L'évaluation de l'éducation pour tous à l'an 2000 : Rapport des pays Page d'accueil du forum mondial sur l'éducation
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        1. Politique, gestion et financement de ces formations
        2. La nouvelle politique de l’éducation définie dans le Plan Directeur qui vise une harmonie entre l’éducation et le développement économique et social doit faire face à la complexité et à la diversité de ces activités sans lesquelles beaucoup de jeunes exclus du système seront privés des connaissances utiles pour leur vie d’adulte.

          Etant donné qu’un encadrement des jeunes non scolarisés et déscolarisés est rarement assuré par l’Etat, les bonnes initiatives sont laissées aux mains des individus et dans un cadre privé. En général, des organisations internationales, des ONG et des collectivités viennent très souvent en appui à ces genres d’actions. C’est le cas du Centre des Hirondelles qui a reçu un soutien financier du PNUD, de l’ISESCO, du projet AMIE et de l’Ambassade des Etats Unis. Le Centre National Horticole a pu bénéficier d’un appui technique et financier de la Mission française de Coopération de 1993 à 1998.

          Il convient de souligner que le PNUD a élaboré un programme de formation très appréciable qui vise à toucher environ plus de 1000 jeunes déscolarisés en leur offrant des métiers dans les domaines de la menuiserie/charpente sur bois, la sculpture sur bois, la céramique/poterie, la construction/carrelage, la soudure/charpente métallique, la plomberie sanitaire, l’électricité/froid/climatisation, la mécanique auto, et l’entretien routier. Ces types de formation valorisante et génératrice de revenus qui cadrent parfaitement avec les orientations du Plan directeur et avec des objectifs claires, doivent être suivis et évalués non seulement sur le plan financier mais également pour leur impact dans le développement économique du pays.

        3. Qualité, efficacité et résultats

L’évaluation des efforts déployés dans le domaine des formations aux compétences essentielles se résume sur quelques cas précis en raison du fait que les informations disponibles n’ont pas permis de pousser très loin l’analyse :

      1. Education pour une vie meilleure
      2. Objectifs : Acquisition accrue par les individus et les familles, grâce au concours de tous les canaux d’éducation - y compris les médias, les autres formes de communication modernes et traditionnelles et l’action sociale - des connaissances, compétences et valeurs nécessaires à une vie meilleure et un développement rationnel et durable, l’efficacité de ces interventions étant appréciée en fonction de la modification des comportements.

        L’utilisation des médias à des fins éducatives est un des moyens privilégiés pour l’acquisition des connaissances et pour une couverture de la population cible sur un aspect concret de la vie quotidienne. Les principaux modes de transmission de connaissances pour une vie meilleure sont la radio, la télévision, les documents imprimés, les campagnes, le théâtre, etc. Il est à noter que bien que les thèmes abordés touchent en grande partie des aspects qui concernent l’ensemble de la population, beaucoup de gens semblent isolés par l’absence d’un réseau de communication développé et par l’inefficacité des moyens de diffusion.

        Cette acquisition des notions de la vie se rapporte généralement aux formes d’éducation suivantes : santé et nutrition des enfants, santé de la reproduction, lutte contre les MST/SIDA, lutte contre le paludisme, lutte contre le tabac, la drogue et l’alcool, protection de l’environnement, etc. Les groupes principalement ciblés sont les enfants de 0 à 5 ans et les femmes. Les compétences et valeurs nécessaires à la vie quotidienne, telles que l’éducation à la paix et à la tolérance, la culture de l’unité et l’apprentissage de la démocratie, etc. ont été souvent négligés.

        1. Politique et gestion de ces formations

La plupart des départements ministériels emploient différents modes d’éducation pour une vie meilleure. On peut constater une série d’émissions radiodiffusées destinées à la population sur tel ou tel aspect de la vie quotidienne. Le Ministère de la Santé est maître d’œuvre dans les domaines liés à la santé. Le Ministère de la Production intervient aussi sur le terrain pour la sensibilisation, la vulgarisation des techniques d’assolement, de l’utilisation des engrais et la sensibilisation des agriculteurs sur les maladies des plantes et des animaux.

Les organisations internationales qui interviennent dans ces domaines sont le PNUD, FNUAP, l’UNICEF, etc.

Mode de diffusion

Thème concernant l’éducation pour la vie

Groupe cible (niveau, sexe, âge)

Résultats et impact

Radio et télévision :

  • Programmes éducatifs sur des thèmes précis de la vie.
  • Films et reportages.

