| L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays | ||
| Comores |
I Partie: Section Decriptive
Préface
L'étude sur les besoins éducatifs fondamentaux intitulée Bilan de lEducation Pour Tous (EPT) à lan 2000 est un exercice mondial lancé à linitiative des organismes parrains (Banque Mondiale, FNUAP, PNUD, UNESCO et UNICEF) de la Conférence mondiale sur léducation pour tous, tenue à Jomtien, en Thaïlande, en mars 1990. Tous les participants à cette assemblée planétaire sont convenus que léducation est un droit pour tout être humain et quelle constitue lun des principaux facteurs de développement de toute société. Au regard des constats déplorables quelle a établi, la Conférence de Jomtien a proclamé à lunanimité la Déclaration mondiale sur lEducation Pour Tous et le Cadre daction pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux. Tous les pays, notamment les Comores, sont par conséquent appelés à mettre en application de manière urgente, les recommandations de la Conférence en formulant leurs propres plans daction.
La présente évaluation des efforts vers les objectifs fixés au cours de la décennie revêt une grande importance pour montrer, non seulement les véritables progrès réalisés, les priorités identifiées et les stratégies mises en uvre, mais aussi et surtout les principales causes des échecs, les nouveaux défis à relever et les obstacles majeurs à franchir pour réorienter la nouvelle politique éducative. Ce travail se propose alors de fournir des éléments de réponse à toutes ces interrogations et des outils dappréciation de léducation de base en général.
Le panorama historique consigné dans ce bilan sur le fonctionnement de lenseignement de base a dégagé des aspects dintérêt général qu'il faut entretenir et mieux conserver, mais également des insuffisances qui interpellent le réalisme des responsables de léducation et la vigilance des partenaires et acteurs pour le développement de léducation. Les défis majeurs de léducation de base ressortis du bilan se résument en quelques points précis du système éducatif sur lesquels doit toujours être portée une analyse critique. Il sagit de :
Certes, la revue globale des actions menées en faveur de l'EPT, ainsi que de leur impact tant quantitatif que qualitatif révèle un bilan mitigé. L'éducation de base est sujette à de nombreux obstacles dont les plus marquants sont : les perturbations socio-politiques, la pression démographique, les difficultés économiques et linsuffisance de loffre déducation pour élargir laccès à léducation de base.
Cependant, des acquis méritent dêtre consolidés. En effet, toutes les réflexions faites dans le domaine de léducation ont fait ressortir la volonté politique de réorienter le système éducatif par rapport aux besoins et aux aspirations de la société. La conscience collective manifestée lors des Etats Généraux de léducation en 1994 a jeté des bases incontestables du développement de léducation, concrétisées par ladoption de la Loi dorientation sur léducation et lélaboration du Plan Directeur de léducation. Cette étude sur le bilan de lEPT à lan 2000 vient donc sajouter à ces réflexions sur lorientation politique du système éducatif, afin de répondre à des aspects de conformité, de pertinence, defficacité et de cohérence de la politique éducative par rapport au fonctionnement du système denseignement de base.
Mais aussi, des domaines de recherche de qualité et d'efficacité restent encore à innover. C'est dans cette optique quune étude sur le suivi permanent des acquis scolaires sinscrivant dans le cadre dun projet conjoint UNESCO-UNICEF est envisagée pour compléter ce bilan par des indicateurs de qualité liés aux compétences acquises par les élèves et les influences de lenvironnement scolaire, familial et communautaire sur les résultats scolaires. Dautres champs de réflexion, tels que le financement et la gestion financière de léducation, la planification de loffre et de la demande denseignants, etc. sont des axes clés pour le pilotage de notre système éducatif. Une exploration approfondie de ces domaines ouvrira la voie à la planification stratégique et opérationnelle de léducation à long terme.
Il convient maintenant de renouveler ensemble, en même temps que la communauté internationale, la « vision élargie » pour une éducation de base de qualité pour tous dici à lan 2015. La Conférence de lAfrique sub-saharienne tenue à Johannesburg en décembre 1999 a réaffirmé lengagement de la sous région à la Déclaration de Jomtien et a identifié des domaines de préoccupation majeurs qui doivent être abordés au Sommet mondial de Dakar en avril 2000, pour faire entendre la «voix de lAfrique », et relancer les mécanismes de suivi de lEPT auxquels les Comores attachent beaucoup d'importance.
