| L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays | ||
| Belgique |
DEUXIÈME PARTIE
Section prospective
En juin 1999, ont eu lieu des élections législatives qui ont conduit la Communauté française de Belgique à disposer dun nouveau Gouvernement. La Déclaration de politique communautaire permet de distinguer les nouveaux axes qui feront lobjet de nouvelles dispositions pendant la nouvelle législature. Ils couvrent lensemble de la question de léducation pour tous qui, pour la première fois, est abordée sous langle dun apprentissage et dune éducation tout au long de la vie.
a. La protection et léveil de la petite enfance
La nouvelle Déclaration de politique communautaire a mis la question de la petite enfance au centre de ses préoccupations. Un des axes de la nouvelle législature sera de veiller à augmenter le nombre de places daccueil et à en renforcer laccès en sassurant de son caractère équitable. Le partenariat avec les autorités régionales sera développé pour permettre de mobiliser davantage les politiques de lemploi en faveur des milieux daccueil.
Il est également prévu de réduire le placement de tout jeune enfant en institution par une intervention accrue dans le milieu de vie.
Le Gouvernement de la Communauté française a adopté récemment un arrêté visant à rétablir l'équilibre entre les crèches et les pré-gardiennats qui accueillent les enfants issus de milieux aisés et ceux issus de milieux plus défavorisés. L'objectif est également d'enrayer toute sélection arbitraire au moment de la demande d'inscription d'un enfant dans une crèche ou un pré-gardiennat. Cette mesure est favorable aux services localisés dans des quartiers défavorisés. Les services localisés dans des régions économiquement mieux nanties et qui pratiquent une politique d'accueil d'un public diversifié ne sont pas pénalisés.
b. Laccès à léducation primaire et laccomplissement du cursus
b.1. Lenseignement
En matière denseignement, la nouvelle Déclaration de politique communautaire comprend lénoncé dune série de mesures. Parmi elles, il convient de mentionner :
Pour lenseignement fondamental, il faut noter laccent mis sur la nécessité de renforcer la politique de promotion de la « réussite scolaire », notamment en donnant la priorité à la maîtrise des savoirs de base pour tous, cela concrètement passera par un renforcement de la formation initiale et continuée des enseignants, une exploitation des nouveaux centres « cyber média »...
Il s'agit de penser l'enseignement comme faisant partie intégrante des politiques de l'enfance (à l'instar des mesures visant à penser l'audiovisuel comme une partie des politiques culturelles) et non plus d'opposer ces deux secteurs. Un enfant est avant tout un enfant et n'est pas réductible à un élève. L'enjeu de la décennie est de créer des réseaux entre les différences instances éducatives qui contribuent au développement physique, cognitif et psychique de l'enfant. Il s'agit d'établir des ponts entre l'école, la famille, les médias, les institutions culturelles, sportives, etc.
Une politique d'actions prioritaires pour les écoles à
discriminations positives :
L'objectif est de renforcer prioritairement des dispositifs visant l'égalité des
résultats. Le dispositif "D+" se verra augmenté d'environ 30 %
tout en se voyant réorienté vers les écoles les plus défavorisées. Pour ce faire, il
s'agit de resserrer la cible autour des établissements dont la situation est la plus
défavorable (en lien avec la « santé » socio-économique des quartiers). Pour ce
faire, une étude sera réalisée sur base de critères objectifs.
Le développement de la formation continue des professionnels des secteurs de l'enfance : Cette volonté se traduit en trois projets concrets et ponctuels : une formation continue d'enseignants aux cybermédias (les ordinateurs arrivent peu à peu dans les écoles fondamentales mais tous les enseignants appelés à les utiliser n'en maîtrisent pas toujours les utilités pédagogiques), une formation pour les directions des milieux d'accueil (les défis à relever par les structures d'accueil de l'enfant sont de plus en plus diversifiés face aux évolutions sociétales de cette dernière décennie), une formation continue à la bientraitance (nécessité d'aborder la question de la maltraitance de plus en plus en amont « prévenir et non guérir »).
Une des priorités du Gouvernement est de travailler sur les barrières (sociales, culturelles et financières) à l'accès à l'école dès 3 ans. (La Déclaration de politique communautaire prévoit l'obligation d'inscription scolaire à 3 ans). Une étude sur l'effectivité de la gratuité de l'accès à l'enseignement est envisagée, en référence aux dispositions contenues dans le décret « Missions ».
