en 5eme année sans avoir jamais redoublé contre un taux de plus de 56% affiché par les garçons ; ce qui représente plus de 11 points décart. A priori, la première des conclusions qui se dégage est de dire que les filles sont plus studieuses que les garçons ; cependant ce phénomène doit être analysé de manière très approfondie pour déterminer les causes de cet échec chez les garçons. On peut, par exemple, sinterroger pour savoir si ces derniers sont sollicités par leurs milieux respectifs pour des activités plus ardues ou plus prenantes que celles assignées aux filles par les différents milieux socio-économico-culturels.
Cette évaluation de la survie jusquau niveau de la 5eme année est utile pour identifier la proportion denfants exposés à lanalphabétisme de retour en raison de lincapacité de lécole à les retenir et à leur offrir la pédagogie de la réussite souhaitée. Il est impérieux de trouver une solution pour éviter à des enfants qui sont entrés à lécole dabandonner leurs études avant la 5eme année de scolarité.
Les taux de survie pour les autres niveaux détudes :
Si lon considère le système denseignement fondamental algérien, qui est constitué de 3 cycles denseignement dune durée de 3 ans chacun, il paraît indispensable de déterminer le taux de survie au niveau du premier cycle, du 2eme cycle, du 3eme cycle et enfin ceux qui survivent jusquà lobtention du diplôme du brevet de lenseignement fondamental.
Taux de survie à la fin du premier cycle denseignement fondamental :
Le nombre délèves qui parviennent en 4eme AF est estimé à 97% de la cohorte de départ ; ce taux se réparti en plus de 70% qui y parviennent sans avoir jamais redoublé alors que près de 27% atteignent ce niveau détudes après avoir redoublé une ou plusieurs fois. Près de 2% des élèves auront abandonné leurs études avant de parvenir en 4eme AF.
Près de 96% des filles parviennent jusquen 4eme AF, près de 75% atteignent ce niveau détudes sans redoublement et plus de 21% après avoir redoublé une ou plusieurs fois. Plus de 1% auront abandonné auparavant.
Plus de 98% des garçons parviennent jusquen 4eme AF, près de 67% atteignent ce niveau détudes sans redoublement et près de 32% après avoir redoublé une ou plusieurs fois avant darriver au niveau détudes considéré. Près de 3% des garçons auront abandonné auparavant.
Cette première étape de lanalyse permet dénoncer que le taux dabandon avant la 4eme année est important, en particulier celui constaté chez les garçons. En outre, compte tenu des taux excessifs de redoublement (plus du ¼ de la population scolarisée en première année redouble sur un parcours scolaire de 3 années), on peut énoncer que lenseignement dispensé au niveau du premier cycle denseignement est médiocre, voire inadapté aux enfants concernés.
Taux de survie à la fin du second cycle denseignement fondamental :
Le nombre délèves qui parviennent en 7eme AF est évalué à près de 84% des élèves qui sont effectivement entrés en première année denseignement ; ce taux se subdivise en près de 39% qui abordent ce niveau détudes sans avoir jamais redoublé et plus de 45% parviennent après avoir redoublé une ou plusieurs fois. 8% des élèves entrés en 1ere AF abandonnent leurs études avant daborder la 7eme AF.
Près de 84% des filles parviennent jusquen 7eme AF. Plus de 47% dentre elles atteignent ce niveau détudes sans redoublement et plus de 36% après avoir redoublé une ou plusieurs fois. 9% auront abandonné datteindre ce niveau scolaire.
Près de 84% des garçons parviennent jusquen 7eme AF, plus de 32% atteignent ce niveau détudes sans redoublement et plus de 51% après avoir redoublé une ou plusieurs fois. Plus de 7% auront abandonné avant datteindre ce niveau scolaire.
Il est à relever que globalement près de la moitié de la population aura redoublé avant darriver en 7eme AF.
Taux de survie à la fin du troisième cycle denseignement fondamental :
67% de la cohorte délèves entrés en 1ere AF parviendront en 9eme AF, le reste, soit 33% ne parviendront jamais à ce niveau détudes. Les 67% qui parviennent jusquen 9eme AF se subdivisent en près de 21% qui y arrivent sans avoir jamais redoublé et plus de 46% qui y parviennent après avoir redoublé une ou plusieurs fois.
Près de 73% des filles parviennent jusquen 9eme AF, près de 32% atteignent ce niveau détudes sans redoublement et près de 41% après avoir redoublé une ou plusieurs fois et plus 27% dentre elles quitteront lécole avant datteindre la 9 eme AF.
Près de 62% des garçons parviennent jusquen 9eme AF ; à peine plus de 14% atteignent ce niveau détudes sans redoublement et plus de 47% après avoir redoublé une ou plusieurs fois avant darriver au niveau détudes considéré. On relèvera que plus de 38% dentre eux natteignent pas le niveau de 9eme AF.
Lanalyse inter-wilaya montre que les survivants qui arrivent en 9eme AF avec ou sans redoublement se distribuent entre 51,30% et 83 ;20%.
Il a été relevé que dans la wilaya de Relizane, ce sont seulement 51.30% des élèves de la cohorte de départ qui parviennent en 9eme AF, le reste des élèves, soit près de 49%, auront abandonné avant darriver à ce niveau détudes. Il faut relever que seulement un peu plus de 11% y parviendront sans avoir jamais redoublé et près de 40% après avoir redoublé une ou plusieurs fois au cours de leur scolarité.
Ces quelques résultats montrent déjà le peu defficacité de lenseignement fondamental ; en effet, on constate que dans certaines wilayas, cest à peine si la moitié des élèves de la cohorte de départ parviennent, dailleurs avec beaucoup de peine, jusquen fin de cursus scolaire. Lautre moitié aura abandonné ses études avant datteindre ce niveau. Il devient impérieux détudier ce phénomène de déperdition dans les wilayas où les taux dabandon sont élevés, et ce dautant plus que les coûts quils engendrent sont dautant plus élevé que labandon seffectue au niveau des dernières années d études.
Le Brevet dEnseignement Fondamental :
Considérant que lenseignement fondamental est couronné par le diplôme du Brevet, on relève que moins de 8% des élèves de la cohorte de départ obtient ce diplôme sans avoir jamais redoublé, alors quun peu plus de 28% lobtiendront après avoir redoublé une ou plusieurs fois. Cela signifie que plus de 64% des élèves constituant la cohorte délèves qui a pris le départ en 1ere année de lenseignement primaire quitteront lécole fondamentale sans diplôme.