Ce document demeure donc un outil de référence sur les évolutions récentes de ce qui est fait et de ce qui reste à faire, ainsi que des perspectives davenir dans le domaine de léducation de base. Il peut servir également de guide sur toutes les questions concernant lorientation de la politique éducative nationale tant au niveau des décideurs, des spécialistes de léducation que pour tout autre secteur intéressé. La richesse de linformation quantitative et qualitative fournie par ce bilan doit être une base de mobilisation et de motivation de tous les acteurs éducatifs et de tous les partenaires de léducation. Elle facilitera entre autres le lancement du processus de réactualisation du Plan directeur de l'éducation dans les jours à venir.
La validation de ce document par le Gouvernement confirme la détermination de ce dernier à uvrer pour la réalisation des objectifs déducation fondamentale pour tous, et constitue une étape décisive dans la mise en place d'un système éducatif performant qui puisse répondre aux exigences du troisième millénaire.
Je saisis donc cette occasion pour féliciter tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin à la réalisation de ce précieux document, depuis les acteurs locaux, régionaux, nationaux jusquaux organismes parrains de léducation pour tous (Banque Mondiale, FNUAP, PNUD, UNESCO et UNICEF). Jexprime toute la reconnaissance de mon département à légard de tous ceux qui lont soutenu et accompagné dans cette uvre et réaffirme la détermination du Gouvernement à privilégier toute activité de nature à asseoir d'une façon pérenne une éducation de qualité, accessible au plus grand nombre.
J'ose espérer que les partenaires de l'Education nationale comorienne trouveront dans ce document toutes les orientations stratégiques nécessaires à leurs actions en faveur de l'EPT, et qu'ils conjugueront leurs efforts à ceux du Gouvernement afin de garantir à tout enfant comorien son droit à l'éducation et à la formation.
Le Ministre de l'Education Nationale
Mme Moinaecha CHEIKH YAHAYA
Liste des acronymes et des abréviations
| ADEA : Association pour le Développement de l'Education en Afrique |
| ASCOBEF : Association Comorienne pour le Bien être de l'Enfant et de la Femme |
| BAC : Baccalauréat de l'enseignement secondaire |
| BEP : Brevet d'Etudes Professionnelles |
| BEPC : Brevet d'Etudes de Premier Cycle |
| CAE : Certificat d'Aptitude Elémentaire |
| CAP : Certificat d'Aptitude Pédagogique |
| CIPR : Circonscription d'Inspection Pédagogique Régionale |
| CN : Comité National |
| CNAED : Centre National d'Alphabétisation et d'Enseignement à Distance |
| CNDRS : Centre National de Documentation et de Recherche Scientifique |
| CNH : Centre National Horticole |
| DFEE : Diplôme de Fin d'Etudes Elémentaire |
| DRE : Direction Régionale de l'Education |
| ENAC : Ecole Nationale d'Administration et de Commerce |
| ENNI : Ecole Normale Nationale des Instituteurs |
| ENTP : Ecole Nationale Technique et Professionnelle |
| EPT : Education Pour Tous |
| FADC : Fonds d'Aide au Développement Communautaire |
| FOP : Fonction Publique |
| IDH : Indicateur de Développement Humain |
| IFERE : Institut de Formation des Enseignants et de Recherche en Education |
| INE : Institut National de l'Education |
| MEN : Ministère de l'Education Nationale |
| PAS : Programme d'Ajustement Structurel |
| PEE : Protection et Eveil de la petite Enfance |
| PNB : Produit National Brut |
| SER : Service d'Education Rurale |
| SISED : Système d'informations statistiques pour l'éducation |
| TBA : Taux Brut d'Admission |
| TBS : Taux Brut de Scolarisation |
| TNA : Taux Net d'Admission |
| TNS : Taux Net de Scolarisation |
Description du processus dévaluation
Lévaluation de léducation pour tous est un événement qui se situe dans un contexte socio-économique et politique difficile. Il réduit de fait les capacités daction de ladministration sur le système éducatif et sur la gestion de léducation. Ce contexte engendre des retards dans le paiement des salaires et génère des grèves à répétition. A cela sajoute une instabilité politique qui provoque une «valse» des agents au niveau des postes de responsabilités ; cette situation affecte les relations de travail, la continuité et le suivi de la politique à mettre en uvre.