 

Chansons et émissions sur les thèmes :

- Santé et nutrition des enfants,

- Santé de la reproduction,

- Lutte contre les MST/SIDA,

- Lutte contre le paludisme.

L’ensemble des programmes portent essentiellement sur les enfants de 0 à 5 ans et les femmes en âge de procréation.

Le ministère de la Santé a déployé des efforts importants pour rapprocher les services de santé plus près de la population cible pour atteindre les objectifs : couverture vaccinale satisfaisante, lutte contre les maladies infantiles, le SIDA, etc.

 

- Lutte contre le tabac, la drogue et l’alcool.

Les adolescents, surtout en situation de chômage.

Le chômage grandissant pousse beaucoup de jeunes adultes au tabagisme et à l’alcoolisme.

 

- Protection de l’environnement.

 

Agriculteurs et pêcheurs.

Le déboisement et la sauvegarde de la mer, sont des domaines très ignorés au profit des agriculteurs et des pêcheurs.

 

- Magazine TV « vers les livres » pour encourager les jeunes à la lecture du livres.

400 enfants de CM1, CM2, 4ème et 3ème sont directement impliqués.

7 chaînes de télévision privées pour un public estimé à 12000 personnes.

 

- Education à la paix.

 

 

Des émissions ponctuelles pour sensibiliser les adolescents et les adultes à la paix, à la tolérance et à la culture musulmane, particulièrement quand il y a des événements dramatiques.

Ces émissions sont essentiellement réalisées par les chefs religieux. L’UNICEF a appuyé un atelier organisé à Mwali à l’occasion de la Journée mondiale de l’enfant africain.

  • Radio éducative

 

 

 

- Alphabétisation des adultes

- Enseignement à distance pour le perfectionnement des enseignants du primaire.

Des jeunes hommes déscolarisés et les enseignants moins qualifiés.

Ces programmes ont cessé depuis 1994

Documents imprimés :

  • Les journaux.
  • Les affiches.

- Des affiches accompagnent et complètent les émissions radio.

Des personnes alphabétisées en comorien en caractères arabes ou latin et en français.

L’utilisation des affiches et des journaux est le deuxième mode de diffusion apprécié par son impact.

Campagnes de sensibilisation et théâtre  :

  • Les conférences dans les bibliothèques et au CNDRS.
  • Les émissions dans les centres culturels.

- Concours de théâtre scolaires et des jeunes.

- Récits filmiques de court métrage.

- Exposition des œuvres.

- Conférences sur plusieurs thèmes relatifs à la vie.

Les enfants en classe terminale du primaire (CM2).

 

1400 jeunes ont été touchés : pièces présentées abordant des facteurs socio-économiques et touchant l’éducation, la santé, l’intégration sociale, etc.

 

Le théâtre radiodiffusé.

 

Touche un public très important de la population de tout âge et de tout milieu.

Le contenu est très souvent relatif à des aspects sociaux et historiques.

        1. Qualité, efficacité et résultats

Les thèmes éducatifs les plus fréquemment abordés pour faire acquérir à la population un savoir utile et la sensibiliser ainsi à améliorer la vie quotidienne sont essentiellement orientés vers la santé des enfants et des femmes. Les professionnels du Ministère de la santé chargés des programmes (PEV, lutte contre le paludisme, planification familiale/maternité sans risque, lutte contre les MST/SIDA, etc.) planifient avec ceux des médias publics et privés les activités à mettre en œuvre, avec l’appui des organismes d’aide au développement (PNUD, FNUAP, UNICEF, OMS, etc.) et des OGNs (CARE, Croissant Rouge, etc.). Cette collaboration n’est que rarement étendue pour impliquer pleinement les acteurs éducatifs à tous les niveaux du système. On peut toutefois noter les activités de prévention et de protection contre le SIDA menées dans le cadre du programme CARE, par la distribution de brochures imprimées en comorien, en caractères latins, et en français dans des établissements d’enseignement secondaire. L’opération s’est révélée utile pour les jeunes collégiens dans la mesure où ces documents permettent la circulation de l’information et la sensibilisation sur le thème du SIDA, surtout en milieu scolaire, mais aussi au niveau de la famille et de la communauté.