Plus de 13% des filles entrées en première année obtiennent leur BEF sans avoir jamais redoublé, moins de 29% dentre elles obtiennent leur BEF après avoir redoublé une ou plusieurs fois au cours de leur scolarité ; enfin, plus de 58% quittent lenseignement fondamental sans obtenir leur diplôme de fin détudes.
Moins de 5% des élèves entrés en première année denseignement obtiennent leur BEF sans avoir jamais redoublé ; moins de 26% obtiennent leur BEF après avoir redoublé une ou plusieurs fois au cours de leur cursus scolaire, enfin près de 70% quittent lenseignement fondamental sans obtenir leur diplôme de fin détudes.
Lanalyse inter-wilaya relative à la réussite au BEF, au niveau de la wilaya de Relizane montre que moins de 18% des élèves de la cohorte de départ obtiennent leur diplôme, un peu plus de 3% lobtiendront sans avoir jamais redoublé au cours de leur cursus scolaire. Cela signifie que seulement près de 21% des élèves de la cohorte de départ obtiennent leur BEF avec ou sans redoublement. Cela signifie également que plus de 79% des élèves, de la cohorte de départ, quittent lenseignement fondamental sans diplôme de fin détudes.
La conclusion sans nuance que lon peut tirer de lanalyse des taux de survie, cest que ces derniers montrent avec éloquence le faible niveau de rendement du système éducatif. Les résultats peuvent être qualifiés de dérisoire au regard des investissements consentis et de leffectif des cohortes initiales considérées.
Indicateur 14. Le coefficient defficacité représente le nombre idéal dannées-élèves nécessaires pour que les élèves dune cohorte donnée achèvent le cycle denseignement. Le coefficient defficacité est égal au pourcentage du rapport entre le nombre idéal dannées/élèves nécessaires à lachèvement de la scolarité, par le nombre effectif dannées/élèves consacrées à la formation des dits élèves.
Une année scolaire passée dans une classe par un élève est comptée comme une année-élève. Le coefficient defficacité représente donc le nombre idéal (optimal) dannées/élève nécessaire (cest à dire en labsence de redoublements et dabandons) pour quun certain nombre délèves faisant partie dune cohorte donnée achèvent leur scolarité. Le coefficient defficacité constitue donc un indicateur synthétique du rendement interne dun système éducatif. Il résume les répercussions des redoublements et des abandons sur lefficacité du processus éducatif.
Il y a lieu de retenir quun coefficient defficacité proche de 100 % indique un niveau général defficacité interne élevé et une faible déperdition (redoublements et abandons). Un coefficient defficacité inférieur à 100 % dénote le degré dinefficacité due aux redoublements et aux abandons. Les taux defficacité ont été calculés à partir du deuxième cycle denseignement fondamental conformément aux instructions et directives du FCIEPT.
Les résultats relatifs au coefficient defficacité se présentent comme suit :
ANNEES |
TOTAL |
FILLES |
GARCONS |
4 AF |
86.46% |
88.20% |
84.84% |
5 AF |
84.14% |
86.38% |
82.10% |
6 AF |
75.82% |
78.95% |
73.04% |
7 AF |
69.72% |
75.42% |
64.68% |
8 AF |
62.69% |
71.17% |
55.32% |
9 AF |
33.96% |
40.75% |
28.14% |
Ces résultats affichés par année détudes, dévoilent de très faibles taux defficacité du système éducatif algérien.
Si lon considère que le cursus scolaire de lécole fondamentale qui est couronné par lobtention du diplôme du Brevet dEnseignement fondamental (BEF), le taux defficacité de ce système est inférieur à 34%. Ce très médiocre taux defficacité démontre, à lui seul, lincapacité du système à réaliser les objectifs quil sest assignés. On relèvera, néanmoins, que le taux defficacité chez les filles qui atteint seulement près de 41% est qui demeure très médiocre, est nettement plus élevé que le taux de 28% defficacité affiché chez les garçons.
On notera que le taux defficacité consistant à faire parvenir les élèves jusquen 9eme AF, dernière année de scolarité de lenseignement fondamental est inférieur à 63% ; lanalyse par sexe montre que le taux defficacité relevé chez les filles est denviron 71% alors que chez les garçons, il atteint à peine les 55%. Si le taux defficacité affiché par les filles peut être considéré comme assez appréciable, celui recensé chez les garçons est nettement insuffisant. Cette constatation permet dénoncer que les filles réussissent leur scolarité nettement mieux que les garçons.
Le taux defficacité relevé au niveau de la 9eme AF constitue globalement le double de celui affiché au niveau de lexamen du BEF. Cet état de fait permet dénoncer que lexamen du BEF constitue un sérieux obstacle pour les élèves quel que soit le sexe considéré.
Il est opportun de rappeler que du point de vue conceptuel, lefficacité est optimale lorsque la majorité des élèves achèvent leur scolarité après avoir accompli le nombre dannées prescrit pour le cycle denseignement considéré, mais cela ne signifie pas nécessairement quils aient obtenu les résultats escomptés en matière dapprentissage. En outre, selon la méthode de calcul préconisée, les abandons précoces (cest-à-dire dans les petites classes) réduisent moins lefficacité interne que les abandons tardifs (cest-à-dire dans les grandes classes). Cette observation explique la diminution importante constatée entre le taux defficacité relevé en 9eme AF et celui constaté pour le BEF. Néanmoins, face à daussi faibles résultats, il faut sérieusement sinterroger pour savoir si effectivement le BEF est un examen qui évalue ce qui est effectivement enseigné, dune part, ou bien si les élèves passent en classe supérieure sans posséder les pré-requis nécessaires, dautre part. Si lon se réfère aux forts taux de redoublement et dabandon exprimés dans les chapitres précédents, qui laissent supposer que les cursus de lécole fondamentale est très sélectif, tout porte à croire que les moyens mis à la disposition de lécole fondamentale sont incapables de faire acquérir aux élèves les compétences nécessaires définies par les programmes officiels. En conséquence, on peut affirmer que le niveau dinstruction dispensé par lécole fondamentale est très médiocre.
Ce triste constat peut trouver une explication à travers deux points essentiels :
La qualification des enseignants est en déphasage avec les exigences des programmes denseignement, dune part, et avec les développement des sciences de léducation, dautre part.