Face à cette situation, le processus dévaluation de la décennie en matière dEducation pour tous a eu à faire face à des difficultés énormes dans la mobilisation des ressources humaines indispensables à la réalisation des activités du Bilan à lan 2000.
Depuis novembre 1998, juste après la réunion du SISED tenue à Abidjan pour le lancement des activités de préparation et dévaluation de lEducation Pour Tous à lan 2000, les démarches nécessaires ont été entreprises au niveau du Ministère de lEducation Nationale pour la mise en place des structures de conception et de coordination, en vue de concrétiser la volonté du Gouvernement de réaliser ce travail. Le dossier du projet dévaluation de lEPT, remis au Ministre, a bénéficié dun bon suivi jusquà son adoption, le 28 décembre 1998, en Conseil des ministres.
En janvier 1999, une équipe du ministère a été invitée à Harare pour une réunion de lADEA et du SISED. Lobjectif était de voir létat davancement du processus au niveau des politiques et des statistiques. Cette étape a accéléré le processus de la création des différentes structures chargées de lEPT tant au niveau du Ministère de lEducation quau niveau national. Toutefois, les travaux nont pas pu démarrer à temps faute de moyens.
Cest à partir de lappui technique et financier de lUNICEF que les opérations de collecte de données ont pu commencer à partir du 22 avril 1999.
Du point de vue statistique, le ministère de léducation ne disposait guère de données complètes et fiables sur lensemble du pays pour les deux dernières années. Cest la raison pour laquelle une enquête exhaustive était nécessaire.
Les structures de Coordination de lEPT
Les structures de coordination de lEPT sont mises en place par une note de service créant un Comité national (CN) pour lEvaluation de lEducation Pour Tous et une Equipe Nationale sur les Statistiques de lEducation conformément aux directives du Forum EPT. Le Comité national dont la présidence est assurée par le Secrétaire Général du Ministère de léducation est composé des membres ci-après :
Léquipe technique sur les statistiques de léducation constitue lorgane central du Comité national pour lEvaluation de lEducation Pour Tous et est chargée de lopération. La coordination entre le Comité national, léquipe technique et les parrains de lEPT est assurée par le chef de service des statistiques à la Direction Générale de la Planification sous la supervision directe du Secrétaire Général et du Directeur Général de lOrganisation scolaire et de la scolarité. Les membres de cette équipe sont les suivants :
Après latelier de formation des coordinateurs de lEPT tenu à Abidjan en juin 1999, la coordination a pu réunir tous les membres de léquipe technique et quelques membres du Comité national pour lexamen des directives techniques relatives à la rédaction du rapport national. Une réunion des parrains de lEPT (UNICEF, FNUAP, PNUD, Banque Mondiale, OMS) a été également organisée, en juillet 1999, pour situer lintérêt de ce bilan et demander leur assistance technique et financière pour laboutissement de ces efforts.
Le mécanisme de coordination de lEPT
Pour se conformer au calendrier établi par le Forum EPT, compte tenu du temps qui est imparti (transmission du rapport national en septembre 1999), différents groupes de travail ont été mis en place selon le dispositif organisationnel suivant, pour assurer lélaboration du rapport définitif de lEPT dans le délai prévu.
schéma organisationnel (non disponible)
Ce schéma organisationnel a pu fonctionner tant bien que mal pour la finalisation de ce rapport du bilan de lEPT à lan 2000. Il convient toutefois de mentionner le rôle que les parrains de lEPT ont joué pour la dynamisation et lopérationnalisation de ce dispositif. La réalisation des tâches des différents groupes de travail a été effective grâce aux apports et aux soutiens de ces agences, particulièrement lUNICEF, le FNUAP, le PNUD et la Commission nationale des Comores pour lUNESCO.
Généralités sur les Comores
Contexte géographique et démographique
Situé au Nord-Ouest de Madagascar, à lentrée septentrionale du canal de Mozambique, larchipel des Comores est composé de quatre îles séparées par une distance moyenne de 100 km : Ngazidja (1.147 Km2 ), Mwali (290 Km2 ), Ndzuani (424 Km2) et Maoré (374 Km2 ),
Le territoire de la République fédérale islamique (RFI) des Comores est constitué, à partir du 6 juillet 1975, par les trois premières de ces îles, tandis que Maoré est toujours sous administration française.