Toutefois, malgré le fait que le domaine de l’éducation pour une vie meilleure a été fortement appuyé durant cette décennie, peu d’évaluations ont eu lieu pour mesurer l’impact de ces programmes au niveau de la population cible, particulièrement les auditeurs, spectateurs et lecteurs des médias. Ces évaluations sont importantes en ce sens que les émissions et les articles à contenu éducatif visent à améliorer les comportements des communautés cibles par des pratiques sanitaires, de soins aux enfants, de planification familiale, etc.. L’insuffisance de la couverture médiatique tant orale que écrit, publique que privée, pose la question de savoir comment les localités ou communautés enclavées par des obstacles climatiques ou géographiques réagissent par rapport aux aspects critiques qui touchent leur vie de tous les jours.

Dans tous les cas, ces émissions à caractère éducatif coûtent relativement très cher aux programmes ou projets au profit des médias, à tel point que les campagnes de sensibilisation se trouvent interrompues même si leur nécessité se fait sentir. L’impact de ces émissions reste donc difficile à mesurer. Des résultats plus ou moins satisfaisants et observables sont néanmoins enregistrés par certains programmes.

Résumé

Le développement économique et social d’un pays repose sur la capacité de ses ressources humaines. L’analphabétisme constitue un handicap sérieux à tout développement. C’est pourquoi la bataille contre ce fléau devra s’engager sur tous les fronts car « là où l’analphabétisme sévit, il est toujours en interaction avec d’autres problèmes liés au sous développement… la lutte contre l’analphabétisme est inséparable de la lutte contre le sous développement, et le droit à l’éducation inséparable du droit à une vie meilleure ».

L’alphabétisation des jeunes de 15 à 24 ans joue un rôle très important dans la qualité et le dynamisme de la société. La comparaison entre le taux d’alphabétisation dans au moins une langue donnée reflète une population capable de comprendre et décoder un message transmis par une langue d’alphabétisation. La langue maternelle est le comorien en caractères arabes. Les deux autres langues officielles viennent en dernière position après la langue comorienne en caractères latins.

Très souvent, l’alphabétisation des adolescents et des adultes est complétée par des formations à des compétences essentielles. Ces formations sont diversifiées et se caractérisent exclusivement par des travaux manuels. La majorité des individus qui les pratiquent sont à l’origine des personnes des milieux ruraux et de niveau d’éducation peu élevé. Les chances des femmes à bénéficier d’un programme d’activités et de formation aux compétences essentielles sont actuellement limitées à l’agriculture, la broderie et la couture.

Toutefois, contrairement aux compétences essentielles, l’éducation pour une vie meilleure est essentiellement orientée aux filles et des femmes. Cette éducation centre son intérêt sur les femmes : santé reproductive, protection de l’enfant, le lutte contre les MST/SIDA, etc. Certains programmes et non les moindres, visent aussi bien les femmes que les hommes, jeunes ou adultes. Il s’agit des programmes de protection de l’environnement, de lutte contre le tabac et la drogue et de lutte contre le paludisme. A la fin de cette décennie, à cause de mouvements sociaux aboutissant à des affrontements civils dans le pays, l’éducation pour une vie meilleure s’est étendue à la paix, à la citoyenneté, à l’unité, à la démocratie, au respect des droits de l’homme etc.

Le développement économique et social n’est possible et durable que par le développement des capacités des ressources humaines du pays. La couverture insuffisante en matière d’alphabétisation, de formation aux compétences essentielles et d’éducation pour une vie meilleure, accentuée par les disparités, menace gravement la qualité de vie de la population comorienne. Les migrations des campagnes vers les villes, le chômage, l’insécurité, la violence etc. sont des facteurs de la croissance de la pauvreté dans les milieux urbains. La montée des mécontentements et des tensions sociales dans les grandes villes contre les personnes, soit disant «immigrées», venues déstabiliser l’économie de proximité de la région est la résultante de l’insuffisance de couverture des besoins vitaux et des disparités des formations à d’autres compétences essentielles et affecte négativement le développement socio-économique et culturel du pays.

  1. Efficacité de la stratégie, du plan et des programmes EPT
  2. La stratégie adoptée par le Ministère pour atteindre les grands objectifs fixés par le plan directeur part du principe que l’ensemble des établissements d’enseignement se trouve au même stade de leur évolution pour ce qui est du degré de motivation et d’intérêt que les communautés locales accordent à l’éducation. Pour le Ministère de l’Education, l’idéal est d’accorder une éducation de base qui remplirait efficacement sa mission fondamentale, c’est-à-dire inculquer un ensemble de connaissances de base à une large proportion des enfants scolarisés. On constate que toutes les écoles ne sont pas au même stade de développement en matière de scolarisation. Cette situation explique clairement que l’amélioration de l’enseignement primaire doit être progressive et dépendra de la compréhension des caractéristiques de chaque élément  d’une entité d’enseignement et les ressources nécessaires dont elle aurait besoin pour résoudre les problèmes de scolarisation au niveau local.