Le déphasage est immense entre les méthodes et les techniques dapprentissage et les moyens didactiques obsolètes au regard des données de lenvironnement social. En effet, il ne faut pas perdre de vue que les moyens de communication, surtout la télévision, inonde lensemble des foyers algériens : chaque famille reçoit des messages divers relatifs à la connaissance, à la science, à la technologie, aux cultures et civilisations dautres peuples, etc Les méthodes denseignement et les moyens didactiques ne doivent pas ignorer, ni passer sous silence, linfluence de ces moyens de communication. On peut donc énoncer que linadaptation des programmes, des moyens didactiques, de la qualification des enseignants constituent les causes majeures du faible niveau de rendement constaté.
Pour apprécier de manière plus concrète le faible niveau defficacité de lécole fondamentale, ce dernier a été converti en années/élève que lon doit assurer pour faire parvenir un élève jusquà un niveau détudes donné. Les résultats obtenus se présentent comme suit :
ANNEES |
TOTAL |
FILLES |
GARCONS |
4 AF à 5 AF |
4.63 |
4.54 |
4.71 |
5 AF à 6 AF |
5.94 |
5.79 |
6.09 |
6 AF à 7 AF |
7.91 |
7.60 |
8.21 |
7 AF à 8 AF |
10.04 |
9.28 |
10.82 |
8 AF à 9 AF |
12.76 |
11.24 |
14.46 |
9 AF au BEF |
26.50 |
22.09 |
31.98 |
Ainsi, il est dépensé près de 13 années de scolarité, au lieu de 8 nécessaires, pour faire parvenir un élève de la 1ere AF à la 9eme AF. Il faut peut être répéter que ce ne sont pas 100% des élèves entrés en 1ere année qui parviennent jusquen 9eme AF, mais seulement 37%. Pour quun élève obtienne le BEF, il est dépensé près de 27 années détudes au lieu de 9 requises, tout en considérant que cette réussite ne concerne pas les 100% des élèves entrés en 1ere année, mais seulement 36% dentre eux. Cela signifie que les dépenses atteignent près du triple de ce quelle auraient dû être.
Lanalyse inter-wilaya montre que le taux defficacité varie :
En termes de dépenses années/élève, la variation se disperse :
Ces résultats mettent en évidence les graves déséquilibres inter-wilaya et lhétérogénéité qui caractérise lenseignement fondamental.
Les résultats obtenus sont très en deçà des dépenses engagées. En effet, lécole fondamentale est incapable de faire parvenir une grande proportion délèves jusquen fin de cursus scolaire, et encore moins celui de leur fournir les compétences nécessaires pour leur permettre de réussir au diplôme de fin de cycle. En outre, il faut relever les nombreux abandons, constatés en particulier à partir de la 6eme année fondamentale. Ces abandons, démontrent si besoin est limportante hémorragie, pour ne pas dire lhécatombe, que provoque actuellement lenseignement fondamental.
Ces constatations nous indiquent que ce nest pas par la politique du redoublement que lon améliore les performances des élèves ; bien au contraire, cela cause le vieillissement de la population scolaire et favorise labandon en cours de scolarité ; la conséquence directe en est le surcoût de léducation.
Lenjeu consiste plutôt à diminuer les coûts de léducation en réduisant les dépenses indues induites par les redoublements et les abandons, pour tenter, dune part, de rééquilibrer le budget de fonctionnement dont près de 97% sont actuellement consacrés aux salaires, et augmenter les dépenses dans les domaines à même de favoriser lamélioration des performances, dautre part. En effet, tout gain sur les dépenses indues pourra être investi dans la formation de lencadrement pédagogique, dans le développement dune recherche pédagogique appliquée efficiente, dans lacquisition de moyens didactiques et audio-visuels performants, dans lallégement des tailles des divisions pédagogiques, dans le développement de la recherche action associant davantage les enseignants, afin de conserver la dynamique du changement et de linnovation si nécessaires dans le domaine éducatif.
Acquis et résultats de lapprentissage
Indicateur 15. Il sagit dun indicateur qui concerne lefficacité du processus déducation pour ce qui est relatif aux résultats effectifs de lapprentissage. Lobjectif visé par cet indicateur consiste à apprécier lamélioration de lapprentissage scolaire.
En létat actuel du développement du système éducatif, ce genre dévaluation nest pas réalisé en Algérie. Cela signifie que nul ne peut se prononcer sur des bases scientifiques et objectives sur le niveau des acquisitions scolaires des élèves. En effet, il y a lieu de rappeler que lévaluation pédagogique des connaissances et des compétences ne doit pas être confondue avec le contrôle institué à travers les devoirs notés, les compositions ou les examens. Cette situation explique le caractère de lévaluation sélective pratiquée au niveau de lenseignement fondamental, en particulier au niveau de lenseignement fondamental, en particulier au niveau du passage de la 6eme AF vers la 7eme AF. La non connaissance du niveau de performance atteint par les élèves au niveau de chaque domaine dapprentissage défini par les programmes, (en vue dêtre acquis par ces derniers) constitue un handicap important qui empêche dapporter les correctifs nécessaires pour réajuster de manière objective les contenus des programmes, des méthodes pédagogiques, et daméliorer les divers moyens didactiques utilisés. En effet, lévaluation de lapprentissage au moyen de devoirs, de compositions ou dexamens, destinés à déterminer la maîtrise des matières inscrites au programme, ne peut pas rendre compte des lacunes effectives imputables aux élèves, ni de celles qui relèvent de la qualité de lencadrement, des programmes denseignement, des méthodes pédagogiques, etc.
Face à cet état de fait, on peut dire que le secteur de léducation ne possède pas de système dévaluation pédagogique dans lacceptation du terme.
Il y a lieu de signaler que dans les années 1975 à 1979, le Minsitère de lEducation Nationale avait installé un noyau dévaluation pédagogique qui a pu concevoir, élaborer et réaliser des épreuves dévaluation standardisées capables destimer le niveau de pertinence des programmes, la qualité de lapprentissage et les compétences quils développaient chez les élèves. Ces travaux (et dautres encore) avaient permis de constater lexistence de variations inter-wilaya considérables en matière de résultats de lapprentissage. Ce moyen dévaluation devrait être réactivé, bénéficier des moyens nécessaires à son développement et être mis en uvre méthodiquement, dans le cadre dune stratégie et dun programme avec des objectifs précis.