Tableau 1 : Situation démographique (en 1996) :
NGAZIDJA |
MWALI |
NDZUWANI |
MAORE |
COMORES |
|
Superficie (Km²) |
1 147 |
290 |
424 |
374 |
2 235 |
Population (habitants) |
264 534 |
28 051 |
214 058 |
|
506 643 |
Densité (hbts au Km²) |
256 |
108 |
556 |
|
272 |
Moins de 15 ans (hbts) |
42% |
47% |
51% |
|
46% |
Taux de croissance |
2,3 |
3,8 |
3,2 |
|
2,7% |
Espérance de vie |
57,3 |
57,1 |
56,2 |
|
56,5 |
Au dernier recensement général de la population et de lhabitat effectué en septembre 1991, la population de la RFI des Comores comptait 446.817 habitants. Elle est estimée à 506.643 en 1996. En dépit dune densité de population très forte (voisine de 272 habitants au km2), le taux de croissance démographique reste élevé (2,7%). La structure démographique est marquée par le poids des jeunes : en 1991, 57% de la population avait moins de 20 ans et 46%, moins de 15 ans. Lespérance de vie à la naissance est passée de 54 ans à 56,5 ans sur la période de 1980 à 1991.
Organisation et fonctionnement du système éducatif
Il existe deux systèmes éducatifs où lenfant peut évoluer parallèlement et simultanément: lécole coranique et lécole officielle.
Lécole coranique est une institution séculaire et démocratique par excellence, très fortement implantée dans le pays, chaque village en possédant plusieurs. La mission de cette école est de dispenser un enseignement religieux visant à renforcer la culture et la religion islamiques. Cette institution entièrement autonome, est une initiative du maître qui accueille les enfants chez lui et qui fixe lui-même son organisation en dehors de toute hiérarchie. Elle échappe à tout contrôle de lEtat. Lenfant peut y séjourner à partir de 3 ans jusquà lâge de sa majorité «spirituelle ». Les langues denseignement sont le shikomori et larabe.
Lécole officielle est une institution inspirée du modèle français, placée sous la tutelle du ministère de léducation nationale, comportant quatre niveaux, dont lenseignement préélémentaire à ce jour entièrement communautaire et privé, et les enseignements élémentaires, secondaire et supérieur.
La réforme du système éducatif en cours de préparation, se propose dintégrer ces deux types dinstitution scolaire.
Les langues denseignement sont le français et larabe. Jusquà la fin des années 1980, lenseignement aux Comores était essentiellement dispensé dans des établissements publics. Depuis le début de la décennie 90, lenseignement privé connaît un développement rapide, en partie lié aux perturbations qui ont affecté le fonctionnement des établissements publics.
Ce premier niveau denseignement est dispensé dans deux types détablissements :
Lenseignement élémentaire, dune durée de six ans, comprend trois cycles de deux années : cours préparatoire (CP1 et CP2), cours élémentaire (CE1 et CE2) et cours moyen (CM1 et CM2). Lâge officiel dentrée au CP1, depuis la promulgation de la Loi dOrientation en janvier 1995, a été porté de 7 à 6 ans.
Depuis 1992, le nombre décoles publiques est resté stationnaire : 262 écoles. Par contre, le nombre détablissements privés na cessé daugmenter, surtout en milieu urbain.
Le Diplôme de Fin dEtudes Elémentaires (DFEE), sanctionne ce niveau détudes.
Laccès à lenseignement secondaire premier cycle se fait par concours, dont la sélectivité varie suivant les années. Les études, dune durée de quatre ans, se font dans des collèges, qualifiés de «ruraux » et des établissements privés de plus en plus nombreux.
Parallèlement à ce type denseignement, six collèges arabo-islamiques dispensent des cours aux enfants issus des «madrasas ». Le ministère de léducation nationale narrive pas à assurer le contrôle et lencadrement pédagogique approprié, faute des ressources humaines spécialisées.
Le Brevet dEtudes de Premier Cycle (BEPC), sanctionne ce premier cycle secondaire.