    Il est évident que cette réforme en profondeur de l’éducation qu’est le plan directeur, pour qu’elle soit réaliste, doit tenir compte des multiples insuffisances imprévues et dont certaines risquent d’être incompatibles avec les stratégies de mise en œuvre. Au niveau de l’administration centrale, on comprend tout à fait les enjeux du Plan Directeur, mais généralement, au niveau de l’école, la capacité d’effectuer les changements pose problème. Cela implique une vigilance pour attirer l’attention de tous autour de l’école, ce qui peut soulever des questions cruciales telles que la motivation des communautés et la mobilisation des ressources locales, etc.

    L’expérience du plan d’action 1999 du programme Education-UNICEF a permis de voir que la réduction du coût de scolarisation accroît rapidement la scolarisation particulièrement des groupes défavorisés : l’accroissement des effectifs scolaires, notamment des filles, dans une zone très défavorisée en matière de scolarisation est dû à des actions spécifiques comme la distribution gratuite de fournitures scolaires. Ces mêmes actions ont été conduites dans d’autres écoles mais souvent combinées avec une participation financière de la communauté locale. Ce deuxième groupe d’écoles, appuyées pendant deux ans, enregistre une augmentation très lente des effectifs par rapport à la croissance des effectifs des enfants constatée dans les écoles soutenues en une année scolaire avec un appui spécifique par le même programme. Il ressort clairement que les contributions de la communauté occasionnent en général des coûts directs ou indirects supplémentaires, difficiles à supporter dans la situation d’extrême pauvreté dans laquelle la plupart des parents se trouvent.

    Dans tous les cas, la stratégie utilisée par le Programme Education-UNICEF est efficace pour accroître la scolarisation. Les parents sont convaincus que l’éducation est un bien précieux dans la mesure où ils participent au processus éducatif en assurant la disponibilité des enseignants et l’entretien de l’école. Il y a lieu de se demander pourquoi la communauté est dynamique dans une localité donnée et moins dynamique dans une autre? Est-ce que cela est fonction de l’intérêt et de la solidarité envers l’école ou du degré des possibilités et de la potentialité en matière de mobilisation des ressources financières locales? Les réponses à ces questions nécessitent une recherche approfondie dans le domaine du coût- efficacité de l’éducation, mais la sensibilisation et la responsabilisation sont tout de même des éléments catalyseurs pour une solution appropriée. Il est important de souligner que le Programme Education-UNICEF prévoit un volet « Plaidoyer et mobilisation sociale » pour justement stimuler la demande d’éducation et éveiller l’attention des populations.

  3. Problèmes majeurs rencontrés et prévus
  4. Au cours de toute la décennie, l’éducation s’est heurtée à un certain nombre d’obstacles qui compromettent sérieusement son développement. Ces obstacles sont d’ordre contextuel, économique, socio-politique et éducatif.

    1. Une très forte pression démographique
    2. Le contexte démographique constitue un frein au développement de l’éducation par un très fort taux de croissance de la population (2.7%). Le taux d’accroissement de la population à scolariser évolue plus rapidement que celui des enfants scolarisés. La capacité de satisfaire les besoins éducatifs fondamentaux de la population est ralentie voire même amoindrie par cette explosion démographique.

    3. Des difficultés économiques
    4. La crise socio-économique, renforcée par le poids de l’ajustement structurel et la dévaluation du franc comorien, a frappé de plein fouet l’éducation au milieu de la décennie 1990. Ces deux facteurs, qui ont eu des effets pressants sur l’éducation, ont limité la potentialité et la planification de l’offre et de la demande en enseignants. La mise en œuvre du PAS a été concrétisée par la définition de cadres organiques et a programmé un redéploiement de certains agents. Les difficultés de mettre en application de telles mesures ont créé une pénurie endémique d’enseignants qui n’a pas trouvé de solution efficace et durable durant toute la décennie. Il faut ajouter à cela, l’inefficacité constatée de l’utilisation des enseignants mis à la disposition du ministère de l’éducation nationale qui, dans la plupart des cas, est source d’irrégularité de paiement des salaires. Cette situation, source de nombreuses grèves qui affectent le déroulement de l’année scolaire, entraîne une démotivation générale du personnel enseignant qui est parfois tenté de délaisser l’enseignement public pour le privé.