Il ne sagira pas dévaluer uniquement les aspects cognitifs des programmes, mais également les autres compétences, attitudes et valeurs de base que les programmes sont censés développer et dont chaque individu a besoin pour vivre en harmonie au sein de son environnement propre ainsi quavec celui que développe luniversalité et la mondialisation.
On insistera pour dire que lévaluation des apprentissages ne doit pas avoir pour but destimer le niveau dapprentissage dun élève dans un but sélectif, lévaluation doit être surtout utilisée pour améliorer les programmes détudes des élèves et ceux de la formation des maîtres, pour examiner les liens existants entre les conditions de scolarité et les résultats de lapprentissage, pour améliorer le milieu dapprentissage scolaire et de créer des écoles accueillantes et non pas brimantes. Cest à dire se donner les moyens de réaliser une pédagogie de la réussite et non pas une pédagogie de léchec scolaire.
Compte tenu de linexistence dun système dévaluation, que lon doit distinguer dun système de contrôle et de sélection, le présent bilan ne peut présenter aucune donnée relative à lindicateur 15 dont les objectifs étaient destimer le pourcentage des élèves ayant atteint au moins la 4eme année de la scolarité primaire qui maîtrisent les connaissances de base minimales et les compétences analytiques quon attend des élèves ayant atteint cette année de scolarité.
Indicateur 16. Il sagit du taux dalphabétisation des sujets âgés de 15 à 24 ans. Le taux dalphabétisation des personnes âgées de 15 à 24 ans revêt une signification spéciale dans la mesure où il traduit les résultats récents du processus de généralisation de léducation de base. Cest une mesure sommaire de lefficacité du système éducatif. Le taux dalphabétisation est égal au pourcentage du nombre des personnes âgées de 15 à 24 ans sachant lire et écrire par la population du même groupe dâge.
Les résultats obtenus indiquent que le taux dalphabètes dans la tranche 15-24 ans est de lordre de 87%. Chez les femmes, il est estimé à 81% alors que chez hommes il est denviron 93%. Ces taux expriment de fait que de grands efforts de scolarisation ont été entrepris par lEtat. Les progrès relatifs à lalphabétisation sont certains. Néanmoins, lanalyse inter-wilaya fait ressortir que le taux dalphabétisation varie de 62% à Djefa à près de 98% à Alger. Chez les hommes le taux dalphabétisme varie de 70% à Djelfa à près de 99% à Alger alors que chez les femmes le taux dalphabétisme se disperse entre 54% à Djelfa et plus de 97% à Alger. Cette marge de variation entre les taux les plus faibles et les taux les plus élevés indiquent une hétérogénéité importante entre wilayas.
Si lon se réfère à la comparaison de ces taux entre femmes et hommes, selon la wilaya considérée, les femmes sont moins alphabétisées que les hommes. En effet, la part représente entre 0,69 et 0,99 celle des hommes. Il est important dentreprendre des efforts en matière de scolarisation pour réduire à terme la différence entre hommes et femmes au niveau des wilayas où la participation des femmes est moin dégaler celle des hommes.
De grands efforts de scolarisation doivent être entrepris pour scolariser la population en âge de lêtre dans les wilayas où les taux dalphabétisme de la tranche dâge 15-24 ans sont faibles. En outre, les efforts dalphabétisation des adultes devront être orientés en priorité sur les filles de la tranche 15-24 ans. Tous les secteurs dactivité, les associations concernées, doivent participer à cette opération qui doit être organisée et préparée par linstitution qui en a la mission statutaire. Tout devra être entrepris pour encourager la tranche 15-24 ans à poursuivre des cours dalphabétisation ; il sagit dun groupe qui constitue un élément dynamique de la population adulte, motivé pour apprendre à lire, à écrire et compter. Cette alphabétisation doit sappuyer sur des moyens attrayants pour lanalphabète. Des mesures devront être prises pour créer un milieu favorable à lalphabétisation ; il faudra notamment développer une « culture de la lecture », attrayante pour permettre à tous les apprenants adultes de maintenir leur capacité de lire, décrire, de compter et de continuer à apprendre. Lalphabétisation constitue un potentiel pour le développement intellectuel ultérieur de lindividu et une contribution accrue au développement socio-économique et culturel de la société. Elle assure une élévation du niveau de conscience sociale des individus.
Alphabétisation des adultes
Indicateur 17. Le taux dalphabétisation des adultes est défini comme le pourcentage des membres de la population âgée de 15 ans et plus qui savent à la fois lire, écrire et compter.
Les résultats relatifs aux alphabètes âgés de 15 ans et plus indiquent un taux national de près de 54% chez les femmes et de près de 73% chez les hommes, soit un taux global dalphabétisme de plus de 63%.
En termes dalphabétisme, la wilaya de Djelfa accuse le plus faible taux avec un score de près de 40% (48% pour les hommes et de moins de 32% pour les femmes). Ces taux sont très nettement inférieurs à ceux recensés au niveau national.
La variation inter-wilaya montre que, le taux dalphabétisme varie entre 40 et 80%, chez les hommes, il se disperse entre 48 et 86% alors que chez les femmes il oscille entre 32 et 75%. Ces premiers éléments indiquent une très grande hétérogénéité entre wilayas.
Indicateur 18. Lindice de parité entre les sexes en matière dalphabétisme : il sagit du rapport entre le taux dalphabétisation des femmes et celui des hommes. Ce rapport mesure le progrès réalisé vers léquité entre les sexes en matière daccès dans le passé à léducation et le niveau des possibilités dapprentissage dont disposent les femmes par rapport aux hommes. Cest également un indicateur significatif de lémancipation, de la responsabilisation potentielle des femmes dans la société.
Les résultats exprimés dévoilent des différences importantes entre sexes ; en effet, lindice de parité femme/homme de 0,74 affiché à léchelle nationale montre linégalité en termes dalphabétisation entre hommes et femmes ; si égalité il y avait entre hommes et femmes lindice de parité serait égal à 1. cela signifie donc que les femmes sont 0,26 fois moins alphabétisées que les hommes.
Lanalyse inter-wilaya fait ressortir que les indices de parité varient entre 0,51 dans la wilaya dAdrar (ce qui signifie quen termes bruts, le nombre de femmes alphabétisées représente la moitié du nombre des hommes alphabétisés) à 0,88 pour la wilaya dAlger.
On ne peut donc que recommander de prendre des mesures appropriées en vue dassurer un programme dalphabétisation intensif au niveau des wilayas qui affichent un faible taux dalphabétisation, tout en priorisant laction sur les population jeunes, particulièrement les femmes.