Lenseignement secondaire deuxième cycle comprend deux filières :
Ce rapport sinscrit dans le cadre des recommandations de la Conférence Mondiale sur lEducation Pour Tous, tenue à Jomtien du 05 au 09 mars 1990 sous légide de lUNESCO, lUNICEF, le FNUAP, la Banque Mondiale et le PNUD, 50 ans après la Déclaration des droits de lhomme qui rend léducation obligatoire pour tout enfant, sans distinction de sexe et de race.
Au regard de nombreuses initiatives prises au niveau de chaque pays pour universaliser et améliorer la qualité de léducation, la nécessité dévaluer les progrès durant cette décennie simpose. Cest dans cette perspective que le présent rapport montre clairement la volonté des Comores, à linstar des autres pays, de participer au Bilan de lEducation Pour Tous à lan 2000 vis-à-vis des réalités locales.
Il importe dexaminer profondément la situation de léducation durant cette décennie en ce qui concerne, dune part, lenseignement primaire, et dautre part, léducation et la formation parascolaires, visant à donner aux individus les compétences et les connaissances requises pour le développement socio-économique du pays. Il sagit des initiatives prises par les autorités locales, les différentes actions menées par les différents acteurs éducatifs ainsi que les partenaires, en faveur de léducation de base (enfants, jeunes et adultes), aussi bien au niveau de léducation formelle quinformelle, suivant les six aspects retenus au terme de cette Conférence :
Le début de la décennie 1990 coïncide avec des événements qui ont plongé le pays dans une crise profonde. Toute la société comorienne sest trouvée en pleine mutation de comportement et de mentalité liée à lavènement de la démocratie. Ces changements ont bouleversé en un laps de temps très court les repères sociaux et les références collectives.
Le Ministère de léducation nationale a lourdement pâti de cette nouvelle situation tant sur le plan organisationnel que pédagogique. Lautorité des enseignants et des encadreurs était également mise à mal. Léducation nationale, du fait quelle touche directement ou indirectement lensemble de la population, est devenue le principal secteur affecté par cette perturbation. Les grèves répétées des syndicats des enseignants ont conduit à des années scolaires non valides (trois années blanches : en 1990, en 1992 et en 1994 et 22 mois scolaires perdus en dix ans). Les changements fréquents perpétrés à la tête de la superstructure du Ministère de lEducation nationale (14 ministres se sont succédé à léducation, 4 secrétaires généraux...) sont la conséquence directe de cette agitation politique et sociale.
Depuis la Conférence de Jomtien, lEducation Nationale comorienne a connu deux périodes distinctes par rapport à la mise en uvre de léducation pour tous dans la décennie. Dans un premier temps, bien que représentées à Jomtien par le Chef du Gouvernement et le Secrétaire général de léducation de lépoque, les Comores nont pas mis en place les mesures daccompagnement appropriées à savoir une Planification rigoureuse devant permettre la mise en uvre du cadre daction pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux tel que recommandé dans la Déclaration sur léducation pour tous. Il a fallu attendre, cinq ans plus tard, pour que soit entreprise la refonte en profondeur du système éducatif traduite par la tenue des Etats Généraux, ladoption de la Loi dOrientation (n°94-035/AF) et du Plan Directeur qui constituent le «levier » de léducation et de la formation.
Ainsi, tout au long de ce bilan sur les progrès accomplis dans le domaine de léducation, un examen sérieux et une analyse minutieuse des forces et faiblesses enregistrées au cours de la décennie en matière déducation pour tous doivent mettre en relief les performances du système éducatif pendant ces deux périodes (1989-1993 et 1993-1999).
La présente étude doit être loccasion pour les Comores de faire le bilan de léducation, mais aussi de constituer une base de réflexions pour la programmation de la prochaine décennie. Le rapport vise à confirmer lattachement du Gouvernement comorien à la réalisation de lévaluation de lEducation Pour Tous avec comme objectifs de :
Ce document se propose détudier, Conformément aux directives techniques du Forum International de lEPT, trois grandes parties essentielles :
La première partie traduite la description complète des buts, des objectifs et des stratégies de léducation, pour faire une analyse approfondie de la politique éducative conduite depuis le début de la décennie, tout en mettant en lumière les six aspects recommandés par la Conférence de Jomtien. Elle doit être le lieu dune réflexion approfondie sur les causes des échecs et des réussites des politiques de léducation pour tous. Il importe de mentionner également la coopération des partenaires éducatifs et linvestissement dans le domaine de léducation pour tous.