    5. Des perturbations socio-politiques
    6. Les facteurs politiques semblent être les principaux éléments de décélération des progrès de la décennie en matière d’éducation pour tous. La décennie 1990 est marquée par une grande instabilité politique ayant comme corollaire de nombreux remaniements ministériels et des changements fréquents des responsables (15 ministres de l’éducation et 4 secrétaires généraux se sont succédé en 10 ans) ; ce qui déstabilise le Ministère de l’éducation nationale.

      Ces mouvements socio-politiques (les grèves répétées des enseignants, le processus de décentralisation, etc.) marquent une ouverture démocratique d’un côté et, de l’autre, des crises et violences politiques culminant en affrontements sanglants. Ils accentuent le dysfonctionnement de l'administration centrale, régionale et locale et favorisent le manque de coordination et de coopération dans le domaine de l’éducation de base. Cette situation entraîne des difficultés de suivi des actions engagées en faveur de l’éducation de base.

    7. Des contraintes éducatives

    Enfin, les contrains éducatives sont liés principalement au manque d’infrastructures et d’équipements pour élargir l’accès à l’éducation. Le taux de redoublement élevé associé à la forte demande d’éducation obligent le système éducatif à maximiser la capacité d’accueil des écoles par la pratique de la double vacation. Mais cette méthode n’est pas une fin en soi pour résoudre les problèmes de l’éducation parce qu’elle suppose bien entendu la disponibilité des salles de classe sous employées. Or, dans beaucoup d’écoles, la demande d’éducation se fait sentir mais, faute de capacités d’accueil suffisante, les enfants en âge légal d’admission à l’école sont rejetés ; ce qui pose le problème de l’application stricte de la Loi d’Orientation sur l’éducation, qui stipule une scolarisation à partire de 6 ans et un enseignement obligatoire jusqu’à 14 ans.

    forte demande d’éducation particulièrement en milieu urbain. On assiste à une explosion incontrôlée des établissements d’enseignement privé dans tous les coins du pays. Représentant actuellement 12,9% des effectifs de l’enseignement élémentaire, ces écoles ont des conditions d’accueil très disparates ; seule une faible minorité remplit les conditions minimums requises par la Loi d’orientation pour être autorisées à fonctionner.

    En ce qui concerne les volets qui ne sont pas véritablement pris en compte durant la décennie (la petite enfance, l’alphabétisation, les formations aux compétences essentielles et l’éducation pour une vie meilleure), ils restent insuffisamment approfondis et opérationalisés.

  5. Prise de conscience collective, volonté politique et capacités nationales
  6. Le partenariat entre l’école et la communauté est une stratégie efficace pour améliorer la demande d’éducation de base. Il a été approuvé par le programme de coopération Education-UNICEF par les résultats enregistrés dans la période très courte de son exécution perturbée par des événements multiformes. Cela, grâce à l’instauration des mécanismes de dialogue entre les acteurs locaux, pour la recherche des solutions appropriées aux problèmes de l’école.

    Cette stratégie qui découle d’une volonté politique manifestée par l’adoption de la Loi d’Orientation et l’élaboration de Plan Directeur de l’éducation et de la formation mérite d’être soutenue et améliorée. La forte mobilisation de tous les acteurs autour de l’école, particulièrement dans la gestion du financement de l’éducation, est enregistrée dans certaines localités. Cet apport communautaire se manifeste par le soutien que les populations apportent dans la construction et l’équipement des écoles et dans la mise sur pied des conseils d’école et des associations parents-maîtres pour la gestion des établissements scolaires.

    En dépit des multiples défis liés en grande partie à l’instabilité socio-politique qui restent à relever ainsi que des problèmes conjoncturels et structurels rencontrés depuis la fin de l’année 1989 jusqu’aujourd’hui, le Gouvernement comorien a toujours manifesté sa volonté d’atteindre les objectifs de généralisation de l’éducation de base bien que la mise en œuvre de certaines actions concrètes tarde. Evidemment, la scolarisation universelle et l’amélioration de la qualité de l’éducation demeurent une priorité. C’est ainsi qu’au niveau politique, des actions sont entreprises parmi lesquelles l'élaboration des textes législatifs et réglementaires en faveur de l'éducation de base. Il s'agit de la nouvelle Loi d'orientation, promulguée en 1994, qui rend l'éducation obligatoire à partir de 6 ans jusqu'à 14 ans, l’élaboration et du plan directeur de l’éducation et de la formation qui cadre les orientations stratégiques du pays en matière d’éducation pour la période de 1997-2001.