SYNTHESE
Il faut relever que les indicateurs statistiques scolaires publiés par le Ministère de lEducation Nationale ne présentent, mis à part les taux dencadrement et de redoublement, aucun des autres indicateurs proposés par lUNESCO. Aussi est-il opportun pour le Ministère de lEducation Nationale dactualiser ses méthodes de collecte et de traitement des données statistiques ; ceci permettrait dapprécier le développement, le fonctionnement et le rendement du système sur la base des critères et des paramètres définis par la classification internationale de léducation (CITE) approuvée par la 25eme session de la conférence générale de lUNESCO en 1978.
Il est indispensable, voire impérieux, de techniciser les postes de travail au niveau de la direction de la planification et des statistiques. En effet, lenjeu est capital dans la mesure où cette direction centrale, même si elle ne constitue pas la « tour de contrôle » du système éducatif, doit fournir toutes les informations permettant de piloter convenablement le système. Ces informations, issues de collectes de renseignements et de dépouillements des données, doivent être exactes et précises. Un recueil de données erronées ne peut engendrer que des résultats biaisés et des interprétations fausses qui rompes les décideurs.
Compte tenu des nombreuses anomalies rencontrées lors du traitement, il est indispensable de mettre en place, au niveau de la sous direction des statistiques, un dispositif de contrôle des données.
Il faut admettre que ces dernières années, les informations contenues dans les annuaires statistiques sont très nettement plus riches que celles qui étaient publiées auparavant, cependant certaines données indispensables à la gestion correcte du système éducatif sont manquantes.
PROTECTION ET EVEIL DE LA PETITE ENFANCE
Considérant la très faible prise en charge de la protection et de léveil de la petite enfance, on peut énoncer que ce sous-système demeure marginalisé malgré une importante demande sociale qui se manifeste concrètement par une pression exercée sur les autorités scolaires par linscription de leurs enfants âgés de moins de 6 ans. Ainsi à la rentrée scolaire 1999/2000, près de 130.000 dérogations dâge ont été établies pour admettre des enfants qui navaient pas encore atteint lâge requis pour entrer à lécole. Cette population représente environ le ¼ des enfants qui entrent pour la première fois à lécole. Cette situation est intenable pour le Ministère de lEducation Nationale qui voit son budget être grevé en conséquence.
Il est utile de rappeler que le Conseil Supérieur de lEducation (CSE) stipule dans le document intitulé «Principes généraux de la nouvelle politique éducative et la réforme de lenseignement fondamental» publié en mars 1998 : « La période préscolaire est considérée comme une étape décisive dans la formation de la personnalité de lenfant dans la préparation au parachèvement de son développement corporel, sensori-moteur, social, affectif. Elle lui apprend en outre à communiquer correctement. Aussi est-il devenu nécessaire de se préoccuper de cette étape importante du cursus de notre système éducatif. Ceci répondrait au souhait perceptible ces dernières années, des familles algériennes qui réclament avec insistance une scolarisation précoce pour leurs enfants, conscientes quelles pourraient ainsi leur faire éviter les retards et les échecs scolaires . Rappelons que les institutions régionales et internationales spécialisées dans léducation recommandent de considérer léducation préscolaire comme un droit et un devoir. LAlgérie qui entreprend une réforme de son système éducatif devant préparer les conditions dun développement durable se doit de sinscrire dans cette vision. Elle répondrait ainsi aux attentes des parents pour une scolarisation précoce de leurs enfants. »
Ce réel intérêt pour lenseignement préscolaire ne trouve pas de secteur capable de réaliser les activités attendues. En effet, le Ministère de lEducation Nationale a pour mission dassurer, entre autre, un enseignement obligatoire et gratuit pour la tranche dâge des 6-16 ans ; il est, en outre, responsable en matière déducation préparatoire destinée aux enfants de 4 à 6 ans, notamment dans lélaboration des programmes éducatifs, de la définition des normes relatives aux infrastructures, au mobilier scolaire, aux équipements et aux moyens didactiques, de la définition des conditions dadmission des élèves, de lorganisation de linspection et du contrôle pédagogique.
On peut penser que le Ministère de la Solidarité et de la Famille, ou bien le Ministère du Travail et de lAction Sociale est responsable, dans les mêmes formes, des mêmes préoccupations que celles du Ministère de lEducation Nationale de lorganisation de laccueil et de la garde des enfants depuis la naissance jusquà lâge de 3 ans inclus.
Néanmoins, aucune de ces deux institutions ne possède les ressources et les infrastructures nécessaires pour assurer la prise en charge de léveil et de léducation de la petite enfance.
Le Conseil Supérieur de lEducation avait suggéré de fixer lâge légal dentrée à lécole à 5 ans , cette solution de facilité se heurte à un problème de faisabilité compte tenu des investissements énormes quil y a lieu de mobiliser et des dépenses récurrentes que pareille mesure engendrerait.
En conséquence, il est temps de se préoccuper de ce sosus-système, il est recommande en particulier :
Il est universellement admis que lamélioration de la qualité de lenseignement et du rendement du système éducatif passe par une prise en charge éducative sérieuse, objective et vigoureuse de la petite enfance. En conséquence, le développement des activités relatives à la protection et à léveil de la petite enfance demeure incontournable. LAlgérie devra impulser un rapide essor à cette étape de léducation si elle veut amorcer lamélioration des performances de son système éducatif.
Un dossier relatif à la protection et à léveil de la petite enfance doit être préparé pour être soumis au gouvernement.
ENSEIGNEMENT FONDAMENTAL
Sur le plan de lorganisation, des finalités et des objectifs, lécole fondamental constitue un acquis social majeur. Son existence même et sa mise en oeuvre indiquent également lintérêt politique que portent les plus hautes institutions nationales à lenseignement et à léducation et, partant à la formation de lhomme.
La synthèse des résultats obtenus à travers le bilan de léducation pour tous fait ressortir les faits suivants :
LA CAPACITE DE SCOLARISATION DES NOUVEAUX ENTRANTS
Sur le plan de laccueil, les résultats du bilan montrent que lAlgérie possède les capacités pour scolariser toute la population ayant lâge légal pour entrer à lécole. Néanmoins, le nombre denfants ayant lâge requis pour être scolarisés et qui entrent pour la première fois à lécole nest pas satisfaisant. Ce paradoxe sexplique par une proportion importante denfants qui sont rentrés et qui entrent toujours pour la première fois à lécole sans avoir lâge requis grâce à une dérogation dâge attribuée par les autorité éducatives. Cependant, vu le nombre important des dérogations accordées, cela devient, ni plus ni moins, une perversion de la réglementation et de la loi.