La deuxième fait état de lévaluation des progrès réalisés vers les objectifs et les buts en matière déducation pour tous à partir des 18 indicateurs identifiés par le Forum International de lEPT. Lanalyse fournit dans cette partie est complété par une révision exhaustive de léducation pour tous, les stratégies qui ont freiné ou accéléré les progrès et les obstacles majeurs identifiés ou rencontrés.
Enfin, la dernière intitulée perspectives, doit déterminer la vision du futur de la politique éducative en proposant de nouvelles stratégies et des objectifs réalistes tenant rigoureusement compte des besoins éducatifs spécifiques du pays et des couches les plus défavorisées de la population. Après avoir tiré toutes les leçons du passé, on identifie des priorités et des stratégies susceptibles daccélérer le progrès et de renforcer les partenariats avec tous les acteurs de léducation.
PARTIE : CONTEXTE ET FONDEMENTS DE LEVALUATION DE LEDUCATION POUR TOUS (EPT)
Traditionnellement, les missions dévolues à léducation nationale touchaient les six aspects du cadre daction pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux, à savoir : La volonté de la politique éducative se fixait comme but général que «tout enfant comorien ait une éducation de qualité digne des valeurs sociales du pays ».
Bien que les finalités de léducation telles quelles ont été stipulées dans la Loi relative à léducation (Loi 80-18 du 03/05/1980) aient été comforme aux besoins du pays, elles nont jamais été traduites en terme dobjectifs opérationnels. Il a fallu attendre le milieu de la décennie 1990 (de 1994 à 1996), pour que le Ministère de lEducation Nationale prenne un tournant décisif par la tenue des Etats Généraux sur lEducation (30 juin au 2 juillet 1994), par ladoption de la nouvelle Loi dOrientation sur léducation (Loi 94-035/AF du 20/12/1994) et par lélaboration du Plan Directeur de léducation et de la formation (mai 1996) pour la période de 1997-2001. Les nouvelles options de la politique éducative qui doivent conduire le système éducatif dans la décennie à venir sarticulent autour des cinq orientations suivantes :
Ainsi, le Plan directeur traduit ces options en formulant des objectifs quantitatifs et qualitatifs dont certains mettent particulièrement laccent sur les trois aspects suivants de la Déclaration de léducation pour tous :
Les autres aspects du cadre daction pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux sont peu abordés ou les objectifs ne sont pas clairement établis. Il sagit de :
Etant donné que les objectifs du Plan directeur nont pas fait référence directement au cadre daction de la Déclaration Mondiale sur lEducation pour tous, les aspects cinq et six, cest-à-dire la réduction du taux danalphabétisme et léducation pour une vie meilleure, recommandés très fortement par la Conférence de Jomtien, ne sont pas sérieusement pris en compte dans le cadre dune vision élargie de lEducation de base.
Il importe de souligner quil nexiste pas de politique concertée et efficace en matière déducation pour tous issue de la Déclaration de Jomtien. De ce fait, durant les cinq premières années de la décennie 90, le Ministère de léducation nationale responsabilisait les services chargés des activités relatives à lEducation de base, de mener les actions à réaliser pour atteindre les objectifs négociés par le gouvernement et les principales institutions de coopération bilatérale et multilatérale basées dans le pays. Ainsi, des programmes, des projets et des plans daction sont mis en uvre en sappuyant sur des structures centrales, sans nécessairement passer par les niveaux intermédiaires pour la réalisation les activités prévues.
Marquant une rupture avec le passé, la Loi dOrientation sur léducation promulguée le 20 décembre 1994 définit une stratégie dintervention à moyen terme, pour les cinq années dexécution du Plan Directeur, selon lapproche suivante :
Pour rendre fonctionnelle cette approche, la Loi dOrientation prévoit la mise en place progressive dune méthodologie de décentralisation effective de ladministration de léducation pour quenfin les établissements scolaires et les structures régionales de léducation puissent jouer pleinement leur rôle. Toutefois, ce concept souvent associé à celui de la régionalisation prend actuellement une dimension éminemment politique modelée par la force de la pression sociale. Force est de constater que les considérations politico-administratives et labsence de la cellule de coordination des stratégies de la politique éducative (Cf. Loi dOrientation et Plan Directeur) compromettent gravement le processus de décentralisation ou de régionalisation de ladministration de léducation selon les options dorientation du système et les objectifs fixés par ledit Plan national.