Le projet du Gouvernement est aussi de soutenir des projets pilotes de revalorisation des gestes techniques, de l'intelligence de la main et des compétences artistiques dans l'enseignement fondamental, plus particulièrement à la période charnière (fin 5e primaire et 6e primaire, moment où le « tout » intellectuel prend trop souvent le dessus). Ceci traduit une volonté transversale du Gouvernement de revaloriser les filières techniques et professionnelles.
Pour lenseignement secondaire, laccent sera mis sur le besoin déviter tout ce qui dans le système éducatif génère de lexclusion et favorise lorientation par léchec. Une réforme de lenseignement technique et professionnel va être mis en oeuvre qui visera, notamment en fonction des travaux de la CCPQ, à favoriser une bonne insertion du jeune dans la vie active. Une revalorisation des métiers sera prônée mettant en évidence leur apport économique, social et culturel. La validation des certifications va être systématisée en collaboration avec les régions, notamment par le moyen des unités capitalisables.
La pratique de lalternance devra encore plus que par le passé constituer un moyen efficace damélioration de la formation qualifiante et de motivation des jeunes par le contact direct avec le monde de lentreprise. Pour tous les jeunes en rupture scolaire âgés de 16 ans, un dispositif sera mis en place pour leur permettre dapprendre un métier.
Le gouvernement voudrait prendre encore plus en compte le phénomène de la violence que connaissent de trop nombreux établissements scolaires et prévenir les problèmes liés à l'assuétude dans les écoles. La synergie entre le monde de l'enseignement et le monde extrascolaire sera encore plus développée.
De plus, une augmentation du budget servira à favoriser de nouvelles formes d'activités dans les écoles, telles que des ateliers de création artistique et littéraire ou des résidences d'artistes.
C'est dans ce but qu'il organisera en mai 2000, une « vitrine des métiers ».
b.2. La question de laccueil extra-scolaire.
Aujourd'hui, en Communauté française de Belgique, de multiples initiatives existent qui émanent d'associations, d'écoles ou de pouvoirs politiques locaux, dont un certain nombre sont de qualité significative. Toutefois, l'accueil des enfants de 2 ans et demi à 12 ans, en dehors des temps scolaires (avant et après école, le mercredi après-midi, les périodes de vacances ), n'est pas encore assuré de manière globale et structurée. Prenant acte des besoins nouveaux apparus au sein des familles suite aux mutations sociologiques des dernières décennies, le gouvernement a décidé de faire du développement d'une politique d'accueil de l'enfance, une priorité. Le gouvernement veut articuler cette politique autour des municipalités, afin de coordonner l'ensemble des activités d'accueil qui se déroulent sur leur territoire. Il vise ainsi à assurer un droit effectif de tous les enfants à accéder à une structure d'accueil de qualité.
Cette volonté se concrétisera par l'élaboration d'un décret sur l'accueil. Si cette politique doit relever des élus locaux, il est clair que tous les acteurs oeuvrant pour l'accueil des enfants doivent y être associés. Ainsi, une structure de concertation locale sera organisée dans chaque municipalité. Elle jouera un rôle moteur dans la politique mise en ouvre au niveau municipal. L'expérience et le travail de tous seront pris en compte dans le processus visant à élaborer les « contrats locaux pour l'enfance », véritables plans politiques municipaux portant sur l'accueil de l'enfance. Ces plans seront adaptés à la diversité des réalités locales et pourront organiser de manière cohérente des initiatives très diverses.
Il n'est pas question ici de faire du temps hors école, un temps obligé d'apprentissages complémentaires ou de remédiation. Le jeu, les activités valent d'abord par le plaisir qu'y trouvent les enfants, qui développent à travers eux, leur imagination, leur créativité, leur autonomie, leur capacité d'entrer en relation avec autrui. S'il est essentiel que l'accueil soit de qualité et présente des activités stimulantes et source de joie pour l'enfant, il faut garder à l'esprit que celui-ci a le droit aussi, pendant ses temps de loisir, de ne rien faire, de se reposer, de rêver, de jouer en solitaire ou avec un ami, sans qu'un adulte ne l'embarque systématiquement dans une activité prévue pour lui, à partir d'une représentation qu'a l'adulte de ce qui est bien pour lui.
La vision moderne d'une enfance curieuse, en recherche et compétente, débouche sur le souci de la participation active des enfants, utilisateurs des structures d'accueil.