Cette situation nest pas sans conséquence sur le système éducatif. En effet, on enregistre un double effet négatif :
En outre, lanalyse de la cohorte des élèves de la 1ere à la 9eme AF révèle que lavance acquise, par une entrée précoce des enfants qui nont pas atteint lâge requis, est perdue lorsquils arrivent au niveau des classes de 4, 5 et 6eme année denseignement parce quils auront redoublé une ou plusieurs classes entre temps.
Compte tenu de tous les aspects négatifs engendrés par la scolarisation en première année des enfants qui nont pas lâge requis pour entrer à lécole, il est recommandé de prendre les mesures appropriées pour supprimer, sinon limiter de manière sévère loctroi de dérogation dâge au profit des enfants âgé de moins de 6 ans le jour de la rentrée scolaire. Le gain que lon pourrait retirer se traduira par une amélioration des conditions dapprentissage et par une réduction des effectifs en encadrement pédagogique et, partant, une réduction des dépenses salariales.
LA SCOLARISATION
Au niveau de lenseignement élémentaire, la quasi-totalité des enfants âgés entre 6 et 12 ans - filles et garçons sont scolarisés. Néanmoins, il faut relever quelques défaillances au niveau de certaines wilayas dans lesquelles on observe des taux de scolarisation plutôt faibles. Cette faiblesse de la scolarisation se traduit par lexistence dun effectif de 225.000 filles et 153.000 garçons de la tranche 6-12 ans qui ne fréquentent pas lécole. Les situations qui prévalent au niveau de ces wilayas devront être analysées en vue de déterminer les causes qui engendrent ces faibles taux de scolarisation et vérifier surtout sil sagit dune insuffisance infrastructurelle pour accueillir les élèves ou sil sagit de phénomènes sociaux pour lesquels il doit être trouvé des moyens dagir.
Lanalyse de la scolarisation montre quune proportion non négligeable denfants âgés de moins de 6 ans et de plus de 12 ans fréquente lenseignement primaire alors que théoriquement les premiers ne devraient pas être scolarisés et les seconds devraient lêtre dans le 3eme cycle de lécole fondamentale. La prise en charge de cette population implique des dépenses qui grèvent le budget de fonctionnement de lenseignement élémentaire et provoque un effet de déséquilibre sur la structuration globale du budget de fonctionnement du Ministère de lEducation Nationale.
Quant à lenseignement fondamental dans sa globalité, si lon considère que ce dernier est obligatoire et gratuit pour tous les enfants âgés entre 6 et 16 ans, le traitement des données fait ressortir que ce sont plus de 900.000 filles et près de 700.000 garçons qui ne fréquentent pas lécole fondamentale. Autrement dit, en apparence, un peu plus de 80% des enfants concernés sont scolarisés. En réalité ce constat doit tout de même être tempéré, car il est évident que des jeunes appartenant à cette tranche dâge sont scolarisés au niveau de lenseignement secondaire, sans compter tous ceux qui sont dans des structures denseignement professionnel. Les plus grandes déperditions sont observées surtout au niveau de la tranche dâge 13-16 ans.
Le taux net de scolarisation des 6-16 ans montre une légère inégalité entre filles et garçons, à lavantage des garçons. On relèvera que la disparité inter-wilaya est très importante puisque lon constate que le taux net de scolarisation varie entre 60 et 95% selon la wilaya considérée. Il devient impérieux détablir des enquêtes auprès des wilayas où le taux de scolarisation est jugé inacceptable.
Il va sans dire que lenseignement fondamental a connu une très grande expansion qui doit être soutenue et renforcée, notamment en améliorant les conditions de scolarisation au niveau des wilayas dont les taux de scolarisation savèrent être faibles et que le présent bilan a mis en évidence. Cette recommandation ne pourra être réalisée que si les services de la planification optent pour une politique orientée vers la recherche dun équilibre inter-wilaya basé sur des paramètres pertinents de scolarisation issus détudes analytiques. A cet effet, les services de la planification doivent être technicisés et gérés par un personnel qualifié pour traiter correctement les données et mener les enquêtes et études nécessaires en la matière.
La priorité dans le domaine de la planification doit consister à veiller jalousement à une homogénéité inter-wilaya des indicateurs de scolarisation et trouver les moyens de dynamiser les wilayas retardataires et non pas se limiter à comptabiliser les effectifs et à prévoir les besoins y afférents. Il y a lieu de «dépasser le stade de la provision pour aborder celui de la prévision».
LES DEPENSES DE LEDUCATION
Au cours de la dernière décennie, la part du budget de fonctionnement alloué à léducation a varié entre environ 4 et 5% du PNB ; les pourcentages les plus élevés ont été constatés pour les années 1993 et 1994 avec une pointe de 4,9% du PNB. En 1999, ce taux ne dépasse pas les 4,2%, ce qui constitue une régression de 0,5% par rapport à 1998.
Il est nécessaire de rappeler quil ne sagit pas là des dépenses effectives constatées, mais des crédits votés affectés au Ministère de lEducation Nationale. En ce qui concerne les dépenses effectives de léducation, les services centraux du Ministère de lEducation Nationale sont dans lincapacité de les fournir globalement et encore moins par sous-système ou par cycle denseignement (enseignement primaire, moyen et secondaire). La Direction des Finances nopère pas danalyses financières du budget quelle gère, elle se contente de ventiler les crédits votés qui sont attribués au Ministère de lEducation Nationale, sans se soucier du devenir des subventions quelle distribue. On est en droit de sinterroger sur les critères dallocation des crédits aux wilayas et aux établissements scolaires. Comment dans ces conditions est-il possible dagir pour régler, corriger et redresser certaines situations, ou gérer convenablement les moyens financiers mis à la disposition du secteur éducatif ? On sinterroge également pour savoir comment sont appréciés les besoins et comment sont arbitrés les demandes.
On relèvera également que si la direction des finances présente chaque année son fascicule de budget de fonctionnement, à aucun moment elle na présenté un fascicule du compte financier qui fait ressortir les dépenses et les reliquats. Ce manque dinformations relatives aux crédits consommés na pas permis de calculer les indicateurs financiers sollicités dans le cadre du bilan à lan 2000 de lEducation Pour Tous et exprimé dans les directives du FCIEPT. Seule une appréciation sommaire des budgets votés pour lensemble du système éducatif a pu être opérée.