En réalité, la stratégie de décentralisation du système éducatif nécessite un changement de comportement et un engagement durable chez un grand nombre dacteurs du système éducatif (élèves, parents, enseignants, administrateurs et techniciens) pour relever le défi de ce plan directeur alors que, pour beaucoup, ce changement constitue un déséquilibre personnel et professionnel mais aussi souvent politique. Lexécution de cette réforme de léducation risque donc de se heurter aux forces des habitudes administratives et à la lourdeur de la routine politique qui peuvent militer en faveur du statu quo.
En raison des difficultés socio-politiques et économiques du pays qui ont freiné lexécution du troisième projet dEducation financé par la Banque Mondiale, seul le programme Education-UNICEF 1997 - 2001 a pu mettre en uvre des actions spécifiques déducation de base en suivant textuellement le Plan national déducation et de formation. Ce plan na donc pas connu de révision, ni des objectifs, ni des stratégies. Le programme Education-UNICEF a instauré des mécanismes de coordination et de suivi mis en place à partir du plan daction 1999, ce qui fait que chaque volet du programme est confié à un agent de ladministration sous la supervision dun coordinateur principal.
Dune manière générale, la mise en place de la cellule de coordination du Plan Directeur, chargée du suivi des recommandations et de la mise en uvre des projets dinvestissement dans léducation sinscrivant dans le cadre du Plan, na jamais été concrétisée.
Il incombe au Ministère de lEducation Nationale la responsabilité de définir et de planifier toute politique nationale relative à léducation, conformément aux missions principales dévolues au Gouvernement. En labsence dune structure spécifique pour lEPT, les services de ladministration centrale en charge, entièrement ou partiellement, des activités liées à léducation pour tous devaient jouer un rôle fondamental dans le processus de prise de décision et de pilotage des actions en faveur de léducation de base. Il sagit de :
En réalité les décisions de grande envergure et de portée très large de la politique éducative sont issues dune concertation au niveau de la communauté de base jusquau sommet de lappareil étatique. Tel est le cas du processus de la prise de décision pour les nouvelles orientations sur léducation définies dans la Loi dOrientation et concrétisées par le Plan directeur de léducation et de la formation. Cette Loi a été adoptée par lAssemblée Fédérale en décembre 1994 et promulguée par décret présidentiel en janvier 1995.
Bien que la Loi n°94-035/AF prévoit un Conseil National Consultatif de lEducation chargé de donner les avis sur la politique éducative, cette structure na jamais eu une existence institutionnelle et fonctionnelle. Labsence de cette structure laisse le champ libre aux décisions purement politiques qui peuvent modifier ou adapter les options éducatives, la plupart du temps sans aucun réalisme technique ou pratique.
Etant donné dailleurs que la stratégie principale du Ministère de léducation consiste à donner le choix à linstitution de coopération bilatérale ou multilatérale dintervenir dans tel ou tel domaine du Plan directeur lié aux missions qui lui sont assignées, la mise en uvre des objectifs de la politique éducative prend généralement la forme dun programme ou dun projet de développement du secteur de léducation. Les deux agences de coopération qui se sont prononcées pour leur contribution financière à la mise en uvre du Plan Directeur (UNICEF et Banque Mondiale) ont fixé leurs critères et leurs procédures de gestion et de prise de décision.
Dans tous les cas, lexécution de ce plan, en conformité avec les objectifs fixés pour surmonter les difficultés inhérentes à la gestion de lEPT, est un défi qui simpose. En plus des mécanismes dadministration des programmes et projets instaurés par les institutions de coopération, il est indispensable que la structure de coordination du Plan Directeur soit mise en place et puisse planifier et faire concorder les efforts en faveur de léducation de base. On peut constater, dans le cadre de la mise en uvre du programme Education UNICEF, quun appui est apporté à des écoles identifiées pour leur faible capacité à scolariser les enfants, avec le soutien nécessaire de ladministration de léducation pour sensibiliser la communauté locale à participer activement à la concrétisation du Plan directeur. Mais ces apports sont souvent considérés par la communauté dune manière autre que celle daméliorer lefficacité de lenseignement au niveau de lécole. Cest à cela que la structure de gestion de léducation de base doit accorder beaucoup dimportance pour sensibiliser et conscientiser les bénéficiaires des résultats attendus de toutes actions en faveur de lEPT.