Cet esprit a inspiré la rédaction du Code de Qualité élaboré en Communauté française de Belgique et adopté par l'Arrêté du Gouvernement de la Communauté française fixant le code de qualité de l'accueil qui entrera en application le 1er juillet 2000.
Le temps de l'accueil doit rompre avec la logique scolaire qui vise avant tout à occuper tout l'espace-temps des élèves par des apprentissages variés et ininterrompus. De la même manière qu'un adulte est plus qu'un travailleur, un enfant est plus qu'un élève et même qu'un apprenant.
Le défi est de parvenir à impulser, une politique de l'accueil, qui, d'une part, réponde au besoin des parents, de trouver des structures adaptées qui accueillent leurs enfants et, d'autre part, rencontre les aspirations, les désirs, les rythmes des enfants. Il s'agira par ailleurs à être particulièrement attentif à ceux et celles, parmi eux, qui ont trop vite appris à se définir en creux, c'est à dire d'abord à travers leurs difficultés et leurs manques supposés (échec scolaire, stigmatisation sociale, etc.)..
Laccueil extra-scolaire sera articulé autour de la commune. Le projet consiste notamment à mieux coordonner lensemble des activités daccueil en en garantissant la qualité par lélaboration dun projet pédagogique et le droit daccès. Ces projets seront mis en oeuvre par des structures locales qui en garantiront le caractère pluraliste et qui veilleront à associer lensemble des partenaires locaux.
Le dispositif reposera financièrement sur :
c. Lamélioration des résultats de lapprentissage
Lessentiel des actions prévues tient dans la volonté de développer le pilotage de lenseignement, en ce compris la conception de batteries dépreuves dévaluation étalonnées et la participation de la Communauté française à des épreuves internationales.
d. La réduction de lanalphabétisme
Malgré leur nombre et leurs diversités, les dispositifs dalphabétisation ne parviennent que partiellement à réduire le taux danalphabétisme.
Cette situation est due à plusieurs facteurs:
- en dépit de laffirmation régulière de lalphabétisation comme priorité, les moyens financiers restent insuffisants pour permettre la création, le développement et parfois tout simplement la survie des associations et institutions qui se consacrent à lalphabétisation des adultes.
- lobligation de la scolarité jusquà 18 ans ne réduit pas le nombre de personnes en situation danalphabétisme.
Cela sexplique non seulement par le fait
- que le passage scolaire napporte pas pour tous une base suffisamment solide et définitive, et donc, il y a encore « production » danalphabétisme;
- que de nombreuses personnes dorigine étrangère arrivant en Belgique sont analphabètes et nont pas (encore) une connaissance suffisante de la langue française pour pouvoir sinscrire dans les processus dalphabétisation proposés;
- le niveau dexigence de la société augmente, ce qui place plus rapidement en situation danalphabétisme des personnes en difficulté de compréhension des actes quotidiens nécessaires à une insertion sociale minimale.
Par contre tout indique que la scolarité obligatoire a réduit significativement les inégalités entre hommes et femmes devant lanalphabétisme
Les nouvelles orientations proposées sont placées dans la perspective de l « éducation pour tous », elles concernent aussi bien la réduction de lanalphabétisme que le développement de léducation permanente en général ou de léducation à la citoyenneté.
La première orientation vers laquelle soriente la réflexion est la concertation entre tous les niveaux de formation de manière à dépister les causes de léchec scolaire dans lenseignement primaire.
Laccessibilité de tous à léducation tout au long de la vie implique des moyens tant financiers quopérationnels- importants et croissants. Pour que cet enjeu devienne aussi une réalité pour les analphabètes, il est nécessaire de lever tous les obstacles daccès à léducation et à la culture et de favoriser, de manière dynamique, lexpression des besoins éducatifs et culturels ainsi que leur satisfaction. En effet, léducation pour tous doit être prioritairement fondée sur le droit à lépanouissement individuel et collectif préalablement aux autres enjeux, déterminants eux aussi comme linsertion socio-professionnelle. Il ne peut y avoir de réduction de lanalphabétisme sans volonté de réduire lexclusion sociale.
En collaboration avec lInstitut pour léducation de lUnesco, avec le Canada, la France, la Suisse, la Belgique participe à la concertation entre pays francophones industrialisés sur les questions de lalphabétisation. cette concertation qui sinscrit dans le cadre de la 5e conférence de lUnesco sur léducation des adultes qui sest tenue à Hambourg en juillet 97.