Les recommandations quinpire la situation qui prévaut au niveau financier sont de trois ordres :
LENCADREMENT ET LES INFRASTRUCTURES
Les indicateurs relatifs à lencadrement exprimés dans les directives techniques du FCIEPT distinguent ceux concernant les enseignants ayant le titre académique requis pour enseigner et ceux qui sont certifiés pour enseigner selon les normes nationales.
En Algérie, ces deux critères sont confondus, en effet, nul ne peut accéder au grade dinstituteur sil na pas le niveau académique requis, à savoir le baccalauréat ou le diplôme du brevet supérieur de capacité (équivalent au baccalauréat). En outre, pour être certifié (confirmé), les titulaires de lun de ces deux diplômes, ou dun diplôme universitaire, doivent passer lexamen du certificat daptitude pédagogique. En conséquence, tous les instituteurs certifiés (confirmés) ont le niveau académique requis pour enseigner.
Le taux des enseignants ayant le niveau académique requis et les qualifications pour enseigner est assez satisfaisant dans la mesure où il avoisine les 93%. Il y a lieu de relever que le niveau de qualification est plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Néanmoins, on notera que dans certaines wilayas le quart des enseignants qui y enseignent nont ni le niveau académique, ni la qualification requis. Un programme spécial de formation devrait être mis en uvre de toute urgence, au niveau des wilayas concernées afin dhomogénéiser lindicateur de la qualification des enseignants entre wilaya. En effet, si la qualification des enseignants varie de manière significative dune wilaya à lautre, il nest plus permis de comparer les performances scolaires des élèves entre une wilaya et une autre, compte tenu de linégalité des moyens mis à la disposition des élèves.
Le taux dencadrement, cest à dire le nombre moyen délèves par maître dans lenseignement primaire est estimé à 28 élèves par défaut.
Lanalyse comparative de la valeur de cet indicateur avec celui du nombre délèves par division pédagogique (32 élèves) et celui du nombre délèves par salle de classe (40 élèves) montre que lorganisation pédagogique est très fortement perturbée et dévoile en apparence un déficit de plus de 30.000 salles de classe, ce qui entraîne une surutilisation des infrastructures, des équipements et des mobiliers scolaires qui, par voie de conséquence, connaissent une détérioration rapide ; on signale que certainbs établissements sont dans un état de délabrement avancé.
En ce qui concerne lencadrement, on relève que lenseignement des langues étrangères à partir de la 4eme année de lenseignement primaire induit un volume horaire par enseignant inférieur à lhoraire statutairement dû. Ce déséquilibre en termes de volume horaire correspond à un surnombre théorique denviron 20.000 enseignants car ces derniers nont pas la capacité denseigner aussi bien en Arabe quen Français ou en Anglais et ne peuvent pas compléter leurs horaires par dautres activités éducatives. Cet état de fait est indépendant de la volonté des enseignants.
Compte tenu de la situation qui prévaut au niveau de lenseignement primaire, il est recommandé :
LE REDOUBLEMENT ET LEFFICACITE
Les taux de redoublement recensés à léchelle nationale sont excessifs quel que soit le niveau détudes considéré. Les taux de redoublement sintensifient de manière démesurée à partir de la 6eme AF. Au niveau de la 9eme AF, le 1/3 des effectifs de chaque classe est composé de redoublants. Lanalyse inter-wilaya met à jour des phénomènes de redoublement totalement inacceptables.
Il faut également noter que le 1/3 des élèves qui entrent en 1ere année de lenseignement fondamental seront amener à abandonner leurs études avant de parvenir en 9eme AF. Les causes dabandon sont multiples, et le facteur redoublement en constitue la principale. Comme pour les redoublements, les abandons connaissent une intensification à partir de la 6eme AF.
En tout état de cause, ce ne sont que 67% des élèves qui entrent en 1ere année qui parviennent (survivent) jusquen 9eme AF, 21% dentre eux y parviennent sans avoir jamais redoublé et 46% après avoir redoublé une ou plusieurs fois au cours du cursus.
Il faut relever que 64% des élèves qui entrent en 1ere AF feront un parcours scolaire plus ou moins complet de lécole fondamentale et la quittent sans obtenir le diplôme du BEF, près de 8% obtiendront leur diplôme sans avoir jamais redoublé et 28% après avoir redoublé une ou plusieurs fois.
Les déperditions scolaires en termes de redoublements et dabandons sont intolérables au niveau de lenseignement élémentaire, elles sont inacceptables au niveau du 3eme cycle de lécole fondamentale.
Cet état de fait, dont les détails sont exprimés au niveau du bilan, engendre un coefficient defficacité de 63% pour faire parvenir les restes dune cohorte délèves jusquen 9eme AF, ce coefficient est estimé à 34% lorsquil sagit dobtenir le diplôme du BEF. En dautres termes, compte tenu des redoublements et des abandons, il faut dépenser près de 13 années détudes par élève au lieu de 8 pour le faire parvenir de la 1ere AF en 9eme AF ; il faut dépenser près de 27 années de scolarisation pour faire réussir un élève au BEF au lieu des 9 années minimum requises. On dépense donc près de 3 fois le coût idéal et théorique de fonctionnement pour ne faire parvenir que 67% des élèves dune cohorte de la 1ere AF jusquen 9eme AF ans. On notera que le rendement affiché par les filles est meilleur que celui observé chez les garçons.
Ce résumé succinct sur le redoublement et lefficacité de lécole fondamentale démontre que, malgré les redoublements excessifs, la réussite au BEF demeure dérisoire. En conséquence, il est possible dénoncer que la qualité de lenseignement et de léducation dispensés, au niveau du cursus de lécole fondamentale, est médiocre. Les redoublements constituent donc un non-sens dans la mesure où ils ninduisent aucune amélioration. Cette première conclusion conduit à dire que les programmes denseignement, leurs contenus, les méthodes pédagogiques et les moyens didactiques utilisés doivent être réformés ; cela implique par contre coup que la formation des enseignants doit être revue dans sa stratégie, ses objectifs et ses contenus.
Il va sans dire que lécole fondamentale a toujours été décriée par la société en général et les parents délèves en particulier, non pas dans ses fondements et sa structuration, mais au niveau des contenus denseignement et de formation que véhiculent les programmes et des résultats obtenus.