La décennie 1990 a connu beaucoup dopinions et de réflexions dans le domaine de léducation. Quoique le Plan directeur de léducation et de la formation réponde en partie aux objectifs de la Déclaration sur léducation pour tous, les événements marquant la décennie relèvent généralement doptions globales qui ne sont pas inspirées totalement des recommandations de la Conférence de Jomtien. On peut citer :
Compte tenu de la récession et des restrictions budgétaires, lEtat nest pas en mesure de supporter seul toute la charge conséquente de léducation. Un dynamisme de partenariat à léducation sest développé pour soutenir et accompagner les efforts en matière déducation. Cette coopération, particulièrement dans le cadre de lETP, pouvait se manifester sous trois formes :
Durant toute la décennie, en dépit des problèmes politiques et sociaux, seul lUNICEF a pu garder constamment sa collaboration avec lEtat pour des actions de protection en faveur de lenfant et de la mère. La Banque Mondiale et la Mission Française de Coopération ont suspendu, au milieu de la décennie, leurs projets qui sont appréciés par limportance attachée à la mise en valeur des ressources humaines et au renforcement institutionnel.
On peut aussi noter la participation du PNUD et du FNUAP à des activités de soutien aux centres dapprentissage et de métiers par des formations extrascolaires en direction des femmes analphabètes et des jeunes déscolarisés. Dautres organismes comme lOMS, lACCT, lISESCO... interviennent également dans des secteurs sociaux liés à léducation de base.
Du côté du Fonds dAide au Développement de la Communauté (FADC), financé par la Banque Mondiale, la collaboration directe avec la communauté de base a conduit à la construction ou à la réhabilitation de 74 écoles en vue dune expansion de léducation primaire. La part des ONG comme ASCOBEF, CARE et Initiative Développement en matière de santé et déducation, mérite dêtre soulignée.
Ceci dit, la maîtrise de ces efforts par un mécanisme de gestion et de coordination rigoureuse de toutes les actions en faveur de léducation de base serait souhaitable, non seulement parce que le poids de la participation communautaire demandée par les agences daide peut parfois contribuer à enfoncer la scolarisation dans les régions pauvres et donc accroître les disparités, mais aussi pour que le Ministère de léducation parvienne à formuler et proposer des plans daction intégrés en vue de combler les volets du Plan Directeur qui nont pas de «preneur».
Depuis la Conférence de Jomtien, de la mêmes façons que des mesures concrètes nont pas été prises pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux, aucun budget supplémentaire na été affecté à léducation de base. Le volume des dépenses publiques de léducation se limite au paiement des salaires des agents de la fonction publique.
Grâce aux fonds des agences daide au développement de léducation, le Ministère de léducation nationale a pu faire lessentiel des investissements réalisés pendant toute la décennie, depuis la Déclaration de Jomtien. Limportance de ces investissements a diminué dans le temps. Les six aspects du cadre daction pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux sont, dans leur globalité, touchés par ces investissements :
De facto les investissements réalisés démontrent un certain degré dengagement de la part des parrains de lEPT, au regard de la Déclaration de Jomtien. Néanmoins, les efforts dinvestissement ont souffert dun manque de coordination et semblent fortement désarticulés de sorte que limpact reste difficilement mesurable. Il y a lieu de se demander si dans lavenir ces institutions daide au développement, dans leur engagement, maintiendront les choix et les procédures dinvestissement ou si dautres pistes dinnovation seront déterminées.
De toutes les façons, lamélioration des stratégies et du mode de coopération technique et financière des agences de développement pour assurer la réalisation des objectifs de lEPT constitue une entreprise de longue haleine qui nest quà son stade de réflexion. Mais les résultats principalement escomptés consistent au redéploiement des interventions pour mieux les adapter aux besoins éducatifs fondamentaux selon la vision élargie affirmée par la Déclaration de Jomtien.
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