Les enjeux et questions défendus par ces quatre pays partenaires portent sur plusieurs axes spécifiques:
- limportance de la langue dans les processus dapprentissage et dalphabétisation;
- la croissance de lanalphabétisme dans les pays industrialisés qui nécessite une analyse adaptée des causes de cette situation et des réponses appropriées;
- la mise en question du développement du modèle démocratique occidental par la persistance de lanalphabétisme et par la limitation effectivement constatée de laccès pour tous à léducation.
Une première rencontre a eu lieu à Namur (Belgique) en juin 1999 à la suite de laquelle une déclaration a été rédigée. Etant donné que celle-ci porte entièrement sur des enjeux liés à lalphabétisation et à léducation pour tous, le texte en est reproduit intégralement ici.
e. Laccès des jeunes et des adultes à léducation de base et aux autres formations essentielles
Lenseignement de promotion sociale constitue pour beaucoup un enseignement de la deuxième chance. Celui-ci se développera dans le cadre des objectifs généraux assignés à lenseignement, confortant de la sorte la volonté de mettre en place une véritable « éducation et formation pour tous tout au long de la vie ».
Des efforts seront poursuivis pour assurer une meilleure transparence de loffre, la mise en oeuvre de nouvelles méthodes, délaboration de dossiers pédagogiques à partir dune réflexion sur les profils professionnels, lharmonisation des terminologies, la clarification des pratiques dalternance, ...
ANNEXE 1
Alphabétisation Francophonies
Pays industrialisés
Namur - du 21 au 25juin 1999
Perspectives pour le XXI siècle
Pour une société démocratique où chaque citoyen a le droit et le pouvoir d'exercer sa citoyenneté.
L'analphabétisme ou l'illettrisme limitent l'exercice de ce droit et de ce pouvoir. L'analphabétisme ou l'illettrisme interpellent donc la démocratie. L'alphabétisation est devenue une condition essentielle de l'égalité des chances de tous les citoyens.
L'avenir de la francophonie est lié à l'alphabétisation.
Une communauté linguistique ne peut se construire et se développer qu'à travers une maîtrise généralisée et démocratisée de la langue. D'une langue vivante par l'expression des cultures populaires.
Au cours des dix dernières années, la reconnaissance des besoins en alphabétisation par les pouvoirs publics et le monde associatif a progressé. Cependant, l'écart entre les intentions et les moyens reste énorme, de même que l'écart entre les moyens mis en oeuvre et les besoins exprimés. Sans compter les besoins qui ne sont pas décelés faute de moyens appropriés.
Le développement de l'alphabétisation exige de porter des efforts aux niveaux suivants
Informer et sensibiliser
Faciliter et garantir l'accès à la formation
Améliorer la qualité des formations
Valoriser les partenariats
Les causes de l'analphabétisme sont diverses et cumulables ; les dispositifs d'alphabétisation doivent les reconnaître et relever le défi qu'elles posent ; cela implique à la fois la pluralité des dispositifs, mais aussi la nécessité de leur collaboration et de leur complémentarité
Développer la recherche
Développer la coopération internationale
L'alphabétisation doit être intégrée, dans une démarche d'éducation permanente, dans tout projet de développement, qu'il soit individuel, collectif, territorial, culturel, économique ou social.
Déclaration de Hambourg
L'agenda pour VA venir 5e Conférence internationale de l'UNESCO
sur lEducation des Adultes (14-18 juillet 1997)
« L'alphabétisation, conçue dans une acception large comme lacquisition des connaissances et compétences de base dont chacun a besoin dans un monde en rapide évolution, est un droit fondamental de la personne humaine Dans toute société, elle est nécessaire en soi et elle constitue l'un des fondements des autres compétences de la vie courante
L'alphabétisation a aussi pour effet de stimuler la participation aux activités sociales, culturelles, politiques et économiques et de favoriser l'éducation tout au long de la vie
Il est plus que jamais nécessaire de reconnaître le droit à l'éducation et le droit d'apprendre tout au long de la vie, c'est-à-dire le droit de lire et d'écrire, le droit d'émettre des critiques et d'analyser, le droit d'accéder aux ressources et de développer et mettre en pratique les aptitudes et compétences individuelles et collectives. »
Annexe 2
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FIN