    La volonté en faveur de l’éducation de base est également concertée par le fait que, à cause des difficultés financières que traverse actuellement le pays, seul le recrutement des enseignants a été autorisé. En effet, les mesures strictes imposées par le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) limitent sévèrement l’accès d’autres agents à la Fonction Publique.

    Au niveau de l’éducation non formelle (activités de protection et d’éveil de la petite enfance, alphabétisation, formation à des compétences essentielles, éducation à une vie meilleure), des initiatives privées, communautaires et étatiques (la contribution à la sensibilisation de la population à travers la radio nationale et les émissions éducatives des différents départements ministériels…) sont mises en œuvre pour répondre en partie aux besoins de la société dans ce domaine.

  7. Evaluation globale des progrès accomplis
  8. Bien qu’aucun mécanisme de l’EPT n’ait été mis en place dans le pays depuis Jomtien, de nombreuses initiatives et énoncés d’intention en matière de scolarisation et d’amélioration de la qualité de l’éducation de base, montrent clairement et sans équivoque une volonté à la fois politique et éducative des autorités comoriennes et des différents partenaires de l’éducation d’atteindre en partie les objectifs de la Conférence de Jomtiem. Toutefois, les actions prévues dans le cadre du plan directeur de l’éducation et de la formation ne sont pas effectivement réalisées. On peut dire que ce plan semble ambitieux et que l’environnement socio-politique et économique n’a pas favorisé la réalisation de progrès au niveau de l’EPT.

    En définitive, la revue globale des actions entreprises en faveur de l’EPT, ainsi que leur impact aussi bien au niveau quantitatif, que qualitatif laisse entrevoir un bilan assez alarmant et un long parcours à faire pour l’atteinte des objectifs de la Conférence.

    1. Une mobilisation assez faible autour de l’EPT

Même si le pays a participé à la Conférence de Jomtien et a officiellement souscrit aux engagements, aucune structure chargée du suivi n’a été mise en place. Néanmoins, une loi d’Orientation et un Plan directeur de l’éducation et de la formation reprennent certaines des recommandations de la Conférence limitées aux aspects suivants :

- protection et éveil de la petite enfance

- formation à des compétences essentielles

- éducation pour une vie meilleure

En somme, la vision « élargie » recommandée par la Conférence sur l’éducation est restée fortement focalisée sur l’enseignement primaire.

    1. Une faible capacité institutionnelle
    2. Eu égard au manque de formation et de moyens adéquats, les structures administratives et d’encadrement s’avèrent souvent incapables d’accomplir efficacement leur mission de pilotage, de contrôle et d’évaluation. Les services centraux et régionaux ne disposent pas des moyens indispensables pour suivre et contrôler les décisions. Au niveau local, les directeurs d’écoles n’ont pas les qualifications requises et leur collaboration avec les communautés semble faire défaut.

    3. Protection de la petite enfance
    4. Il est à noter que la prise en charge efficace de la petite enfance par l’Etat est plutôt inexistante que défaillante. Ce niveau qui est essentiellement représenté par l’enseignement coranique (préscolaire traditionnel), dont l’objectif est l’apprentissage du Coran et des préceptes fondamentaux de l’Islam, est laissée à la charge des communautés villageoises. Par contre, l’objectif et le contenu de l’enseignement préscolaire moderne (école maternelle) qui est essentiellement urbain et aux mains d’un secteur privé non contrôlé par l’Etat, restent à définir précisément.

      Des lois et des textes régissent ce niveau éducatif, mais aucune politique n’a été mise en application en réponse à une forte demande. Cependant, un projet d’élaboration des programmes vient d’être initié à la fin de la décennie par l’ISESCO.

      Il faut souligner que les effectifs scolarisés ont progressé très rapidement et que les disparités de scolarisation entre sexes ne sont pas importantes.

    5. L’expansion et la qualité de l’enseignement primaire
    6. Aux Comores, l’enseignement primaire est régi par une Lois d’Orientation et des plans d’action qui ont défini des objectifs quantitatifs et qualitatifs à des horizons déterminés. Le Ministère de l’Education Nationale s’efforce de publier régulièrement les résultats des enquêtes annuelles de manière à contrôler la progression vers les objectifs fixés. Au niveau de ce secteur, les faits marquants sont les suivants : 

      1. Une baisse du taux net de scolarisation
      2. Les perturbations socio-politiques signalées plus haut ont entraîné des fluctuations des taux d’accès et entraîné une croissance irrégulière des effectifs. Globalement, bien que les effectifs élèves connaissent une légère augmentation, le taux net de scolarisation, après avoir progressé de 62 à 64% entre 1989/90 et 1993/94, a chuté à 60% en 1998/99 (- 4,1%) avec des disparités entre les CIPR enregistrées surtout dans celles de Uziwani, de Domoni, de Mutsamudu et de Nyumakele où ce taux est au plus bas. La catégorie la plus vulnérable de la population, c'est à dire les filles, en subit lourdement les conséquences.