LES ACQUISITIONS ET LES RESULTATS DE LAPPRENTISSAGE
Le système éducatif actuel ne peut plus évoluer sans système dévaluation des acquisitions scolaires et des aptitudes que lenseignement est censé développer. Le système dévaluation des acquis et des apprentissages ne doit absolument pas être confondu avec les contrôles pédagogiques institutionnalisés, comme les devoirs surveillés, les compositions ou les examens. Lévaluation préconisée doit constituer un instrument de mesure capable de renseigner le pédagogue et le décideur sur le niveau de compétence acquis par lélève moyen au niveau de chaque notion enseignée et de chaque aptitude éduquée au niveau de certaines années détudes données. Il ne sagit nullement dune évaluation de type sélectif, mais dune évaluation qui devrait renseigner de manière objective le pédagogue pour quil puisse corriger les contenus de programme, les méthodes pédagogiques afin daméliorer les performances des élèves concernés.
Ce type dévaluation a été souhaité depuis de nombreuses années. Cependant, malgré dimportants investissements en formation entrepris dans le domaine de lévaluation, aucune stratégie dévaluation na pu être mise en uvre. Cet échec démoralisant a entraîné le système éducatif à sombrer davantage dans des débats stériles sur lamélioration de la qualité de lenseignement. Compte tenu de cet état de fait, on peut dire quactuellement, il nexiste pas détudes permettant de se prononcer sur le degré de performance atteint par les élèves, et encore moins estimer le degré de pertinence des programmes en vigueur.
Néanmoins, vu le faible taux defficacité de lécole fondamentale, dune part, et compte tenu du fait que les contenus des programmes sont décriés par la société dune manière générale, dautre part, on peut dire que les résultats du présent bilan rejoignent les revendications sociales à propos de léducation. En conséquence, il nest pas faux dénoncer que les programmes denseignement actuellement en vigueur sont en total déphasage par rapport au développement socio-économique, quils sont obsolètes au regard des aptitudes intellectuelles dadaptation à un monde en perpétuel changement, aux sciences et aux technologies et que lécole doit développer chez les intéressés.
On relèvera que le taux dalphabétisation de la tranche dâge 15-24 ans, qui traduit dune certaine manière les résultats du processus éducatif, est de 87%. Même sil est appréciable, ce taux demeure non satisfaisant compte tenu des efforts entrepris en matière de scolarisation, notamment depuis la généralisation de lécole fondamentale. On peut dire quà léchelle nationale, 13% de la tranche 15-24 ans sont analphabètes ; cependant lanalyse inter-wilaya met en évidence de très grands déséquilibres entre une wilaya et une autre, ce qui veut dire que le secteur éducatif na pas joué pleinement son rôle au niveau de certaines wilayas, en particulier celle de Djelfa.
En plus de léquipement minimum «kit» de survie, que constitue laptitude à savoir lire, savoir écrire et savoir compter, lécole doit parallèlement et impérativement, compte tenu du développement de la science et des technologies, assurer le «kit» du savoir apprendre à apprendre en introduisant dans ses programmes une éducation qui développe les aptitudes cognitives, autres que la mémoire, relatives à la compréhension, à lanalyse, à la synthèse, ou à toute autre aptitude qui permet à lindividu de sadapter au perpétuel changement. Cette option nécessite une réforme totale des programmes qui doivent être confiés à des experts avérés dans le domaine. Toute erreur dans le domaine éducatif se répercute 20 ans après sur la société. Une participation de lUNESCO serait à solliciter dans le domaine de la réforme préconisée.
Le présent bilan fait ressortir que ce nest pas par la politique du redoublement que lon améliore les performances des élèves, le redoublement constitue au contraire un obstacle à lamélioration de la qualité de lenseignement et induit des surcoûts importants.
Ces économies substantielles seront à réinvestir avantageusement dans tout ce qui contribue à lamélioration de la qualité de lenseignement et qui peut réduire les surcoûts causés par les redoublements et les abandons, comme par exemple :
Enfin, tout un ensemble dactions et de mesures qui impulseront le système éducatif pour le sortir de son inanité actuelle et améliorer son efficacité.
EPILOGUE
La méthodologie de traitement des données relevant du secteur éducatif et de la population ,a permis détablir un état des lieux objectifs sur la situation qui prévaut au niveau du système éducatif algérien.
Cette opération devrait être établie par chaque direction de léducation en vue didentifier les daïras ou les communes où les résultats sont anormaux. Une formation des personnels à lutilisation du logiciel devrait être envisagée.
Lutilisation du logiciel de traitement statistique permettrait dapprécier les 18 indicateurs proposés. Cette utilisation suppose une collecte dinformations et de données riches, variées et organisées. En conséquence, si chaque direcetion de léducation est amenée à lutiliser, cela entraînera, sans limposer, une nomenclature normalisées des données et informations statistiques nécessaires à calculer des indicateurs universellement reconnus.
Etablir un bilan sur léducation pour la décennie 1990-2000, sans renir compte de lenvironnement qui a prévalu au cours de cette période risque de fausser lappréciation générale qui sen dégage. Cependant, quelle que soit la situation qui a prévalu, cette dernière ne doit pas servir dexcuse pour justifier la faiblesse des résulats obtenus.
En effet, il faut rappeler quau cours de la dernière décennie, lAlgérie a traversé une période de violence et dinsécurité sans précédant. Il est certain que cela a occasionné des répercussions négatives sur les résultats escomptés, dune part, et empêché de réaliser certaines opérations dextension et de développement du système éducatif, dautre part. Néanmoins, il faudra surtout retenir que malgré les violences, parfois intenses, qui ont endeuillé lAlgérie, au cours de cette dernière décennie, les élèves algériens nont jamais renoncé à leur scolarité. Cette réalité est à souligner de manière très forte. En effet, elle indique à elle seule une volonté sociale ancrée à un désir profond de sinstruire et de se cultiver. Un hommage de reconnaissance doit également être rendu au corps enseignant qui, malgré les risques encourus, na pas fait montre de manquement à sa tâche, même dans les zones les plus exposées.
Malgré ce comportement empreint de bravoure et dhéroïsme, il faut dire avec force et vigueur que les résultats du bilan sont loin de répondre aux attentes manifestées par les enseignants, les écoliers et leurs parents, qui méritent un système denseignement et déducation à la hauteur de leurs ambitions.
FIN