        Des disparités entre milieux urbain et rural sont également marquées, mais aux Comores, il est parfois difficile dans les données démographiques, de distinguer la population rurale et urbaine, ce qui rend difficile d’apprécier précisément ce phénomène.

        On peut dire que les résultats atteints en matière de scolarisation sont en-deçà de l'objectif quantitatif fixé dans le Plan directeur de l'Education et de la Formation. Ainsi, le nombre d’enfants restant à scolariser continue à augmenter. Ce qui fait qu’au cours de la prochaine décennie, l’effort restant à accomplir pour atteindre la scolarisation universelle est plus important que pour la décennie précédente.

      3. Inadéquation de l’offre et de la demande
      4. L’offre d’éducation, en terme d’infrastructures d’équipements et de ressources humaines a sensiblement augmenté, mais elle ne suffit pas à satisfaire la demande grandissante et cela malgré une utilisation plus intensive et plus rationnelle des ressources (double vacation des locaux, augmentation des taux d’encadrement …)

        En effet, dans presque toutes les écoles du pays, les conditions d'accueil sont peu satisfaisantes à cause de la vétusté des infrastructures et des équipements. Sur 1123 salles de classe dont 5% sont en tôles et 6% en paillotes, 785 sont en mauvais état (488 salles sont sans fenêtre et 297 sont sans porte). L'insuffisance des locaux a comme corollaire la diminution de 25h à 20h sur l’horaire officiel hebdomadaire de travail des élèves en classe, malgré une carte scolaire satisfaisante (presque chaque village a son école).

        On note également une sous-qualification des enseignants (47,14% ont le diplôme pédagogique requis). Des efforts importants ont été réalisés pour améliorer ce niveau de qualification de manière à améliorer les méthodes d’enseignement et d’apprentissage, mais les conditions financières constituent un handicap majeur à la poursuite de ces activités, notamment la formation initiale et continue des enseignants.

      5. Des programmes inadaptés
      6. Depuis 19976, au lendemain de l’indépendance du pays, des modifications ont été apportée au niveau du contenu des programmes et des méthodes d'enseignement et d’apprentissage. Les programmes de formation des enseignants n’ont pas toujours tenu compte des réalités locales et ont souvent subi des modification contradictoires. Et bien que les derniers programmes d’enseignement aient été élaborés sur la base d’objectifs pédagogiques précis, et sur la base d’acquisitions et de compétences devant répondre aux besoins de la vie quotidienne de la population, leur mise en œuvre reste problematique.

        Il importe de souligner que l’adéquation des contenus avec les besoins et réalités socioculturelles est remise en cause, mais il est difficile de trouver un consensus sur les solutions envisageables aussi bien au niveau des enseignants que des responsables chargés de l’élaboration des curriculums.

      7. Une faible capacité de financement et de gestion
      8. Au niveau du financement, les ressources allouées à l’enseignement primaire ont augmenté en termes courants, mais diminué en terme constant. Le budget de l’Etat parvient difficilement à prendre en charge l’ensemble du fonctionnement du système éducatif. Ce qui fait que les dépenses publiques sont limitées au seul versement irrégulier des salaires des agents de l’Etat. Toutefois, tout au long de la décennie, beaucoup d’intervenants (communautés, collectivités, ONG, coopération multilatérale comme l’UNICEF…) ont participé activement dans ce domaine, surtout dans la prise en charge des infrastructures et des équipements. Ces conditions, parmi lesquelles il faut souligner le soutien de l’UNICEF dans les écoles qui connaissent un taux net de scolarisation très bas, ont allégé l’apport de l’Etat. L’efficacité de l’enseignement primaire est faible du fait des difficultés à maîtriser les flux d’élèves (taux de redoublements et d’abandons élevés).

      9. Acquis scolaires

      Depuis 1993, le principe d’une évaluation régulière des acquis scolaires a été retenu. Cependant, le manque de moyens n’a pas permis de reconduire ce genre d’opération très lourde et onéreuse. Il faut souligner que les résultats des évaluations réalisées montrent que peu d’enfants maîtrisent les matières de base, à savoir le français et le calcul. Par contre la vie courante laisse présager de bonnes connaissances chez beaucoup d’enfants. On peut également noter des disparités régionales, sexuelles, entre milieux urbain et rural. Cependant, l’évaluation portant sur une seule année ne permet pas de mesurer l’évolution des acquis scolaires.

    7. Alphabétisation des adultes
    8. Au niveau du pays, malgré la volonté politique clairement affirmée depuis longtemps, les programmes d’alphabétisation sont soutenus essentiellement par des partenaires extérieurs et par la société civile.

      Les résultats des campagnes d’alphabétisation sont manifestes du fait qu’ils permettent aux néoalphabétisés de prendre part plus activement et plus efficacement à la vie de la communauté et que le pourcentage de l’analphabétisme (population ne sachant ni lire ni écrire au moins une langue donnée) est de 39% (recensement de 1991). Toutefois, si l’on tient uniquement compte du français, une des langues officielles et langue d’enseignement du pays, un long chemin reste encore à parcourir en matière d’alphabétisation dans la mesure où ce taux paraît plus important que celui calculé pour au moins une langue donnée.

      Une réserve est émise au niveau de l’évolution du taux d’analphabétisme car, compte tenu du manque de moyens, une enquête n’a pas été réalisée pour réactualiser les données du dernier recensement.

    9. Formation à des compétences essentielles
    10. Une politique de formation a été définie dans le cadre du plan directeur de l’éducation et de la formation, mais aucune action n’a été mise en place dans le pays. Seule l’Ecole Nationale d’Administration et de Commerce est fonctionnelle. Néanmoins, de nombreux centres traditionnels de formation accueillent des jeunes déscolarisés pour leur donner un minimum de formation professionnelle. Mais ces programmes, qui touchent un public très limité, sont laissés aux initiatives privées de manière non concertée. Il faut noter que l’insuffisance de l’intérêt accordé à l’éducation non formelle rend difficile l’appréciation de l’impact des actions menées.

      Il est évident que ces formations très pratiques ont permis à beaucoup de jeunes de s’insérer dans la vie active, mais l’estimation précise de l’impact est difficile à faire.

    11. Education pour une vie meilleure

De nombreuses initiatives visant à améliorer la vie quotidienne des populations, en particulier les plus défavorisées, à travers les canaux d’information du pays, sont menées dans des domaines extrêmement divers (santé reproductive, planning familial, lutte contre le SIDA, éducation, production, etc.) Ces actions sont soutenues par de nombreux partenaires (différents départements ministériels, FNUAP, UNICEF, ONG...).

Cette vue d'ensemble du constat de l'éducation de base pourrait être le résultat du contexte socio-politique difficile que traverse le pays durant ces deux dernières décennies.

En somme, le système éducatif ne répond pas au développement socio-économique du pays en raison de la qualité de son contenu et du produit qu’il en résulte. Alors, on est en droit de dire que, globalement, les résultats de cette décennie sont loin de répondre aux besoins fondamentaux en matière d’éducation, conformément aux objectifs de Jomtien. Ainsi, l'Education Pour Tous pour la prochaine décennie risque de paraître utopique si des mesures d'urgence ne sont pas prises pour contrer les effets négatifs constatés à la fin de la décennie en cours.

A la veille du troisième millénaire, et alors que se profile pour l'ensemble des nations de la planète, le défi de la mondialisation, tous les pays du monde doivent se préparer à affronter les profondes mutations qui s'annoncent et donner à leur peuple les moyens de prendre en main leur destin. Les Comores ambitionnent de jouer leur rôle dans le concert des nations.

Partant du fait que l’éducation est un instrument pour le bien-être de la société, il faudrait repenser l’éducation avec une vision plus large de manière à réactualiser les plans d’action, à élaborer de nouvelles orientations stratégiques pour qu'en somme, tous les efforts soient orientés vers l’EPT dans tous ses aspects, afin d’éviter que la majeure partie de la population comorienne ne retombe pas dans l’analphabétisme.

C’est dans ces perspectives que le Gouvernement comorien s’engage à mettre sur pied une politique éducative ambitieuse et réaliste, qui vise à garantir l’accès à une éducation de qualité à tous les enfants comoriens afin de lutter contre les traitements discriminatoires entre les régions (rurales et urbaines) et entre les sexes (filles et garçons) qui continuent d'être infligés involontairement.


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